‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 70 sur 110 · RETOURNENT A LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

RETOURNENT A LA MONTAGNE

Le 11 vendémiaire, la Convention rassemblée allait célébrer une fête funèbre* en Phontieur des défenseurs de la liberté morts victimes de la tyrannie. Des pétitionnaires de Valencieiines vinrent se plaindre de ce qu'ion laissait usurper la souveraineté par trois mille faquins composant les sections de Paris. Le président annonça le commencement de la fête.

« La Convention, dis-je, ne peut se dissimuler que les dangers de la patrie vont en croissant , et nous serions la risée de FEuropé, si, au lieu de les écarter, nous célébrions une fête. J'en demande Fajournement. Nous nous occuperons des morts quand nous aurons sauvé les vivans. »

Mais Tallien répondît que les préparatifs étant faits , il voulait pleurer sur les mânes de Vergniaud, etc., et combattre ensuite la nouvelle horde de Charette.

La Convention se déclara en permanence.

La séance fujt remplie par des hymnes et des

discours funèbres , des rapport et des décrets relatifs à la révolte des sections*

Elles avaient une attitude militaire , elles étaient en hostilité déclarée. La nuit leurs factionnaires se correspondaient et poussaient les mêmes cris que dans une place de guerre. Elles n^avaient encore nommé qu^une partie des électeurs ; ils se constituèrent en collège électoral au nombre de cent , sous la présidence du vieux duc de Nivernais , qui , lorsqu^on alla le chercher chez lui pour le conduire à cette assemblée, dit : Vous me menez à la mort. Cette réunion prématurée et illégale n'avait pour but que de donner aux collèges électoraux des dépaiiemeus Fexemple de la désobéissance aux décrets des 5 et i3 fructidor , et d^pposer à la représentation natiùooale une sorte dç représentation des sections.

La Convention, remh't un décret pour casser c^tte assemblée et faire cesser la permanence des ^issemblées primaires* La proclamation en fut faite le soir même dans le$ rues y accueillie et interrompue sur quelque^ points par les huées et les violences des sectionnaires en révolte ouverte.

Les comités de gouvernement firent marcher la force armée contre les perturbateurs et le collège électoral. Mais les électeurs n'^at tendirent point. Pour leur donner le temps de se disperser d'eux-mêmes, on mit exprès de la lenteur dans les dispositions.

Jusqu'au dernier instant i'^agitaiion 'ét«t con-

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centrée dans Fintérieiir des sections ; on ne s^en apercevait pas pour ainsi dire extérieurement* Oq allait et venait dans les rues , aux spectacles ^ à ses plaisirs ^ à ses affaires comme à Fordinaire } le peuple se livrait à ses travaux habituels et ne pre-*naît aucune part à ces discussions; aucun des par* tis n'^osait s^en servir parce qu^ils craignaient de ti^en être plus moitres , si une fois ils le déchaî* naient, et que d^ailleurs il n^était pas du tout disposé à servir le royalisme. La Convention, pour laquelle' le peuple inclinait toujours , n^osait pas non plus remployer par une sorte de pudeur, et parce qu^elle venait de le désarmer après les journées de floréal et de prairial. Les comités de gouvernement donnaient des armes seulement à quelques individus expulsés des assemblées primaires y à Paris ou dans les départemens , à quel-^ ifWdB hommes incarcérés comme terroristes et ré^ cemment mis en liberté , parmi lesquels il j avait aussi des patriotes victimes de la réaction^ Encore on nVccepta leurs secours qu^à la dernière extré-^ mité (il vendémiaire ) : on ne pouvait pas éviter le combat; il h^y^ avait plus de scrupule sur les moyens de se défendre ; il fallait vaincre. Les restes de Ja montagùe se ralliaient. On parlait hautement de toutes les mesures révolutionnaires connues j telles que la clôture des barrières ^ les^ visites domiciliaires, etc.

La force des sections se composait des compasgaies de grenadiers et chasseurs de la garde natio-

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nale formées de propriétaires , de marchands , en un mot de citoyens en état de s^habiller et de s^équiper , au nombre d^environ vingt mille hommes ; tout le reste formait ce qu^on appelait ' les basses compagnies y n'était guère organisé que sur le papier, et n'avait pas Fhonneur d'être appelé au service. Cette arniée, car c'en était une du moins par le nombre, était commandée par le général Danican , qui , après avoir servi la république contre les Vendéens, avait pris parti pour le royalisme ; esprit inquiet et remuant ^ caractère inconstant et qui n'était pas de force à jouer un premier rôle.

La Convention avait pour sa défense quelques bataillons de ligne, forts de trois à quatre mille hommes, et quinze cents patriotes. Elle avait des canons, même ceux des sections, qu'elles lui avaient elles-*mémes remis après les événemetis de prairial, comme un trophée conquis sur les terroristes; et c'était la section Lepelletier, la plus audacieuse dans sa révolte , qui avait la première donné cet exemple;

Menou, général en chef de Varmée de Vintèrieur^ dont le quartier-général était à Paris, se trouva investi du commandement. Républicain , mais modéré et naturellement temporiseur, personne, n'était moins propre que lui à ce genre de guerre qui exigeait plus de résolution et d'audace que de science. Il n'effrayait point les sectionnaires qui le trompaient par leurs protestations pacifiques , l'en-

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