CHAPITRE VIII
tyrannie. Car y avant le 9 thermidor, les factions de Danton et de Robespierre s-accusaient réciproquem^3t de vouloir détruire le gouvernement révolutionnaire et établir Pindulgence / et Barrère ^ dans son rapport , au nom des deux comités de sûreté générale et de salut public , au moment même où Robespierre venait d^tre vaincu , ne lui imputait pas d^autre crime. BjUaud-Varennes, sombre et atrabilaire coDfime lui , se rendait justice en se croyant très-propre à le remplacer. — Interrompu un jour par quelques signes d^imprbbation , il jeta un coup-d^œil menaçant sur la Convention , et dit : Je crois quon murmure. Ce trait d^éloquende a manqué à Néron.
Ces menaces insolentes n-imposaient plus à la Convention. Le 9 thermidor lui avait rendu toute sa force. Le souvenir de son oppression était trop récent , pour qu^elle ne fût pas extrêmement jalousq de Findépendance qù^elle venait de recou-vrer. Elle ne pouvait d^ailleurs sekver des horreurs commises en son nom, qu^en y mettant un terme, en les désavouant, et en punissant même leurs auteurs.
D^un autre côté , les complices de Robespierre et les suppôts de la terreur, dès qu^il fut mort, sentirent rembarras dans lequel ils sVtaient jetés. En le laissant vivre , ib se seraient perdus ; et en le frappant ils avaient prononcé leur propre condamnation. Ils auraient bien voulu en faire leur bouc émissaire, et pouvoir rejeter tout le passé sur lui.
go CONVBNTlOIf.
Miiîs il ne s^agissftit pas d\ictes secf ete dont on pût inipunéni^at charger sa mémoire sans craindre d^étré démenti. Les i^ts étaient puUics et patens^ CTâaient des prodamations, des discours et des ar-* rétes plus ou moins furibonds , des listes de prescripliofi signées en commun avec lui , des mitrail-^ làdes «t des noyades dont on sVtait vanté et ho** noré. Les auteurs de ces forfaits voulaient en vain , comme ce personnage tragique , effacer la trace du sang dont leurs mains étaient couvertes ; elle y demeurait toujours. Ils sVtaient trop avancés pour pouvoir reculer ; les crimes qu^ils avaient commis leur imposaient Phorrible nécessité d^en commettre de nouveaux. Us n'avaient pas d'autre espoir de salut.
Des républicains très -purs, étrangers aux criâmes dé la terreur, auraient bien voulu , qu'après la moît de Robespierre , là Convention eut jeté un voile épais sur le passé, interdit même d'en parler^ et accovdé une amnistie tacite^
Quand Robespierre eut été seul coupable de là tyrannie qui avait pèse sdr la France, comment aurait-on pu étouffer les plaintes des victimes qui lui araient survéen , imposer silence aux parens et -aiut 9pÈis de «eelles qui avaient péri et faire taire la ocoasciênce publique ? La Convention j lorsqu'elle venait ide reoomrrer là liberté et la parole , pouvaitelle bâillonner uae nation tout entière? Pouvait-^ eUe , sans m assumer sur elle l'odieuse responsabilité, rèAiser dé réparer, autant qu'il dépendait
CHAPITBB VUI. 9t
(Telie, des maux qu^elle Devait pas été. en élat d^empécher? Eli s'^il j arait pour elle de rinconvéoien^ à ce qu^elle avouât son oppression , n^y en avait-il pas èocore plus à ce qu^elle parut vouloir approuver les horreurs qui en avaieuit été la suite? D.tfja.s cette alternative, son ckkoxx pouvait -il être douteux?
Mais Robe^pterre , comme je Fai d^ dit, avait en ides oompKces; Même .plusieurs semaines avant su . mm* t,. il n^allait que trè^^rarement au comité de salai public^ et les listes de pixiseripttob ti^en con-^ tînuaient pas moins , et la lerpeur ne souffirait point de son absence. Après sa mort, ses coispUces n^ér taicDt fK>int rentres dans le néant , ils étaient loin de s^étre convertis, ou de vouléir se ^re oubliérf Hs araient le pouvoir, ils ie curnservaient, jQs parlaient «en maîtres, fiers dW triomphe auquel ils ne MOidaiont faire participer. ni la république, ni ses représentans. La Convention devait donc briser, ufa jong aoquf^l <eQe eut été inexoôsable de se soumet** (DetK De^là vinrent sans 416(016 les combats violens et ies scènes tragiques qui déchirèrent encore son propre sein, et ensanglanièrent de nouveau Ja ré-» publique. Car la Convention se trouva placée entne les royalistes qa$>, voulant faire la contre- r évokn- Uoa, trouvaient que la réaetioù n^allaît jamais asseï vîtct, tet les terrorisles qui , lorsqu^on les attaquait^ criaient qu^on persécutait les patriotes , et dés ré** pubUeains trè»7probes^ui craignaient quVinTetonr à<on système modéré' de gouvernement ne'4efiiit
g^ GONVBNTION. ,
fîmeste à la liberté, fl fallait donc marcher entre plusieurrécueils. Cette situation était difficile, ipais on ne pouvait Péviter.
Après mMtre livré toat entier à la joie et à Fen*thoasiasme qu^inspira le 9 thermidor, je demandai et jVbtins la liherté de mes parens et de mes amis. Ma femme fîit Fange libérateur qui se rendit à Poitiers pour briser leurs fers. Le sort nous avait favorisés; le 9 thermidor trouva encore nos parens dans les prisons ; mais quatre de mes' amis, parmi lesquels étaient deux jeunes gens de la plus belle espérance , avaient payé de leurs té^es leur amour pur et désintéressé de la liberté et de la patrie.
Dès ce moment, U s'opéra en moi-même une révolution subite. On pouvait , avec honneur^ paraître dans la carrière, je m Y élançai avec ardeur, et je commençai réellement à y jouer un rôle actif. Mais , fidèle à mes principes et au plan de conduite que je m'étais tracé , je me tins constamment âdigné de ces réunions où , quelquHnflexible que Ton soit , on sacrifie toujours à Topinion des autres quelque chose de la sienne. Je. marchai seul avec ma conscience; et le peu de succès quej'olK tius , je le dus à la certitude où Ton était que je n'étais l'homme d'aucun parti. On ne se fait pas une juste idée de la force et de l'influence que donne une telle situation. On croit généi^alement acquérir de l'importance en s'associant à un club ou à une coterie ; la médiocrité s'y enhardit , et le talent se persuada qu'il y trouvera de l'appui.