‹ Mémoires sur la cour de Louis XV, 1735-58Chapitre 13 sur 18 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

une petite table^ le Roi arriva chez M"^ de Clermont, où il y eut un cavagnole qui dura environ une heure et demie ou deux heures.

C'est M. de Dampierre qiû commande l'équipage du daim^ parce que c'est lui qui commande Téquipage du lièvre^ et ce sont les piqueurs de Téquipage du lièvre qui piquent à cette chasse avec Tuniforme vert, qui est celui du lièvre.

J'ai' appris depuis quelques jours une circonstance du voyage de Fontainebleau. Dans le commencement du voyage, le Roi fut piqué étant à la chasse, d'une guêpe, dans labouche. Cela n'eut d'autre suite qu'un peu d'enflure pendant quelques jours; mais c'en fut assez pour que M*"^ de Yentadour, qui est dans l'habitude d'écrire au Roi, lui marquât son inquiétude sur ce petit accident ; et comme vraisemblablement dans cette lettre elle parloit de son âge, le Roi lui fit une réponse pleine d'amitié, dans laquelle ilyavoit entre autres choses : «Uestfébcheux que de certaines gens vieillissent, » et : ce Dieu merci, je n'ai pas un cœur pareil à ceux dont on nous accuse (1). »

(1) Copie d'une lettre du Roi à M""^ la duchesse de Ventadour, de Fontainebleau le 11 octobre 1738. (C'est une réponse.)

« Diea merci, maman , je n'ai ea que la peur de la mouche et fort peu de mal, caria douleur n'a pas duré un demi-quart d'heure, sans m'empêcher de courir comme si de rien n'étoit, et l'enflure n'a duré que quelques jours sans m'empêcher de manger, ce qu'à vous dire vrai je craignois beaucoup, devant ce jour-là essayer un cuisinier nouveau lequel est excellent. Pour le présent il n'y paroit plus du tout. Je me souviens fort bien de l'aventure de M*"*^ de La Lande, mais l'endroit n'est pas si délicat, et de plus je suis un peu plus dur au mal qu'elle, peut-être même un peu trop à votre façon de penser, laquelle je ne désapprouve pas , connoissant le principe d'où cela part. Vous me connoissez parfaitement, chère maman , hé bien ! vous ne vous tromperez pas si vous êtes bien persuadée que ma reconnoissance ne s'effacera jamais de mon cœur, car. Dieu merci, je n'ai pas un cœur pareil à ceux dont on nous accuse.

« Mous avons eu une furieuse alarme pour le cardinal ; heureusement elle est passée; il faut qu'il ait un tempérament d'airain. Dieu veuille présentement que par sa conduite il ne nous y fasse pas retomber sitôt; il est bien fâcheux que de certaines gens vieillissent. Les nouvelles que nous avons de lui depuis qu'il est retourné à Issy sont bonnes et m^ont fait grand plaisir, car il étoit fu-

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• Liaison du cardinal de Fleury et de M"* d'Âncezune. — Voyages à Madrid et à la Meutte. — Présentation de la duchesse de BeauvilUers. — Mariage de W^ de Mandni. — Charge de premier aumânier du cardinal d'Auvergne. — Le Roi mange debout chez la Reine. — Le P. la Taste nommé évêque d^ Bethléem. — Mort du primat de Pologne. — Bal chez Mesdames. — Représentation à^Andromaque. — ' Usage de saluer la nef abandonné. — Retouidu Cardinal à Versailles. — Exécution de M. de Mauriac — Maladie ^ Samuel Bernard. — Mort du duc Ferdinand de Bavière. — Maladie de ia princesse d'Auvergne. — Bal chez le Dauphin. — Enti'ée du prince de Lichtenstein ; audience du Roi. — Audience du prince Cantîmir. — Mme de Mailly et ses soeurs. — Fêtes de Noël. — Mort de Kévéque de Soissons. — Deux cent huit cerfs pris par le Roi. — Maladie de Madame septième. — Mort de M. Trudaine.

Du lundi 1" déeembre^ Versailles. — Le 28 novembre, le Roi soupa au grand couvert avec la Reine^ et après souper il descendit chee Mademoiselle; et y joua à cavagnole jusqu'à une heure et demie ; c'est ce qu'il n'avoit pas encore Mt ^ n'allant jouai* ordinairement que lorsqu'il a soupe dans ses cabinets.

Madame d'Ancaeasune , fille de M. de Torcy , a été pendant deux ou trois jours ici y pendant lesquels elle a eh plusieurs conversations avec M. le Cardinal. Elle en eut iiûrement une jeudi ou vendredi dernier, qui dura même assez longtemps, et (fui paroissoit plaire à M. le Cardinal, Elle a vu peu diemonde pendant son séjour ici, et on croit que c'est S. Ém. qui a désiré qu'elle y vint. J'ai déjà marqué ci-dessus qu'au retour de Marly , M. le Cardinal lui avoit donné rendez-vous ici en arrivant ; il est certain qu'ils sont depuis longtemps en commerce de lettres ensemble. Dans le temps qu'elle étoit en Provence , M. le Cardinal lui écrivoit souvent, et des lettres fort remplies d'amitié. Lorsque M. Qiauvelin fut renvoyé, M. le Cardinal lui manda que le Roi avoit été obligé de renvoyer un de ses amis ( à elle) ; il y avoit ces termes : « U s'en- « nuyoit de ce que je vivois i^op longtemps^ c'est un <i défaut dont je n'ai pas «nvie de me edcriger sitM. »

C'est quelqu'un de sâr qui a vu la lettre et qui Ta dit à M*"** de Luynes. On raisonne ici sur cette grande liaison avec M""** d' Ancezune ; on a cru pendant quelque temps quec^étoit pour M. de Torcy pour une place dans le conseil ; d'autres gens ont pensé que c'étoit pour une place de dame du palais pour elle, et que M"* de Fleury le seroit en même temps. U se peut faire sans toutes ces raisons que H""* d' Ancezune étant aimable et ayant de Tesprit , étant connue de M. le Cardinal par M. de Torcy et par M"" de Lévis^ de qui elle étoit fort amie , sa conversation * plaise à S. Ém.^ et qu'il cherche les occasions de la voir.

Le Roi a avancé d'un jour le conseil de finances et l'a tenu ce matin à huit heures et demie; il est parti ensuite pour aller courre à Saint«Germain^ d'où il va à laMeutte. Mademoiselle va à Madrid avec M*** de Clermont, M""' de Beuvron, M"' de Mailly, M"® la maréchale d'Estrées et M""^ la duchesse d'Antin. S. M. doit demain courre le daim dans le bois de Boulogne avec le nouvel équipage dont j'ai parlé; et revenir ici mercredi. M. d'Angervilliers, qui doit travailler ce jour avec le Roi, avoit dit à S. M. qu'il n'y avoit rien dans son travail de mercredi qui ne pût fort bien se remettre deux jours, mais le Roi a dit qu'il vouloit travailler mercredi; on croit qu'il s'en retournera le même jour à la Meutte, et qu'il y restera jusqu'à vendredi. Cequi est certain, c'est que H. le Cardinal est parti ce matin ^ pour Issy et ne revient que vendredi.

M*"^ la duchesse de Beauvilliers, fille de M. de Creil et belle-fille de M. de Saint-Aignan (lequel s'est démis de son duché en faveur du mariage), fut présentée hier par M*"** la duchesse de Rochechouart , nièce à la mode de Bretagne de son mari. M"** de Rochechouart est Beauvau et veuve du ms aine de H. de Mortemart, lequel avoit épousé en première noce une des filles de M. le duc de Beauvilliers. M"® de Beauvilliers fit hier une faute par ignorance dabs sa présentation ; après avoir fait sa rêvé-

rence à la Reine ^ qui étoit debout, et baisé le bas de sa robe, la Reine s'étant asaise. M"* de Beauvilliers s'assit à la première place auprès de la Reine ^t au-dessus de M"^ de Luynes. La surintendante ou la dame d'honneur, ou la dame d'atours,' lorsqu'elle a le droit d'être assise, doit toujours être à la première place dans la chambre de la Reine après les princesses du sang.

Du samedi 6, Versailles. — Le voyage de la Meutte a été tel qu'il est marqué ci-dessus. Les deux princesses étoient en calèche avec M"'* de Beuvron et JP* de Blailly. M"** la maréchale d'Estrées et M"**^ d'Antin étoient dans un vis-à-vis. Les dames soupèrent avec le Roi le lundi et le mardi; après souper, cavagnole et ensuite papillon. Le mercredi , le Roi partit de la Meutte et n'arriva ici que sur les six heures; il avoit mandé qu'il souperoit au grand couvert; mais il ne soapa point, et travailla avec M. d'Angervilliers en arrivant. Le lendemain, S. M. fut courre le cerf à Verrières, et au retour soupa dans ses cabinets. Il se mit même à table une heure plus tôt qu'il n'avoit dit. Il y avoit à ce souper douze hommes et six dames, les deux princesses qui avoient été à la Meutte , M"''^ la marquise de Ruffec , M"^ de MaiUy , M»* de Chalais et W^ de Talleyrand.

J'ai oublié de marquer ci-dessus, dimanche 30 du mois passé , qu'au sermon du P. de Menou , Jésuite , prédicateur de l'avent , M. d'Harcourt, étant seul derrière le fauteuil du Roi, M. de Souvré, maître de la gard«-robe, se mit à côté de lui.

Depuis deux jours , MM. les cardinaux de Rohan et d'Auvergne étant absents , et les deux aumôniers de quartier étant hors d'état de servir, l'un par maladie, l'autre par accident, un chapelain du Roi fait les fonctions d'aumônier. Hier matin au prie-Dieu ce fut M. le cardinal de Polignac qui les fit ; il est ici depuis deux jours pour demander l'agrément du Roi et donner part du mariage de son neveu avec M"* de Mancini. Une circonstance assez

singulière dans ce mariage c^est que les pères et mères des deux o6tés sont faromllés ensemble : c'est-à-dire les maris avec les femmes , de sorte que c^est M. le cardinal de Polignac qui a été donner part à M"*^ de Mancini et M. de Mancini à M"*® de Polignac. H*"' de Mancini est sœur de M. le n^aréchal de Noailles; elle avoit épousé en premières noces, M. de Louvois. Elle a déclaré qu'elle ne signeroit point au contrat.

Hier on parloit beaucoup de la charge de premier aumônier de M. le cardinal d'Auvergne dont il a été en marché avec M. l'abbé de Fitz-James. Cette charge ne vaut que 7 à 8,000 livres, à ce que me dit hier H. de Bouillon; on m'avoit dit 12,000. M. le cardinal d'Auvergne Ta achetée 100,000 écus , comme je Tai, je crois, marqué ci-devant; il a un brevet de retenue de 200,000 livres. On donnoit le mémie brevet de retenue à M. Tabbé de Fitst-James, et il la payoit le même prix de 100,000 écus; tout étoit convenu entre eux; il ne s'agissoit que des fonctions de la charge [que M. le cardinal d'Auvergne vouloit réserver sa vie durant. Le Roi n'a pas voulu permettre que tous deux pussent exercer, et M. le cardinal d'Auvergne n'a pas voulu renoncer à l'exercice dès ce moment.

Du jeudi 11 , Versailles. — Dimanche 7 ^ il n'y eut point de sermpn , étant remis au lundi à cause de la fête de la Conception. Le lundi, le Roi après le sermon entendit en bas les vêpres chantées en haut par les chantres de sa musique ; ce que l'on peut remarquer, c'est qu'il n'y avoit point d'évêque* qui officiât, et que les aumôniers du Roi étoient en habit court : c'est l'usage en pareil cas; mais cela arrive rarement.

Hier le Roi , après avoir couru le cerf, revint ici et «ntra chez la Reine mangeant un morceau de pain. La Reine étoit à table au rôti, et il dit à la Reine qu'elle lui feroit plaisir de lui donner une aile de poulet. M. de Chalmazel voulut aller quérir un couvert^ mais le Roi

voulut manger debout, et s^en alla même en achevant ce petit repas. S. H. monta dans ses carrosses, et alla souper à Bfadrid chez Mademoiselle; elle y étoit dès la veille avec M"® de Clermpntet M^^Me la Roche-sur- Yon. Les d^mes sont M"*' de Mailly, W^ de Beuvron et M™*^ la Maréchale d'Estrées. Il y a aujourd'hui dans le bois de Boulogne une grande chasse de daim, à laquelle ces dames sont en calèche.

Du samedi 13, Versailles. — Le Roi, après avoir diné à la Meutte avec des hommes, revint ici sur les six heures, alla chez la Reine , tint conseil de dépèches, et S. M. ne soupa point. Aujourd'hui, après avoir couru le cerf, le Roi soupe dans ses cabinets, mais avec des hommes seulement.

Il y a environ quinze jours que le R. P. la Taste (1), Jésuite, a été nommé à Tévèché de Bethléem. C'est M. de Nevers qui nomme à cet évèché, mais il ne nomme que des sujets agréables au Roir

Il y a environ un mois que Ton sait la mort du primat de Pologne ; il n'a pas joui un an de l'abbaye de Cercamp, que le Roi lui avoit donnée en considération des grands services qu'il avoit rendus dans le temps de l'élection du roi Stanislas.

Du lufwU 15, â Versailles. -^ Âvant*hier le Roi, après avoir soupe dans ses cabinets alla chez Mademoiselle, où il joua au papillon jusqu'à trois heures et demie.

Hier il y eut sermon à l'ordinaire . M. d'Harcourt étoit seul derrière le Roi ; H. de Charost se mit à côté de M. d'Harcourt; j'ai déjà marqué ci-dessus que c'est un ancien droit qu'il a conservé, mais dont il &it usage rarement.

Hier fut le second bal; c'étoit chez Mesdames; la Reine y fut sur les sept heures. On est toujours étonné de voir Mesdames portées dans leurs chaises jusqu'à la porte de la

(1) Louis La Taste.

chambre de la Reine où est son lit , et leurs chaises les attendre dans cette même pièce, qui est le cabinet de la Reine ^ pendant que la chaise de la Reine n^attend jamais S. H. qu'à la porte de ses cabinets ^ soit du côté de la galerie, soit du côté de Tantichambre de la Reine. La Reine passe toujours son cabinet ou son salon à pied pour monter dans sa chaise à la porte en dehors. La Reine alla au bal et en revint dans sa chaise ; M"** de Clermont vint chez Mesdames^ et M^^^ de la Roche-sur-Yon étôii déjà au bal. Au sortir du bal^ ces deux princesses suivirent la Reine dans leurs chaises dans la galerie d'en haut qu'on appelle la galerie des Princes , où personne ne va en chaise que les enfants de France et leur gouvernante. Les deux chaises des princesses suivant immédiatement la chaise de la Reine , les dames de S. H. ne marchoient qu'aiMi^ès les porteurs de M*'^ de la Roche-sur-Yon, et par conséquent le service de la Reine étoit coupé ; cependant il est certain que l'usage est différent de la Reine par rapport au Roi, car lorsque le Roi vient dans la chambre de la Reine avant le souper, et qu'il passe ensuite pour s'aller mettre à table, la Reine , au lieu de suivre immédiatement la personne du Roi, ne passe elle-même qu'après le service du Roi , c'est-à-dire après le capitaine des gardes, le major, et même quelques charges ou courtisans qui accompagnent le Roi (1).

11 y avoit hier quatre fauteuils au bal pour M. le Dauphin et Mesdames. Dans le moment que la Reine arriva on ôta tous les fauteuils, et on n'en laissa qu'un pour S. M. ; mais ce qui mérite d'être remarqué, c'est que, lorsque M. le Dauphin ou Mesdames dansoient les menuets ou les danses figurées , tout le monde se tenoit debout. 11 est constant que le respect d'usage est de se tenir debout en pareil cas. Lorsque le feu Roi dansoit, ou la Reine, tout

(l) A l'égard des courtisans cela ne devroit pas être. (Note du duc de Luynes.)

le monde se tenoit debout ; nous voyons même dans les mémoires de M. de Dangeau que le Roi fit rhbnneur à la reine d'Angleterre de se tenir debout lorsqu'elle dansoit; mais lorsque le Roi ou la Reine étoient présents au bal et que Monsieur ou Madame, ou quelques fils, petits-fils^ filles ou petites-filles de France dansoient, il n'y avoit que les officiers ou dames attachés à leurs personnes qui se tinssent debout. Suivant cette règle , M. le duc de Chàtillon et ceux qui sont attachés à l'éducation de H. le Dauphin auroient dû se tenir debout lorsque M. le Dauphin dansoit^ et ainsi de M*""" de Tallard pour Mesdames. Dans les contredanses, quoique M. le Dauphin et Mesdames dansassent^ tout le monde demeuroit assis, mais c'est l'usage. Pour nommer les danseurs ou danseuses qui doivent alternativement danser, c'est M. de Chàtillon , chez M. le Dau* phin, et M*"** de Tallard, chez Mesdames; et lorsque le Roi ou la Reine y sont , le gouverneur et la gouvernante, ainsi que je Tai expliqué, prennent les ordres du Roi ou de la Reine à chaque danse , hors dans les contre-danses où le détail seroit trop long, et alors ils nomment euxmêmes. L'usage ordinaire subsiste aussi qu'il n'y a que gens titrés qui dansent avec Mesdames les menuets ou danses figurées. Cependant, M. de Monaco, fils de M. de Valentinois, dansa un menuet avec Madame; quoique souverain, il n'a nul rang en France.

Du jeudi 17, Versailles. — Avant-hier le Roi après la chasse soupa dans ses cabinets; il y avoit douze hommes en comptant S. M. et six dames, Mademoiselle, M"" de Clermont, M"*'' d'Antin, M*"' d'Aumont, M*"* de Montauban et M™* de Ségur. M"" d'Antin et M»* de Montauban n'étoient point de semaine ; le Roi a l'attention pour la Reine de ne point déranger son service en donnant à souper aux dames du palais de semaine.

Hier on joua la tragédie à'Andromaqae. Autrefois aux comédies, du temps de M"* la Dauphine, dans les entreactes, les hommes qui pouvoient être vus de M"* la Dau-

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