CHAPITRE nu l
armée, de rîndisciplinc, de la làehelé , de la désertion, du pillage. Il parlait de la* mauvaise disposition des Belges contré la France , de la supériorité des ennemis et de Timpossibilité où il était de leur résister et de réorganiser son armée dans la détestable position de Louyain. Il ne voyait pas d^autre moyen de la sauver que de faire sa retraite sur Mons et Toumay. Il invitait le conseil exécutif à lui faire connaître promptement ses intentions, déclarant se décharger sur lui de sare$ponsabilité*
Le ministre de la guerre, c^était alors Beurnonville , dit qu^on avait répondu à Dumouriez qu^il était maître de prendre toutes les mesures qu^il croirait propres a sauver Tarmée et la république.
Le lendemain le conseil exécutif était réuni au comité. On fit lecture d^une nouvelle dépêche du général, datée d^nghien. Il y rendait compte d^une affaire très-vive où la perte avait été égale des deux côtés, des mesures qu^il continuait de prendre pour opérer promptement la retraite de Tarmée, sans quoi elle courrait les plus grands risques, et les places frontières pourraient être enlevées par les ennemis , paqpe qu^elles n^avaient ni garnisons, ni vivres, ni munitions, et qu^alors ils parviendraient facilement à se frayer une route vers Paris.
Beurnonville opina pour la retraite de toutes les armées sur les frontières et pour une guerre purement défensive.
l6 CONVENTION.
Prieur témoigna son étonnement de ce qu^on vonlût abandonner avec tant de précipitation et de légèreté des peuples chez lesquels on avait porté la liberté et qu^on sVtait engagé à protéger. Il demanda qu^on renforçât promptement Tarmée et qu^on s'occupât des naojens de lui rendre la cohfiance. .
Dumouriez fat violemment attaqué. Danton et Camus étaient présens. Ils avaient été Tun et Vautre envoyés en mission dans la Belgique. Ils Rirent interpellés de dire ce qu^ils pensaient de ce général. Leur rapport fut uniforme, en voici le
résumé :
Dumouriez a de grands talens militaires et la confiance des soldats. Il est surtout dans cet instant très -nécessaire à Farmée. Il a eu des torts assez graves dans la Belgique. Le décret de réunion a contrarié ses idées. Il manifeste des principes politiques souvent contraires à ceux de la Convention. Il sMtait persuadé qu^il appartenait à lui seul de diriger les révolutions de la Belgique et de la Hollande qu^il voulait éleuer comme ses enfims et à sa manière. Il aime à être caressé. Il a été entouré de flatteurs et d^intrigans^ surtout d^anciens révolutionnaires du Brabant, qui lui ont fait faire beaucoup de sottises. Lors de son retour à Bruxelles dans ce mois même, il a réintégré dans leurs fonctions les administrateurs provisoires destitués en vertu d^nn arrêté des représentans du peuple en mission. Il a fait à Anvers un emprunt en son
OHAPITRR Uf. iy
propre nom. Il n^a ni pour les commissaires de la Convention , ni pour la Convention elle-même le respect qui leur est dû. Il a dit quVlle était composée moitié d^ignorans,* moitié de Scélérats. A l'exemple de leur chef, les autres généraux se permettent des plaisanteries amères sur toutes les opérations du gouvernement. Cette conduite répréhensible a une influence funeste sur Topinion de Farmée. En présence du représentant Gossuin, auquel on ne faisait nulle attention , les soldats s^écriaient : Voilà Dumouriez^ noti*e père ! nous irons partout où il voudra ! Ils se pressaient autour de lui , baisaient ses mains , ses bottes et son cheval. Cependant nous ne pensons pas que Dumouriez ait des vues d'ambition personnelle. Mais Fanéantissement de ses plans de campagne , et les désastres de la Belgique et de Farmée lui ont donné beaucoup d'humeur. Son moral et son physique en ont singulièrement souffert. C'est dans cette situation qu'il s^est permis des actes d'autorité répréhensibles , et des lettres insolentes à la Convention , que par prudence on n'a pas lues publiquement. Il faut lui laisser le commandement , mais le surveiller. Il faut fixer les bornes de Fautorité des généraux , et punir ceux qui les^ dépasseront.
On fut très-étonné de cette conclusion et de la modération de ce rapport. Robespierre dit que d'après ce qu'il venait d'entendre, Dumouriez était indigne de la confiance de la nation, et dangereux pour la liberté; que si on le ménageait sous pré-
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texte qu^il pouvait éire utile dans les ctrocmatsnces actuelles, il s^en prévaildralitt et serait prêt à en abuser à mesure que la situntian de la république empirerait ; quTil ïie fallail pas bésièer uq instaut à lui ôter le eomraiandement.
Tout feu renvoyé au ooBseîl exécutif pour pren- ' àve les mesures ^ti^il ju^rait convenables y et en rendre compte.-
Le 2^9 y Beurnonviile communiqua encore une lettre de Dumôurîez; Il y continuait ses plaintes sur la lâcheté des soldats et lés brigandages auxquels ils se livraient. Il vantait la modération et rhumanité des Autrichiens. Diaprés lui , la Convention nationale était sans atitorité ; tant que le goiivei^nement resterait entre les mains de Gei>taines personnes^ la patrie serait dans le pitis grand danger } le mal était à son comble , les placé» étaient dépourvues de garnisons et d^àpprovisionnemens, Fennemi pouvait facilement s^en empa^^ rèr et se reùdre à Paris* Il appelait là France le
A Cette lecture édata un mouvement général d^indignation. On ne douta plus que DunfioUriex ne fût traître au fou^ et quelques personnes trouvaient qu^il était Pufa et Tautre ; car il était impos*^ sible de conspirer contre la Convention et la république avec plus d^imprudenee , de légèreté et de présomption. Il n^ eut qu^une v<hx pour lui re* tirer de stiite le commandement de Farmée.
Cependant Beurnonviile^ qui avait plus de loyauté ■
GHARiTR£ Mi. i^
que de péaétrtitioiif esâjiya encore de lu défi^ndra* « Je Vài vu ) dil-îl , se battife avec tant de braronra et d^iûtrépidita. que je ne puis le croire coupable de trahison. Accoutume à des vicioires rapides , il a été abatta par ses rêver» ^t les désordres de son armée* Le mal ne pei»t pas. être aussi grave qu^il le ùàL II %e a^agit, pour le moment, que de jeter de bonnes garniaona dana no» places frontières , et de former de«x camps sous Dankerque et Maulde^ et je siiiis a^&uré que fea ennemis ne vien*^ dront pas ncHis attaquer. S'ih. avaient un coup de main à faire y ce serait plutôt sur la Lorraine et TAl^ace^ »
Maison répandait cmveriemeiit que Dumouriei avait déjà traite aveo le prince de Cobonrg^ et qu^ils 9e disposaient à marcher siir Paris pour rétablir la royauté en faveur du duc de Chartres*
Le leDdémain 3o y sur le rapport de Camus , iul nom du comité de ddfensc générale j la Conven*^ tion décréta que Domoariee serait m|iiid!é à la barre^ et que quatre comolissaires ^ pris dans son »mn^ accompagnés du n^nistre de la goeiYC^ BeuriioA**ville t et investis du droit dç &ire arré^i? les généraux qui leor paraîtraient sospecii^, partir raienA sur4e^cbamp pour Tarmée de la* Belgique-; Gamiss fut mi de oeê commissairea. Il signifia te décret de la Convention au général ; ^ais il était en réveil ouverte ^ il fil arrêter lés Cd^nmissaires^^ les livra aux Autridiiens ^ écrivit à' la Convention une lettre menaçante^ voulut livrer Ûondé, sur-^
prendre LiUe, fut abandonné de son armée V obligé, pour se sauver, de se jeter entre les bras de rennemi , et erra chez Fétranger sous le poids d'un décret de mise hors la loi qui ferma à jamais les portes de la France à ce général que Tesprit d'intrigue et d'ambition avait jeté tour à tour dans tous les partis , et à la fin hors des voies de l'honneur. La trahison qui , de quelque prétexte qu'on veuille la colorer, n'est. jamais honorée par }e succès, né devient que plus odieuse quand elle échoue.
Depuis le commencement de la révolution la famille d'Orléans avait été le prétexte de bien des accusations. Il n'était pas douteux que plusieurs fois on avait pensé sérieusement à l'élever au trône constitutionnel. Dans la Convention, à peine venait-on de décréter la république, que les partis qui Ja divisaient renouvelèrent l'un contre l'autre cette accusation. La Gironde , par l'organe de Louvet, avait fait la motion d'expulser du territoire de la république tous les meiâbres de la famille royale; la montagne et surtout Robespierre l'avaient combattue : elle avait été rejetée. Au momentVoù l'on croyait que Dumouriez ' travaillait pour le duc de Chartres , dans une séance de la Convention ( 27 mars ) où l'on discutait sur les dangers de la patrie , Robespierre, après une discussion de près d'une heure, reproduisit la proposition de Louvet qui demanda avec chaleur quelle fût mise aux voix. Mais la montagne s^y opposa encore , et l'ordre du jour fut adopté à une très-