LETTRE CIRCULAIRE DU ROI AUX EVEQUES
Monsieur Vévéque de.
Comme le premier et le plus essentiel devoir des souverains est de faire régner dans leurs États TÊtre suprême, par qui régnent tous les rois de la terre , ils ne peuvent donner des marques trop publiques et trop éclatantes de leur parfaite soumission à la divine majesté ; et comme c'est d'elle seule qu'ils tiennent toute leur autorité, ils ne doivent pas se contenter des hommages qu'ils lui rendent en personne , ils doivent encore encourager leurs sujets à concourir avec eux pour lui marquer leur reconnoissance des bienfaiits continuels qu'ils reçoivent de sa bonté. Pénétré de ces principes, je n'ai rien plus à cœur, depuis mon avènement à la couronne , que de maintenir dans toute leur étendue les établissements formés par la piété de mes ancêtres. Il n'en est guère de plus respectable que le vœu solennel de Louis XIII , de glorieuse mémoire; ce prince rempli des sentiments de la plus solide dévotion, avoit éprouvé tant de fois le secours visible du ciel , soit dans le temps que son royaume fut agité par les troubles que l'hérésie entraîne nécessairement avec elle , soit dans les guerres suscitées par la jalousie de ses voisins , qu'il crut ne pouvoir donner un témoignage plus authentique de sa reconnoissance et de sa vénération pour la très- sainte Vierge , qu'en mettant son royaume sous sa protection. liOilis XIV , de glorieuse mémoire , mon très-honoré seigneur et bisaïeul , a suivi les mêmes principes et a ressenti pendant le cours de son règne des effets signalés de cette puissante protection , et comme je ne puis suivre de plus grands exemples que ceux de ces deux illustres prédécesseurs , je veux que cette année, qui est la centenaire depuis que mon royaume reconnoît la mère de Dieu pour sa patronne spéciale , soit en même temps l'époque d'un renouvellement que je fais de ce même établissement. C'est pourquoi je vous &is cette lettre pour vous dire que mon intention est que , le matin du dimanche qui précédera le 15 août prochain, jour de l'Assomption de la très-sainte Vierge , vous fassiez faire commémoration de la déclaration de Louis XIII du 10 février 1638 dans votre église cathédrale , et qu'après les vêpres du jour de l'As-
somption, il soit fait une procession avec toute la splendeur qu'il se pourra , à laquelle assisteront toutes les compagnies supérieures et les corps de ville, avec pareilles cérémonies que celles qui s'observent aux processions générales les plus solennelles. C« que je veux être fait en toutes les églises, tant paroissiales que des monastère^, dps villes, bourgs et villages de mon royaume, ainsi qp'il es^plus p^rticulièreqfient expliqué dans ladite déclaration , que je veux être observée exactement. Et n'étant la présente à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, M. Tévêque
de m sa fiaipte gqrde. Ecrit à Cq|npi|i^e Iç 23 ^e juillet 1738.
Signé Louis , et plus bas âmelot. Et au dos est écrit : à M. l'évéquede et en son absence à ses grands vicaires.
Versailles, mercredi 20. — Vendredi dernier, jour de rAssomption , le Roi dev3.nt aller, après les vêpres , à la grande procession pour le renouvellement du vo&u de Louis Xin , je crus convenable d'y suivre S. M. J'allai donc en bas à la chapelle; je fis porter un carreau; j'attendis que le Roi fût entré et je fis mettre mon carreau auprès du premier banc à droite en entrant; j'étois le derniep sur ce banc du côté de la porte, par conséquent très-derrière le Roi et aussi loin qu'il étoit possible. M. le duc de Villeroy étoit derrière le Roi, étant en quartier, et auprès de lui M. le duc de Bouillon , chacun avec leur carreau. Au milieu des vêpres , je vis M. le duc de Villeroy g^ppeler l'aide-major des gardes et lui dire quelque chose que je nem^imaginai pas qui pût me regarder; l'aide-major vint à moi et me dit en propres termes tout bas : « Monsieur, M.»le duc de Villeroy vous mande d'ôter votre carreau. » Cela me parut plutôt un avis qu'un or4re , et jp pensai que M. le duc de Villeroy pou voit, me croyant en faute, avoir l'attention de me faire avertir ; mais je sentois que je n'étois point en faute et que c'étoit un esclandre de jeter le carreau sur-le-champ; je le poussai, et voulus essayer de le ranger insensiblement. M. Ip duc de Villeroy fit un second signe à l'aide-major ; je le vis et lui fis signe que j'allois Tôter, comprenant que c'étoit la suite du même avis et qu'il pou voit s'exécuter une ou deux minutes plus tard ; il me renvoya dire une troisième fois de l'ôter ; je
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le levai et Tôtai tout à fait le moment d'après. Lorsque les vêpres furent finies, j'ignorois si parfaitement que ce fût un ordre du Roi, que je le demandai à ce même aide-major, qui me dit qu'il croyoitque c'étoit un ordre de S, M. Je le demandai à M. le maréchal de Noailles , qui étoit présent , et qui me parut fort étonné de ce qui s'étoit passé et ignorant que ce fût un ordre du Roi. MM. de Noailles et deFleury et encore un autre duc étoi^iit; sans carreaux à ces mêmes vêpres; mais ils étoient dcYftOt le Roi, et moi j'étoisen arrière, suivant la règle. D'ailleurs il n'est pas nécessaire que tous en aient, puisqu'au mariage, que je citerai ci- après , de M. le prince de Conty, plusieurs de nous n'en avoient point. Me sentant donc innocent en tous points et ne pouvant reconnoltre le Roi à un pareil ordre, j'avois raison de douter qu'il vint de sa part ; mon premier soin fut d'en aller parler à M. le Cardinal et lui expliquer ce qui m'avoit fait différer l'exécution d'un ordre qui réellement venoit directement du Roi. M. le Cardinal en parla sur-le-champ au Roi , avec lequel il alloit travailler, et me dit au sortir du travail que le Roi n'étoit point fâché et avoit bien compris que je n'avois pas cru que cet ordre venoit de lui; et le Roi, à son souper avec la Reine , me parla beaucoup et à mon fils aussi avec bonté, et atoujours continué à m'en donner les mêmes marques qu'à l'ordinaire. MM. les Ducs me paroissent désirer que le Roi fasse un règlement sur ledit carreau, où, en quelle occasion et en quelle place il veut que nous ayons des carreaux; et M. le Cardinal a déjà assuré ceux qui lui ont parlé que l'intention du Roi n'étoit point d'ôter lesdits carreaux.
Ce droit que les Ducs ont d'avoir des carreaux, non pas devant le Roi mais en arrière, n'est pas nouveau; il est constant depuis longues années. On veut en attribuer l'origine àM. le maréchal de Duras; j'ignore cette époque, mais c'est un fait constant que l'on en avoit du temps du feu Roi, et que c'est la dignité et non les charges qui le
donne. MM. de Béthune, de Gesvres et d'Ayen étoient en charge et sans carreaux, et ne les ont eus que depuis qu'ils ont été faits ducs. M. le duc de Gharost certifiera qu'à Marly 9 dans la chapelle^ sous le règne du feu Roi , sans être en quartier^ il prenoit un carreau et se mettoit à genoux dessus; M. de Richelieu certifiera qu'à ce même Marly ^ à la paroisse , 'd fut cinq ou six fois au salut avec le feu Roi , dans une octave du Saint-Sacrement^ et eut toujours un carreau (c'étoit en 1714). M. de Lauzun en portoit toujours, et la plaisanterie du temps étoit qu'il donnoitla moitié de son carreau àM""*" de Chàteauthiers , fille d'honneur de Madame^ qui ne pouvoit en avoir un à elle. Sous Louis XY nous en avons toujours eu; au mariage de M. le prince de Conty ^ plusieurs de nous en eurent publiquement et sans contradiction. A la chapelle ici, au baptême de M. le Dauphin^ nous étions dix ou douze qui en avions , au vu et au su du Roi et de M. le Cardinaletde M. deDreux^ grand maître des cérémonies. Moi même j'en ai fait porter plusieurs fois , tant à la paroisse ici avec le Roi, qu'au reposoir delà procession du Saint-Sacrement, et ici à la chapelle. Tous ces faits sont certains. Je n'ai point cependant affecté d'aller toujours à vêpres avec le Roi en bas ; au contraire^ le plus souvent je remontois en haut après le sermon.
J'ajouterai à ce qui est marqué ci-dessus que du temps du feu Roi , M. de Gesvres et M. de Villequier^ tous deux de même âge que M. de Richelieu, regardoient avec jalousie que M. de Richelieu eût un carreau derrière le Roi et qu'ils n'eussent pas droit d'en avoir; M. de Gesvres le certifie. H. de Gesvres m'a dit aussi que feu H. de Beauvilliers lui avoit offert quelquefois dans l'ancienne chapelle ici la moitié de son carreau , ce qui prouve le droit constant. M. de Luxembourg m'a dit aussi que dans l'enfance du Roi, M. le maréchal de Villeroy en faisoitdonner du garde-meuble aux Ducs, à la tribune , ici à la chapelle. Ce fut M. le Duc qui fit changer cet usage. Il n'est pas
douteux que tous ces honneurs et distinctions dépendent du Roi ; mais peut-être jugera-t-on qu'il est en quelque manière de Tintérét du Roi de soutenir les distinctions et les privilèges^ puisque c'est cela seul qui fait l'émulation^ et que ceux même qui disputent ces honneurs^ je veux dire les gens non titrés . n'ont point de plus grande passion que d'y parvenir.
Il est encore constant qu'à Notre-Dame au Te Deum, à Saint-Denis au service du feu Roi ^ les Ducs avoient des carreaux. Tous les faits réunis paroissent prouver une possession et que ce n'est point les charges ni l'occasion seule des cérémonies^ mais entons lieux, pourvu que ce soit derrière le Roi.
Versailles, jetAdi 21. — Ce qui se passa vendredi dernier à l'égard des carreaux n'est pas le premier exemple que le Roi ait remarqué et désapprouvé ceux qui ontThonneur de lui faire leur cour; mais la façon de leur faire sentir qu'ils lui avoient déplu avoit été différente. En 1737, M. de'Nangis^ étant ici à la chapelle derrière la Reine^ s'assit sur un pliant qui étoit derrière lui. Le Roi le remarqua; mais ce ne fut qu'après les vêpres qu'il fit dire à M. de Nangis qu'il ne vouloit pas qu'il eût de pliant, mais seulement un tabouret.
M. de Gesvres me contoit aujourd'hui une aventure encore plus marquée. M. de Haillebois, le fils, maître de la garde-robe , ayant suivi le Roi au sermon, ne trouvant point de siège pour lui derrière le Roi, ayant su que H. le cardinal de Fleury ne devoit point venir, quoique son pliant fût placé, il alla prendre ledit pliant et le mit derrière le Roi. Au retour du sermon, le Roi dit à M« de Gesvres d'aller dire sur-le-champ à M. de Haillebois qu'il avoit fait une sottise , d'autant plus qu'il ne devoit point avoir de place derrière le fauteuil.
Dimanche dernier, 1 7 de ce mois, la Ville eut audience du Roi, de la Reine, de M. le Dauphin et de Mesdames, pour rendre compte du scrutin de Tèlection des éche-
3M MEMOIRES DU DtiC DE LUYNES.
vins (1); c'est Tusage tous les trois ans. M. le prévôt des marchands (2) , conduit par M. deGesvres (3)., harangua à genoux le Roi et la Reine seulement. La veille de cette audience^ M. de Maurepas ayant été parler à la Reine sur la place derrière le fauteuil de S. M. , la Reine dit à M** de Luynes de dire au chef de brigade qu'il ne devoit point être derrière le fauteuil, et en conséquence il n'y eut que M. de Nangis seul ledit jour.
Aujourd'hui les États de Languedoc ont eu audience. C'est M. l'évéque de Lodève (h) qui a porté la parole. M. de Nangis étoit encore seul derrière le fauteuil de la Reine. M. le cardinal de Polignac étoit aussi à cette audience^ et lie s'est point assis. L'une et l'autre audience étoient dans le cabinet avant la chambre de la Reine. MM. les officiers des gardes prétendent que cette pièce ne peut être réputée le cabinet^ puisqu'ils conduisent la Reine jusqu'à la porte de la chambre du litavec leurs b&tons. Mais ils conduisent de même LL. MM. de l'autre côté jusqu'à la porte de la chambre du litavec leurs bâtons, et cependant le salon dii bout de la galerie du côté de la Reine (5) est sans contredit le cabinet de la Reine. Chez le Roi, ils conduisent S. M. jusqu'à la porte de la chambre du lit^ et cependant dans la chambre du lit, en dehors du balustre^ aux audiences duParlement et de laVille,le capitaine partage le fauteuil. Ces exemples font voir que la conduite avec le bâton ne prouve rien.
(1) Tous les ansy le jour de Saînt-Roch, dit l'almanach Royal, MM. le prévôt des marchands et échevins , les conseillers de ville et quartiniers, avec deux notables bourgeois mandés de chaque quartier, s'assemblent dans la grande salle de l'hâtel de ville et font élection de deux nouveaux échevins , qui prennent la place de deux anciens qui sortent (il y en avait en tout quatre ). — Le prévôt des marchands était nommé par le Roi pour deux ans et ordinairement continué pendant huit ans.
(2) Michel-Etienne Turgot.
(3) Gouverneur de Paris.
(4) Jean-Georges de Souillac.
(5) Le salon de la Paix.
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J'appris il y a quelques jours que dans le renouvellement du bail des postes on avdit fait quelques changements. Les Carmes déchaùx, les Frères de la charité et les Petits Pères avoient leurs lettres franches de tous droits; on a ôté ce privilège à ces trois communautés.
J'ai parlé ci-dessus du baptême de M. le Dauphin. Comme plusieurs t^ativres demandoient à cette occasion le secours des aumônes de M. le Dauphin, le Roi fît remettre 400 livres à M. de Chàtillon pour distribuer en aumônes.
Il ne sera pas inutile de mettre ici une réponse de M. le maréchal de Villars au Roi, qui mérite d'être remarquée. M. de Villars faisant sa cour au Roi, S. M. lui dit : a H. le tnaréchal, combien gagnerai-je à votre mort? » M. le maréchal lui répondit : « Sire, je ne sais pas ce que V. M. y gagnera, mais le feu Roi auroit cru y perdre. »
Il y a aussi une réponse de M. le duc de Gramont, mais moins remarquable que celle de M. de Villars. Au sacre, il y a deux cérémonies; un jour celle du sacre, et le lendemain S. M. reçoit le cordon de Tordre du Saint-Esprit. A chacune de ces cérémonies , le manteau royal est porté par un homme de condition, non titré. M. le comte de Gramont et M. de Nesle furent les deux qui eurent cet honneur, lequel entraîne celui d'être fait chevalier de l'Ordre à la première promotion ; aussi le furent-ils l'un et l'autre à la grande promotion de 1724. M. le duc de Gramont étant dans le cabinet du Roi, le Roi lui dit : « Auriez-vous parié que votre frère eût été chevalier de l'Ordre avant vous? » c( J'aurois pu parier, Sire, et j'aurois perdu, mais à beau jeu. »
On a remarqué que le 5 de ce mois il fit une chaleur si excessive, que le thermomètre étoit à un demi- degré de moins qu'en 1706 et 1707.
J'appris il y a quelques jours par quelqu'un d'instruit que M. le Cardinal a voit renvoyé à M. de Saint-Aignan à Rome une lettre où M. de Saint-Aignan lui écrivoit :
« Monsieur », et que même il n^étoit pas satisfait de la façon dont les Ducs lui écrivent en tierce personne et le dessus en Italien. M. de Richelieu^ à qui Ton disoit comme à moi cette peine de M. le Cardinal^ dit qu'il chercheroit Toccasion de lui en parler^ et qu'il lui montreroit des lettres originales de M. d'Épernon et de M. de Montmorency & M. le cardinal de Richelieu^ où il n'y a que : a Monsieur »^ et finissant par m votre trèS' affectionné serviteur. »
M. de Richelieu m'a appris un droit dont jouissent les Ducs, mais dont ils font peu d'usage; c'est au grand conseil. M. de Richelieu a ses causes commises à ce tribunal; lorsqu'il y va comme client, il a un fauteuil, et son avocat plaide de derrière lui ; lorsqu'il y prend séance, il passe, en allant et en revenant de la buvette (1), devant le premier président, il coupe le parquet, et le premier président lui ôtele bonnet en prenant sa voix.
M. de Fulvy (2) me dit ici il y a quelques jours que l'on comptoit à Pondichéry présentement quatre-vingt mille habitants (3).
Quelques jours auparavant, le Roi avoit entendu un motet d'un petit page de la musique nommé Philidor. Ce nom est connu dans la musique; cet enfant n'a que treize ans et a déjà fait trois motets; celui-ci a été trouvé bon, et a été exécuté à la chapelle deux jours de suite. Le Roi lui fit donner 5 louis. On m'a ditmèmequeS. H. lui avoit promis 2 louis d'augmentation à chaque motet qu41 feroit.
LelS^LeRoi alla souper à la Heutte. Mademoiselle et
(1) Buvette , lieu établi dans toutes les Cours et Juridictions , où les Con« seillers Tont prendre un doigt de Tin quand ils sont trop longtemps en Texercice de leurs charges , et où ils parlent aussi de leurs affaires communes. (Dict, de Trévoux,)
(2) Orry de Fulvy, intendant des finances, conseiller d'État et directeur de la compagnie des Indes, était le frère consanguin d'Orry, contrôleur général. {Voy. sur ce personnage : d'Argenson, t. Il, p. cl. )
(2) Aujourà'hui Pondichéry a encore 55,000 habitants dont 7 à 800 blancs, le reste Indiens.
M""^ de. . . étoientâllées à Madrid. Mademoiselle envoya proposer à M"*' d'Aumont, à M'"'' d'Antin et à M"'' d'Ancezune de venir chez elle à Madrid ; je nesaissi on dit pour souper à la Meutte; ce qui est certain c'est que toutes trois refusèrent, et à quatre heures après midi le Roi manda à M""*" de Chalais, qui étoit ici , d'aller à la Meutte avec M*"* de Talleyrand. Cet ordre fut si précipité que M"™*^ de Chalais (1) n'eut pas le temps d'aller demander la permission à la Reine ; elle envoya en montant en carrosse prier M*"* de Luynes de demander cette permission. M""" de Chalais oublia aussi de faire dire quelque chose à M*"* la duchesse de Rochechouart, et la laissa ici ignorant où elle étoit allée voyager. Mademoiselle arriva sur les six heures à la Meutte dans une calèche avec
M""' de , M'"''^ de Chalais et de Talleyrand et
M"* de Ségur. M"* de Ségur est fille de M. le duc d'Orléans, comme M. le grand prieur; elle est peu connue du Roi, mais beaucoup de Mademoiselle. Les cinq dames retournèrent coucher à Madrid.
Le Roi alla, le mardi 19, tirer dans la plaine de Saint- Denis. S. M. ne tua que quatre-vingt-dix pièces; mais comme elle avoit permis de tirer à tous ceux qui avoient eu rhonneur de le suivre, il y eut mille sept pièces de gibier rapportées. Le Roi soupace jour à la Meutte, seulement avec des hommes ; et le mercredi 20, S. M. alla courre le cerf, et vint prendre, à Madrid, Mademoiselle et les trois dames, car M"* de Talleyrand, qui est grosse, ne fut point à la chasse. Le Roi mena les dames avec lui à l'assemblée; elles firent la chasse en calèche, et revinrent ici dans la gondole du Roi descendre à la cour de marbre ; elles soupèrent ce même jour dans les cabinets, et jj|me ^Q Talleyrand y soupa aussi.
Versailles j dimanche 24. — Le Roi retourne encore
H) La princesse de Cbala's était dame du palais de la Heine.
T. lî. 15
mardi 26 à la Meutte^ et on ne doute point qaUl n^y ait des dames.
S. M. doit tirer le mercredi, et revenir ici jeudi pour aller de suite à Marly. Le voyage a été retardé jusqu^à ce jour, et ne doit durer que jusqu'au 7 septembre, suivant le premier arrangement. Comme il se présente un grandnombre de courtisans pour ces voyages de la Heutte, et qu'il faut être averti pour faire porter des fusils, le Roi a ordonné que Ton se feroit écrire chez H. le duc d'Âumont, et la liste paroit la veille.
La liste de Marly paroit depuis hier; elle étoit même faite dès jeudi au soir.
Le 21, M"* la comtesse de Toulouse vint Taprès-dlnée chez le Roi, et, après avoir parlé quelque temps d'un petit cabinet que le Roi Ta chargé de faire accommoder auprès de la nouvelle chambre à coucher de S. M. à Rambouillet, elle pria le Roi de s'avancer à la fenêtre, où ^lle eût avec S. H. une conversation d'une demi-heure ; ce fait est certain.
J'ai oublié de marquer qu'au retour de Compiègne les 24 violons donnèrent un concert au Roi à son diner. C'est l'usage au retour des voyages du Roi.
Le Roi a été aujourd'hui en haut à vêpres. S. M. n'y va pas ordinairement les dimanches; mais c'est à cause de la veille de Saint-Louis. M. le duc de Villeroy n'a point pris de carreau à vêpres, mais il ne s'est pas mis à genoux ; et au salut il avoit un carreau à l'ordinaire.
J'appris ici le 18 que M. de Saint-Estevan, qui a été gouverneur du roi des Deux-Siciles, qui avoit toujours conservé un grand crédit dans ce royaume, s'étoit retiré. La jeune Reine, qui n'a que quatorze ans (1), étant le soir avec le Roi. et le prince de Pologne son frère.
(1) Marie-Amélie, fille de Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, roi de Pologne, née le 24 novembre 1724, mariée le 9 mai 1738 à don Carlos, infant d'Espagne, roi des Deux-Siciles.
M. de Saint-Estevan^ accoutumé à entrer familièrement chez le Roi, voulut y entrer à son ordinaire. La Reine lui demanda pourquoi il entroit lorsqu'ils étoient en particulier. M. de Saint-Estevan dit qu'il venoit représenter au Roi qu'il étoit temps qu'il se couchât ; la Reine lui dit qu'ils se coucheroient quand ils voudroient. Dès le lendemain M. de Saint-Estevan se prépara à partir. La Reine, peu de jours après son arrivée, dit qu'elle vouloit aller à la chasse en amazone avec le Roi ; qu'elle aimoit à tirer. On eut heau [ lui représenter que ce n'étoit point l'usage des reines d'Espagne de s'habiller en amazone, elle dit qu'elle alloit demander la permission au Roi ; elle la demanda, et s'habilla en amazone. M. de Saint-Estevan étoit peu aimé dans le royaume de Naples;il se retire d'une façon honorable. Il a eu la place de grand écuyer du roi d'Espagne à la mort du duc del Arco, et il vient d'être nommé' ministre.
Mardi 2Q, Versailles. — J'appris il y a quelques jours un détail par rapport au confesseur de la Reina par M. deTessé. Le confesseur de la Reine a droit d'avoir deux chevaux dans l'écurie de la Reine pour son usage ; il ne peut cependant en disposer que par l'ordre de M. de Tessé ou de celui qui en son absence commande l'écurie. Le confesseur du Roi a quatre chevaux pour son usage; mais il en dispose comme il veut. Ils ne sont point dans la petite écurie. C'est lui qui les nourrit, et le Roi lui en paye la nourriture sur un certain pied qui est fixé.
J'aidéjÉkiarqué que l'on faisoit présentement une liste pour les voyages de la Meutte. Cet usage est nouveau, et ce n'est pas seulement à cause de la chasse à tirer. Je crois que cela se pratiquoit même avant le dernier voyage de Gompiègne, et cela s'est pratiqué encore de même à ce voyage-ci, où le Roi est allé aujourd'hui après avoir couru le cerf, et d'où S. M. revient demain souper ici dans ses cabinets, après avoir couru avec le
petit équipage. Il y a quelque temps que le Roi dit dans son cabinet qu'il vouloit que tous ceux qui deman* doient à aller à la Meutte se fissent écrire chez M. d'Aumont. M. de Bouillon (1) étoit présent ; c^est lui qui me Ta conté. Le Roi parut le regarder; H. de Bouillon lui dit : a Sire, chez le premier gentilhomme de la chambre ? » Le Roi remarqua la peine que cela faisoit à M. de Bouillon à cause de la prééminence de la charge; S. M. eut la bonté de lui dire : « Mais mon grand chambellan dira quand il voudra me suivre à ces voyages. »
Le grand chambellan a le droit démonter dans le carrosse du Roi sans être appelé; il y monte même avant le capitaine des gardes. Mais le grand écuyer ou le premier écuyer ont droit d'y monter avant le grand chambellan. Us n'ont pas tous deux ce droit; ce n^est que l'un d'eux. Le cas n'est pas encore arrivé qu'ils se trouvassent tous deux avec le grand chambellan et qu'il n'y eût que deux places.
Leéapitaine des gardes a droit d'être toujours dans le carrosse où est le Roi. Cependant lorsque le carrosse est rempli par les princes du sang^ le capitaine des gardes monte dans le second carrosse; cela arriva en 1729, à la naissance de M. le Dauphin , et à celle de M. le duc d'Anjou lorsque le Roi alla à Paris. M. de Bouillon étoit dans le second carrosse dans le fond de derrière avec le prince Charles. Le premier gentilhomme de la chambre étoit au fond de devant avec M. le Premier, et entre eux deux M. de Souvray, maître de la garde-ro]^, M. de la Rochefoucauld, grandmaltre de la garde-rob^Boit à une portière, et à l'autre étoit M. le duc de Villeroy, capitaine des gardes en quartier, avec son habit uniforme, qui avoit devant lui un sac d'argent et qui enjetoit au peuple.
Hier 25, jour de la Saint-Louis, le Roi entendit une messe basse à la chapelle. 11 avoit été avant-hier à vê-
(1) Grand chambellan.
près; mais c'étoit une fête d'apôtre, et S. M. y va ordinairement à ces fêtes. Hier le Roi entendit vêpres et complies en haut, et retourna ensuite au salut. x\près la messe, suivant Tusage, les tambours des gardes suisses et françoises vinrent battre dans la cour de marbre, et les vingt-quatre jouèrent pendant le dîner du Roi.
Le 20 de ce mois, se fit le mariage de M"' de Sully avec M. de Goësbriant, le père. J'ai déjà parlé de cette affaire, qui dure depuis longtemps à cause des oppositions du fils. M*^" de Sully étoit pendant ce temps-là à Belle-chasse. Enfin tout a été terminé; c'est même M. de Goësbriant, le fils, qui a été demander à M. Tarchevêque la dispense des trois bans ; ce qui a été accordé, parce qu'on craignoit de nouveaux obstacles de la part de M. le duc de Sully. Le mariage se fit à la paroisse Saint-Christophe, et la noce chez M"** la duchesse de Mortemart douairière (1) .
Hier 25, mourut M. de Belle-Isle, le père, âgé de soixante-dix-huit ans. C'étoit un bonhomme et un honnête homme, qui menoit une vie singulière depuis plusieurs années; il se levoit tous les jours à minuit, une ou deux heures, et travailloit beaucoup dans son cabinet.
J'appris aussi hier la mort de M"* de Moras (2) dont rhistoire a fait tant de bruit; elle est morte de la petite vérole dans le couvent où elle étoit, mais le procès de M. de Courbon n'est pas fini.
Versailles^ 27. — Je vis hier un homme de grand nom qui est bien affligé de n'avoir pas été fait chef d'escadre. C'est M. le comte d'Arquien, capitaine de vaisseau depuis trentedeux ans, et qui a, à ce qu'il m'a dit, quarante-huit ans de service . La mort de M . le Bailly de Vatan , chef d'escadre , lui faisoitespérerqu'étantle premier à monter il neseroitpas oublié ; ilavoitparlé à H. de Maurepas, dont ilavoit été bien
(1) Colbert. (Note dit duc de Luynes.)
(2) Elle a été fort mal seulement. ( Note du dîicde Luynes. )
330 MKMOIRES DU DUC DE LUYTIES.
reçu, ainsi quede M. leCardinal. Samedi, M. deMaorepas, ayant travaillé avec le Roi . a nommé M. le comte d'Arquien (M. le Caidinal éioit à ce travail) ; le Roi nomma pour cette place celui qui suit M. d'Arquien, qui s'appeUe M. de Radoué. M. le Cardinal ne dit pas un mot. M. de Maurepas demanda au Roi s'il trouvoit bon qu'il dit à M. d'Arquien que c'étoitS. M. qui l'avoit ainsi ordonné. Le roi dit : « Il n'y a qu'à lai dire. » M. d'Arquien ayant su cette nouvelle alla chez M. de Maurepas^ qui lui dit : « Mon* sieur^ je ne vous auroispas dit cette aventure hier ; il faut que ce soit Teffet de quelques préventions qui viennent de M. le comte de Toulouse. » M. d'Arquien alla trouver M. le Cardinal^ comme ilalloit chez le Roi. M. le Cardinal lui dit tout haut devant plusieurs personnes : a Je vous assure^ Monsieur, que ce n'est pas ma faute, et d'un ton plus bas , ni même celle de H. de Maurepas. » C'est M. le comte d'Arquien qui m'a fait ce détail (1).
Le Roi alla hier courre le cerf après le conseil de finances. S. M. partit dans sa gondole avec des hommes à l'ordinaire ; il y eut des dames qui furent en calèche à la chasse^ et qui partirent un peu après le Roi. Ces dames allèrent ensuite souper à la Heutte et coucher à Madrid. L« Roi les a menées aujourd'hui à la chasse dans sa gondole. Elles ont fait la chasse du cerf aujourd'hui avec le petit équipage ; le Roi les a ramenées ici dans sa gondole. Elles soupent actuellement avec S. M. dans les cabinets. Ces dames sont Mademoiselle, M^^* de Clermont , M"* d'Aumont, M""** de Mailly et M""*^ de Ségur. Ou avoit proposé à M"* d'Ancezune, qui est à Croissy, de venir à la Meutte; mais elle a refusé.
J'ai marqué ci-dessus qu'il y avoit eu trois dames qui avoient refusé le dernier voyage de la Meutte ; elles n'étoient point averties de la part du Roi, ni pour la
(1) J'ai appris qu'il eut peu de temps après un brevet de chef de brigade; il est mort depuis. (Addition du duc de LuyneSj datée du 1 8 décembre 17dl.)
Heutte. Mademoiselle avoit mandé à M""" d'Antin de venir à Madrid à cinq heures du soir et d'amener M'"'' d'Âumont et H*"' d'Ancezune y et à ces deux-ci de se trouver chea M™* d'Antin à cinq heures.
Le Roi part demain pour Marly, et n'y restera que jusqu'au vendredi 5 septembre. Le voyage devoit commencer dès avant hier 25 et durer jusqu'au 7 ; il a été retardé d^abord de deux jours et ensuite abrégé de deux autres. On a remarqué que lorsque Mademoiselle est ici elle va presque tous les jours chez M. le Cardinal et y reste
même assez longtemps ; on dit même que M*"* de y a
été plusieurs fois.
Mesdames furent hier souper à sept heures à Trianon ; ce fut M"** de Tallard qui leur donna à souper. C'est un usage que M"* de Tallard a établi de donner une espèce de petite fête à Mesdames dans Toctave de Saint-Louis; il y eut promenade, jeu de cavagnole et un petit bal. Mesdames ne revinrent qu'à onze heures du soir; il n'y avoit d'hommes que M. le duc de Chartres; il présenta la serviette à Mesdames, à toutes trois , et eut Thonneur de souper avec elles. Ce n'est pas chose nouvelle; M™* la duchesse de Berry , qui avoit le rang de fille de France et qui passoit avant Mesdames , soupoit avec des hommes dans des occasions de fêtes.
On dit ici comme sûr le mariage du petit prince de Sulzbach avec la princesse de Sulzbach. Us sont l'un et l'autre à la cour de l'électeur palatin. Le prince de Sulzbach est héritier présomptif de l'électorat et la princesse est sa cousine germainCé Ils sont enfants des deux frères ; Tun avoit épousé M"® d'Auvergne ; c'est le père du prince de Sulzbach , et l'autre avoit épousé la fille de l'électeur palatin dont il a eu trois filles. C'est l'aînée qui doit se marier le carême prochain.
M. de Saumery est mort ce matin. Il avoit été premier maître d'hôtel de M"* la duchesse de Berry ; il étoit gouverneur de Salins ; il étoit âgé de soixante-treize ans ; il étoit
frère du gouverneur de Ghambord , qui avoit été sousgouverneur de M. le duc de Bourgogne. Le fils de celuici a été aussi sous-gouverneur^ et ambassadeur à Munich ; celui-ci avoit épousé M"* de Yillatte-Chamillart, qui avoit déjà deux filles de son premier mariage , dont l'une a épousé M. de Guitaut^ et l'autre H. de Brienne. M. de Saumery eut de ce mariage une fille^ qui est mariée depuis peu à M. de Goëtlogon , frère de celui qui est colonel du régiment de Toulouse. M. de Saumery qui vient de mourir, oncle de l'ambassadeur de Bavière , laisse trois fils et deux filles, qui ne sont point mariés et vivent tous cinq ensemble. 11 avoit eu un plus grand nombre d'en^ fants.
Le précepteur du Dauphin entre avec lui chez le Roi. — Famille du comte de Saumery. — Contestation chez la Reine. — Le duc de Villars obtient pour la noblesse de ProTence d'entrer au parlement d'Âix avec Fépée. — ÂfTaire entre MM. du Laurent et de Versalieu. — Groupe et bas-relief de Coustou.
— Service de Louis XIV à Saint-Denis. — Le Roi soupe pour la première fois dans les cabinets à Marly. — Mort de M. de Bonac. — Chasse dans le parc de Versailles. — Entrée et place dans les carrosses de la Reine , réglée par le Roi pour M™» de Mailly. — Retraite du cardinal de Fleury à Issy.
— Familiarité des soupers de Louis XIV à Marly. — • Ambassade de Russie. ■ — Affaire de MM. de Saumery. — Service des aumôniers. — Conseil de
dépêches. — Femme âgée de cent trente- neuf ans. — Voyage de Fontainebleau. ~ Mariage de M. deMirepoix. — Santé du cardinal.
Du lundi V^septenibre^ Marly. — Le 25 ou le 26 du mois dernier, M. le Dauphin ayant été le matin chez le Roi, M. l'évéque deMirepoix le suivit et entra avec lui. C'étoit le moment où il n'y a que les entrées fomilières. Le premier gentilhomme de la chambre n'étoit pas encore entré. M. de Mirepoix avoit demandé à M. le Cardinal s'il devoit entrer avec M. le Dauphin , et S. Ém. lui dit qu'il avoit droit d'entrer. Le Roi parla à M. de Mirepoix. Ce-
pendant dans la chambre même du Roi ^ un huissier vint lui dire tout bas qu'il n'avoit point ces entrées-là (1). M. de Mirepoix fut assez embarrassé ; il resta, sur ce que M. le Cardinal lui avoit dit^ et comme il s'en alloit dans le temps qu'il avoit compté naturellement sortir^ Bachelier, premier valet de chambre , instruit de ce qui s'étoit passée courut après lui et lui fit des excuses de ce que l'huissier lui avoit dit mal à propos. M. de Mirepoix, le même jour ou le lendemain, étant allé voir M. le Cardinal^ lui rendit compte de ce qui s'étoit passé. M. le Cardinal, lui redit encore qu'il n'avoit point fait de faute y qu'il étoit en règle étant avec M. le Dauphin ; et comme il sortoit de chez S. Ém., il trouva Bachelier^ qui lui dit qu'il venoit de gronder fortement l'huissier qui avoit fait une faute* M. de Mirepoix offrit d'en aller parler à M. le duc d'Aumont^ mais Bachelier lui dit que cette affaire ne regardoit point M. le duc d' Aumont ; que MM. les premiers gentilshommes de la chambre n'ont rien à voir à ces entrées , puisque c'est le temps où eux-mêmes n'entrent pas encore. C'est de M. l'évêque de Mirepoix même que je sais tout ce détail.
Je parlai il y a quelques jours de la diminution sur les pièces de 2 sols. Le Roi dit qu'il a perdu à Paris seulement 25,000 écus à cette diminution.*
J'ai marqué la mort du comte de Saumery, ci-devant premier maître d'hôtel de M"*' la duchesse de Berry, frère du gouverneur de Chambord, lequel avoit été sousgouverneur du Roi. Le comte de Saumery étoit gouverneur de Salins; il avoit eu vingt-deux ou vingt-trois enfants^ et avoit peu de biens ; il avoit acheté du bien de sa femme ce gouvernement qui vaut environ 12,000 livres de rente. 11 reste encore trois garçons (il y en avoit eu un
(1) Le fait e^ vrai sûrement; peut-être ne fut-ce pas l'huissier qui parla à M. de Mirepoix ou bien il lui parla en sortant de la chambre , car l'huissier ne doit pas être dans la chambre dans ce moment. ( Note du duc de Luynes.)
aumônier da Roi , qui est mort ) ; un des trois est depuis trente- deux ans exempt desgardesdu corps; il y a encore deux filles point mariées^ sans compter quatre religieuses. Ces cinq enfants vivent et logent ensemble à Paris et ont toujours été dans une grande union. Ils demandent le gouvernement de Salins pour le chevalier de Saumery^ qui est dans les gardes du corps^ et dessus ce gouvernement une pension de 2^000 écus. Cette pension leur avoit été accordée du temps de M. Le Blanc. Us la refusèrent alors ^ et même on étoit près d'en expédier le brevet. Ils étoient en procès avec leur père , et craignoient que cette affaire ne Faigrlt encore davantage contre eux. Ce fait est connu. Il y a peu d'exemple d'exempts à qui l'on ait donné des gouvernements; ils en rapportent cependant cinq. H. de Ghazeron , le père , n'étantencore qu^exempt ; eut le gouvernement de Brest ^ qui vaut 12,000 livres. M. de Ghazeron^ le fils, à la mort de son père^eûtlemêmegouvernementet la brigade. M. de Neuf* chelles eut un gouvernement de 8,000 livres de rente n^étant qu'exempt; je ne saisplus lequeLM. de Givry, étant exempt , eut le gouvernement de la tour de la Rochelle valant 12^000 livres avec la lieutenance générale. M. de Busca^ à la mort de son père, n'étoit qu'exempt; il eut cependant le gouvernement d'Aigues-Mortes, qui vaut 25,000 livres. Il n'y a encore rien de décidé sur l'affaire de M. de Saumery.
Il arriva il y a quelques jours une petite contestation chez la Reine, qui n'est pas encore décidée. M. le Dau* phin étoit chez la^ Reine , à Versailles , et n' avoit point encore soupe. Son souper étant servi, le maître d'hôtel du Roi en quartier chez M. le Dauphin , vint chez la reine pour avertir M. le Dauphin qu'il étoit servi. L'huissier de la Reine ne voulut pas le laisser entrer. Voilà le sujet de la question. Doit-on avertir M. le Dauphin chez la Reine , c'est-à-dire, le maître d'hôtel doit-il entrer ofibien faire dire à M. de Ghàtillon seulement? M""^ de Luynes en parla
à la Reine^ qui lui dit que si elle étoit chez le Roi , elle ne voudroit pas que son maître d'hôtel vint ravertir, quoique les honneurs soient égaux entre LL. MM. On répond que c'est un maître d'hôtel du Roi ; H. de Chàtillon demande que cela soit réglé. Les exemples de chez le Roi auroient décidé , mais le cas présent se trouve rarement ; je ne crois pas môme qu'il soit encore arrivé chez le Roi.
Du 2, [Marly]. — M. le duc de Villars part la semaine prochaine pour la Provence, dont il est gouverneur; il compte y passer au moins l'hiver. Il me parloit ici, il y a quelquesjours^ d'une occasion qu'il a eue de faire plaisir à la noblesse. Dans les parlements d'Âix, de Toulouse et de Bordeaux, la noblesse n'entre point avec sonépée; l'usage est de la laisser à la porte ; il n'y a que les ducs et pairs qui entrent avec leur épée, M. de Villars proposa au parlement d'Âix de changer cet usage y seulement lorsque le gouverneur iroit au Parlement , et que la noblesse qui l'accompagneroit y entrât avec leurs èpées. Gela est accordé , à une condition à la vérité y mais qui ne regarde que le gouverneur. Lorsque le gouverneur arrive à Aix, le Parlement en corps vient chez lui; le gouverneur doit sortir de sa maison , et aller recevoir le Parlement au bas de l'escalier par où l'on arrive chez lui. Il y a deux escaliers, un de quinze pu dix-huit marches du côté de la grande rue , et un autre de dix ou douze marches du côté d'une petite rue. Le gouverneur s'avançoit de ce dernier côté pour avoir moins de marches à descendre ; il a été réglé à cette occasion-ci qu'il iroit recevoir le Parlement au bas du plus granddegré et du côté de la grande rue. Le gouverneur reçoit de même la chambre des comptes. H. de Villars a cru devoir faire aussi le même traitement à la noblesse. M. de Villars doit faire son entrée dans la ville d'Arles.^ A son dernier voyage il la fit à Âix. Cette entrée esta cheval dans les villes où il y a un Parlement , parce qu'il vient une députaiion i
cheval du Parlement hors la ville au-devant du gouverneur.
Il arriva il y a quelques jours une affaire chez M. Bernard entre M. du Laurent et M. de Versalieu. Celui-ci est président à mortier du parlement de Dijon ; il aime beaucoup le jeu, et va souvent chez M"^ de Montbazon ; il y avoit fait connoissance avec M. du Laurent, qui est un gentilhomme , on dit même homme de condition , qui joue aussi beaucoup, et toute sorte de jeux, taille même au pharaon et au beriby, et qui est toujours chez M"® de Modène. M. de Versalieu , trois jours avant celui dont il s'agit, avoit mené dans son carrosse M. du Laurent souper chez M°* de Fontaine avec M. Bernard , à Passy . M. du Laurent , ayant commencé à tailler après le souper, M. de Versalieu, qui avoit affaire le lendemain de bonne heure , se trouva embarrassé de ne pouvoir partir à cause de M. du Laurent ; il confia sa peine à H"** de Fontaine , qui lui dit de ne s'en point embarrasser, qu'elle se chargeoit de ramener H. du Laurent. M. de Versalieu s'en alla, et M. du Laurent n'ayant pas voulu donner à M"® de Fontaine la peine de le ramener, trouva quelqu'un qui le ramena; mais il futpiqué contre M. de Versalieu, et l'ayant trouvé trois jours après dans la même maison, il y eut quelques propos avant souper que l'on apaisa. La dispute s'échauffa de nouveau en sortant de table, au point que M. du Laurent mit l'épée à la main pour la passer au travers du corps de M. de Versalieu. M. de Versalieu se sentant un peu blessé au bras en voulant parer le coup, prit la lame avec force et la cassa ; on les sépara ; on emmena M. du Laurent, et M. de Versalieu resta à jouer. M. Bernard écrivit sur-le-champ à M. le maréchal de Biron, doyen des maréchaux de France, lequel envoya dans le moment des gardes à l'un et à l'autre. M. de Versalieu dit que comme gentilhomme il reconnoissoit la justice des maréchaux de France, mais que comme membre
d'un parlement il ne pouvoit y déférer. Sur cette réponse il n'eut point de gardes. M. le procureur général ayant été averti, je crois par M. le maréchal de Biron , vouloit informer juridiquement. Mais un des amis communs dit à M. de Versalieu qu'il lui amèneroit M. du Laurent lui faire des excuses. M. de Versalieu s'est contenté de cette démarche. Il a prié M. le procureur général de ne point informer, et il est parti pour Dijon. M. de Harlay , intendant de Paris, et M. de la Briffe, officier aux gardes, étoient présents chez M. Bernard et ont rendu témoignage que M. de Versalieu n'avoit point de tort; il paroit que tous les sentiments sont en sa faveur.
Il y a trois semaines ou environ que l'on posa ici (1), au haut de la rivière, deux figures de marbre dans un même morceau , représentant TOcéan et la Méditerranée qui se donnent la main , et c'est entre ces deux figures et à côté de chacune que passent trois tuyaux qui jettent de Teau continuellement; cette jonction des deux mers est en mémoire du canal de Languedoc. C'est Coustou, fameux sculpteur, qui a fait cet ouvrage ; il y a sept ans qu'il y travaille. M. d'Antin avoit fait venir le marbre d'Italie: il est beau, il y a cependant quelques taches, surtout à la joue droite et au bras de la Méditerranée. Il y a trois figures, car il y a un petit enfant à côté de la Méditerranée, qui tient un aviron. Coustou est neveu du fameux Coyzevox (2), si célèbre sous le règne de Louis XIV, et qui mourut il y a treize ou quatorze ans. Coustou avoit un frère, aussi fort habile, et qui a déjà fait ici plusieurs figures. Celui-ci n'a pas encore soixante ans; il estime cet ouvrage-ci 60,000 livres ; il en a déjà reçu environ 3&,000. 11 travaille encore à une figure de Louis XIV sur le bord du Rhin , pour conserver le souvenir de cette action mémorablo. Cette figure doit être placée dans le
(1) A Marly. Ce groupe a été depuis transporté dans le jardin des Tuileries.
(2) Le duc de Luy nés écrit conune on prononçait alors : Coissevault.
salon du bout de la galerie de Versailles^ du côté de la chapelle (1).
Hier se fit, suivant l'usage^ le service du feu Roi à Saint* Denis; ce fut H. l'évèque de Lescar (2) qui officia. C'est le premier des aumôniers de quartier qui prie un évèque, et il en rend compte au Roi et lui demande son agrément. J'étoischez M. le Cardinal lorsque H. Tabbé de laFare lui dit : « Votre Éminence trouve-t-elle bon que je prie M. Tévéque de Lescar pour le service du feu Roi ? )» MM. les princes de Dombes y comte d'Eu et duc de Penthièvre étoient à Saint-Denis , et plusieurs seigneurs. Il y eut un grand dîner chez M. çle Tresmes àSaint-Ouen; c'est la coutume. M. l'ambassadeur d'Espagne étoit aussi au service. Ce jour, qui étoit un lundi , quoique ce fût un jour de musique^ il n'y en eut point. Le Roi alla courre le cerf, et soupa dans ses cabinets ; c'est la première fois que S. M. y ait soupe ici ; il n'y avoit que des hommes; ils étoient dix et le Roi. S. M. vint au salon avant le souper, et s'assit un moment auprès de la Reine^ qui jouoit au lansquenet. Après le souper le Roi vint jouer aux petits paquets.
J'ai appris aujourd'hui la mort de M. de Bonac, gendre de M. le maréchal de Biron; il laisse onze enfants , dont l'ainé a vingt-sept ou vingt-huit ans. On dit qu'il y a peu de bien; cependant M. de Bonac a été pendant plusieurs années employé dans deux ambassades qui ordinairement ne dérangent pas les affaires, celle de Constantinople et celle de Suisse. Dans la première, il y a un grand commerce à faire. Il est vrai que l'ambassadeur de France ne doitpoint être intéressé dans le commerce, mais cela ne s'exécute pas régulièrement. Il y a outre cela des présents considérables qu'il est d'usage que l'ambassadeur reçoive
(i) Ce bas-relief en marbre est placé actuellement dans le vestibule de la chapelle de Versailles, au rez-de-chaussée. (2) Hardouin de Ghaslon de Maison-Noble.
des commerçants , lorsque sa femme accouche à Constantinople de son premier garçon , et M*"® de Bonac y est accouchée. A Tambassade de Suisse^ Tambassadeur est toujours chargé de sommes très-considérables que le Roi fait distribuer, et desquelles ceux qui les reçoivent ne donnent point de quittance; mais cette sorte de profit ne seroit pas dans la règle. Ce qu'il y a à ces deux ambassades, c'est que la dépense n'en est pas considérable, H. de Bonac est mort d'apoplexie.
Du mercredi 3, Marly. — Le Roi fut hier tirer dans le parc de Versailles, et y tua environ 280 pièces. M. le Duc et M. le prince de Conty avoient suivi le Roi à la chasse, et grand nombre de courtisans. M. le Duc avoitfait porter fies fusils^ et tua 120 pièces. Le Roi avoit permis à H. de Courtenvaux et M. de Soubise de tirer à coups de pistolet. Us tuèrent, Tun 26 ou 27 pièces, et l'autre une quinzaine. M. le prince de Conty n'eut point permission de tirer; il n'avoit point fait porter de fusils et le Roi ne lui en fit point donner. On prétend que ce qui a fait que le Roi n'a point permis de tirer à M. le prince de Conty, c'est à cause d'une chasse dans la plaine, je crois, de Gennevilliers, que M. le prince de Conty a faite avant que le Roi y fût, où il tua avec ceux qui l'accompagnoient 800 pièces de gibier. M. le Duc , à qui j'ai parlé de cette chasse , m'a dit que le Roi lui avoit dit , dès Chantilly , qu'il vouloit le mener dans le parc de Versailles ; que sur cela il avoit fait apporter des fusils; que le Roi lui dit encore la même chose ici à son coucher, et lui demanda s'il avoit fait apporter des fusils , et qu'hier le Roi ayant commencé à tirer, il avoit attendu un nouvel ordre pour tirer; qu'il avoit son fusil sous son bras sans en faire usage ; que le Roi lui avoit dit : « Tirez donc » ; que quand il eut beaucoup tiré , ayant demandé combien il avoit tué et su qu'il avoit tué 80 pièces, il avoil dit au Roi : « Votre Majesté voudra bien me dire quand j'aurai assez tué » , et que le Roi lui avoit répondu sur-le-champ : « Vous n'en pouvez
tuer assez , >» et un moment après : a Je ne trouverai que vous en avez assez tué que lorsque nous serons dans le salon de Marly. i> Il n^y a ni droite ni même usage^ pour les princes du sang pour tirer avec le Roi. M. le Duc a été plusieurs fois avec le feu Roi et avec le Roi sans tirer.
L'affaire des placets des princes du sang au premier Président sans y mettre de Monseigneur n'est pas encore décidée^ et embarrasse beaucoup M. le Cardinal; j'en ai parlé ci-dessus.
La question au sujet du maître d'hôtel de M. le Dauphin pour avertir chez la Reine a été décidée par le Roi luimême ; il a dit à H. d'Aumont que ^ dans nul cas y ni dans le temps même que tout le monde entroit^ M. le Dauphin ne de voit être averti chez le Roi , par conséquent chez la Reine. Le maître d'hôtel dira à l'huissier d'avertir.
M. le Duc, à qui j'ai parlé de cette question, et qui peut y prendre intérêt comme grand maître (1) , m'a dit que les maîtres d'hôtel ne lui avoient fait aucunes représentations sur cette affaire, et que c'étoit une preuve qu'ils n'en étoient point blessés, et que pour lui il ne croyoit point que cela dût être.
M. le Cardinal, qui mange toujours seul depuis longtemps, mangea hier au soir une panade au lieu d'un morceau de pain qu'il mange ordinairement ; il a eu un dévoiement considérable cette nuit et des crampes ce matin; cependant il est bien présentement; il n'a pas été au conseil , mais il travaille ce soir avec le Roi.
On a remarqué que M. de la Trémoille est venu ici sans être sur aucune liste ^ ni du voyage, ni de ceux qui ont permission de venir au salon. M. le maréchal de Noailles en a été étonné et a demandé à M. de Gesvres si MH. les premiers gentilshommes de la chambre prétendoient avoir droit de venir ici sans être sur aucune liste. M. de
(t) Dfi la maîKon du Roi.
Gesvres l'a assuré qu'ils n'avoient nullement cette prétention.
La liste pour venir au salon a été comme à l'autre voyage avec des croix pour distinguer ceux qui peuvent venir autant qu'ils veulent, et les autres rarement.
Uarly., k . — J'ai parlé plus haut de l'entrée et de la place dans les carrosses de la Reine. M"* d'Egmont^ qui étoit au voyagede Strasbourg^ m'aconté que M™* de Mailly, dame d'atours^ avoit^ en allant, voulu avoir place sur le devant, préférablement aux femmes titrées, ce qui avoit donné occasion à un règlement : que la dame d'atours auroit l'entrée de droit dans le carrosse, mais que lorsqu'il y auroit une femme titrée elle seroitsur le fond de devant à côté de la dame d'honneur, préférablement à la dame d'atours non titrée; que M"* de Mailly avoit voulu au retour éviter l'effet de cette décision, parce que la Reine étant montée. M*"® de Mailly montoit des premières et se mettoit sur le fond de devant, ce qui faisoit que la femme titrée, ne trouvant plus de place, étoit obligée de se mettre à la portière ; que d'autres fois M"" de Mailly avoit évité de se présenter et avoit été dans son carrosse; que la Reine étant allée de Versailles à Saint- Cyr et M"*" la maréchale de Boufflers étant sur le fond de devant, M"* de Mailly avoit monté et s'étoit mise à côtédeM"* la maréchale de Boufflers; que M"*d'Egmont, qui étoit dame du palais, ayant été obligée de se mettre à la portière, avoit eu attention au retour, et par le conseil de M""' de Boufflers, de monter la première et de se placer sur le fond de devant; que la Reiçe avoit paru n'en être pas contente, mais que M"' d'Egmont lui avoit ditqu'ellen'avoii point pris la place de M"*' de Mailly, que c'étoit M"" de Mailly qui avoit pris la sienne puisque le Roi l'avoit réglé, et que la Reine n'avoit rien répondu. Versailles y 8. — Le Roi ne revint que samedi 6 de Marly. Le même jour M. le Cardinal partit entre neuf et dix heures, vint à Versailles passer quelques heures
M2 MÉMOIRES DU DUC Dft LUYNES.
et de là il alla à Issy, où il est encore. On sa voit dès jeudi que M. le Cardinal devoit aller à Issy pour se reposer ; mais le vendredi au soir on disoit dans le salon que c'étoit une retraite (1) ; qu'il avoit parlé au Roi pour lui représenter que sa santé ne lui permettoit plus de travailler. Le fait est que S. Ém. travailla ce vendredi le soir à l'ordinaire avec le Roi, quoique le dévoiement eût continué la nuit du jeudi au vendredi^ à la vérité moins fort que la nuit précédente. Ce qui est encore constant^ c'est que ce même jeudi, M. le curé de Saint- Roch y ci-devant de Sainte-Opportune, M. Brion, vint à Marly et fut enfermé avec M. le Cardinal . M. Brion est homme en réputation et estimé; il ne vient jamais à la Cour et M. le Cardinal a confiance en lui depuis longtemps. H. Tévéque de Mirepoix m'a conté que lorsqu'il fut fait précepteur, M. le Cardinal lui dit : « Le sous-précepteur et le lecteur ne sont pas encore choisis; on m'a proposé deux sujets que je ne connois point ; » et en lui nommant l'abbé de Saint-Cyr, il lui dit : « M. le curé de Sainte- Opportune ;, en qui j'ai confiance, m'en a dit beaucoup de bien. » (M. Brion est intime ami de l'abbé de Saint-Cyr.) Soit que M. Brion eût été mandé par Barjac (2) ou par M. le Cardinal même, il vint sûrement le jeudi 4. Dumoulin, médecin, mandée crois par Barjac, vint le vendredi , et M. le Cardinal fut étonné même de le voir entrer. On prétend que Dumoulin parla fortement à S. Ém. sur la nécessité indispensable et pressante qu'il y avoit qu'il prit du repos pour rétablir son estomac. Ce même vendredi. Mademoiselle fut quelque temps dans le salon assise sur une table auprès de la table de brelan du Roi; ensuite elle fit quelques tours dans le salon, demeura des moments auprès d'un jeu de cavagnole, où jouoient M""* de Mailly, M"*' d'Antin, etc., dit un mot
(1) Voy. Barbier, t. m, p. 141, et d'Argenson, t. H, p. 62.
(2) Valet de didmbre du Cardinal.
SEPTEMBEt". 1738: §43
tout bas à M°'^ de MaiUy, et partit ensuite pour Versailles; où elle arriva à une ou deux heures après minuit. M. le Cardinal, en arrivant ici, demanda si M'"'' d'Ancezune étoit arrivée, et fut eùfermé une heure ou une heure et demie avec elle. M. de Chàtillon vint chez lui pendant ce temps ; il lui dit : « Monsieur, c'est un rendez-vous. » Ce rendez- vous a fait faire des raisonnements, les uns sur M. de Torcy pour le faire entrer au conseil, les autres pour une place de dame du palais. On disoit que le Roi en vouloit ajouter quatre; on nommoitM*"** de Chàtellerault, de Fleury et d'Âncezune. D'autres, avec plus de vrsdsemblance , croient que cette conversation pourroit regarder une affaire personnelle à M"** d'Ancezune, au sujet de ce que j'ai marqué ci-dessus, qu'elle avoit refusé deux fois Mademoiselle pour aller souper à la Heutte. Le souper n' étoit point annoncé, ni ce n'étoit point de la part du Roi, mais de Mademoiselle , et M"*' d'Ancezune partoit pourCroissy ou y étoit déjà. M™' d'Ancezune est repartie et m'a dit qu'elle alloit avec M. d'Ancezune à une de ses terres nommée Sézanne pour six semaines ou deux mois. M. le Cardinal ne vit point ici samedi M. le Dauphin ni Mesdames. S. Ém. monta l'escalier pour arriver chez lui sans se faire aider, mais il étoit fatigué. Cependant après sa conversation avec M*"' d'Ancezune il avoit bon visage ; sa santé a été meilleure ces deux dernières nuits , et l'on compte qu'il reviendra vendredi ou samedi ; il paroit que l'on ne doute jpas présentement que ce ne soit son intention. Le samedi il écrivit d'Issy au Roi, et je crois qu'il lui écrivit encore hier.
M"" la maréchale d'Estrées fit hier sa révérence au Roi dans le cabinet après le salut. M"*' deVaujotu», d'Antin et de Villars étoient avec elle ; il y a eiiviron neuf mois que M. le maréchal d'Estrées est mort. Elle m'a dit ce matin que ce qui avoit été vendu à l'inventaire montoit déjà à 6 ou 700,000 livres ; qu'il y avoit encore la bibliothèque, que l'on croyoit valoir 200,000 livres, pour 100,000
écus de places dans Paris^ un diamant dont on lui avoit offert 70,000 livres et beaucoup d'autres effets. M"' la maréchale d'Estrées compte allerft Fontainebleau. Les logements sont faits il y a déjà plusieurs jours ; l'appartement qu'elle avoit dans la cour des Fontaines et qu'elle avoit prêté à M"** de MaiUy est donné à M"* de Mailly, et on en donne un autre, je crois, dans la cour des Cuisines, à M*"* la maréchale d'Estrées.
Madame la Duchesse, mère, me contoit à Marly, il y a quelques jours, que dans les soupers du feu Roi avec les princesses et des dames à Marly, il arrivoit quelquefois que le Roi, qui étoit fort adroit, se divertissoit à jeter des boules de pain aux dames et permettoit qu'elle lui en jetassent toutes. M. de Lassay, qui étoit fort jeune et n'avoit encore jamais vu ces soupers, m'a dit qu'il fut d'un étonnement extrême de voir jeter des boules de pain au Roi ; non-seulement des boules, mais on se jetoit des pommes, des oranges. On prétend que M"* de Viantais, fille d'honneur de M"* la princesse de Conty, fille du Roi, à qui le Roi avoit fait un peu de mal en lui jetant une boule, lui jeta une salade tout assaisonnée. Sous Louis XIV, les dames ne menoient point de porteurs de chaise ; tous les porteurs de chaise étoient au Roi, et lorsque les dames , en allant et venant, rencontroient le Roi, les porteurs avoient ordre de ne point arrêter; de sorte que les dames avoient beau crier aux porteurs d'arrêter, ils alloient toujours, ce qui donnoit occasion à des plaisanteries.
Le Roi fut avant-hier de Marly courre le cerf à Loti, et revint souper ici dans ses cabinets. Il n'y avoit point de dames. Le Roi étoit lui quatorzième.
On prétend que Mademoiselle a eu plusieurs conversations avec le Roi à Marly, dans ses cabinets, entre autres le mardi 3. La conversation dura deux heures, et S. M. n'envoya point avertir M. le Cardinal ce jour-là pour travailler.
SEPTEMBRE 1758. 24b
J*appris hier que M. de Vaulgrenant alloit en ambassade^ Russie^ d'où Ton attend incessamment le prince de Cantimir, qui vient ici ambassadeur. C'est, je crois, la première fois que nous avons envoyé un ambassadeur' à cette cour; ainsi il n'y a point encore de règle de faite pour les appointements. La dépense de cette ambassade est considérable ; la cour de Russie aime la magnificence et la bonne cbère ; il faut que l'ambassadeur ait beaucoup de vin de toute espèce , et cet objet est considérable.
Du 10 , Versailles. — L'affaire de MM. de Saumery est finie d'aujoiu'd'hui. M. d'Angervilliers travailla hier à Issy avec M. le Cardinal, qui continue à se porter bien, et leur a dit ce matin que le Roi donnoit à M. le comte de la Mothe-Houdancourt, gouverneur de Mézières, le gouvernement de Salins, et que S. H, donnoit à H. le chevalier>de Saumery, exempt des gardes du corps, le gouvernement de Mézières, qui vaut 10,000 livres de rente, et sur ce gouvernement 5,000 livres de pension pour le comte de Saumery, leur aîné. Us ont remercié le Roi aujourd'hui, et remercieront demain la Reine; c'est l'usage de remercier la Reine lorsque le Roi accorde quelque grâce.
Le Roi soupa hier dans ses cabinets avec des hommes seulement. Au retour de la chasse , il fut avant le souper un moment chez la Reine; c'est son usage ordinaire quand il ne soupe ni ne couche chez la Reine. M"® de Clermont y étoit; quoique surintendante, elle ne reconduit point le Roi.
Les princes et princesses du sang sont annoncés chez la Reine et reconduits par la dame d'honneur et en son absence par la damed'atours. M™*deLuynesatrouvécet usage établi; on prétend que c'est M"® la maréchale de Bouffiers qui commença cet usage pour faire sa cour à M. le Duc. Ce qui est certain, c'est que si l'exemple de ce qui se passe chez le Roi doit décider chez la Reine, les princes ni
les princesses n^y sont point annoncés^ et lepremier gentilhomme de la chambre ne les reconduit point; il-veconduit à la vérité les princesses, mais il reconduit aussi les dames qui viennent faire leurs révérences, aux présentations> départs, arrivées, etc.
Ce matin le Roi, avant que d^aller à la messe, a donné à M. de Bouillon une tabatière d^or avec le portrait de S. ^. La boite est belle, elle est enrichie de diamants; il y en a deux assez beaux et plusieurs autres plus médiocres et beaucoup de carats; on estime à peu près 1,000 louis cette boite. J'ai marqué ci-dessus que H. de Bouillon n'avoit demandé à S. M. d'autre pot-de-vin pour le marché de la vicomte de Turenne qu'une boite avec son portrait. Le Roi en la donnant à M. de Bouillon lui a dit : a Les petits présents entretiennent Famitié. »
Vendredi 12, ' Versailles. — Avant hier la Reine alla à la messe à son ordinaire, et il se trouva par hasard qu'elle n'avoit point d'aumônier. L'aumônier de quartier étoit absent, et l'aumônier ordinaire n'avoit point été averti. Le clerc de chapelle qui doit suppléer en pareil cas ne s'y trouva pas non plus. Comme MM. les aumôniers du Roi servent la Reine à Marly, parce qu'elle n'y a pas d'aumônier, M. Tabbé de laFare crut devoir se présenter pour prendre les livres de la Reine, mais la Reine lui fit dire par M'"*' de Luynes qu'elle lui étoit bien obligée, mais que cela seroit contre l'usage et la règle ordinaire.
J'ai déjà marqué que non-seulement les aumôniers du Roi servent la Reine à Marly, mais encore dans les occasions où la Reine n'ayant pas sa maison , c'est le Roi qui lui donne à souper. C'est-à-dire Taumônier du Roi dit le heriedicite et les grâces à la droite du Roi, et cette prière est pour le Roi et pour la Reine; de même que, lorsque la Reine donne à souper au Roi, c'est raumôîijerdelaReine qui fait la prière du côté du Roi. 11 y a quelques observations à faire sur cela. Lorsque la Reine donne à souper
au Roi au gpand couvert et que les gentilshommes servants sont en fonction, l'aumônier de la Reine dit le benedieite et les grâces, du côté droit, à la main droite du Roi. Lorsque la Reine donne à souper au Roi dans sa chambre, qui est ce qu'on appelle le petit couvert , l'aumônier de la Reine dit les prières entre le Roi et la Reine; et lorsque le Roi dine ou soupe à son petit couvert dans sa chambre, son aumônier fait la prière à la gau^ che du Roi. Lorsque le Roi et la Reine soupent au grand couvert, servis chacun parleurs officiers, l'aumônier du Roi est à la droite du Rqiet l'aumônier de la Reine à la gauche de la Reine. Je ne sais pas la raison de ces différents usages ; mais on pourroit dire que dans la chambre du Roi Taumônier est à gauche parce que c'est le côté du prie-Dieu du Roi , et qu'au grand couvert la place d'entre le Roi et la Reine est occupée par le grand maître , le premier maître d'hôtel ou le contrôleur ; et que dans la chambre de la Reine, où il n'y a ni premier maître d'hôtel, ni contrôleur, l'aumônier fait la prière entre le Roi et la Reinepour être entendu plus facilement de l'un et de l'autre. Avant-hier ce fut M. de Nangis qui donna à la Reine ses livres. En l'absence du chevalier d^honneur, ce seroit à la dame d'honneur. On trouva le clerc de chapelle où il dinoit.
J'ai parlé de l'audience des députés de Genève, ^e n'ai point marqué une circonstance que j'ai apprise depuis , c'est que leurs carrosses entrèrent dans la cour.
Du 13 septembre. — Le Roi tint hier conseil de dépêches; il l'avança d'un jour, car ce n'est ordinairement que le samedi. Comme ce conseil devoit être fort; long et que le Roi vouloit aller tirer, S. M. , après deux heures de travail , remit la séance au soir, et alla dans le petit parc, où il tua'environ 400 pièces. L'affaire des avocats au conseil fut rapportée par M. le chancelier au conseil de dépêches. M. le chancelier ayant voulu faire un règlement pour abréger les procédures que l'on fait au conseil, ce
règlement a excité des plaintes parmi les avocats ; ils ont fait leurs représentations. On les a écoutées; mais comme ils ont vu qu'on n'y avoit pas Fégard qu'ils désiroient^ ils ont déclaré qu'ils neplaideroient plus. Sur cette révolte^ on prit hier le parti de supprimer au conseil tous les avocats; il y en a 160. Le Roi en rétablira 60 seulement , ce qui est un nombre suffisant. 11 y en a quelques-uns qui ont été plus sages et qui seront par conséquent du nombre de ceux qui seront rétablis; mais les 160 places sont toujours supprimées (1).
Du mercredi 17, Versailles. — M. de Vaulgrenant fut présenté hier au Roi par M. le Cardinal comme destiné à l'ambassade de Pétersbourg. M. de Vaulgrenant m'a dit qu'il n'y avoit encore rien de réglé pour ce qu'on lui don* neroit; il a représenté que deux ambassadeurs de l'empereur s'y étoient endettés considérablement ; un, M. de Rabuttin, qui y mourut au bout de deux ans, et qui se trouva y devoir 40,000 roubles. Le rouble vaut 5 livres. Il y eut ensuite M. de Wratislau, qui y fut apparemment plus longtemps, car il devoit 80,000 roubles; et H. le duc de Liria , ambassadeur d'Espagne à Pétersbourg , ayant été rappelé par le roi d'Espagne (je crois quec'étoit pour ]e mettre dans le conseil) , se trouva endetté de 40,000 roubles ; de sorte qu'il retardoit de jour à autre son départ. La czarine le sut, et eut la bonté et l'attention de faire payer cette somme de ses deniers.
On a remarqué que Mademoiselle , qui alla à Paris au commencement de la semaine dernière , n'est point encore revenue. En partant, elle avoit parlé d'une façon fort incertaine de son retour ; mais cependant elle avoit dit
(1) Voyez les détails de cette affaire dans le Journal de Barbier, t. III, p. 138. Pour les nouvelles de cour, Barbier, qui est généralement bien informé, au moins du fait principal , est toujours en retard sur le duc de Luynes, et ce retard nous donne juste le temps que les bruits mettaient à arriver de la Cour à Paris. Pour Taffaire des avocats, au contraire, c*est le duc de Lnynes qui est en retard sur Barbier.
qu'elle pourroit bien revenir samedi ou dimanche. On croyoit qu'il y auroit un voyage de la Meutte demain, mais cela est changé ; le Roi prend médecine. S. M. part toujours lundi 22^ et court le sanglier en arrivant. La Reine part le mercredi 2!^^ et M. le Dauphin le 25.
Du lundi 22, Versailles. — H y a quelques jours que le Roi dit à son souper que M. de Cambis , ambassadeur en Angleterre , lui mandoit qu'il y avoit dans ce pays-là une femme qui avoit 139 ans; qu'elle avoit le visage ridé et jaune, mais que d'ailleurs elle n'avoit aucune incommodité, marchant même sans bâton; que M. de Cambis avoit envoyé le portrait de cette femme à M. Amelotc Elle est cependant peinte avec un bâton.
Le Roi dit le même jour que le prince Ragotzki avoit été excommunié par le Pape. Il n^y a qu'environ deux mois que le roi d'Espagne lui donna la Toison d'Or qu'avoit le feu prince Ragotzki , son père.
J'appris avant-hier que St. le marquis de Fénelon avoit été fait conseiller d'État d'épée, à la place de feu M. de Bonac. Cette place vaut 5 à 6,000 livres d'appointements.
Le Roi est parti ce matin à huit heures et demie pour Fontainebleau; il chasse le sanglier en chemin. Les gendarmes étoient en bataille , le premier rang aligné au dernier des gardes françoises, et ils ont débouché entre les gardes françoises et la grille pour suivre le Roi. ( Voir ce que j'ai déjà marqué plus haut pour ce débouché. )
Fontainebleau, vendredi 26. — Le 22, le Roi arriva ici comme j'ai déjà marqué. L'usage est que les chevau-légers fassent le dernier relai dans les voyages deS. H., de ihême que les gendarmes font le premier. J'ai déjà marqué que les chevau-légers marchent devant le carrosse au lieu que les gendarmes marchent derrière. Les cinquante maîtres de quartier doivent marcher immédiatement devant les chevaux du carrosse de S. M. ; cela se pratique ainsi dans tous- les voyages de grande cérémonie, comme
sieurs observations auxquelles M. de Picquigny répondit, et le Roi parut content de ses réponses.
M- le Cardinal arriva ici merci^edi 24; il avoit couché chez H. le comte du Luc à Savigny; il y avoit même séjourné un jour. S. Ém. arriva ici sur le midi en fort bonne santé ; il y avoit trois ou quatre jours qu'il n'avoit été à la garde-robe , mais la nuit du mercredi au jeudi il a été vingt-cinq fois à la garde -robe, et y a été encore dix ou douze fois cette nuit.
Le Roi soupa dans ses cabinets lundi et mardi , mais seulement avec des hommes ; il parolt que son arrangement est d'aller quatre fois à la chasse par semaine et de souper deux fois dans ses cabinets. On ne croit point qu'il y ait de dames à ces soupers. M"® la princesse de Conty arriva ici le même jour que le Roi. Quoique ses fenêtres donnent dans le jardin de Diane, et que le Roi ait passé plusieurs fois devant en se promenant après souper, il n'est point entré chez elle.
Du dimanche 28, Fontainebleau, — On parle beaucoup depuis quelque temps du mariage deM™° la princesse de Lixin avecM. le marquis de Mirepoix; le public en est étonné , M. de Mirepoix n'ayant pas de rang ; on ne dit pas même qu'on doive lui en donnera l'occasion du mariage. M. Bernard donne 20,000 livres de rente à M. de Mirepoix depuis la mort de sa femme, et il ne s'y est engagé qu'au cas qu'il nese remariât pas (1). M"™* de Lixin n'est pas riche. On dit cependant le mariage certain , et qu'elle est partie ou doit partir incessamment pour aller à Vienne.
M. le Cardinal alla travailler avec le Roi le même jour qu'il est arrivé. J'ai déjà marqué qu'il fut ce jour-là vingtcinq fois à la garde-robe; il y fut encore dix ou douze
(1) Pierre- Louis de Lé vis, marquis de Mirepoix, avait épousé en 1733 Aune- Gabrielle-Henriette Bernard, fille de Gabriel Bernard, dit le président de Rieux, et petite-Hlle du banquier Samuel Bernard. ËUe était morte le 31 déoèmbre
fois le jour suivant. Il s^est joint à ce dévoiement un vomissement qui fait beaucoup craindre ; cependant il estmieux^ ce matin, et areçu N. S. Le vomissement a cessé, mais le dévoiement continue encore un peu ; malgré cela^ il a parlé d'affaires avec M. Amelot ce matin , et d'affaires importantes, à ce que m'a dit M. Amelot,
L'archevèqae de Bourges élu coadjuteur de Cluny. — Détails sur le séjour de la Cour à Foutainebleau. — Santé du Cardinal. — Siège de Bdgrade. — Ambassade de Russie. — Mort de la duchesse d'Alincourt. — Présentation de révéque de Boulogne à la Rdne. — Mort de M. de Bezenval. — Traitement de MMT. de Brancas en Bretagne. — Musique de la Reine. — Travaux h Versailles et à Fontainebleau. — Mort du marquis de Choiseul.
Du mercredi i^ octobrey Fontainebleau. — On a reçu nouvelle ce matin, par un courrier de M. le cardinal d'Auvergne, que M. l'archevêque de Bourges (1) avoit été élu coadjuteur de Cluny. Ce n'est pas proprement ce qu'on appelleélection, c'est postulation. Les électeurs, c'est-à-dire les moines choisis de l'ordre de Cluny pour faire l'élection , n'ont point le droit d'élire un coadjuteur ; il faut qu'ils demandent au Pape permission d'élire un tel pour coadjuteur, et on ne peut faire cette demande ou postulation que du consentement du titulaire. La différence qu'il y a de l'élection à la postulation , c'est que l'élection passe à la pluralité des voix, et il faut les deux tiers des voix pour la postulation. C'est M. l'archevêque de Sens (2) qui m'a expliqué aujourd'hui ce détail. M. le cardinal d'Auvergne a, je crois , représenté que sa santé ne lui permettoit plus de vaquer aux affaires de l'ordre de Cluny, et M. de la Briffe (3) avoit les ordres du Roi
(1) Frédéric-Jérôme de Roye de la Rochefoucauld.
(2) Jean- Joseph Languet de Gergy.
(3) Intendant de Bourgogne et conseiller d'État.
pour proposer M. Tarchevéque de Bourges. M. le cardinal d'Auvergne est actuellement à Cluny , et M. de Bourges doit y être aujourd'hui ou demain. Cluny vaut environ 40,000 livres de rente , mais ce qui le rend plus considérable ^ c'est la prodigieuse quantité de collations. A l'égard du revenu, cela ne fera pas une grande augmentation à M. l'archevêque de Bourges, parce que le prieuré de la Charité qu'il a déjà est incompatible avec l'abbaye de Cluny ; il faudra même une dispense pour garder ledit prieuréjusqu'à ce qu'il soit titulaire.
H. le Cardinal continue à aller un peu mieux ; cependant le dévoiement n'est pas absolument cessé, et il y a encore des temps où le pouls n'est pas dans son état naturel ; cependant il ne vit que de bouillon .
Jhk mardi 7, Fontainebleau. — La Reine fut le 2 à la chasse du Roi, et y fut encore hier. Le même arrangement subsiste ici comme l'année passée; mardi tragédie, jeudi comédie françoise, samedi italienne, lundi et mercredi musique, vendredi et dimanche jeux. La comédie et la musique commencent à six heures. Comme le Roi soupe ordinairement trois fois par semaine dans ses cabinets (j'avois marqué ci-dessus deux), ces jours-là la Reine ne s'habille point, et lorsqu'elle n'est point habillée elle entend la musique de dedans sa chambre ; au lieu que les jours qu'elle est habillée, elle est dans son fauteuil en représentation dans la pièce où se font les concerts, qui estFantichambrede la Reine.
Il y a 'quelques jours que le Père ministre desMathurins me parla d'une difficulté qui lui avoii été faite l'année passée pour entrer à la toilette de la Reine ; il ne s'y est pas présenté cette année; il prétend que ses prédécesseurs y entroient, et que comme desservant la chapelle il a en quelque sorte le titre d'aumônier du Roi ; ils ont même je crois celui de chapelain , ou celui d'orateur perpétuel. Us assistent à la messe du Roi en bas à genoux sur la dernière marche d'en bas de l'autel, et le ministre présente
n4 MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.
de i'eaa bénite à LL. MM. à la tribune. Comme la toilette de la Reine se fait à présent dans sa chambre y an lieu qu'elle se Caisoit auparayant dans le cabinet où S. M. dîne, soupe et joue y que la chambre de la Reine seroît trop petite, et que d'ailleurs Theure de la toilette n^est guère convenable pour des religieux y il est vraisemblable que la Reine aimera mieux permettre que le Père ministre ait rhonneur de lui £ure sa cour pendant son dîner.
M, de Tessé a été pendant quelques jours à la campagne chez M. Defarges , lequel commande à Técurie de la Reine en Tabsence du premier écuyer. La Reine n'est point sortie en carrosse pendant ce temps-là; mais s^il y avoit eu quelques ordres adonner pendant cetemps-là^ç'anroit été Técuver de quartier qui auroit pris Tordre de la Reine et Tauroit donné au premier page. En l'absence de M. de Tessé et de M. Defarges y c'est le premier page qui oom» mande à l'écurie^ mais il ne prend pasTordre de la Reine.
M . le Cardinal est un peu mieux depuis quelques jours ; il mange du potage mais point de viande; il se promène même depuis deux ou trois jours en carrosse, et doit partir demain pour aller à Issy, où il compte passer huit jours seulement et revenir à Fontainebleau . Cependant on doute un peu de Fexécution de ce projet de retour, d^autant plus que cette nuit dernière n'a pas été si bonne que les autres. On dit même comme certain qu'il y a eu un peu de dérangement d'estomac, et qu'il a pris des gouttes du général de la Motte (i).
J'entendis faire il y a quelques jours quelque détail de ce qui se passa le jour que M. le cardinal de Fleury reçut le viatique. La veille, non-seulement le dévoiement fut considérable, mais il avoit de la peine à cracher; une partie des médecins ne croyoient pas même qu'il passât la nuit ; ils rendirent compte au Roi de son état, et & M.
(t) PnçênUm ^iUm^i daas Uqudte catrait de for dîsaoas TacideMlnu.
en fut extrêmement touchée et pleura. M. Tévèque de Mirepoix ayant parlé ce môtne jour à M. le Cardinal avec la liberté que donne ui;i véritable attachement , S. Ém. se détermina volontiers à communier le lendemain; il n'auroit pu communier ce jour même à cause des vomissements, et d'ailleurs Dumoulin ne croyoit pas le danger si pressant que les médecins d'ici. Le lendemain , à six heures du matin, M. l'évêque de Mirepoix fut chez lui, et le vomissement étant arrêté et quoique la nuit eût été meilleure, S. Ém. résolut d'exécuter le projet de la veille; ils'étoit confessé au Père ministre, et croyoit que c'étoitlui qui devoit lui donner les sacrements, parce qu'effectivement les Mathurins sont curé primitif de Fontainebleau , parce qu'ils l'étoient d'Avon , et qu'anciennement Fontainebleau étoitde la paroisse d'Avon. Cependant, comme la plus grande convenance étoit que ce fût M. le curé , cela fut ainsi réglé. M. le Cardinal voulut que M. l'archevêque de Sens y fût présent, et dit que non-seulement il vouloit rendre ce devoir à l'évêque diocésain , mais en particulier à M. Tarchevêque de Sens, pour qui il avoit estime et considération personnelle. Outre l'usage ordinaire dédire le credo avant que de recevoir N. S., il voulut faire une profession de foi tout haut ; il étoit dans son lit, dans sa petite chambre , et malgré sa foiblesse on l'entendoit de dedans le cabinet qui est auparavant. Il dit donc qu'il avoit toujours été soumis à toutes les décisions de l'Eglise et à toutes ses constitutions contre Bayus, Jansenius et Quesnel , et nommément à la constitution um^em^us ; qu'il mouroit dans les mêmes sentiments; que la pureté de sa foi et la droiture de son cœur lui faisoient espérer que Dieu le traiteroit avec miséricorde. C'est de M. l'évêque de Mirepoix que je sais ce détail. J'ai mis le sens des paroles plutôt que les paroles mêmes. Le Roi a été pendant cette maladie-ci , tous les jours deux fois chez M. le Cardinal; il parolt que S. M. lui marque plus d'amitié que jamais , et l'assemblage de plusieurs
circonstances fait juger que lesdiscours.qui ont été tenus à Marly ne sont pas sans quelques fondements.
J'ai marqué ci-dessus que Ton parloit d'une conversationque Mademoiselle avoit eue avec le Roi ; personne ne sait le vrai de cette conversation^ qui étoit tèteà tète^ mais voici ce qui a donné lieu aux réflexions présentes* il est certain^ comme je l'ai déjà marqué^ que le 7 septembre (1), veille de la Vierge, le Roi eut une conversation, que l'on m'a dit même avoir été d'une heureet demie, avec le P. de Linières (2), lui ayant dit la veille qu'il neseconfesseroitpas maisqu'ill'enverroitquerir, comme il fit. U paroit que depuis la conversation avec Mademoiselle d'une part , et de l'autre avec le P. de Linières, indépendamment de ce qu'a pu dire M. le Cardinal dans le travail journalier, il y a eu plusieurs changements dans la façon de vivre du Roi. A Compiègne, le Roi soupoit tous les jours de chasse du cerf avec les dames, etleurdonnoit des calèches pour aller à lâchasse; ici, il n'y a eu ni calèches, ni soupers qu'avec des hommes.
Du vivant de M. le comte de Toulouse , le Roi alloit souvent souper à la Rivière (3). Depuis sa mort, S. M. a retourné à Rambouillet, comme elle y avoit été de son vivant; cependant, il n'a été et n'est question d'aucun souper à la Rivière. Le Roi y a été une fois en revenant de la chasse du sangher, tout botté et par occasion , le sanglier ayant été pris dans la Rivière. S. M. visita des changements que M"**^ la comtesse de Toulouse a fait faire dans son appartement. Mais quoique M"^ la comtesse de Toulouse y soit établie sept ou huit jours après le Roi et qu'elle y donne à souper, quoiqu'il y ait trois jours dans la semaine que le Roi ne chasse point et où il seroit libre au Roi d'y aller, qu'elle soit venue ici exprès
(1) Dimanche, 7 septembre, veille de la Nativité de la vierge.
(i) Son conressenr.
(3) Propriété du comte de Toulouse, ^nrès Fontaînebleao.
avant-hier pour voir le Roi et la Reine , on ne parle point du tout que le Roi doive y retourner. ftP"® la princesse de Conty est établie ici du jour même que le Roi y est arrivé; Mademoiselle^ sept ou huit jours après le Roi. L^appartement de Tune et de l'autre donne sur le jardin de Diane. Le Roi n*a été ni chez Tune ni chez l'autre après souper, pas même chez M"* la Duchesse (1). D'ailleurs, les différentes situations de la santé de M. le Cardinal se remarquent aisément sur le visage du Roi.
On eut hier des nouvelles de Hongrie. Les Turcs font actuellement le siège de Belgrade ; ils ont en quelque manière surpris Tarmée impériale , quoique M. de Lichtenstein n'en convienne pas ; mais ce qui est certain c'est que les Impériaux ont été obligés de faire passer la Save à leur cavalerie fort promptement et de jeter leur infanterie dans Belgrade. L'armée impériale n'est point en bon état; elle manque de munitions, et cela parce que les entrepreneurs, qui sont des juifs, ne sont point payés. Les escadrons sont foibles et les bataillons encore plus, puisqu'au lieu d'être de 7 ou 800 hommes, ils ne sont pas de 150. Cet état justifie en quelque manière M. de Seckendorf, que Ton accusoit d'avoir fait périr Tarmée par négligence et mauvaise foi. Il ne parolt pas que M. de Konigseck fasse beaucoup mieux cette année. Le général Walis est enfermé dans Belgrade.
Du mercredi 8, Fontainebleau, — M. le marquis de l'Hôpital , que l'on appeloit ci-devant marquis de Vitry, vient d'être nommé inspecteur de cavalerie.
M. le prince de Cantimir, envoyé plénipotentiaire de la czarine en cette cour, estarrivé ici aujourd'hui, et s'en retourne à Paris demain sans voir personne ; l'on croit que c'est parce que M. le Cardinal n'y est pas. M. de Vaulgrenant, qui va en Russie, n'a de même que le titre
(l.)Nous avons déjà «lit quel (Uait le rùle <le ces princesses dans le coninierce du Roi avec M'"*^ de Mailly.
d'envoyé plénipotentiaire^ quoique j^aie marqué qu4l ait le titre d'ambassadeur. On prétend que la raifion qui fait que H. de Cantimir n'a pas le titre d'ambassadeur^ et par conséquent M. de Yaulgrenant, c'est que le Roi ne reconnolt point la czarine pour impératrice de Russie y comme elle en prend le titre.
Du vendredi 10^ Fontainebleau. — Le roi fut courre le cerf hier^ et au retour de la chasse il vint se déshabiller^ et repartit à six heures pour aller souper à la Rivière; c'est la première fois qu'il y ait été souper. S. H. n'avoit que deux calèches y à quatre personnes chacune ; il y en avoit une où ils'étoient cinq. Il n'y avoit point de dames avec le Roi; mais Mademoiselle étoit partie avant le Roi et avoit mené avec elle M"* de Mailly, M"® la comtesse de Gramont, H', du Bordage^ M. le comte de Gramont et deux autres hommes. Il y eut uncavagnoleavantle souper^ qui recommença après souper, et qui ne fut pas long, car le Roi étoit, rentré ici à une heure et demie après minuit; S. M. gagna 50 louis. A Compiègne, il en gagnoit autant presque toutes les fois qu'il jouoit à cavagnolp. Il disoit ce matin qu'à Mari y il n'avoit ni gagné ni perdu, pendant le voyage de Marly, que le dernier jour il gagnoit 200 louis, qu'il les avoit reperdus et avoit quitté aussitôt. Je ne mets cette circonstance que pour marquer la conduite du Roi au jeu.
Du dimanche 12. — Depuis le départ de M. le Cardinal, non- seulement le Roi a été souper à la Rivière, mais il a été chez Mademoiselle etchez M*"' la princesse de Conty par le jardin; il y est resté peu de temps. Hier, S. M. ayant demandéàM. de Chàtillon siM. le Dauphin iroit à lâchasse du cerf, et M. de Chàtillon lui ayant dit que H. le Dauphin n'iroit point, S, M. donna ordre sur-le-champ pour qu'il y eût une calèche et des relais pour Mademoiselle et M"* de Mailly, qui furent toutes deux à la chasse.
On croit que le prince Cantimir aura le titre d'ambasr sadeur, parce que, s'il n'avoit que celui d'envoyé pléni-
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potentiaire^ il n'auroit point d'audience particulière; par conséquent H. de Vaulgrenant aura le même titre. Quant à celui d'impératrice que prend la czarine , nous l'avons reconnu dans un traité fait en 1722^ à ce que Ton m'a dit.
Du vendredi 17^ Fontainebleau. — On vient d'apprendre la mort de M"® la duchesse d'Alincourt, qui est morte cq matin à sept heures; elle étoit fille de H""^ la maréchale de Bouffiers; elle avoitété dame du palais^ et elle étoit depuis longtemps dans une grande piété ; elle étoit fort gaie et fort aimable y et sera fort regrettée de ceux qui la connoissoient. Elle étoit boiteuse, et cependant d'une jolie figure; elle laisse un fils qui sera extrêmement riche^, et qui doit hériter de tous les biens de la maison de Villeroy, M. le duc de Villeroy n'ayant point d'enfants , étant séparé d'avec sa femme depuis assez longtemps.
Le 15, M. le cardinal d'Auvergne et M. l'archevêque de Bourges arrivèrent ici de Cluny. J'ai déjà marqué quelque détail de ce qui s'étoit passé à CluDy^ mais j'en ai appris depuis plus de ch'constances.
Il y a trois manières différentes pour l'élection ou pos* tulation d'un coadjuteur : l'élection unanime qui se fait en quelque manière par acclamation , le compromis et le scrutin. On sait ce que c'est que le scrutin; comme il pourroit être sujet à inconvénient, on prit le parti du compromis. Le chapitre nomme trois électeurs, lesqut^ls en nomment dix autres , et celui qui a les deux tiers de ces treize voix est élu. On fait deux procès-verbaux de cette élection , l'un qui est envoyé à la Cour à M. de Saint- Florentin (1), et dans lequel il est dit que l'intendant a été présent^ et un autre que l'on envoie à Rome , dans lequel il n'est pas dit un mot de l'intendant ; ce seroit
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(1) Secrétaire d*État qui avait la Bourgogne dans son département et Texpédition de la Ceuilie des bénéfices.
même une nullité dans le procès-verbal s'il en étoit parlé. Le Pape peut refuser l'élection , mais cela n'arrive point ordinairement. On sait que l'abbaye de Cluny donne beaucoup de collations. L'évèque du Mans en a au moins autant^ il nomme à presque toutes les cures de son dio* é^èse; il a treize cents paroisses ; il a outre cela sept à huit cents chapelles & donner.
' Le 15, le Roi sgupa dans ses cabinets au retour de la chasse ; il y avoit dix-neuf couverts en comptant S. H. M"^ la Duchesse y soupa. Le Roi avoit dit la veille à M. de Lassay de l'avertir et de lui dire qu'elle pouvoit amener avec elle cinqdames. M"'^ la Duchesse envoya aussitôt proposer ce souper à M"*" de Mailly^ qui répondit qu'étant de semaine elle ne pouvoit quitter le service de la Reine. Le lendemain M"*" de Mailly fit ses excuses à M"* la Duchesse^ qui parut un peu peinée du refus et lui dit qu'elle n'étoit pas glorieuse , qu'elle s'exposoit souvent à èlre refusée. 11 fallut songer à la remplacer ; BP' la Duchesse mena donc avec elle M"* la princesse de Conty, M"* d'Egmont, M»« de Châtillon, M"" de Boufflers et M"* de Fleury, M. le Duc, M. le prince de Conty, M. de Duras, M. d'Estissac , M. de la Rochefoucauld , M.. le comte de Bavière , M. de Vaujonr, etc.
(Test depuis quelque temps le nommé Moustier qui fait ces soupers; il étoit cuisinier de M. de Nevers avec des gages considérables et des conditions singulières de ne lui faire à souper que deux fois la semaine, d'avoir trois habits par an à son choix. Le Roi l'a voulu prendre; on Ta essayé à plusieurs soupers ; il y a eu beaucoup de brigues de la part des officiers de la bouche du Roi, pour empêcher qu'il fût reçu , ne lui fournissant pas ce qui convenoit pour faire bonne chère. Les officiers de la bouche ne sont point nommés par le grand maître ; mais par le premier maître d'hôtel.
Le souper fut assez gai. Le Roi but & la santé de toutes ■ les dames, et trouvoit mauvais qu'on ne lui portât pas
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leurs santés. Le comte de Bavière (l),avec lequel ilv a une ancienne plaisanterie de lui faire faire le haron aile* mand^ ne fut point oublié. Le Roi voulut qu'il fit le baron, et Fattaqua de conversation ; il lui dit : c(M. le baron, vous n'étiez pas destiné pour la France, vous deviez aller en Espagne. » Effectivement la première intention de l'électeur étoit d'envoyer le comte de Bavière, alors chevalier de Bavière , en Espagne , avec un de ses enfants qui est mort. Le baron allemand répondit dans son baragouin, mais avec respect et attachement pour le maître et pour la nation. Le Roi lui dit : «Nous sommes bien aise d'avoir fait une aussi bonne acquisition. » Cette marque de bonté fut remarquée et mérite bien d'être écrite. Le Roi porta à M"* de Fleury la santé de H. le Cardinal. Après le souper, le Roi passa chez H*"' la princesse de Conty, où il y eut un cavagnole qui dura une heure ou une heure et demie au plus. On croit que ce souper en annonce d'autres dans les cabinets, où les princesses seront avec d'autres dames, et que le Roi a voulu commencer par M""" la Duchesse.
Le 15, jour de Sainte-Thérèse , la Reine fut aux Loges entendre le salut; M"*^ la comtesse de Toulouse y vint de la Rivière ; M"^ de Mailly étoit à la suite de la Reine, et je m'y trouvai. M'"® de MaiUy s'approcha de M™" la comtesse de Toulouse, lui parla à Toreille dans le jardin, où la Reine étoit allée se promener pour aller voir les recluses. M"* de Mailly reconduisit M"*" la comtesse de Toulouse jusqu'à son carrosse dans la rue , lui baisa la main plusieurs fois et lui fit beaucoup d'amitié.
Du mercredi 22, Fontainebleau. — Le 15 de ce mois , M. l'évèque de Boulogne (2), qui est l'abbé de Devise, qui demeuroit à Cambrai et étoit fort attaché à M. de Fénelon, vint pour être présenté à la Reine ; il avoit été présenté
(1) Lieatenant général ea France , frère de rélecteor de Bavière.
(2) Augustin-César d*Hervi1ly de Devise; il avait été nommé évèque de Boulogne le 14 septembre précédent.
au Roi à Versailles dans le temps qu'il lui fit son remerclment, et cette présentation , suivant la règle et l'usage, avoit été faite en habit long. Je ne sais par quel hasard il n'avoit pas été présenté à la Reine en même temps; mais enfin il venoit pour être présenté , remercier et prendre congé en même temps. Il fut question de savoir si ce seroit en habit court ou en habit long. Gomme présentation et remerclment, ce devoit être en habit long; comme prenant congé, ce devoit être en habit court, car tous les évêques, horsl'évêque diocésain, sonten habit court ici, et ne portent l'habit long que lorsqu'ils sont présentés comme évêques ou pour faire leur remerclment; enfin il fut décidé que M. de Boulogne étoit censé avoir fait son remerclment à la Reine dans le même temps qu'il avoit remercié le Roi , et il fut présenté en habit court.
J'ai marqué ci-dessus quelque détail de ce qui se passa lorsque M. le Cardinal reçut ici N. S. 11 dit à M. de Mirepoix qu'il croyoit que dans des temps comme ceux-ci il convenoit qu'il fit une profession de foi plus étendue que celle que les évêques ont coutume de faire en pareil xas ; il ajouta à voix haute qu'il regardoit la constitution T/nigenitus comme règle de l'État ainsi que de TÉglise, et qu'il mouroit comme le plus simple et le plus soumis des enfants de l'Église. Ceci n'est que pour ajouter à ce que j'ai déjà mis ci-dessus.
La santé de S. Ém. va très-bien depuisqu'il est à Issy . Le Roi lui écrivit lundi ; on ne sait pas si c'est pour l'exhorter à ne point revenir ou pour satisfaire le désir qu'il en a ; ce qui est certain , c'est qu'il compte d'être ici vendredi ou samedi.
Le 19 on apprit la nouvelle de la mort de M. de Bezenval (1), colonel des gardes suisses; ils étoient trois frères dont il étoit le dernier.
Xe traitement que MM. de Brancas opt rjeç.u en Bretagne
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(1) On prononçait et on écrivait Beuzeval.
est des plus honorables. IP® de Rochefbrt^ fille du marquis de Brancas^ étoit partie après lui, mais devoit arriver avant lui à Rennes. Comme la femme du commandant ne va pas dans la ville faire des visites la première , mais seulement les renidre , 1^ dames de la ville crurent que M"^^ de Rochefort suivroit le même usage , et ne voulant pas lui rendre les mêmes honneurs qu'à la femme du commandant eUes résolurent d'aller toutes à leurs campagnes le jour de son arrivée. M"** de Rochefort en étant instruite^ et, se doutant de l'embarras où seroit M. son père sur cette démarche de faire la première visite , elle résolut, avant l'arrivée de M. son père y d'aller chez toutes les dames. Cette attention de sa part réussit au mieux, toutes revinrent chez elles avec empressement; on lui envoya une députation du Parlement en conséquence d'une déli- . bération où il fut dit que c'étoit contre la règle ordinaire et par considération personnelle. Ce fut un évèque qui porta la parole. Ce qui faisoit l'embarras de M"''' de Rochefort, c'est que son mari est Breton, et qu'en qualité de membre des États, il ne lui est point dû d'honneurs. On envoya aussi une députation à MM. de Forcalquier et chevalier de Brancas pour les inviter à prendre séance dans une place honorable à rassemblée des États ; c'est encore contre la règle ordinaire y les étrangers n'y étant point admis.
Lundi 30, le Roi alla souper à let Rivière , après la chasse. S. M. avoit mené huit hommes avec lui, entre autres M. le duc de Duras et M. le comte de Gramont. Mademoiselle étoit partie devant avec M"^ de Clermont, M"**" d'Aumont, d'Antin, de Mailly et de Saint-Germain. Le Roi arriva tard ; il fut environ trois heures à table. Il n'y eut point de jeu avant le souper; il y, eut après souper un cavagnole, qui ne dura pas fort longtemps. M. le prince de Bombes et M. le comte d'Eu spupièrent avec le Roi. S. H. eut un peu d'indigestion la nuit et ne dîna point hier.
261 MÉMOIÏIKS DU DUC DE LUYNKS.
Du dimanche 26, Fontain^leau. — Le mercredi 22 , Le Roi soupa dans ses cabinets au retour de la chasse. Mademoiselle, M"' de Clermont, M"« de Mailly, M"« d' Antin avoient é(é en calèche à la chasse ; elles soupèrent aussi dans les cabinets, et outre cela M"^ de Saint-Germain et M°* la maréchale d'Estrées (1), quoique ces deux dernières n'eussent point été à la chasse. Après le souper, le Roi entra chez Mademoiselle, où il y eut un cavagnole qui ne dura pas bien lon^emps.
On projette toujours un arrangement dans la musique de la Reine, mais il n'est pas encore exécuté. Cependant MM. les premiers gentilshommes de la chambre reçoivent les sujets qu'ils trouvent d'une certaine distinction ; il y a déjà quelques, mois qu'ils ont fait venir de Lyon M"' Huquenot ; elle est fille d'un peintre, et a une fort belle voix; elle a, été reçue le 20 de ce mois à 3,000 livres d'appointements en tout. Je dis en tout parce que toutes les filles de la musique ont outre leurs appointements une gratification par concert; je crois que c'est 6 livres pour Marly y compris leur voiture, et 3 livres pour Fontainebleau, car à Versailles on ne donne point de ces gratifia cations; c'est-à-dire les musiciens de la chapelle qui n'ont point d'appointements pour la chambre ont pour Versailles les mêmes gratifications que pour Fontainebleau, et ceux qui ont des appointements pour la cham* bre n'ont de gratification qu'à Fontainebleau et à Marly. Ces appointements se donnent de deux façons différentes, ou c'est par brevet, et en ce cas c'est le secrétaire d'État de la maison du Roi que cela regarde ; c'est-à-dire, le premier gentilhomme de la chambre ne peut les recevoir que du consentement du secrétaire d'État; au moins le secrétaire d'État le prétend ainsi, parce que c'est lui
(1) La maréchale d'Estrées servait aassi de complaisante au Roi : « Elle reçoit » dit d'Argenson , la Cour et Mme de Mailly à Bagatelle^... et s'en tient pour fort honorée. »
qui pijend l'ordre du Roi jet qui fait expédier les brevets ; ou bien le premier gentilhomme de la chambre fait un état des différentes gratifications pour les musiciens et musiciennes^ et cet état est payé par le trésorier des Menus. L^usage n'eçt point que les filles soient de la musique de la chapelle, ni les ecclésiastiques de la musique de la chambre. Ainsi la fille du sieur de Caix^ laquelle joue parfaitement bien la basse de viole^ n'a pu être reçue à la chapelle et esta la chambre avec 1^000 livres sur Tétat du premier gentilhomme de la chambre; et à l'égard du sieur Poirier, cette haute-contre dont j'ai parlé l'année passée, à qui M. de Rennes avoitfait prendre le petit collet et qui chantoit à la chapelle, sa voix s'étant trouvée assez belle pour être reçu à la chambre, on lui a fait quitter le petit collet.
L'on continue les ouvrages que l'on a entrepris à Versailles pour détourner les égouts qui se jetoient dans le oanal. Le marché de ces ouvrages est fait à 600,000 livres, et il y a 3,600 toises d'aqueducs ; c'est de M. Gabriel que je le sais. Lorsqu'ils seront finis, l'on compte nettoyer le canal, et c'est dans ce temps que l'on croit que le Roi passera un temps plus long à Compiègne et à Fontainebleau; mais il n'y a actuellement que 600 toises de faites de cet ouvrage.
Le Roi a arrêté depuis peu ici un projet auquel on travaillera immédiatement après le départ de S. M. ; c'est pour logerles chevaux àe la grande écurie. Us sont actuellement en un lieu nommé la Héronnière sur le bord du canal; ce bâtiment est ancien et peu convenable; le projet est de le jeter à bas ; mais comme le Roi veut bâtir dans la même place, il commence par faire faire tout â rheure une aile du bâtiment' projeté ; cette aile contiendra 150 chevaux, et on laissera subsister la Héronnière jusqu'à ce qu'on achève le projet. Il y avoit un autre projet qui étoit d'abattre la galerie d'Ulysse, qui est mauvaise et inutile, et qui donne sur la cour du Che-
val blanc, et de rebâtir à la place, en s'étendant sur le jardin et augmentant par conséquent le logement qu'occupe H. le duc d'Orléans, qui est celui de la Reine mère. J'avois entendu dire au Roi qu4l ne songeroit à l'exécution de ce projet qu'après le bâtiment des écuries. Cependant H. le contrôleur général, ayant représenté que Tun et l'autre pouvoient se faire en même temps , on va commencer incessamment ce bâtiment. Il contiendra 43 logements ; mais on ne fera dans cette année et la fn*ochaine que les gros murs et cloisons, et d'une partie seulement. L'année d'ensuite, le Roi compte faire l'autre partie et les dedans de la première.
* Vendredi 24, le Roi courut le cerf et soupa dans ses cabinets avec des hommes seulement.
Hier samedi M. le Cardinal arriva sur les cinq heures. Il avoit couché en chemin auprès de Corbeil chez un de ses secrétaires. Sa santé parolt bonne, et ses forces même assez bien revenues. Il mange tous les jours de la viande à dîner et s'en trouve bien. Il fut en arrivait chez la Reiqe, et étant rentré chez lui et s'étant déshabillé^ le Roi y vintaussitôt qu'il fut prêt, au retour de la chasse, et resta enfermé environ trois quarts d'heure avec S. Ém.
On ne dit rien encore de certain sur le temps que durera le voyage , mais on commence à croire qu'il durent jusqu'au 28 de novembre.
Du mercredi 29 j Fontainebleau. — Hier, M. le marquis de Choiseul, colonel d'un régiment d'infanterie, mourut ici. Il étoit fils de H. le marquis de Meuse et marié depuis quelques années avec la nièce de M. de Hontmartel, dont il a deux garçons. La petite vérol.e lui prit dan^ l'appartement de H. de Bouillon; il fut transporté à la , ville; il est mort dans son neuf. Comme M. de Meuse étmt chez lui en Lorraine» ses amis ont demandé le régiment pour le chevalier de Meuse, frère de M. de Choiseul, capitaine dans ledit régiment et chambellan du Roi de Pologne.
M. de Richelieu part ces jours-ci pour le Languedoc avec M"® de Richelieu. Le traitement qu'elle doit faire aux femmes de la province et aux étrangères ne me parolt pas encore absolument décidé. M"® la maréchale d'Ëstréesdisoithier au soir ici qu'en Bretagne elle n'a voit jamais donné la main à aucune femme de la province, qu'elle ne la donnoit pas même aux étrtingères, ce qui est plus singulier; mais elle ajoute que c'étoit en les priant de vouloir bien permettre qu'elle en usât aiAsi pour ne pas choquer les Bretonnes. M. de Richelieu ayant reçu une lettre de compliment du parlement de Toulouse, lui fit réponse , à ce que j'ai appris , dans ces termes : « Qu'il étoit avec un attachement inviolable , etc. » Le Parlement lui renvoya la lettre, et M. de Richelieu a été obligé d'en écrire une seconde, où il se sert du terme de respect.
M"** la duchesse de Duras me contoit hier que lorsqu'elle fut en 1728 à Bruxelles, après la mort de son frère, M. le prince de Bournon ville , sachant que l'usage étoit que toutes les femmes titrées ou non baisassent la main de Tarchiduchesse, elle prit le parti de demander les ordres du Koi sur ce cérémonial avant son départ ; elle alla trouver M. le Cardinal, et lui demanda quelles étoient les intentions de S. M., si la même personne qui avoit l'honneur de baiser la Dauphine ( les femmes titrées ont cet honneur) de voit baiser la main de Tarchiduchesse. H. le Cardinal lui dit que cela ne se pou voit pas, et qu'elle pouvcHt dire que c'étoit l'intention du Roi. M"® de Duras se conforma à cette décision ; elle en avertit la grande maltresse , ainsi elle ne vit point Tarchiduchesse.
J'ai marqué déjà Tattentipn que le Roi a à parler nonseulement aux courtisans, mais même aux étrangers ; il parle souvent à M. de Lichtenstein. Il y a quelques jours que lui ayant demandé des nouvelles de M. le comte de Kinski , qui étoit ci-devant ambassadeur ici , il lui dit jqu'on avait été fort content de lui, mais qu'il ne pouvoii
S68 MÉMOIRES DU DUC Dii LUYNES
le regretter ayant ua aussi digne successeur. Ce ne sont pas les termes, mais le sens seulement de cette preuve de bonté du Roi. Il a voit encore dit au même ambassadeur sur l'incertitude où il avoit été de venir en France , qu'il auroit été bien fâché que les arrangements de Tempereur eussent été différents, que nous y aurions perdu.
J'ai marqué aussi ci-dessus le jour que M*"* la Duchesse a soupe dans les cabinets. M. le Duc me dit hier que ce fut M. le comte de Clermont qui fut chargé par le Roi d'avertir M"* la Duchesse de ce souper et de dire à M. le Duc de venir. H. le Duc n'étoit point dans l'usage de se présenter pour souper dans les cabinets. La première fois qu'il y soupa, ce fut à Compiègne cette année, où étant allé faire sa cour en arrivant de Chantilly, le Roi l'appela pour y souper. M. le Duc depuis s'y étoit présenté quelquefois, ne soutenant point la prétention que l'on dit que quelques princes du sang avoient d'avoir le droit de n'être point refusés. Mais à Fontainebleau H. le Duc n'y avoit jamais soupe ; il dit donc au Roi qu'il se rendoit à ses ordres , qu'il n'avoit pas osé prendre cette liberté jusqu'à présent, qu'il se présenteroit quelquefois pour avoir cet honneur, puisque le Roi le trouvoit bon. Le Roi le reçut avec beaucoup de bonté , et lui dit qu'il avoit mal fait de ne pas se présenter plus tôt, et qu'il feroit bien d'y venir.
Du jeudi 30, Fontainebleau. — Hier le Roi, au retour de la chasse, alla souper à la Rivière. Mademoiselle, M"^ de Clermont , M"" la maréchale de Villars , M"* de Mailly et M'"'' de Chateaurenaud y allèrent avec Mademoiselle, qui les avoit fait avertir de la part du Roi. M"''' la comtesse de Gramont étoit déjààla Rivièr^. Onabeaucoup raisonné sur ce que M*"^ de Villars étoit de ce nombre; il est certain que depuis le mariage de M. le comte de Toulouse elle n'avoit vu ni M. le comte ni M"® la comtesse de Toulouse ; il y a même lieu de croire que c'étoit M'"'' la comtesse de Toulouse qui ne désiroit point la voir ; cependant elle la
vit à la mort de M. le comte de Toulouse^ et il y avoit quelques jours que M"* la maréchale de Villars avoit été' avec M"**^ sa belle-fille à la Rivière en visite. Malgré tout cela H'"'' la maréchale de Villars ne comptoit point être priée pour ce souper^ et elle en fut étonnée elle*méme. Le souper ne fut point extrêmement gai. M"** la comtesse de Toulouse ne se mit point à table; elle ne s'y est point encore mise depuis la mort de H. le comte, et elle a toujours l'air triste et affligée.
H. de Penthièvre servit le Roi dans le commencement du souper, et sur la fin ce fut M'"^ la comtesse de Toulouse qui le servit; elle lui présenta une assiette y des glaces et son verre. Il y eut un cavagnole après souper; c'est toujours la même personne qui est auprès du Roi pendant le cavagnole.
On croit avoir remarqué que le Roi va presque toutes les après-dinées chez Mademoiselle par le jardin de Diane ; et c'est même dans une de ces petites visites qu'elle lui a parlé en faveur du chevalier de Meuse pour le régiment de son frère. Cela n'est pas encore déclaré.
Du vendredi 31 . -r Hier leRoi fut encore courre le cerf, ne voulant point le courre aujourd'hui à cause de la veille de la Toussaint. Il y eut souper dans les cabinets ; c'étoit M^'® de Clermont qui prioit à ce souper, parce que lé Roi lui avoit dit huit jours auparavant que c'étoit à elle à qui il vouloit donner à souper un tel jour. M"' de Clermont pria donc Mademoiselle , M"* de Pizieux, M"* de Mailly,M"^' d'Aumont et M"* de Chalais. M""" de Chalais étoit arrivée de la veille, un peu malade, et n'avoit pas encore vu la Reine ; elle s'habilla exprès pour y aller, ne croyant pas convenable de débuter par un souper dans les cabinets.
M'"*' la maréchale d'Estrées me disoit , il y a quelques jours, que le jour qu'elle y soupa il avoit été question ])endant le souper de la peine que Ton a naturellement à avouer se3 fautes. Le Roi prit la parole et dit : a Pour
iW MÉMOIRES DU 0UC DE LUYNES.
moi si j^da avois faii quelqu'une , je raVoiierois (l)*i^ Ce mot est d^autautplus remarquable qu'il est effective-^ ment dans le caractère du Roi.
• NOVEBIBRE.
Affaire de M. de Mauriac. — Vol singaUer. — Détails sur le s^oor à Fontamebleau. — Indisposition du Roi. — Mort de rabt)e8se de Jouarre. -- M°o(^de Richelieu prend congé. — Les gimblettes pour les cbiens. — Construction de Marly et de Trianon. — Départ de la Reine. — Démolition de la galerie d'Ulysse. — Arrivée du Roi à Versailles. — Lettre du Roi à Mme de Vantadour. — M. de la Trémoille et M. de Brancas.
Dti samedi i, Fontainebleau. — M. le Cardinal continue à se mieux porter depuis la mauvaise nuit qu*il a eue du 26 au 27 ; il a été se promener ces jours-ci, et même il fut avant-hier à la Rivière voir M"' la comtesse de Toulouse.
La Reine fit ses dévotions hier; le Roi ne les fit pas , le P. de Linières n'étant arrivé qu'avant-hier au soir et même un peu malade. Cette raison même fit que M. le Dauphin ne se confessa point hier, car c'est le confesseur du Roi qui est celui de M. le Dauphin. Hier le Roi fut en bas aux premières vêpres. C'est M. l'archevêque de Bourges (2) qui y officioit; il officiera encore aujourd'hui , et le P., Menou , Jésuite , prêchera; c'est le premier sermon de l'Avent.
Du mercredi 5, Fontainebleau. — Samedi, 1*' de ce mois et jourde la Toussaint, M. Tarchevêque de Bourges officia.
(1) Une dame qui étoit à ce souper soutint d'abord la tbèse contraire, et dit que pour elle s'il lui arrivoit de faire quelque faute elle tâcheroit de la soute» nir. Le Roi répondit aussitôt ce que je Tiens de marquer. Une des amies de cette dame lui ayant demandé pourquoi elle avoit soutenu une tbèse aussi singulière, elle lui répondit qu'elle savoit bien ce qu'elle faisoit , qu'elle ayoit été bien aise de donner occasion à une aussi belle réponse. Le fait est certain. (Note du dîic de Luynes),
(2) Frédéric-Jérôme de Roye de la Rochefoucauld.
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