‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 35 sur 110 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

presse recommence à sVmanciper ; on demande les aissemblees primaires et la liberté de tout dire^ La crainte de retomber sous le régime de sang semble redonner un peu de ressort à la multitude. On ne s'occupe à Paris pas plus de la guerre et des victoires que des actions du grand. Lama (i). » Le parti modéré cache encore son jçu. Il est composé des amis et des héritiers de Danton. Je vous mandai, dans le temps, que ce chef était mort sur le projet de tirer le roi du Temple , de le proclamer , et à côté de lui M. de Malesherbes , régent (ce qui a coûté la vie à ce dernier et à tous ses proches), (2). Aucun de ces honnêtes gensme croît à la république ; tous sont persuadés qu^elle enterrera^ avant d^étre fondée par une loi, la Convention tout entière sous Téchafaud (3). Tirez delà les inductions naturelles ; mais observez qye ce

(1) Il est certain que le combat des terroristes et des lliermidoriens occupait beaucoup les esprits; mais on ne cessait point pour cela de prendre un vif intérêt aux succès des armées.

(2) Je, n'ai jamais entendu dire nn mot de ce projet. S'il eut réellement existé ^ comment Robespierre en eût-il, fait grâce à Danton?

(3) Il est tout simple que l'auteur qui présente Danton comme un royaliste, suppose les mêmes sentimens à ses amis. Mais es:cepté Tallîen, qui avait faibli, tout ce parti ^tjait resté

•fidèle à la république,^ et j croyait. Si la royauté eut des partisans dans la Convention^ ce fiit principalement parmi les 73 rappelés après le 9 thermidor.

lOO COMVETITION.

çsadi est dëpouryu de Calens; un leul ehef princi'^ pal^ qui se montre peu ^ mais qui est très>-paissant au comité de salut public , a de la capacité (i). Ils jouent un jeu effrayant; ils travaillent sur dès grils rouges; ils ont besoin d^une dextérité, d^une pa-^ tien ce, dHme manœuvre habile et mesurée. En* t:ore topt cela leur serait inutile sans Tappui des ctis fortuits et des circonstances. Je vous Tai déjà dit, il nY a plus d'hommes en France, il n^ a que des ^vénemens (2) .

» Nul moment ne fut pelit-être plus important que celui'-ci. JW été consulté, et j^ai déjà eu plusieurs conférences sur cet état présent de choses. On a j^té des fils; ce, pays-ci est admirablnnent ^tué poui^ manœuvreri. Si les deux cours principales venaient renoAcer à des folies et suivre lé plan qu^on

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(i) Il efi!t.pr«b<'^ble^ue «^était l'abbé Sîeyes. Il e«t vrai qH*il ^e montrait peu alors^ comme à toutes les époques de la révo* lutipn. Voilà pourquoi on lui supposait une grande înâuence , mais réellement il en avait peu à cette époque ^ et beaucoup moins que d'autres reprèsentans qui n'aviiient pas sa capacité ni surtout sa pruden^ce.

(2) Cette pensée est juste et profonde. Mftis eb même temps ib1I« ptouve que la révx>lutîoti n*ëtait'paÀ le fuit de quelques bommeS) et qu^elle avait ses racines dans les dpttiionii natio'nales ; dans les complots des laetÎMis , il y a des bommes ; il n'j «n a plus dans les grandes rérolutioas. Personne ne les conduit ; elles entraînent toat le monde» £ti France , tous les bommes qui ont paru sur la scène plilitii|iM ilnt passé ^ la rè^ pnbUque aussi* Cependant la rérolutiota est restée ^ et le trte^ lui-fnême s'est de nouveau jbndé snr elle.

COAPITRir IX. tOft

leur a donné, il restera encore quelque espérance. Gardez le secret sur ce que je tous eommunique.^

Il Quant aux armées, regardes-les comme un autre eontinent^ L^întérieur leur est étranger ;' peu leur importe ce qui s^ passe : qlles changent de mai^ très, dWdonnateurs, de souverains^ comme de gé* néraux. D'autres passions les animent , la haine et le mépris^ des étrangers , Tengouement de la fausse gloire ^ et cette émulation désordonnée qui est dans le caractère national et par laquelle la queue tend toujours à dévorer la tête (i).

Il ne Ëiut rien en attendre, encore mokis des royalistes ; pas plus de la guerre civile qui est impossible. Cest la Convention qui tuera la Convention, la république qui étouffera la république, el les révolutionnaires qui finironl la révolution. Cela

s^opérera comme cela ^ ou ne s'opérera jamais (a)^

(f ) l\j9k plus d'esprit <pie de justeMe dans ee tabl^u des armées. Il est vrai qu'elles formaient un autre continent. Mais^ riatérieuç |ie le^v éUnt point étrunger^ Comme les l^on^ ro-^ maines , elle^ n^ passaient pas alier^ativemeot sous les dra^ peaux d'ua général factieux , pu d'un parti , elles restaient fi* déles « la patrie- Combattre pour son indépendance , c'était défendre sa Uh^rté; et les soldats at><indo|kniMeiit tout génér^ soupçonné delatrakir. Pçur un éfuigré^ ce généreux dévaluer mcint ét^it Y^nffimçm^r^i de i^Jmu^ ffMre^ Mais pour la Frauoe et pour VEurope y pour l^s çoutemporains et la postérité | il a'j a jamais eu de gloire plus réelle ui phis pure.

(a) Celu s^ost, en eSety opéré comme cela. Ce sont les butes des tépuLlieains qui ont. préparé la perte de la repu-

Dans cet état de choses, Tavenir demeure plus indépendant des âneries de nos alliés, de leurs, discordes^ de leurs forces, plus ou moins grandes : elles ne peuvent plus servirqa'à sauver TEurope (i) ; carlacon-. quête de la révolution par les armes est maintenant, bonne à jouer chez Nicolet. Cependant il importerait qu^elles reprissent au moins Péquilibre, qu^elles ne se déshonorassent pas par des défaites , par des retraites , par des scandales continuels, et qu- elles fussent en position de seconder, par Tinfluence morale , les événemens de Tinlérieur.

» Quoi qu^on en dise , la Hollande me donne de rinqiiiétude. Je crains aussi, comme vous, le passage de la Meuse. L'Europe, à commencer par TAngleterre, est renversée,, si la Hollande est envahie (2). Probablement le roi de Prusse va se retirer de la coalition. Sa campagne de Pologne est le pendant de celle de Champagne. Quelle équipée ! La Russie le traite comme il traite ses alliés ;

blique , et Bonaparte • avec une partie d'entre eux, qui Ta anéantie. Ils ont fini la révolution ; mais ils ne l'ont pas tuée. Bonaparte en avait conservé les intérêts; et, malgré son despotisme , les principes n'en vivaient pas moins dans les cœurs. La restauration des Bourbons et la coalition . européenne n'ont pas même pu les étoufiFer encore.

(1) Elles ne l'ont point sauvée dans ce temps là; et la ré.volution eût fait le tour de l'Europe , si Bonaparte, au lieu de la parcourir en Mahomet, eut yeùlu affranchir les peuples.

(2) L'Angleterre a donné Siu démenti à cette prédiction exagérée ; elle a bravé des dangers plus grands encore.

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