CHAPITRE XVI. ia
étaient vagues , insignifiantes, et ne prouvaient rien ; mais cela suffisait pour jeter des soupçons et de la défaveur sur des hommes que leurs ennemis étaient fâchés de voir reélus par le suffrage général de la France, et que Ton craignait de voir nommer au Directoire. Sieyes disait alors au co-> mité de salut public que Barthélémy, ministre en Suisse , était dans la conspiration royaliste et qu^il fallait le rappeler. Au sujet d\in échec que notre armée avait éprouvé sur le Rhin , Letourneur et Louvet assuraient que Pichegru trahissait (i).
Ou demanda Timpression du rapport. Tout-à« coup on vit Tallien se lever au haut de la montagne ou il venait de reprendre sa place après quatorze mois d^absence. Cet abandon subit du côte droit où il avait siégé depuis le 9 thermidor, parut d^un mauvais augure; ce changement de place annonçait un changement de parti ou de principe: « Et moi aussi, s^écria-t-il, je demande Pimpression du rapport, mais je demande également celle des le^Ures dont des fragmens viennent d^étre lus. Il faut que chaque représentant du peuple, chaque Français puisse les lire et s'y convaincre de toute la scélératesse des conspirateurs. Quant à moi, j'ose le dire, les comités de gouvernement n'ont pas nommé lés
(1) Ils n'en avaient pas de preuve ; cependant ils devaient avoir quelques données, ou ils étaient bien servis par leur ins
tinct. En général, on ne croyait pas k ces trahisons.
t2ft4 CONVENTION.
hommea quMls auraient dû vous £uVe connailre. U faadm eependânC les signaler enfin ; il faudra savoir pourquoi cette conspiration que je voulus, il y a deux mois, dévoiler à cette tribune, a été eontinuée avec plus de succès encore et a £siilli renverser la réptiblique. Il faudra savoir quels hommes étaient à la tête de cette conspiration ; pourquoi ceux qui, le i3 vendémiaire , dirigeaient les rebelles contre la représentation nationale, sont ^sncore libres au milieu de Paris; pourquoi on a paralysé Fénergie de ceux qui voulaient dénoncer et détruire ce repaire qui porte le nom d^assemblée électorale du département de la Seine , àe cette assemblée au bureau de laquelle nous avons vu figurer les hommes que la correspondance saisie indique assez comme les àgçtïs les plti^ inlé^ ressés de la faction royaliste. J^ai consenti à me taire : j^ai eu tort, je mVn accuse devant les amis de la liberté. «Taurais dû, je Pavons , dénoncer ceux qui^ le i3 vendémiaire, conspiraient avec les factieux de Paris, C0UX que les .sections avaient pris sous leur protection, et qui, par une réciprocité facile à concevoir , prenaient sous leur protection les sec^ tions de Paris ; ceux qui auraient été épargna du massacre général de la représentation nationale; ceux pour lesquels des chevaux étaient prêts non loin d^ici ; ceux qui recevaient les présidens et les secrétaires des sections rebelles ; ceux auxquels les sections faisaient des appels, auxquels elles disaient : dormez-vous? Non sans doute'ils ne dor-
GBAMTAB XVI. IIAS
maieût pftd, ib conspiraient le renversetnentdd la té^ pnbliqtie. Leurs cheraiurjele rëpàte^ ^éUdèntprét^ et ils marchaient bientôt au*devant dn nouveatt rdi dont ils auraient été les principaux ministres* Oui» j^ai eu tort dene pas vous fiiire connaître plus tôt vos dangers etles accusations qu^on pr<^pare contre vôusv Oui, dans quelques jours on doit vous aûcuse^d^a» voir fait tirer sur le peuple , et déjà la journée du i3 vendémiaire a été nommée un massâorei »
Barras, avec qui ce discodrs avait été concerté^ sMcria à son tour : « Je demande que Ton fasse oon*naître enfin ceux , qui , siégeant parmi non , ont conspiré contre la république. »
Tallien reprit : « Je les connais ceux qui s^agi-«tent encore., ceux qui sont unis aux conspirateurs de rintérieur. i^
Un grand nombre de voix : h Nomm^z^les^ nom* mexT-les. »
Tallien : a Je les démasquerai à Finstant Je demanide que la Convention se forme en comité générait i»
L^as&emblée se le va en signe d^adhésion. Les tribur neÈ retentii:ent des cris de vive la rép libllque ! Sau Ve% la patrie ! A bas les royalistes ! Et le public se retira.
Tallien ayant déjà prononcé Facte d^aeûusfttion , il ne s^agissâit donc plus (|ue de faire connaître les conjurés. U nomma Lanjuinais, Boissy-d^Anglaâ , Henri Laiivîère et Le Sage d'^E^re-et-Loir.
La montagne éclata en transports d^approbâtion^ Mais la majorité de la Convention se montaa fi'oide. Bergoing, un des 78, quoîqu^ami intime de Baiv
ia6 ' CONVENTION.
ras , défendit les inculpes et récrimina contre Tallien. C^était un hommb bon et loyal , et ises liaisons avec l^s. deo^ partis donnèrent du poids à ses paroles, hç têinps âe^passait en discussions orageuses , il était déjà minuit. Tallien voyant que sa dénonciation tombait à plat, eut encore un accès de fureur, semblable à de celui qu^il avgit eu chez Formalaguez quatre jours auparavant. Us^écria, « qu^il fallait rendre la séance publique et discuter devant le peuple. » La montagne Pappuya de toutes ses forces. Cétait , de la part de Fo^ateur , trahir son devoir, outrager la représentation nationale, et provoquer Finsurrection contre elle. M|ûs la majo>«rite de la Convention méprisa ses danseurs , tint ferme , se . refusa à rendre là séance publique , et décida qu^il n^ avait pas lieu à inculpatioli contre les quatre députés dénoncés.
GVtait un grand échea: pour, en diminuer Tamertume aux thermidoriens^ ef. peut-être pour sauver plus sûrement ses amis^ Louvet qui, en se liant fortement avec les premiers, n^en était pas moins resté fidèle aux 78 , dénonça Rovère et Saladin comme les chefs ou premiers fauteurs d# la révolte des sections.
« Que Larivière , Le Sage, Boissy et Lanjuinais, dit-»il , aient treùipé dans de tels complots, qu'ails aient à ce point oublié les vertus qui leur ont mérité la plus glorieuse infortune ; j^ose affirmer que la chost nVst pas possible, et je m^étonne que Tallien , qui est venu soumettre les soupçons que