‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 51 sur 110 · CHAPITRE XII. l5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. l5l

la chose publique. Mais, après Favolr abattu, ils avaient voulu cositinuer la terreur.

Carnot porta le dernier coup \yav cette phrase éloquente et hardie : « Tel qui mourrait avec joie au champ de bataille^ ne veut pas périr avec ignominie, et vous trainiei^ à Téchafâud les hommes courageux. » Il eût été plus exact de dire : Vous laissiez traîner à Fécfaafaud» D^aiUeurs ce reproche qu^aurait pu se permettre un membre de ta Convention, étranger aux comités de gouveriiement, et à la fois victime et instrument npuet de leur tyrannie , était déplacé dans la bouche d'^un membre de ces comités qui Tavait plus ou moins exercée. Enfin , on aimait mieux être entaché de faiblesse que de cruauté, et passer pour avoir été témoin silencieux de pareils forfaits^que pour en avoir été complices : et cVtait la vérité*

Il n^ eut pour ainsi dire que Carnot qui, dans tout le cours du procès , déploya un noble et grand caractère. La contenance des accuses fut misérable. £n adoptant un système de justification ils donnèrent prise sur eux ; ils tombèrent dans une foule de contradictions; tantôt ils firent cause commune, tantôt ils s^isolèrent. Cétait peine perdue que de discuter les che& d^aecusation. Dès le premier jour de rinjstruction , chaque membre de la Convention avait son opinion faite ; les uns avaient résolu de sauver les* accusés , les autres de les condamner. On ne jugeait pas, on combattait. Sans doute ils étaient coupables; mais innocent ou cri-

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minel , dans les accusations politiques , quand on a de rélévation dans famé et qoelque soin de sa renommée, il fant moins sVccupér de se justifier , que de renverser ses accusateurs ou de succomber . ayec dignité. Ils avaient IVxemple de la Gironde ^ de ce Valazé qui se perça le ccBur ^vant ses juges ou plutôt ses bourreaux 5 de Ce Ducos qui^ en mât^ cbant.à la mort, chanta :

Allons y enfans ie la patrie , • Le jour de gloire est arrivé ;

enfin^ de leur patron Robespierre qtâ prouva du moins qu^l ne voulait pas tomber virant au pouvoir du vainqueur^ tandis que Baitit«*iust et Dumas furent amenés , à pied , en plein jont* , de THôtel— de^ViJtte aux Toileries , attachés ensemble par «me corde comme deux icloux.

La discussion durait depuis dix jours. Cétai^nt Ae violentes personnalités entre les tenroristes eir les thermidoriens , des débats très-^-pasiiomiés sur k constitution de 98 ^ Toppression des patriotes , la disette des subsii^ances ^ entremêlés d^ndrei^se» audacieuses des sections , symplAtnes avatit-coureilrs de iknouvenoéns populaires;

En effet, le isg^rmânal, uu attroupement composé , pour la plus grande partie , de femmes , in-^ vestk toutes les avenues de la ^Ue et y fit imq>tion en demandant à grands eris dapam, la COMikiUion de 1793 , la liberté dêspairioBU^. Ces cHIs^ iitrent encouragés et appuyés pat ia mimtague.

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Les aiiU*ès représetitans voulurent en vain ra^ mener Pordre , leur voix fut couverte par les vociférations, leurs places furent envahies , ils furent tssaiUîs dHmprécàtions et de menaces ; la confiision et le tumulte furent tels que les séditieux eux-* mêmes ne pouvaient ni parler ni sVntendre. Ce désordre dura quatre heures. Epuisé par Une lutte mutile , «t rame accablée par ce tableau déploi*a-> ble 9 je sortis dans le jardin , laissant aiu hasard le dénouement dWe catastrophe ou la meilleure volonté étaât devenue impuissante. Je rencontrai Fabbé Sieyes 4 et nous nous livf*âmes ensemble aux plus sombres réflexions.

Uiexoès da mal en fournit le remède. La Con^ venlion ayant été dissoute de fait par Penvahisse* mesai du lieu de ses séances , et les montagnards se trouvant en trop petit nombrte , ils tnaniquèrent dWdace et n^Dsèreut déktbâref. Fatigués de Pinu*tilité de leurs propres excèi ^ lés séditiedx sVcou^ lèrent peu à peu et abaildonnèrMit le diamp de bataille. La Go&ventioB reprit sa séance. Yss^éflu^ an nom du tômité de aûneté génterale j proposa le décret sinvaiït : u La Convention nationato déclare au peuple français ^Hl y a «u aujourd'hui attentat tootre la liberté de ses délibérations^ et <jftie les auteo»*ide cet attentat sér&nt traduits au tribune crbninei de Pâris^ d

Cétoit nœ mesére hieû insi|[nifi«in€e a|ftèl$ «m si grand s^candale. Cependant la montagpue l^ate^ cueillit par des mmrmun»^ Sei^ent dit qu^ fnUaii

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chercher en Angleterre les auteurs des troubles ; que c^etaitla minorité de TAssemblée constituante, les Lameth, les Duport, etc.

Tant de mauvaise foi ou de niaiserie d^une part et d'^insolence de Pautre , excitèrent mon indignation et je Texprimai en ces termes :

<c Je déclare à la nation entière, que pendant quatre heures de cette désastreuse journée, je me suis retiré hors de cette enceinte , parce que je n'y ai plus vu la Convention. Toutes les fois que le lieu de ses séances sera violé par une force quelconque, je déclare que je n'y verrai plus la représentation nationale, jusqu'à ce que le peuple entier se lève ,pour lui rendre sa liberté. «Tappuie le projet qui vous est présenté. C'est la faiblesse de la Convention qui a jusqu'à présent encouragé une faction criminelle. Je l'ai dit, il y a quelques jours, du haut de ce fauteuil (étant président) , le temps des fai-* blesses est passé ; et dût cette tribune devenir notre tombeau, comme celui de tant de victimes , nous Qous y précipiterons encore pour dire la vérité et sauver la patrie. Je ne connais point tous les détails de cette journée, mais il ne faut pas en aller chercher les auteurs en Angleterre. Elle est en France la minorité qui conspire. Quelles que soient tes plaintes du peuple de la capitale , le gouvernement ne doit pas faire plus pour Paris que pour les départemenSé II doit sans doute pourvoir aux subsistances^ mais il est bon d'éclairer les dépar«lemeos et de leur dii?e que ces hommes qui ont

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crié du pain , se sont annoncés pour les hommes du 3i mai, qu^ils ont demandé la liberté des patriotes détenus et la mise en activité de la constitution d-e 1793. Ces demandes ont déjà retenti plusieurs fois dans cette enceinte , vous en connaissez les auteurs , et la nation jugera facilement de la pureté de leurs intentions. Je né veux pas pour le moment sonder la profondeur de nos plaies. Les comités vous présentent un décret suffisamment motivé par les événemens de cette journée. Il tfy a pas un membre de la Convention qui osât nier que la représentation nationale n^ait été violée et avilie ; il n^ a donc pas de doute que tous les représentans du peuple n^adoptent un décret qui peut concourir à sauver la liberté publique, inespéré qu^on trouvera facilement les diverses ramifications des mouvemens qui nous agitent depuis plusieurs jours. Le salut de la patrie est aujourd'hui dans vos mains; si vous faiblissez, vous la perdez avec vous. »

Cette sortie , toute vague qu'elle était , produisit un grand efiêt dans rassemblée. Presqu'à chaque phrase je fus interrompu par des apostrophes injurieuses de la montagne , et par des applaudissemens du plus grand nombre qui s'écriait en la montrant du doigt : a Les assassins du peuple, ils sont ici , les voilà !»

Le décret fut adopté. La montagne ne prit point part à la délibérjation.

Les esprits étaient extrêmement ëch^aflEés, la

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discussion continua. André Dnmont attaqua ouvertement les montagnards qui avaient dit hautement de lui) pendant qu^ii occupait }e fauteuil^ au moment où les séditieux avaient envahi la salle^ que le royalisme présidait la Com^ntfon. Il les accusa de vouloir sauver CoUot-rd^Herbois ^ Billaud- Varennes et Barrée, et demanda leur déportation. E21e fut décrétée d^enthousiasm^* On n^ea resta pas làf on décréta de la naéme manière Farrestatiôn et la translation ati château dé Ham des repré* sentans (i) qu^on regardait c6mmle leiH's protecteurs], qui àvaietàt provoqué la sédition et dirigé les séditieux.

Rien nVtait plus irrégulier k}ue ce pl*oeédé) lorsqu^ûli déportait les trcrfs accusés , leur culpabilité pai'aissait du ïhoiils assez prouvée ^ il n^^n^ était pas ainsi de celle des autres» Leurs opiniotis étaient » coilbues et les rendaient mspects, mais on ne savait pas jusqu^à quel point dbaciind^eux avait pris ^art à Feutrage fait dans la journée à la représeiktàtion ndtiénalei» On les <x>ndamnait en masse , sans itistHiotion I $ab& examcnn. Telle était la fatalité de6 circonstances» La Convention était une arène où chaque parti ne pouvait suivre les formes de la jbstioe saids se perdre, ni se sauver ({ue par Tarbili^aire.

Le général Pichegru se trouvait dans ce mo-

(i) Châles, Choiidîeu,Foussedoire^ itiigliet^ téanard^Bdttridén I Raaiapsy Dukem ^ Aiaiitr.

ment à Paris, la Convention lui donna le commandement général de la force-armée pendant la durée da danger.

Les décrets une fois rendus , il n^ avait pas i reculer sur leur exécution. Cependant il y eut de rhésitation. Il faillit eu arriver autant qu^au 9 thermidor. Les députés décrétés d^arrestation circulaient dans Paris et cherchaient, avec le reste de leur parti, à soulever le peuple. L^agitation continua, et le i3 au soir il n^ avait encore rien de décidé. On répandait même que la voiture, qui transportait les trois déportés t^ Rochefort, avait été arrêtée dans un faubourg et qu^on s'y opposait à leur départ. Un membre du comité de sûreté générale vint à la séance de la Convention pour rassurer les esprits. La montagne était déserte. Louvet demanda qu^on rendit un compte plus positif. Je dis à ce sujet :

« La Convention a frappé des hommes qu^elle a cm dangereux pour la liberté. Il ne s^agit pas de nous endormir par un rapport insignifiant. Les décrets sont-ils exécutés ? Non. Quels sont les obstacles? Voilà ce qu'il faut savoir. Toute mesure dilatoire ou évasive ne tendrait maintenant qu^à perdre la république. Il &ut que nous sachions si Ton a réellement arrêté le départ des hommes que vous éloignez de Paris. Je demande qu'on dise k la Convention quelle est sa véritable situation, quelle est celle de la capitale , afin que si la représentation nationale est poussée dans ses der-

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niers retranchemens, elle emploie cette mesure terrible (i) qui, semblable à la foudre, écrase le coupable au moment où il lève un bras parricide, et le place sous le glaive du premier citoyen qui veut venger son pays. Cen est trop de deux jours de révolte. Il faut savoir enfin à qui demeurera la victoire, si c^est au crime ou à la justice. Rqprésentans, voyez cette place, siège ordinaire des factieux (Fexlrême gauche) , elle est vide. Où sontils ? »

L^assemblée resta en permanence pendant la nuit. J'occupais le fauteuil du président. A trois heures du matin un huissier vint m^annoncer le général Pichegru. JPordonnai qu^il fût reçu à la barre. J^avais à peine eu le temps de prévenir rassemblée, qu^il y était déjà entré; je me préparais à lui faire une réponse appropriée à sa mission et digne d^un guerrier qui était dans toute la plénitude de sa gloire. Il ne dit que ces mots : « Re— présentans, vos décrets sont exécutés. » Surpris par son laconisme, je Timitai et lui répondis : a Le vainqueur des tyrans ne pouvait manquer de triompher des factieux. »

Les trois déportés furent conduits à Rochefort. Sur toute la route ils protestèrent dé leur innocence. Ils se flattaient que le peuple ne tarderait pas à revenir de Terreur dans laquelle il était sur leur compte. Ils disaient que le gouvernement leur

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(i) La mise Lors la loi.

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