CHAPITRE X. lii
rentrer à la Convention ne pûbse me priver du droit de retourner en Amérique.
a Votre sincère ami,
» Thomas Payne. »
J^eus une conversation avec lui par le moyen d\m interprète. Je Fassurai que sa qualité de représentant ne pourrait point contrarier son projet , et qu^il obtiendrait un congé, s^il ne voulait pas donner sa démission. Il me raconta qu'Hun jour Marat, qui parlait anglais, lui avait dit, dans la salle de la Convention : « Est-ce que vous croyez à la république? V^ous avez trop de lumières pour être la dupe d'une, telle rêverie; » et qu'il essaya de prouver que c'était une chimère. Lorsque Marat fut décrété d'accusation par la Gironde, Thomas Payne écrivit à la société des jacobins pour lui dénoncer ce fait , et„ envoya copie de sa lettre au Moniteur. Mais elle ne fut point connue. Il soupçonnait que cette . circonstance avait pu avoir de l'influence sur sa proscription. Si l'apôtre de la démagogie ne croyait pas à la possibilité d'une république en France , c'était donc un monstre vomi par l'enfer ou par je ne sais quelle puissance ennemie de notre repos et jalouse de notre prospérité. . .
- Quelque temps après, lorsque la Convention s'occupait d^s lois organiques de la constitution de 1793 , ou plutôt de faire une nouvelle constitution, on paraissait vouloir rattacher à la propriété l'exer-
iia CONVENTION.
cice des di'oils politiques. Thomas Payne était op-^ posé à cette idée, et il composa un ouvrage pour la combattre. Je ne sais s^il le fit imprimer. Il m^en par laet m^ea envoya une analyse dans la lettre suivante*
« i8 prairial.
» Mon cher ami ,
)} Je vous informai) il y a quelques jours, que je m^occupais d'^un petit ouvrage destiné h Timpres^ sion et que je vous le soumettrais aussitôt qu^il se* rait traduit. Le traducteur m^ayant manqué de parole, je n'ai pu vous tenir la mienne et je ne pourrai vous ipontrer mon ouvrage ni le faire ini* primet aussitôt que je ihe le proposais.
» Mon but principal était de rappeler les principes sur lesquels repose Fégalité des droits Ou en droits { car ces principes ont été si complètement oubliés, qu'à commencer du 3i mai jusqu'à présent, tous les partis qui ont successiveitleut possédé Tautoriié^ les ont violés de fait, et dette Violation continue encore. *
» Mais lorsque daïid la théoi'ie on reconnaissait l'égalité des droits comme un prineipe sacré H indispensable, on pouvait en considérer la violation dans la pratique, comme un accident presqo'inséparable d'un temps de révolution, qui cesserait aussitôt qu'une constitution fondée isur ce principe et qui le réCoùnsiitrait pour inviolable^ iielrail âaUîe et
CHAPFTRK X. ii3
en pleine .activité. Cest diaprés ces réflexions que mon incarcération m^a toujours paru excusable.
)> Mais on répand aujourd'hui que, sous le nom de lois organiques, la Convention sepropose d'attaiquei*' le principe de Tégalité d,es droits , et de donner une distinction de droits pour base à une nouvelle constitution. J'ai peine à le croire, et j*en serai affligé, parce que je suis convaincu non -seulement que ce serait une grande injustice^ mais qu'elle produir«iit ou la guerre civile ou la contrerévolution; et l'un ou l'autre de ces événement exposerait les promoteurs du plan à devenir les victimes de leur perfidie. Je dis perfidie , parce que c'ést.lenom qu^on ne manquera pas de donner à cette innovation; i^ parce que les membres de la Convention ont été. élus d'après le principe dé l'égalité des droits , et que la destruction du prin-* cipe d'après lequel s'est faite leur élection , entraînerait indubitablement la dissolution de l'as^em-^ bléé. En adoptant cette nouvelle base, la Convention cesserait d'être. une ail torité légale et représentar tive. .Dès xet' instant elle ne serait plus une- convention ' nationale , une représentation de tout lé peuple,:mais une création ; 2'' parce que la Convention n'a ni le droit ni la puissance de toucher à régalité . des droits. Les : droits ne sont «point tiné concession d'un homme à un autre; ni des ïn^iii-^ bres d^ùne classe aux membres d'une autre cfiass^. Chaque individu tient son droit dé lui^illéthé 'dû de la nature ; et celui qui se propose dé priver un
f i 4 CONTENTia!!.
individu de ses droits propose de commeUre un vol ; ear quelle différence peut-on établir entre dé» pouiller un homme de ses droits ou le dépouiller de sa propriété?
» Mois comme je n^ai point le projet de traiter à ibnd ce principe dans une lettre , je me bottierai à le considérer du côté de la politique.
» Il est évident que la France vient d^oppoiser à la multitude de ses ennemis étrangers une masse de forces que n^avait encore jamais pu réunir k na-^ tion la plus puissante. Quelle est donc la source de cette force extraordinaire ? Je soutiens que c^est le principe de Pégalité des droits. Car les réquisitions n^ont pu être fondées que sur ce principe qui renferme en même temps Pégalité des dévoila ; et la destruction du droit entraine évidemment la snp^ pression du devoir.
» Les armées française^ ont rempE avec fidélité leur tftche honorable. Elles sont composées d^homme$ de tous les états , depuis le plus pauvre jus«quVu plus riche ) et on peut raisonnablement présumer que la plus forte partie des soldats de la ré--* publique est composée de ceux qui, dans Popinioa générale, sont considérés comme dépourvu^ de toute espèce de propriétés, c^est-à-dire de propriétés ostensibles et distinctes de Pindividu. La propriété de ceux dont je parie , consiste dans leur droit et dans la faculté de procurer à eux. et à leur famille une subsistance. Or leurs droits et leurs fiimilles sont une nature de propriété quoique diffi»^
eHAHTRS X. ii5
rente de3 propriélé$ ostensibles et distinctes de individu»
H Si les Bouvellea spécaUlions tendent aujouiw d^hai, çoipnpie on Tassure, k fonder les droits en proportion des propriétés ostensibles , peut-on es^ pérer que les soldats de réquisition, qui n^ont mar* ché à Tennemi qu^en conséquence du principe de Pénalité des droits j continueront à porter les armes pour la cause d^une distinction de droits dont ils supporteront la privation, tandis que d^autres en recueilleront les avantages ?
» Si un homme méditait profondément les moyens de désorganiser les armées , de plonger la France dans Tanarchie et la confusion, de provoquer et de justifier une guerre contre les propriétés , il lui serait impossible d^in venter une mesure plus infaillible que Fabolition du principe de IVgalité des droits, et la distinction graduelle des droits en proportion des propric^és ostensibles.
» Ne pouvant vous présenter Pouvrage dont je vous ai parlé aussi promptement que je Tespérais, j^ai jeté rapidement, dans cette lettre , quelques idées dont je vous prie de vouloir bien faire part à vos eollègues du comité chargé des lois organiques.
» Quant aux règlemens organiques de la présente constitution , je conviens quMls me paraissent trèsfoulifs. La totalité delà réprésentation , ne formant qu'une seule assemblée discutante et délibérante dftus la même chambre, a les vices d^un individu. EHe agit avec passion , avec précipitation et par
4l6 CONVENTION.
esprit de parti. Il vaudrait mieux sans douté que la représentation fût divisée au sort en deux chambres ^ et quelles se continssent et se censurassent réciproquement. Mais, dans tons les cas, la représentation ne doit avoir qu'une seule et même racine, et celte racine est Végalité des droits. Si Ton y touche, s^diéula révolution.
w Thomas Paine. »
En prenant une part plus active aux travj^ux généraux de la Convention, je cessai de consacrer tous mes momens au comité dMnstruction put>lique. Pendant le temps que j'en restai encorcj membre , je fis plusieurs rapports. Je n'en citerai que deux. Les autres ne sont pas assez impor|:ans pour être rappelés;
La Convention avait ouvert un concours { floréal an II ) pour divers» monumens à ériger à Paris : sur la place des .Victoires , à la mémoire des citoyans morts le to août lyqn ; sur les ruines de la Bastille, une statue cfe la nature régénérée fsuv le boulevard , un arc de triomphe au 6 octobre xj^-^ sur la place de la Révolution ^ une statue de là li-^ bertéy el une statue du peuple français terrassant le fédéralisme f au Panthéon, une colonne aux guer*riers morts dans les combats et une statue à J.^J. Rousseau. Mais on n'avait point publié de programmes de ces monumens ; on n'avait détermiqé ajacujae récompense et l'on avait fixé un délai beaucoup trop court. Ce concours ne j)roduisit que des compositions médiocres. Cependant les concurrens ,