‹ Mémoires sur la cour de Louis XV, 1735-58Chapitre 11 sur 18 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

Le P. Menou prêcha et on fut fort content de son sermon et de son compliment qui furent courts l'un et l'autre et fort bons. Les vêpres en bas, à l'ordinaire . Il n'y eut point de vêpres des morts ^ la fête ayant été remise au lundi. Ce jour^à, le Roi déclara enfin l'arrangement du départ ; H. le Dauphin partira le mercredi 19^ la Reine le 20^ et le Roi samedi 22 de ee mois.

On parle foride l'aventure arrivée à Paris , il y a quelques jours; elle est d'un M. de Mauriac^ gentilhomme de Franche-Comté, qui a assassiné sa maîtresse de plusieurs coups de couteau, et qui a été pris dans la chambre même auprès du corps mort (1). Il demeure ordinairement à Dole ; il a eu un frère assassiné ; il en a un autre qui est venu ici poui* cette funeste aventure , et qui est un fort honnête homme. Leur père, qui étoit maréchal des logis de Tarmée de M. de Vendôme, fut tué à Cassano en 1705. La mère est devenue folle de tous ces différents accidents.

Avant-hier lundi. Ton sut que le Roi avoit donné à M. de Montmorin le régiment qu'avoit M. de Ghoiseul ( c'est un régiment d'infanterie de gentilhomme qui est de deux bataillons), et à M. le chevalier de Meuse le régiment de Forez qu'avoit M. de Montmorin, qui n'est que d'un bataillon.

On a fait un vol assez singulier à Paris ; on a pris la fraise de la figure de Henri IV qui est sur le Pont-Neuf.

11 y eut dimanche doubles vêpres, et le Roi fut aux unes et aux autres.

La Saint-Hubert fut remise à hier, à cause des Morts; la Reine fut à lâchasse et M. le Dauphin. Les trois dames du palais. M""** de Chalais, d'Ancenis et de Mailly suivirent la Reine, et M""** la princesse de Rohan. Dans la calèche de la Reine étoient M"^* de Glermont et de la

(1) Voir le Journal de Barbier, tome UI, page 147.

Aoche-sur-Yon et M*^*" de Luynes. H. le duc de Pentbîèvre présenta au Roi le pied du second cerf.

Au retour de la chasse > le Roi soupa dans ses cabinets^ mais il n'y avoit ni dames, ni princes du sang; il y avoit dix-neuf hommes sans compter le Roi. S. H. se coucha de fort bonne heure à son ordinaire ; et cependant il se lève tard les jours qu'il ne va point à la chasse.

Du vendredi 1, Fontainebleau. — Hier le Roi devoit courre le cerf et souper dans ses cabinets. Mademoiselle, devoit y souper avec M"* de Clermont, M"* de Mailly, M"«d'Aumont, M»' la maréchale d'Estrées, M"' d'Antin et même , à ce que Ton croyoit, M"* de Saint-Germain. Je suis sûr des cinq premières. On croyoit même que ce souper pourroitbien être chez Mademoiselle^ parce qu'en cas qu'il y eût quelque dame du palais de semaine^ il seroit plus convenable qu'elles arrivassent chez Mademoiselle, le souper commencé, que dans les cabinets. Le Roi , qui avoit eu dès la veille un commencement d'indigestion eut même une espèce de bouffée de fièvre , ce qui l'empêcha de sortir; il prit du bouillon et du potage dans la journée. Comme les dames qui dévoient être du souper n'étoient pas averties publiquement mais chacune en particulier, Mademoiselle leur manda seulement qu'elle soupoit chez elle, et qu'elle les prioît d'y venir. J'étois chez M"* d'Aumont quand on y vint de la part de Mademoiselle. Cemênae jour, la Reine fut dès neuf heures du matin chez le Roi pour savoir de ses nouvelles. M™'^de Luynes y fut à midi; le Roi étoit renfermé, et elle ne put le voir. J'y fus quelque temps après, et le Roi étant sorti dans sa chambre me fit l'honneur de me dire qu'il étoit venu pour voir M""* de Luynes et qu'il ne l'avoit plus trouvée. S. M. étoit de fort bonne humeur, malgré son incommodité; et comme il devoit aller chez la Reine, il dit à M. d'Harcoqrt qu'il falloit bien qu'il allât chez la Reine pour faire des <?xcuses à M"** de Luynes, de ce que In dernière fois il ne s'étoit point retourné lorsque M"® de

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