CHAPITRE X
a ouvert une vaste carrière à la mauvaise foi, à la fraude, et ruiné ceux qui Pont respectée. La liberté indéfinie a sans doute des inconvéniens, mais les chaînes données au commerce en ont de plus*
grandes encore. On perd tout en voulant tout réglementer. »
Les députés proscrits le 3i mai , et depuis cette époque détenus ou fugitifs, furent rappelés dans le sein de la Convention le 18 frimaire seulement. Ils durent leur rentrée surtout au besoin que les thermidoriens avaient d^auxiliaires. Pour cette fois la politique était d'accord avec la justice. Ce fut uiï beau jour que celui où les 78 (1) furent rendus à leurs fonctions. On les accueillit avec sensibilité et enthousiasme. LorsquMls reprirent leurs places 9 Lesage d'Eure-rCl-Loire, Fun d'eux, dit, en leur nom : <c Qu'ils feraient à la patrie le sacrifice des maux qu'ils avaient soufferts, et qu'ils combattraient également le royalisme et le terrorisme. » Ils ne tinrent pas tous parole. Il y en eut plusieurs qui dans la suite oublièrent leurs promesses , sacrifièrent le bien public à leur vengeance, et donnèrent au moins de grandes espérances àla royauté. La montagne, car elle existait toujours, ne prit
(i) On continua de les appeler ainsi d'après leur nombre ; mais outre les 78 expulsés de la Convention et seulement détenus, il Y avait d'autres députée mis hors la loi, tels que Louvet, qui s'étaient sauvés en se cachaht en France ou à l'étranger.
io8 GONVfilVTiOff.
point de part à la délibération; BeolaboHe^ul tùèrm le rare courage de $Y opposer* Calait un homine ians talens^ mats opiniâtre; modéré pendant la terreur ^ il se fit jaeobin exagéré lorsque cela n^était plus de mode; ses vociférations étaient sans influence. Le Coîntre de Versailles montra aussi de Topposition ; ce notait pas non plus un mauvais homme, il avait du caractère ; on le regardait qomme un fou et Ton n^avait pas tQi|t*À-*fait tort. Le lendermain de la rentrée dès 78, on rapporta le décret qui avait placé le 3i mai au rang des fêtes nationales ; la commémoration de la proscription devait tomber avec elle. -On donna des pensiops (^t des secours aux veuves et aui enfans des girondins , la plupart dans la misère. Ce fut la seule satisfaction accordée à leur mémoire. Dan^ d'autres temps 011 leur eût érigé un monument funéraire, et décerné une statue a Vergniand; beaucoup d^autres en ont obtenu qui ne la méritaient pas aqtaut qne lui. Mais alors cet liommage ^ût passé pour un att^ptat réactionnaire,
Thomas Payne n-était point compris dans le décret de rappel ; je parlai pour lui en ces termes : ^ Il reate encore à la Convention à faire un grand acte de justice. Je réclame en faveur d'un des plus zélés défenseurs de la liberté , d^un homme qui a honoré son siècle par Fénergîe avec laquelle il a défendu les droits de, Thomme , qui s'est si glorieulement distingué par le rôle qu'il a joi|é dans la révolution d'Amérique. Je n'ai jamais entendu «F-
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itciiler aucun reprodie contre Thomas Payne. U avait été naturalisé Français par rassemblée légiV lative; il fut nommé représentant dn peuple. Son expulsion dé la Convention n^a été que le fruit de Pintriguci On à prétexté un décret qui excluait les étrangelrs dé la i^eprésentatiob nationale» Il n^ en avait que deux dans la Convention, L^Un est mort (i)» Mais Thomas Payne qui a puissamment contribué à établir la liberté chea une nation alliée de la république 1 existe encore ; il existe dans la misère. Je demande qu^il soit rappelé dans la Convention. » Ma proposition fut adoptée sans réclamationb ,
.Uesprit de parti a essayé d^avilir le citoyen américain el de ridiculiser le députée H est vrai que ThoiiiRsPayne ne savait pas un mot de français^ et qu^ 9 par conséquent , il élait incapable de rem«plir ses-fonctiôns. Mais sa nomination avait été on hômiâage à la cau&s de la liberté et à un peuple qui avait donné un glorieux exemple à la France. Les opinions pouvaient ét^e divisées sur cet étrân^ gèr tôtnihe écrivain et pûbliciste ; mais loin d'être méprisé de ses Concitoyetis , il jouissait parmi eux de considération et d'estime. Us le prouvèrent en me témoignant leur reconnaissance. Cette circons»tance me mit en rapport avec plusieurs d'entre eux qui étaient à Paris , et me lia d^amitté avec le oi^
(1) Aiîaéliâlrâis Cibdtz, ï^fussiëiï des ]prbvîti6es du B.liiA| irenii lPPfiri3 à Vâg« d'<9nz« âtié.
toyen . Monroë , ministre auprès de la république, et' depuis président des États-Unis. Lorsqu^'il quitta la France jç cessai d^avoir dès relations avec ce citoyen estimable : mais je me flatte que si le sort m'eût jeté dans le Nouveau-Monde, le défenseur de Thomas Payne y eût trouvé Une généreuse hospitalité.
U m'écrivit la lettre suivante en anglais avec la traduction en français.
. « 27 frimaire an III.
» S'il eût été en mon pouvoir de vous communiquer mes sentimens ^ de me dispenser des délais et des inconvéniens que nécessite la traduction d'une langue dans une autre, je vous aurais déjà témoigné la reconnaissance que m'ont inspirée la justice que vous aVez spontanément rendue à la pureté de mes intentions , et la manière honorable et. généreuse avec laquelle vous avez demandé mon retour dans le sein de la Convention. Mon intention est d'accepter l'invitation de l'Assemblée. Car je désire qu'il soit connu de l'univers, que, quoique j'aie été victime de l'injustice , je n'attribue point mes souffrances à ceux qui n'y ont eu aucune part, et que je suis bien éloigné d'user de représailles envers ceux mêmes qui en sont les auteurs. Mais comme il est nécessaire que je retourne en Amérique , le printemps prochain , je désire vous consulter sur la situation dans laquelle je me trouve, afin qudmon acceptation de