‹ Mémoires sur la cour de Louis XV, 1735-58Chapitre 9 sur 18 · AOUT 175B. J · texte numérisé non relu

AOUT 175B. J

11 s^étoit répandu depuis plusieurs jours une nouvelle ici, que nous donnions à Tempereur i'OO^OOO louis ^ et Fon disoit que c'était apparemment pour avoir Luxembourg; on m^assura bier que cette nouvelle étoit fausse.

Dipancbe 3 de ce mois^ il y eut une petite aventure ici qui donna de l'inquiétude à plusieurs personnes. M"® de la Tournelle avoit une petite chienne qu'elle portait ordinairement sous son bras ; cette petite cbienne est devenue enragée, à ce que l'on prétend, et avoit mordu au sang H"* de la Tournelle, M. de Montesson , M. le chevalier d'Aydie et M. le comte Tarlo. M** de Mailly, M"* de Ghàtellerault et M"* de Luxembourg ont cru aussi avoir été mordues ou léchées. M""* de la Tournelle, de Luxembourg, de Ghàtellerault et M*** de Mailly (1) ont été à la mer (2), et M. le comte Tarlo aussi , et ont pris des remèdes d'un homme de Viroflay (3). M. de Montesson a pris aussi des remèdes, et M. le chevalier d*Aydie n'a rien fait.

Gérauldy qui avoit été envoyé en Russie pour les dents de la csarine (4) revînt ici il y a quelques jours. Il m'a dit quelques particularités de cet empire. Il y a en Russie cent soixante ou cent soixante-dix mille hommes de troupes réglées et payées partie en argent et partie en riz et autres denrées. L'enceinte de la ville de Pétersbourg, où demeure la czarine, est aussi grande au moins que celle de Paris , mais pas si peuplée à beaucoup près ; il y a de grands jardins , des rues fort larges, et quelques-unes même avec des arbres aux deux côtés. La czarine mange ordinairement avec le duc et la duchesse de Gourlande

(i) MUc de Mailly est née au mais de fénier 1715. M">ç <lela TourneMe«ftt sa cadeUe. (rfote du duc de Luynes.)

(2) Parmi les divers traitements de la rage, l'im était de faire baigner le malade dans la mer, et après on employait les frictions mercorielles.

(3) Cet homme s'appelait itfouj^e; ses descendants existent encore à Viroflay et ont conservé ses remèdes, bons ou mauvais. Il est question de lui en détail dans : Histoire et mémoires de la société royale de médecine.

(4) Anne Ivanovna, née le 7 jnin 1693.

aO& MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.

et leurs trois enfants. Le duc de Courlande est le comte de BironjMM. de Biron ne le reconnoissent point pour parent^ du moins ils en ignorent la parenté. Les jours de gala^ c'est-à-dire de grande cérémonie , la czarine mange sur un trône avec la princesse Anne et la princesse Elisabeth qui sont toutes deux assises à la même hauteur que la czarine. Le trône est assez élevé. Dans ces occasions, le duc de Courlande sert la czarine pendant le commencement du repas. Il n'y a que les jours de gala que ces princesses mangent avec la czarine ; les autres jours^ comme je Tai dit, elle mange avec le duc de Courlande, Le 10 de ce mois, M. le prince de Léon, qui étoit malade depuis plusieurs jours d'une colique néphrétique qui avoit causé inflammation, mourut à Paris à onze heures et demie du matin. Il faisoit usage depuis longtemps de ratafia du commandeur de Caumartin, dont on ne doit prendre que deux ou trois fois par mois suivant la règle. M. de Léon, qui avoit été extrêmement gourmand toute sa vie et qui vouloit tous les jours souper beaucoup sans en être incommodé, prenoit aussi tous les jours de ce ratafia ; on croit que c'est ce quia été cause de sa mort, et outre cela pai*ce qu'il ne vouloit point faire les remèdes que Dumoulin lui ordonnoit. M. de Léon avoit cinquanteneuf ans, étant né en 1679, (M. de Chalais qui est de 1678 m'a dit qu'il avoit un an de plus que M. de Léon). Il est mort dans l'appartement de M. de Lorges à Saint-Joseph. Il n'avoit point voulu prendre l'hôtel de Roquelaure parce qu'il est estimé trop cher; il avoit loué l'hôtel de Mazarin, et en attendant qu'il put y loger il avoit pris l'appartement de M. de Lorges. Il avoit aussi été marié chez H. de Lorges, non pas à Paris mais aux Bruyères, qu'il avoit empruntées dans le temps qu'il enleva M"* de Roquelaure (1). L'appartement qu'avoit ici M. de

(1) Voy. les Mém. du président Hénault sur le prince et la princesse de Léon , sur leur manière de ^iTre siogulière, p. 106.

Léon dans la galerie des princes fut donné le même jour à M. etàM"*deFleury.

M""^ de la Feuillade^ fille de M. le maréchal de Bezons, dont le mari, colonel du régiment Royal-Piémont, fut tué il y a trois ans en Italie, vint ici avant-hier pour amener son fils alné^ qui a neuf ans. Elle a trois garçons et une fille, et son fils présenta hier la médaille au Roi , que MM. delà Feuilladeont droit de présenter tous les cinq ans depuis que la place des Victoires est faite (1).

J'aiappris avant-hier que M. de la Coste, officier des chevau-légers, avoit été fait brigadier. Cette distinction a fait beaucoup de peine aux officiers des gardes qui se croyoient en droit de Tespérer.

Samedi, le Roi après la messe alla rendre visite au roi de Pologne dans Tappartement du cardinal de Rohan. Le roi de Pologne, qui avoit vu le Roi à son arrivée de Chantilly , vint encore le revoir avant-hier, et partit le soir même pours'enretournerâLunéville. S. M. Polonoise a toujourseu icila même garde que j'ai déjà marqué, même depuis le retour du Roi.

Les envoyés de Genève, qui avoient eu audience du Roi à Compiègne pour remercier S.M. de ses bons offices, oni eu aujourd'hui audience de la Reine. C'étoit audience publique dans le^cabinet avant la chambre. Malgré la décision que j'ai marquée ci-dessus, par rapport à l'officier des gardes, M. de Chabannes étoit derrière le fauteuil de la Reine à côté de M. de Nangis, et M. de Nangis, qui vient d'arriver depuis peu de jours, n^a pas jugé à propos de dire à M. de Chabannes que ce n'étoit point là sa place.

On avoit dit ici que le Roi et la Reine dévoient aller

(1) Le maréchal de la Feuillade avait fait éieyer sur la place des Victoires un monument à la gloire de Louis XIV, qui fut inauguré le 28 mars 108G, et la l'amillc de la Feuillade avait conservé le droit de présenter tous les cinq dns au Roi une médaille commémorative de ce fait.^

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vendredi à Paris pour renouveler à Not re-Dame le vœu de Louis XIII. Il y a précisément cent ans qu 'il mit sa personne et son royaume sous la protection de la sainte Vierge ; mais le Roi s'esl contenté d'écrire une lettre circulaire aux évêques pour que la solennité soit plus grande que les autres années.

M. de Lauzun qui étoit absent depuis longtemps^ comme j'ai marqué ci-dessus, revint avant-hier (1).

J'oubliois de parler du voyage de Chantilly. Le Roi avoit couru le même jour dans la forêt de Compiègne. Il avoit une calèche àla chasse avec quatre dames dont deux princesses. Après la chasse^ leRoi prit dans sa gondole, àla croix d'Alate, deux de ces darnes^ et les deux autres s'en allèrent à Paris.

M"" les Duchesses et M. le Duc se trouvèrent à la descente du Roi dans la cour. Le Roi monta en arrivant dans son appartement^ et soupa dans la salle qui est après la salle des gardes. 11 y avoit deux tables, une de vingtdeux couverts et une autre de dix-huit. Il y avoit encore en bas deux autres tables qui étoient servies aussi en même temps. Le Roi y a fait trois soupers, et a été servi alternativement par M. deMagdanelet par M. le chevalier de la Marck. Tous ces trois jours. M""*' les Duchesses et M . le Duc ont soupe à la table du Roi. Il y avoit outre celaM"^ de Clermont et M"* de laRoche-sur-Yon, qui tinrent alternativement la seconde table ; M"*^ de Clermont l'a tenue le premier jour et le dernier. Il y avoit en tout cinquante ou cinquante et utie personnes qui dévoient avoir l'honneur démanger avec le Roi. On faisoit chaque jour la liste, et un valet de chambre de M. le Duc alloit avertir seulement pour la table du Roi. Le premier jour, le Roi joua à cavagnole après souper, le second au petit paquet, et le troisième partit à minuit, escorté par les troupes, et arriva ici à six heures du matin avec six relais et deux

(1) Il avait été exilé pour des chansons (Voy. T. 1, p. 387-388).

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gondoles. Le mardi 5^ le Roi ne voulut point aller à la chasse, tant à cause de l'excessive chaleur, que parce que quelques jours auparavant il s'étoit coupé à la main, dont il y avoit trois doigts, surtout deux, coupés assez considérablement, ce qui l'auroit empêché de porter un fusil à la chasse du sanglier. Ce mardi que la chaleur étoit excessive, et surtout dans ]a cour de Chantilly, le Roi sur les neuf heures alla se promener du côté du Connétable (1), et s'assit sur Tescalier avec les dames, où l'on chanta en chœur plusieurs airs d'opéra. M"** la Duchesse avoit proposé au Roi d'aller le mercredi souper à la Ménagerie, ce qui ne parut pas être goûté par le Roi ; elle proposa la galerie des cerfs y cela fut exécuté. La table du Roi étoit dans le salon à droite de la galerie en venant du château, celle de M"*' de Clermont dans la galerie, et une petite table pour ceux qui n'avoient pas pu tenir aux deux autres. Les dames ont toujours mangé alternativement ou à Tune ou à l'autre des deux tables. Dans les cinquante et une personnes que j'ai marquées ci-dessus, M. le Duc n'a compté que ses deux grands officiers, M. le chevalier de la Marck et M. de Hagdanel.

VersailleSj samedi 16. — ^ On a ouvert M. de Léon et on a trouvé à peu près les mêmes causes de mort qu'à M. le comte de Toulouse, une pierre dans les reins qui avoit causé un abcès.

Le Roi a acheté à l'inventaire de M. le maréchal d'Ëstrées un buste d'Alexandre et une suite de médailles et médaillons. Le total de l'estimation a été fait à 60,000 livres, et les héritiers ont consenti à donner le tout pour

(1) R On trouve au bout de la route du Connétable une grande demi-lune qui précède l'ayant-cour du château. Le fer à cheval se présente ensuite, et Ton monte sur une terrasse au milieu de laquelle est une statue équestre du dernier connétable de Montmorency. » ( Voyage pittoresque des environs de Paris par d'ArgenviUe, 1779, in-12, page 409.)

cette somme. Ce buste d'Alexandre est extrêmement fameux; on prétend qu'il est de Praxitèle^ parce qu'il n'y avait que Praxitèle à qui Alexandre eût permis de le représenter; il est de porphyre. Le cardinal de Richelieu le fit venir de Grèce pour lui, mais le buste n'arriva qu'après sa mort; sa nièce^H*^ d'Aiguillon, ayant fait faire son mausolée par Girardon, fut si contente de cet ouvrage qu'elle voulut^ outre le prix convenu, donner une gratification à l'artiste; elle ditdoncàGirardon qu'elle avoitchez elle plusieursbustes, qu'il devoit y en avoir de beaux, qu'il les examinât et qu'il choisit. Girardon ne balança point dans son choix, il loua beaucoup le buste d'Alexandre et H*"' la duchesse d'Aiguillon lui en fit présent. C'est à la mort de Girardon que M. le maréchal d'Estrées acheta ce buste 15,000 livres. Girardon y a mis une armure; il en essaya trois différentes et ne fut point content des deux premières ; les connoisseurs même prétendent que la troisième n'y fait pas bien. Dix ou douze ans après que M. le maréchal d'Estrées eut acheté cette figure, ayant entièrement oublié qu'il en étoit possesseur, il chargea un curieux de lui découvrir où pouvoit être ce buste; il lui en coûta 100 écus de frais, et après une infinité de soins et avoir suivi le chemin qu'il avoit fait en différentes mains, on lui apprit qu'il étoit dans sa maison. Ce bustela été estimé pour le Roi IS.OOO livres. Outre cela, S. M. a acheté une* grande quantité de médailles d'empereurs grecs et villes grecques qui avoient [coûté 60,000 livres, en billets de banque à la vérité, au maréchal d'Estrées, et cinq cents médaillons qu'il avoit payés 40,000 francs. Ces deux articles n'ont été portés dans l'estimation qu'à 42,000 livres (1).

Le 15, M. le prince de Pons, M. le duc de Rohan, le vicomte son frère, M. de Chabotet M. le comte de la Marck

(1) Le buste d^Alexandre se trouve aujourd'hui au musée du Louvre, et les médailles et médaillons à la Bibliothèque impériale.

vinrent saluer le Roi. Ils avoient été chez M. d'Aumont qui leur avoit dit qu'ils ne pouvoient voirie Roi que lorsqu'il passeroit pour aller souper chez la Reine ; ils allèrent chez M. le Cardinal^ qui leur dit de se trouver chez le Roi àTheuredu travail. Ils y vinrent sans manteaux^ à six heures et un quart. Le Roi venoit de rentrer du salut ; H. le Dauphin étoit dans le cabinet ; Mesdames vinrent voir lé Roi. S. H. fit dire à MM. de Rohan d'entrer; ils entrèrent dans le cabinet touscinq et y firent leurs révérences. H. le Cardinal ne vint chez le Roi qu'une demi-heure après. J'étoisàlaportedu cabinet et la porte étoitouverte. Il n'y avoit pointde premier gentilhomme de la chambre dans ce moment ; ce n'est pas la règle de faire la révérence au Roi dans son cabinet^ mais dans la chambre du lit ; il y a pourtant quelques exemples. M. de Gesvres m'en contoit un hier. Il y a quelques années que M. deBerville le fils, peu connu de M. de Gesvres^ lui demanda l'aprèsdlnée à quelle heure il pourroit faire sa révérence. M. de Gesvres lui dit que ce ne pourroit être que lorsque S. M. passeroit pour le souper. M. de Berville, qui avoit envie d'aller souper à Paris, alla trouver M. le Cardinal ; S, Émétant venue au travail, le fit entrer dans le cabinet, où il fit sa révérence. M. de Gesvres y étoit, qui en fut même fort étonné.

Le Roi dit à M. le vicomte de Rohan : « M. de Léon s'est-il bien trouvé de son ratafia?» J'ai déjà marqué qu'il prenoit tous les jours du ratafia du commandeur de Caumartin. On prétend qu'il ne rendoit plus de gravier depuis quelque temps, et que ce peut être ce qui a formé la pierre dont il est mort. D'autres gens disent que l'aventure de Compiègne a pu contribuer à sa mort. Cette aventure étoit arrivée avant que j'allasse à Compiègne. C'est M. de Gesvres qui me l'a contée. M. de Léon , qui étoit fort gourmand (1) , ayant grand désir de manger du

(1) Voir les Mémoires du président Hénault, loc.cit.

poisson, avoit prévenu M. d'Aumont, dès le mardi ou }e mercredi, pour le mettre sur la liste du petit souper du Roi le vendredi suivant. Ce jour précisément^ il se trouva que c'étoit H. de Gesvres qui avoit fait la liste y et n'étant point pi*évenu n^ avoit pas mis M. de Léon. M. de Léon rayant su f utibrt affligé, parlaplusieurs fois à M. de Gesvres, lui proposa tous les expédients imaginables; enfin M. de Gesvres lui dit que d^ns les onze qiii étoient sur la liste M. de Lautrec qui n^avoit encore jamais mangé avec le Roi y étoit, qu'on le cberchoit partout , qu'on ne Tavoit point encore trouvé, que s'il n'arri voit pas. M» de Léon n'avoit qu'à se mettre à table ^ qu'il le diroit au Ro^. Le Roi étoit servi; H. de Léon s'approche delà table, M. de Lautrec arrive. M. de Gesvres avertit M. de Léon; M. de Léon sans s'en mettre en peine se met à table ; ainsi les douze places étoient remplies. M. de Chalais arrive le dernier; il étoit sur la liste; il pe trouve point de couvert; il tourne au^ tour de la table pour en chercher un , enfin on apporte un treizième couvert. M. de Gesvres étoit derrière le fauteuil du Roi. Le Roi se retourna et lui dit : a Nous sommes treize, il y a ici quelqu'un de trop; ce p'est pas, dit-il, Coigny, Croissy, etc. (il en nomma trois ou quatre), car j'ai vu leur nom sur la liste; je crois, dit S. M., que c'est M. de Léon, » et demanda à M. de Gesvres de lui apporter la liste. C'étoit Duport, huissier, qui avoit cette liste; M. de Gesvres quitta le fauteuil du Roi, et alla du côté où Duport n'étoit pas. Le Roi le voyant revenir lui dit : « Hé bien, n'avois-je pas raison ? » M. de Gesvres lui dit qu'il n'avoit pas trpuvé Duport. « Je le crois bien , dit le Roi , car vous avje?5 pris à gauche et il est à droite ; allez ipe cherche^? la liste. » M. de Gesvres , d^J^s le plus grand embarras , ^lla du côté où étoit Duport, et apporta la liste au Roi. M. de Léon effectivement n'étoit pas sur la liste, comme je l'ai déjà marqué; cependant il resta à table. Le Roi ne se tourna pas seulement de son côté pendant tout le souper, ne lui dit pas un mot, et ne lui offrit de

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rien; il affecta même, à uii plat de rougets-barbets, de faire faire Ip tour par la droite afin qu'il n'en revint fien à M. de Léon, ce qui arriva.

Le 14, il y a eu une diminution suples pièces de deux sols pour payer les frais d'unp pouyeUe refonte de cette monnoie. Cette refonte est pour ôter toutes les pièces étrangères qui s'étoient glissées dans le royaume. . J'ai ouï conter à cette occasion qu'il y avoit vingt-huit millions de petite monnoie ei^ France.

On a remarqué que le roi de Pologne pendant son séjour ici n'a vu aucun ministre , ni personne en particulier, hors M. Dumesnil;j'en dirai la raisop. En partant de Lunéville il mit un petit papier dans sa poche, et dit devant trois ou quatre personnes de confiance qu'il n'avoit ici d'autres affaires que quatre choses contenues dans ce papier. L'une étoit une augmentation de deux compagnies d'invalides pour ajouter aux trois qu'il a déjà; on lui en a accordé une* d'augmentation. Deux autres étoientpour^M. le comte Tarlo : pour que le Roi le fit chevalier de TOrdre , ou au moins lui donnât une gratification; il a été refusé sur ces deux articles. La quatrième enfin étoit pour demander l'établissement d'un jeu à Lunéville, comme celui de l'hôtel de Gesvres (1); on croit que cet article lui a été accordé , et que M. Dumesnil a intérêt dans l'établissement de ce jeu ; ce qui a donné lieu à ses conférences avec le roi de Pologne.

On a remarqué que toutes les dames ont été non-seulement avec la Reine, mais en particulier chez le roi de Pologne, hors une seule, qui est celle dont on parle depuis si longtemps, qui n'y a été qu'à la suite de la Reine. Cette même dame soupoit le 13 chez Mademoiselle, ou au moins y passoit la soirée ; le Roi soupoit dans ses cabinets et s'alla promener sur la terrasse du côté de Torangerie, où se trouva cette dame avec Mademoiselle. La pro-

(1) Voir les Mémoires de d'Argenson, tome II, page 81.

menade continua quelque temps avec les dames; le Roi reconduisit Mademoiselle^ entra chez elle, où il fut un moment; il se retira chez lui à une heure^ et ne se coucha pas avant deux heures. Cette même dame dîna le 14 chez M. deChàtillon^ ety étantarrivéeparlacour de marbre (1), eUe resta assise dans ladite cour à la fenêtre de H""* de Ghê.tillon jusqu'à ce que le Roi fût parti pour la chasse. Cependant S. M. ne paient pas y faire fort grande attention . On a cru remarquer aussi^ par distraction ou autrement, une impolitesse et une humeur assez fréquente. La dernière fois que le Roi soupa dans ses cabinets , cette même dame quitta le lieu où elle étoit^ à une heure précise au château y et s'en alla chez elle. Le Roi^ qui s' étoit retiré environ à une heure^ ne se coucha qu'entre deux et trois.

J'ai marqué ci-dessus que la Reine avoit été chez M"''' d'Ancenis. M. le Dauphin et Mesdames y ont été aussi pendant ses couches ; elle alla hier chez M. le Dauphin et chez Mesdames pour les remercier.

Le 14, il n'y eut point de premières vêpres, et le Roi ne fit point ses dévotions. Le 15, le Roi alla à la grande messe à la paroisse, à cause du renouvellement du vœu que Louis XIII fit en 1638 au mois de février (2).

(1) L'appartement de M. de Châtillon se trouvait sur remplacement occupé aujourd'hui par la salie des Rois de France.

(2) L*après-dlDée le Roi entendit les vêpres en bas à la chapelle ; après les vêpres, le Roi sortit à la suite de la procession. Ordinairement la procession ne va que dans la cour du château ; mais comme c'étoit la fin du siècle, la procession fit le tour de la grande place. G'étoit M. Tarchevêque de Rouen qui officioit; ordinairement, c'est un des prélats qui se trouvent ici que Ton prie d'olificier les jours de grandes fêtes, et la procession ne sortant comme je viens de le dire que dans la cour intérieure, cela ne fait jamais de difficulté; mais la procession faisant le tour de la grande place se trouvoit sur la paroisse Motre-Dame. M. Tarchevêque en fit ses plaintes, et écrivit une lettre à M. le Cardinal sur ce sujet. M. le Cardinal en parla à M. Tarchevêque de Rouen, lequel écrivit à M. Tarchevêque et lui fit des excuses de ce qui s'était pas8é.( Noie du dw de Luynes, )

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Je joins ici la lettre que le Roi a écrite aux évéques.

Le Roi alla à huit chevaux à la paroisse à deux carrosses . Il n'y a qu'aux deux fêtes du Saint-Sacrement et aux piques du Roi à la paroisse qu'il soit d'étiquette que le Roi aille à deux chevaux.

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