‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 44 sur 110 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

enfant* Il aifliait passionnément la libertë et en délestait les excès. L^jnstice rirritait au point de lui faire exécrer Fespèce humaine et de le rendre injuste lui-même. Il avait peu de bien et faisait de la dépense. Ses défauts provenaient de ses besoins. Il oe lui manquait pour conserver son caractère qu^une fortune indépendante. Il ne Peut jamais ; dans un temps où Ton parvenait avec moins de qualités et d^amis puissans qu^il n'en avait , il ne fiit pas biai traité par le soit , et sa vieillesse fie fut pas heureuse.

Noos passions la plupart de nos soirées chez lui. Le général Menou , Tamiral Truguet , le baron de Staël , Signeul , consul général de Suède , Maret , Bourgoing, le général Faucher , formaient le fond habituel de la société. Il y venait adssi des personnages diplomatiques , quelques députés et des hommes de Pancien régime , Talleyrand , quand il fut de retour des Etats-Unis , son ami Sainte-Foiz , et autres individus de cette clique , gens du bon ton et de la meilleure compagnie , qui exploitaient la révolution a leur profit.

Ce fut après le g thermidcMr que je fi$> réellement mon entrée dans ce qu'on nomme k Paris la fiociété. Cétait , comme dans toutes les grandes car pitales , un rassemblement fortuit , un mouvement journalier et une mutation rapide d^individus de tout état, de tout rang, de tout pays, à la dîffe*^ renoe de la société de province qui ne consiste qu^en réunions de faniilles ou en coteries. Je fus

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recherché comme tous les membres de la Con«* vention qui s^ étaient fait un nom. Accepter une invitation , cVtait s^en attirer dix autres. Une foU lancé dans ce tourbillon de dîners et de soirées , on ne savait à qui répondre , on ne pouvait y suf^ fire* Je cédai à ces prévenances. Les salons dorés , on appelait ainsi, ceux de Tancienne noblesse, exerçaient une influence immense. CenVtait pas pour leur mérite personnel, ni pour le plaisir qu^ils procuraient , qu^on y attirait les révolutionnaires; on ne les caressait, on ne les fêtait que pour en obtenir des services ou pour corrompre leurs X)pinions. En face on les accablait de toutes sortes de séductions, et par derrière on se moquait d^eux. Cétait dans Tordre* Mais il y en avait beaucoup qui n^ le voyaient pas : ils croyaient augmenter d^importance et de considération en fréquentant des gens de Pancien régime , et se laissaient prendre à ces trompeuses amorces. Devant eux on hasardait d^abord quelques plaisanteries sur la révolution. Comment s^en fâcher? CVtait

une jolie femme qui se les permettait. Leur républicsmisme ne tenait pas contre la crainte de déplaire ou de paraître ridicule. Après les avoir apprivoisés au persifflage , on les façonnait insensiblement au mépris des institutions. Ils justifiaient le proverbe : Dis^moiqid tu hantes, Je te dirai qui tu es. En effet , il est impossible , de quelque fermeté de caractère qu^on soit pourvu , de n^étre pas influencé par la société que Ton fréquente. Oa

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