‹ Mémoires sur la Convention, et le DirectoireChapitre 74 sur 110 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

poosser des éloges qu^ils croyaient mérités ; qu^ils ne les avaient point recherchés; qu^ils avaient gardé lé silence parce qu^ils avaient pensé quHl valait mieux temporiser qoe brusquer une explo* sion,et qu^ils avaient craint le retour du terro* risme. Cette justification était bien faible ^ car si^ pour éviter la terreur, la majorité de la Convention çât aussi gardé le silence, il n^est pas douteux qu'elle ù^eût été culbutée par le royalisme. Ce^ pendant Legendre était quelquefois de bonne composition, et il se contentait de ces explications, lorsquVn les donnant, Lanjuinais dit le massacre du i3 vendémiaire. A ce mot Tallien entre dans un excès épouvantable de fureur ; il ne se possède plus, il accuse Lanjuinais et ses collègues de conni* vence dans la rébellion des sections , il les traite de conspirateurs et Formalaguez d^^espion, il veut sortir pour aller les dénoncer à la Convention. Ou se jette au-devant de lui pour l'arrêter , on ferme les portes, on fait tout au monde pour Tadoucir et le calmer; on ne peut y parvenir : il menace de tout briser et ne veut entendre à rien. J'avais des rai^ sons de croire que Tallien ne cherchait qu'un prétexte pour se séparer des 78 et retourner à la montagne. Dès ses premiers mouvemens, je' crus m'apercevoir qu'il jouait la comédie : j'étais donc resté assis et je le regardais tranquillement voci-^ férer et se débattre , lorsqu'enfin , fatigué de la prolongation de cette scène scandaleuse , je dis de sang-froid : « S'il veut absolument sortir, ouvrez4ui

9t2l CONVENTION.

la fenêtre. « Ces mots produisîfenl sur lui Téffel d^n seau d^eau jeté sur un chien qui se bat; il reprit sa raison et se remit en place. Lanjuioais put enfin s'*expHquer, il convint qu'il sVtâit servi d'un terme impropre, et dit qu'il appelait mxtssacre toute affaire dans laquelle le sang coulait , mais qu'il n'avait eu aucune mauvaise pensée. Cette explication parut satisfaire TalUen ; on se réconcilia , on se promit mutuellement de rester unis et de ne point parler de ce qui s'était passé. On ne se tint point parole; on en parla, et, selon l'usage,, chacun à sa manière. Un député me confia à ce sujet que , dès le i4 vendémiaire, il avait entendu Lanjuinais dire en présence de deux autres , Vhor^ rihle nutssacre du i3, et que, sur ce qu'on lui avait fait observer qu'il ne parlait pas comme un républicain , il avait répliqué : « Votre république est une chimère , elle ne tiendra pas. Je suis de l'avis de J.-J. Rousseau ; la France est trop vaste pour être républicaine. Je me soumettrai à la' constitution, parce que c'est la loi de l'État, mais sans changer d'opinion. )> Lanjuinais, de son côté, niait tous ces propos.

Sur un rapport spécial fait le 23 par Delaunay d'Angers, la Convention décréta que Lemaitre serait traduit, avec ses complices, devant une côra^ mission militaire établie à Paris. Le rapporteur avait lu des notes trouvées dans les papiers de Lemaitre, et qui étaient relatives à plusieurs députés tels que Lanjuinais, Boissy-d'Anglas , etc. Elles

Page 1