‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 68 sur 110 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

qiie jusqu^à la fin de la session conventionnelle. Après le 9 thermidor, les thermidoriens quittèrent la montagne et siégèrent du c6te droit. Ils y forent renforcés par les soixante-treize Ticlimes du 3i mai. Ceux-ci , après avoir été rappelés dans la Convention, étaient tout simplement retournés k leur place; ceux-4à en avaient changé. On vit alors combattre dans les mêmes rangs TaUien et Lanjui-^ nais, Fréron et Boissy-d^Anglas , Legeudre et Henri de Larivière, Barras et Lesage d^Eure et Loire , Rovère et Louvet. Sur ces mêmes bancs où la Gironde avait péri sous les coups de la montagne, les déserteurs de Tune et les restes de Tautre , les oppresseurs et les opprimés , faisaient cause commune. Ces alliances b]zarre$, qui ne sont pas rares dans les révolutions, ne sont ni sincères ni solides. Le crédit des chefs thermidoriens uvait un peu baissé déjà par la rentrée des soixante^^treize , reparaissant sur la scène , forts de Tintérét qu^ins-^ pîrait un malheur non mérité ; et , sans la révolte des sections de Paris , qui sépara de nouveau des élémens aussi opposés, Tallien et son parti se seraient éteints avec le gouvernement révolutionnaire. ' Outre les séances de la Convention, où les ther^ midoriens et les soixante-treize siégeaient ensemble, ils avaient des réunions chez un nommé Formalaguez qui leur donnait à diner une ou deux fois par semaine ; j^y fus aussi attiré. Cet homme-là me paraissait une énigme que Je n^ai jamais bien pu mVxpliquer. tl se mêlait, je crois, de banque; je

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ne sais s^ii nY'lait pas ^Espagnol, et lie d^affaires avec Lafond Ladébat. Il avait un logement modeste à un troisième étage; son; ameublement et sa table annonçaient seulement de Faisance ; il était ouvert 61 accueillant ; il nVtait pas très-fort sur les niatières politiques , il n^avait aucune influence dans les discussions , et n^ prenait que la part nécessaire pour ne pas y paraître étranger ou indiflPérent ; il paraissait n^avoir d^autre but que de réunir les hommes les plus influens de la Convention ^ pour se concilier et s^entendre. Il venait aussi à ces dîners des personnages qui notaient pas représentans , entre autres , les généraux Servan et Miranda, ce derniei: Espagnol et aventurier-, et son compatriote Marchena, écrivain politique , qui courait aussi les aventures. ' . »

. Dans un corps faible et chétif, Marchena. cachait, sous un extérieur sale et repoussant , une ame ardente et énergique , des connaissances étendues ^ un enthousiasme désintéressé pour la liberté , et du talent pour le pamphlet. Servan , frère du célèbre avocat-général , était un homme médiocre à la guerre et dans les affaires civiles ; mais il passait pour honnête homme. Miranda (i) joignait à des connaissances militaires ^ de Tesprit et deFintrigue.

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(i) Mirandaipour se soustraire à la déportation prononcée contre lui au 18 fructidor^ passa eu Angleterre. Il était natif du Pérou. Dès la guerre d'indépendance de l'Amérique du Nord, il avait conçu l'idée de délivrer l'Amérique du Sud, sa patrie , du joug espagnol. Appuyé par l'Angleterre et les Etats-

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Du reste, dans ces réiuiions on n^arrétait point de plans secrets ; on.ne s^ engageait à rien , tout s^y passait en forme de conversation, et dans des explications qui avaient souvent un bon effet entre des personnes qui se suspectaient mutuellement, ou sur des objets qui avaient besoin d^tre eclaîrcis. (

La conduite des sections de Paris mit la division dans, cette réunion comme dans, la Conv^ition. Les orateurs sectionnaires portaient aux nues leç soixante-treize, et confondaient dans leurs paenaces et leurs outrages, les thermidoriens et la montagne. Dans le fait , on en voulait , à la Convention tout entière. On di$ait aux Boissy et aux Lanjuinais : Que vous importe que les décrets des 5 et i3 fructidor soient acceptés ? S^ils sont rejetés , vous serez toujours réélus au corps législatif, et vous serez débarrassa de cette majorité de conventionnels que conservent les décrets.

ie ne donnai pas dans le piège , je ne me laissai point séduire par ces éloges dont j^avais aussi ma part , et je ne m^en élevai pas moins avec vigueur contre la révolte des . sections. La plupart des soixante-treize gardèrent au contraire le silence : c^était de leur part ime défection ou une faiblesse. Ils devinrent dès->>lors suspects, et Ton finit par les accuser de complicité avec les sections. Qu^il y en eût plusieurs de vendus alors à la royauté, c^est ce

Unis y il avait fait plusieurs tentatives depuis 1806. A la fin , la fortune lui devint contraire : il fut pris par les Espagnols ^ ^t mourut en 1816 danslescachot8.de Cadix.

que iia suite a p^ouv^; mais ceux qui ne IMtaient pas, eomprometlftient par leur fausse politique la sûreté du corps dont ils faisaient partie^ et Vexistence de la république; car, enfin , si Ton avait, à tenr exemple, laissé faire les sections de Paris, la Convention eut été égorgée^ ou du moins déoimée, G<Mmm6 au 3i niiaî, et les royalistes^ maîtres du ohainp de bataille, ii^eussent certainement pas res-^ pëcté son ouvrage*

Ainsi, dans leicôté droit de rassemblée, chacun reprit sa couleur originelle ; les soixaute^treize et les theriliidoriens is^attâquaieut d^autant plus , qu^ils siégeaient encore les uns près dés autres; Daunou et LouVet se réunirent aux derniers ; cVtait une véritable confusion. Louvet était entraîné par Tirritabilité de son caractère; i) nous proposait chez Formalaguez de réarmer les terroristes, d'Indiquer un point de réunion bxLx patriotes opprimés y de former enfin une société de /aco^m^ , sauf à la dissoudre quand on n'en aurait plus besoin.

' Les soixante*treize disaient au contraire de ne rien précipiter , de se tenir sur la défensive , de gagner du temps.

Ou protestait de part et d'autre , en se quittant , qu'on resterait Uni, mais à rassenibléeoii se séparait tous les jours davantage ; l'infittëuc^ des soixante» treize diminuait, celle des thermidoriens aug^ mentait. Le royalisme était si discrédité qu'il compromettait ses partisans lorsqu^'il les niet-^ tait en avant, et même les républicains iltodérés

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qui avaie&l le malheur de recevoir ses louanges.

Les thermidoriens voulurent écarter des comités de gouvernement, Henri Larivière ^ Lesage, Rovère , etc., que le vent de la réaction y avait portés et qui y régnaient Ce dernier était regardé comme Tespion des royalistes* Cétait un homme immoral^ qui jôâail| la modération après s^étre signalé par des excès révolutionnaires dans le Midi ^ et qui ne méritait aucune confiance. Roux proposa (le 4 vendémiaire), sous le pt^texte de donner plus d^action aux odtnités* de réduire à onze le nombre de leurs membres. Tallieu renchérit encore et demanda la création d^une commission de cinq membres chargée spécialement de la surveillance de Paris.

A la tounemnâ que prenaient les choses, il me parut évident que les thermidoriens tendaient à s^emparer de tout le pouvoir, et leur versatilité était loin de garantir qu^ils nVn abuseraient pas.

ff LorsquVn vient, dis-je, de donner à la France un gouvernement constitutionnel, après lequel nous soupirions depuis si long-^temps, je trouve étrange que Von propose des institutions tempo^ «"aires et sous des formes qui nous retracent le ré*gime atroce auquel^ nous venons à peine tl^échappar. Je demande IWdre du jour. » li/ut adopté sur la proposition de Tàllten, et celle de Roux fut ren-s^ voyée à la commission des onze.

LVxemple des sections de Paris ne trouva point d^imitafeurs dans les autres assemblées primaires dt la république ; malgré les intrigues et les efibrts

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du royalisme^ on n^ remarqua point dVutre agitation que celle qui accompagne, ordinairement la liberté^ Il y en eut quelques-unes qui rejetèrent les décrets des 5 et i3 fructidor^ mais pas une seule ne se révolta. Elles se séparèrent toutes après avoir délibéré seulement sur Tobjet pour lequel elles avaient été convoquées, et le résultat des votes donna une immense majorité pour Pacceptar tion de la constitution et des décrets. ; La Conven-i tion le fît proclamer.. Les sections de Paris sVtaient • révoltées pour s^opposer à cette acceptation 9 elles restèrent en révolte contre, le vœu national. Elles prétendirent que . les . décrets n^avaient point étq acceptés, qu^il était ^aéme douteux que la consti-i tution Teût été.; qu^il 7 avait eu fraude dans le recensement des votes, qu^elles avaient le droit de venir vérifier les procçs-verbaux et les calculs, etc. Elles demeurèrent donc en permanence , or-^ ganisèrent des forces , se coalisèrent entre elles , et délibérèrent sur toutes sortes d^objets et en armes; chacune déciles agit en souveraine ; et api:ès avoir outragé et. menacé la Convention, elles se prépa-^ rèrent à Fattaquer.

Les objections. faites par les sections de Paris et qui ont été renouvelées depuis parle royalisme, dans toutes les circonstances où la nation a été appelée à voter, étaient sans fondement* Mais dans tous les cas nous aurions été des insensés, si nous avions consenti à traiter comme une affaire judiciaire Fêtal)lissement dWe grande république. Il n^ avait

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