‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 73 sur 110 · CHAPITRE XV^l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV^l

» J*ai vécu et je mourrai républicain.

» J^ai voué respect et obéissance aux lois. Jamais je ne m^en écarterai.

» Je lie connais comme lois que celles £3iites par la majorité du peuple français ^ dans le cas où il délibère lui-même, ou celles faites par ses représentans librement et légalement élus. Jamais je ne reconnsâtrai celles faites par la minorité ou une section quelconque du peuple. La constitution décrétée par la Convention nationale , sur laquelle j^ai émis mon vœu, et qui a été acceptée par la majorité du peuple français , est sacrée pour moi ; j^emploierai tous mes moyens pour la défendre.

» Mon opinion particulière est pour la réélection des deux tiers de la G)nvention , parce que je regarde . cette mesure comme conservatrice de la constitution, tandis qu^il est possible et probable qu^un corps législatif dont la majorité serait composée de o^embres nouveaux , porterait atteinte à la constitution.

» Jusqu^à rétablissement du corps législatif^ fixé au 5 du mois prochain , je ne connais de véritable pouvoir et d^autre centre d^unité que la Convention nationale.

» Toute autre autorité quelconque , hors celles établies par la loi , est illégale et contraire à la souver^neté du peuple.

» Je n^écouterai aucune, espèce dUnsinuations ou de propositions qui me seraient faites par une portion quelconque du peuple.

2t6 CaNVBIVTION.

» Je resterai ferine et inebri^nlable dans mes principes; je nioiirrrai, 5% le £ïat, pour les soutenir; telle est nua déclaration, citoyens represen^ tans ; tous me devez de la faire connaître , et je

Fattends de votre justice.

;» J. Meinou. »

A pdne délivrée des royalistes, la Convention eui à se défendre des jacobins. Us voulaient s^emparer de la victoire et f^ecommenoer la révolution. Las motions les plus violentes se succédèrent rapi« dément.

Dès le i4 A^ soii") Pérard, Pami intime de Chou* dieu , lut une motioq ainsi ooneue :

n La république long^temps méconnue, trop longwtçmps avilie 9 a été véritablement sanctionnée hier et aujourd'hui par le courage des hommes de 89. Le canon de la Bastille a de nouveau retenti ; il £skui que la victoire soit utile , et quVnfin le royalifflfne soit coniprimé pour ne se relever jamais. On a tardé long-temps à se décider à cette mesure;; il faut Fadopter; il faut que tout ce qui copibaftit les patriotes soit pupi; que Fexemple soit marquant. Pour prendre des mesures promptes et efficaces , il faut centraliser les voiontés et resserrer leur action â Le temps est précieux. Décrétez qi\e les ccuniies de salut publie et de sûreté générale nommeront dans leur sein ui^e aommissioB de trois membre^ qui vous prosposera séance tenante des mesures de gouver nement relatives |iu passé et au présent. »

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Quoique très-applaudie par les tribunes , cette motion fut accueillie dans rassemblée par de vift murmures , combattue par Chénier , et rejetée.

Qnirot et Gourdan démandèrent le rapport de la loi du 12 fructidor, parce qu^elle ne frappait, disaient-ils, que des hommes arrêtés la plupart pour cause de patriotisme.

Je crus devoir m^opposer de suite au torrent qui se débordait.

a La victoire que la Convention vient de remporter , n'est pas le triomphe d'un parti , mais de la Convention tout entière. Je la regarderais comme une calamité si elle devait jeter encore la division parmi nom. L'expérience a prouvé que rien n'est plus funeste que de marcher de réaction en réaction. Les regrets que cette crainte pourrait inspirer sont adoucis par la pensée que le terme approche oh l'établissement de la constitution va faire taire tons les partis , et cesser le gouvernement arbitraire et absolu^ Tespère que pendant le peu de temps qu'il a encore à durer , personne ne sera af sez osé pour vouloir s'en ressaisir et le prolonger. Sans doute on a abusé du mot terrorisme j mais il ne faut pas Cfmre pour cela qu^il n^ait jamais existé de sys-^ tème désastreux pour la république et déshono^ rant pour la révolution. Restons donc dans uq juste milieu. VeutH>n outrir les prisons à txMit le monde ? ( On répand du côté gauche : Non , non. ) Eh bien ! cherchons les moyens de disœmer les innocens des coupables. Je demande le ronvai de

ai8 GONyiiNTlUIf.

la proposition au comité de sûreté générale pour faire un rapport; »

Le renvoi fut décrété malgré Topposition de la montagne, du haut de laquelle Qarrau sVma « que le règne des thermidoriens n^avaît comprimé que les patriotes. » Colombel : n Que depuis le 9 thermidor on' avait mis en liberté cent mille aristocrates dont dix mille, tout au plus, méritaient d^étref élargis. » Ces phrases étaient le véritable manifeste du parti.

L^un demandait que Ton cassât les nominations d'électeurs faites par les' sections de Paris; Tautre, que les prévenus d'émigration fussent contraints , ions des peines afflictives , de se constituer prisonniers jusqu'à leur radiation ; celui-éi , qu'on exclût de ^Paris toutes les personnes qui n'y étaient pas domiciliées en 89 , et qu'à l'avenir on ne pût y venir sans une autorisation du gouvernement; celui-là racontait les relations qu'avaient les royalistes de Paris dans les départemens, et montrait un drapeau blanc parsemé de fleurs de lis pris à Dreux sur des révoltés. On proposait la réintégration des militaires destitués depuis le 9 thermidor,, et la mise en liberté des représentans décrétés d'arrestation après les événemens de prairial. Cette dernière proposition était importante pour la montagne. On lut, dans la séance du 16, une lettre de. Thirion, l'un de ces représentans, qui demandait sa li-r berté ou un jugement. Il n'y avait rien à y opposer, et l'assemblée allait renvoyer sa lettre, à un comité^

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lorsque Dubois-Crancé , demandant qu^il f&t fait un rapport sur tous les autres rep'résentans qui se trouvaient dans le même cas, dit ; a Nous avons violé la constitution , il ne nous appartenait pas de déclarer que les députés qui notaient pas en état d^accasalion , seraient inéligibles au corps-législatif. » Cétait renverser d^un seul mot toutes les élections, et remettre en question des opérations qui étaient presque achevées dans toute la république. Cette sortie fut vivement contredite, et rassemblée se borna à renvoyer la lettre de Thirioa au comité de législation.

La montagne ne se tint pas pour battue ; dès le lendemain 17, elle essaya dVnlever une décision sur le même objet. Delahaye fît, au nom du comité de législation , un rapport par lequel il justifiait complètement J,-B. Lacoste, un des députés. décrétés d^arrestation , proposait de le mettre en li-» berté, et dWdonner qu'ail rentrerait sur-le-chatnp dans la Convention. En rappeler lin cMtait les rappeler tous. La montagne crie aux voix. Le cdté droit s^ oppose vivement et se lève en masse. TaUien, qui y siégeait encore, sVcrie : «Se moquer t-on de la volonté du peuple? » On demande Tordre du jour; Tallien continue : a Avant de passer à Tordre du jour , il faut faire voir au peuple qu^on veut attaquer la constitution et mépriser sa volonté. » En effet la proposition était contraire aux décrets des 5 et i3 fructidor acceptés par le peuple. C-est ce que démontra André Dumont. II conclut

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k ce que la Convention rapportât son décret de la ▼eille f relatif à la lettre de Thirion , à ce qu^elle interdit de lui faire aucun rapport mr cette matière, et à ce quVUe déclarait formellenïent quVUe ne changerait pas les époques ûxéeê pour la convocation des assemblées électorales^ )a formation du corps législatif et rétablissement du gouverne* ment constitutionnel. Ces propositions furent adoptées aux cris de vwe la république ! Trente membres de la montagne ne prirent point part à la délibération. On, censufa ea^ outre le rapporteur pour avoir présenté , sans la participation du confite, un projet de décret contraire à ceux des 5 et i3 fructidor.

Le i5 , je fus nommé membre du comité de sa-lut public.

Les thermidoriens étaient resté» jusqu^à ce mo-ment réunis avec les 73, et Ton était parvenu p0r ce moyen à résister aux entreprisés de la mon- * tagne. Mais cette union ne fut plus de longue durée.

Le 17 rei^démiaire , il ^ eut dîner chez Formalagtiez ; nous y étions environ une douzaine , sa-^ v^ir : Bcn&sy, Lanjiiinais, Larivière , Lesàge, Le^ gendre, TaUien , etc. Après dîner Legendre dit aux quatre premiers qu'il avait à leur reprocher le silence qu'ils avaient gardé pendant la révolte des sections 9 et sur les éloges que les royalistes leur avaient donnés dans leurs placards et leurs joûrliaux. ils répondirent qu'ils n'avaient pail dû re-

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