‹ Mémoires sur la cour de Louis XV, 1735-58Chapitre 3 sur 18 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

les droits des princes du sang. Ce qui a pu donner de Tinquiétude anx princes du sang, c^estque le droit qu'ils ont d'avoir le Pai4ement pofor tuteur, sans avoir besoin de * lettres patentes, a commencé par des lettres patentes qui leur furent accordées; cependant, il est vrai de dire que ce privilège d^a^ir le Parlement pour tuteur étoit autrefois beaucoup plus étendu, et il n'y a pas même fort longtemps.

Il y a quelques jdlirs qu'on apprit la mort de M. Té* vèque de Boulogne; il s'appeloit Henriau (1) ; il étoit fort attaché à la Efaine doctrine.

Hier le Roi recommença A dîner dans sa chambre, comme il a coutume de faire quand il se porte bien.

LETtRES PATENTES

pour la tutelle de M, le duc de Penthiévre.

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à nos amés et féaux conseillers les gens tenant la grand-chambre de notre cour de Parlement à Paris, salut

Le grand attachement que notre très- cher et très-amé oncle le cottïte de Toulouse avoit pour notre personne et le souvenir que nous en conservons nous engagent à avoir une, attention particulière à ce qui peut concerner les intérêts de notre très-cher et très-amé cousin le duc de Penthiévre , afin de donner par là au fils des marques de ra£fection que nous avions pour le père. Notre très-chère et très^amée tante la comtesse de Toulouse et notre très-cher et très-amé oncle ie duc d'Orléans nous en ont présenté une occasion en nous témoign^oit combien il seroit avantageux pour Tadministration des biens de notre dit cousin , le duc de Penthiévre, que sa tutelle fût déférée en notre cour de Parlement à Paris, ce qu'ils nous supplicient de lui accorder; mais comme, suivant les règles de l'ordre public et la volonté du feu Koi, notre très-honoré seigneur et bisaïeul^ H n'y a que les tmtelles des princes de notre sang qui doivent être faites directement au Parlement, la faveur des motifs qui nous portent à vous donner une attribution particulière en cette occasion ne nous empêchera pas de prendre les

■ I ■ M .*■ ■ I I ■ . ■ . I I I Il I I .11 , I .

( 1 ) J ean-Marie Henriao .

précautions nécessaires pour assurer la conservation du droit commun. A ces causes et autres considérations à ce nous mouvant, de l'avis de notre conseil et de notre certaine science, pleine puissance et aur torité royale, nous vous avons renvoyé et renvoyons par ces présentes, signées de notre main, la connoissance de Télection et nomination des tuteurs honoraires et onéraireis qui seromt donnés à notre dit tbu&n le duc de Penthièvre , en obaeïvant sur ce les formalités «n tel cas requises el accoutumées , comme aussi de toutes assemblées ou avis de parents qui seroient nécessaires pendant le cours de la tutelle, soit pour remploi des deniers et fonds appartenant à notre dit cousin'le duc de Penthièvre et autre cas de droite soit pour la nomination et subrogation de nouveaux tuteurs, s*il y éehet au lieu et place de ceux qui au- Toient d'abord été nommés. A l'effet de quoi noua vous avons attribué et attribuons toute cour, juridiction et connoissance que nous interdisons à toutes nos cours et autres juges, et ce en ce qui est seulement cidessus marqué ; le tout pour cette fois seulement et sans que nos présentes lettres puissent être tirées à conséquence. Voulant au surplus que, conformément aux règles qui ont dû être toujours observées dans notre royaume, il n'y ait que les tutelles'des princes de notre sang seulement qui soient faites directement en notre dite cour de Parlement. Si vous mandons que ces présentes vous ayez à faire registrer, et le contenu en icelles garder et observer selon leur forme et teneur. Car tel est notre plaisir.

Du 26^ — Il y a déjà plusieurs jours que le mariage de M. de Brancas^ le père, fait ici beaucoup de bruit. U écrivit à M. le Cardinal pour demander ragrément du Roi pour épouser M"' de Qerinoiit, dont le mari, colonel du régiment d'Auvergne, a été tué en Italie, et fille de M°** de €lermont-d'0. Le Roi n'a point voulu jusqu'à ce moment donner son agrément, et M. le Cardinal répolldit même à H. de Brancas qu'il n'y auroit rien de déterminé sur cette affaire jusqu'à ce qu'il eât vu M. son fils, M. le duc de BrancaS; chevalier de TOrdre. A la première nouvelle que MH. de Brancas eurent de ce mariage, ils vinrent ici, le duc de Brancas fils et le marquis de Brandàs, grand d'Espagne. Us parlèrent à M. le Cardinal, et lui représentèrent fortement que o'étoit en quelque manière souffrir l'abus du sacrement que de permettre que M. de Brancas, étant aussi âgé qu'il l'est, étant hors d'état depuis vingt

ans d'avoir des enfants y comme il en est convenu luimême^ et étant retiré depuis plusieurs années à Vlnstitution (1) où il mène une vie aussi singulière pour lès heures de se coucher et de se lever que sa conduite Ta toujours été, fit un mariage où il parolt qu^il n'a cherché qu^à vendre son rang. Us ajoutèrent que cet article de l'abus du sacrement étoit l'affaire du Roi et de S. Ém., mais qu'ils croyoient devoir lui faire leurs représentations; que H. de Brancas avoit déjà voulu épouser M"* de Parabère^ et que le Roi lui avoit refusé son agrémenty mais qu'il y avoit encore une autre circonstance qui méritoit l'attention de S. Ém., c'est que le bruit commun du Palais-Royal étoit que M"" de Clermont la mère, dame d'atours de M"* la duchesse d'Orléans, désiroit ce mariage principalement pour pouvoir se démettre de sa charge en faveur de sa fille ; que ce seroit une nouveauté dont ils seroient bien fâchés que leur nom donnât le premier exemple; que S. Ém. recevroit sûrement des représentations des ducs, qui ne verroient pas sans peine une petite-fille de France vouloir avoir une dame d'atours titrée^ pendant que la Reine Marie-Thérèse n'en a jamais eu que de non titrées , hors pendant un temps fort court^ et que la Reine aujourd'hui n'a une dame d'atours titrée que depuis le mariage de M""^ de Mazarin , mariage dont M'"* de Mazarin convient elle-même de la singularité. Effectivement H. le Cardinal a eu plusieurs représentations de MM. les ducs. J'oublie une observation importante que MM. de Brancas firent à S. Ém.; c'est que personne ne devoit plus qu'elle soutenir l'honneur de la dignité que la grâce que le Roi avoit faite à son neveu de le faire duc; grâce dont M. le Cardinal avoit été touché [et qui] étoit une preuve que S. M. regardoit cet honneur comme la récompense des plus grands et importants services; en un mot que c'étoit encore plus l'intérêt du Roi ■ ■ I ■ ■ I ■ I 1 1 1 II » ■ Il ■— — fc— ^1^1^

(1) De l'Oratoire.

que celui des ducs^ puisqu'il étoit en quelque manière engagé à soutenir une dignité que la plus haute noblesse a toujours désirée avec empressement et qui étoit même le prix des services militaires ]es plus illustres; que d'ailleurs sis. M. souffroit qu'une petite-fille de France voulût avoir la prérogative d'avoir deux dames titrées auprès d'elle, c'étoit l'égaler en quelque manière à la Reine. Il paroit que ces représentations ont jusqu'à présent retardé l'agrément du Roi. Quant à la dame d'atours, M. le Cardinal dit que M""" la duchesse d'Orléans ne lui avoit pas fait cette demande précisément , mais qu'il croyoit bien que c'étoit son intention. Â l'égard du mariage voici de quelle manière on raconte la proposition qui en a été faite. On dit que M. de Senneterre, chevalier de l'Ordre, fui chargé par M""^ de Glermont la mère , de concert sans doute avec M"* la duchesse d'Orléans, d'aller proposer à M. le duc de Brancas de se marier ; qu'il lui dit : si cette idée lui étoit agréable, il savoit une jeune personne, belle et bien faite, d'une très-bonne conduite, âgée de vingtquatre ou vingt-cinq ans, qui l'épouseroit s'il vouloit. M. de Brancas dit que cela lui convenoit et demanda qui c'étoit. M. de Senneterre lui dit que le secret lui étoit imposé, mais que si la proposition étoit de son goût, que cela ne faisoit rien. H. de Brancas accepta, et aussitôt H. de Senneterre lui demanda de mettre par écrit son consentement. H. de Senneterre l'écrivit et M. de Brancas le signa. On ajoute qu'il y a eu une somme d'argent de promise pour payer les dettes de M. de Brancas. Les uns disent 40 ou 42,000 francs, les autres disent 10,000 écus. Le lendemain ou quelques jours après, Bf°^ la dhchesse d'Orléans envoya un carrosse à M. de Brancas , et ayant montré son écrit, lui demanda s'il avoit changé de résolution. M. de Brancas persista, et H'"' d'Orléans fit venir M"* de Glermont la beÛe-fiUe. M"' de Glermont sa mère, qui est venue ici il y a deux jours, nie absolument cette histoire , et dit aussi que l'idée de la dame d'atours est

totalement fausse, qu'elle veut garder sa place et qu'elle ne s'en démettra jamais.

M. le Cardinal a été incommodé depuis plusieurs jours de la maladie à la mode^ le rhume avec un peu de fièvre. Ayant été obligé de ne point sortir^ le Roi travailla avanthier seul avec M. Amelotet hier avec M.' de liaurepas^ et mercredi il y eut conseil d'État ; il n^j avoit que ces deus secrétaires d'État et M. le contrôleur général.

Le Roi a été à la messe aujourd'hui à la chapelle pour la première fois depuis sa maladie.

M. d'Angervilliers est encore malade; on le regarde cependant comme hors d'affaire. Pendant ce temps, c'est M. de Maurepas qui signe toutes les expéditions néces» saires. M. Alexandre^ un des principaux et des phis anciens commis des bureaux de la guerre y à qui je parlois aujourd'hui de ces arrangements , me contoit œ quî se passa du temps de M. Chamillart. H. Chàmillart avoit travaillé avec le Roi et lui avoit rendu compte de plusieurs affaires; il fut renvoyé immédiatement après ce travail (1), et M. Voisin fut nommé à sa place; mais dans l'intervalle jusqu'à ce que M. Voisin fût en état d'exercer il se passa huit ou dix jours. Pendant ce temps^ comme il falloit signer les expéditions^ le Roi fit dire à M. Alexandre* et apparemment aux autres principaux commis ^ de porter les expéditions nécessaires à signer à celui des secrétaires d'État qu'ils voudroient, et M. Alexandre m'a dit en avoir porté les unes à M. de Pontchartrain^ les autres à M. de la Vrillière, et qu'actuellement lorsqu'il avoit voulu rendre compte à M. de Maurepas des affaires sur lei^ quelles il fàlloit des expéditions^ M. de Maurepas avoit tout signé sans lire.

J'oubliois une circonstance par rapport au mariage de M. de Brancas; c'est qu'à cette occasion l'on a agité une question , savoir si M"" la duchesse de Brancas pourroit

(1) Le 9 juin 1709.

avoir les honneurs sans une nouvelle grâce , parce que M. de Branoas s'étoit démis, et Ton citoit sur cela deux exem[4es : Tun^ de M*"*^ la duchesse de Gramont, seconde femme du grand-père de M. le duc de Gramont d'aujourd'hui; le second, de M'^la duchesse de Saint-Âignan^ seconde femme du vieux duc de Saint^Aignan , premier gentilhomme de la chambre, mère de notre ambassadeur à Rome. Cette questi(Ki n'a pas été agitée bien sérieuse^ ment; car elle ne peut pas en faire une. Dès que le Roi conserve les honneurs aux ducs qui se sont démis, il n'est pas douteux qu'ils les transmettent de droit à leurs femmes 9 et cela est sans aucune difficulté^ à moins qu'il n'y ait des exceptions personnelles. C^est ce qui est arrivé aux deux exemples dont je viens de parler. La naissance de M"'* la duchesse de Gramont étoit sî obscure que le feu Roi ne voulut jamais consentir qu'elle eût les honneurs à la cour; elle n'y vint point, mais elle en jouissoità Paris. A l'égard de W^ de Saint^Aignan ^ commue elle étpit demoiselle,' le feu Roi lui fit dire qu'elle poùvoît venir prendre son tabouret; mais ce fut elle qui par modestie le refusa, et elle n'a jamais été présentée.

Il y a longtemps que l'on attendoit l'arrangement que le Roi voudroit faire au grand conseil (1) ; cet arrangement est fait depuis quelques jours. Le Roi a remboursé toutes les charges de présidents, ce qui fait un objet de 1,800,000 livres, et S. M. a nommé huit maîtres des requêtes avec le titre de présidente du grand conseil. C'est le Roi lui-même qui m'a dit ce matin qu'ils avoient ce titre. Les maîtres des requêtes ont chacun 1,000 écus du Roi, et ne changeront point. Il y a outre cela xm conseil-

(1) Le grand coaseil était tu Iribanai admkifltralif et judiciaire , séparé éa conseil d'État par Charles vni» en U97. Parmi les nombreuses attributioDs du grand conseil» on remarque qu'il avait le droit de décider sur les arrêts contraires rendus par les Parlements. Ses arrêts étaient exécutoires dans toute l«r France.

1er d'État avec 1^200 livresd'appointements; mais il changera tous les ans. Celui qui vient d'être nommé, c'est M. de Fortia. H. le chancelier fut il y a deux jours pour tenir le grand conseil et faire cet établissement. 11 tient toujours de droit le tribunal du grand conseil toutes les fois qu'il veut y aller.

Zhi 31. — Il y a déjà plusieurs jours que H. de Souvré a demandé l'agrément du Roi pour épouser H"^ de Sailly. Souvré a déjà été marié deux fois : la première avec la fille du marquis de Brancas, et la seconde avec M^^* des Harets^ sœur du grand fauconnier; il n'a que trois filles. Souvré a 80,000 livres de rente aumoins^ et l'on ne croyoit pas qu'avec ce bien il pensât à M^^* de Sailly, parce qu'elle a extrêmement peu de bien ; ceux qui lui en donnent le plus disent seulement 13,000 livres de rente. Elle est assez jolie , à ce que j'ai oui dire , et elle est boiteuse.

J'ai oublié de marquer ci-dessus qu'il y eut, il y a environ un mois ou six semaines, une femme de chambre de la Reine, nommée H^^' Martin, fort connue parce qu'elle joue parfaitement bien du clavecin , qui se maria à Paris. Elle auroit pu être fiancée chez M"''' de Luynes et même sans aucune difficulté , d'autant plus que dans le temps de son mariage M^^** de Clermont, qui est surintendante, n'étoit pas ici ; mais apparemment qu'elle ne s'est pas souciée de cette distinction. M""" de Luynes avoit parlé à son père de cette prérogative des femmes de chambre de la Reine, mais sans se mettre beaucoup en peine qu'il cherchât à en profiter.

On apprit hier la mort de M. de Hazarin ; il avoit soupe à son ordinaire, et s'étoit couché d'assez bonne heure. Deux heures après il se réveilla et demanda un verre d'eau. Ses gens lui demandèrent s'il se trouvoit mal; il leur dit que non, et que l'on entrât à neuf heures dans sa chambre; hier à neuf heures en entrant, ses gens le trouvèrent mort. 11 menoit une vie assez singulière, buvant beau-

coup (1) et voyant assez mauvaise compagnie ; il aimoit beaucoup les chevaux, et en étoit continuellement occupé; il ne venoit jamais dans ce pays-ci. Par cette mort, H"* de Durfort^ fille de la fille de M. de Hazarin, devient une très-grande héritière. M. de Hazarin avoit épousé une fille de M. le prince de Rohan ; ils n'ont eu d'autres enfants qu une fille^ qui avoit épouséM.leducdefiurfort, fils de M. de Duras et de M"* de Bournonville , ma tante. M"' de Durfort mourut en couche il y a deux ans et demi ; ainsi tout le bien de Hazarin est aujourd'hui sur la tète d'un enfant de deux ans et demi (2).

J'ai parlé plus haut du projet de mariage du vieux duc de Brancas. Le Roi a refusé les honneurs ; ainsi Ton peut regarder le mariage comme rompu à moins d'une nouvelle grâce. On prétend que ce refus est pour éviter un abus du sacrement qui ne serviroit qu'à acheter un titre. On m'a dit aujourd'hui encore une autre raison qui est que les ducs qui se sont démis ne jouissent des honneurs qu'en vertu d'un brevet du Roi, qu'on ne refuse jamais, mais que H. de Brancas a négligé de demander. Cependant M"* de Glermont est toujours ici et dit qu'elle ne sait quand elle s'en ira.

H. le cardinal de Fleury est toujours un peu incommodé d'un rhume (3), et H. le Dauphin est malade d'une fluxion sur la joueavec un peu de fièvre depuis huit jours.

(i) De Tîn de Champagne, selon Barbier.

(2) ATaut redit de 1711, M"* de Durfort auroit pa faire son mari duc, parce que des deux duchés dont elle hérite, la Meilleraye et Mazarin, il n'y a que le premier d'éteint. Mazarin subsistoit comme duché femelle pour une fois seulement; mais depuis Tédit elle ne pouToit jouir des honneurs. U faut que son mari obtienne de nouyeUes lettres patentes, lesquelles sont toujours accordées en pareil cas, et le duché n'a de rang que du jour de la date des nouvelles lettres. A Tégard du bien, qui monte, à ce que Ton dit, à 3 ou 400,000 livres de rente, si M"* de Durfort venoit à mourir sans enfants, Mm« deMaiily, dame du palais de la Reine, liériteroit de tous ces biens. Mm» de Mailly est nièce de M. de Mazarin qui vient de mourir, étant fille de M«ne de Nesle, sa sœur, et par conséquent la plus proche du sang. {Note du duc de Luynes.)

(3) Le cardinal de Fleury avait alors quatre-vingt-cinq ans.

Affaire du mariage de M. de Brancas. — Maladie du Dauphin. — Bruits de Paris sur la maladie du R<ii. ^ Jeu du Roi. — Opératien foite au Dauphin.

— Visite du Boi au cardinal, de Flcury. •— Mort de Tabbesac de RemirenM>nt,

— Serment de Tévèque de Meaux. -^ Audience des États de Bretagne. — RéceptioA du duc de la Trémoille à Facadémie Arançaise. ~ Détails sur le Dauj^i». -*- Mascarade an Suisses et des gardes do corps. ^ Lettre da Roi au Cardinal. ^ Règlement pour les comptiioents chez lo Dauphin. — Droit à payer pour la grandesse. — Usage pour la résignation des compagnies aux gardes et des canonicats de Notre-Dame. — Entrées chez le Dauphin. — Le Roi et la Reine reçoivent les cendres. — Fia de la maladie du Roi. — Difficulté pour les carrosses du Roi. — Détails sur le Dauphhi. — Le Roi retourne à la chasse. — Aventure de M. de la Tour. — Mort de M. de Lassay. — Maladie du Cardinal. — Conversations du Roi. — Dtner de la Reine. — VisîtQ do Rot an CardinaL -« Jeu du Roi. -* Visile de la duchesse du Maine. — Promotion de lieutenants giénéraux et maréchaux da camp. — Mort de M. de Plelo. — Absence de Taumônier de quartier. — Chasse du Roi. -^ Serment de l'évèqua de Mirepoix. — Visite du Roi à la ranatosse chs Toulouse. «^ Dent arrachée au Dauphin. -* Mariage de M. de Brancas. ^ Lettres de noblesse à M. Silva. — Mort de M. Bogues. — Maladie de M^^ Henriette et du Cardinal.

Du vendredi 7 féorier, — 11 n'y a encore rien de nou* veau par rapport au mariage de H. de Brancas. Le refus de Pagrément du Roi subsiste toujours ; ou oroyoit même qu'il y avoit une difficulté qui auroit ioui arrêté ; c'est que Al. de ftrancas^ en se démettant de son duché^ n'avoit point pris de brevet pour conserver les honneurs^ et par conséquent il auroit fallu une double grâce; mais son fils m'a assuré qu'il y avoit un brevet. Il est vraisemblable que l'idée de M"" la duchesse d'Orléans de se faire une dame d'atours duchesse subsiste toujours., quoiqu'elle ne soit pas avouée. J'^ai marqué ci-dessus qu'il n'y en avoit qu'un exemple en passant, du temps de la Reine Marie- Thérèse; ce fat M"* la comtesse de Noailles, qui étoit déjà dame d'atours lorsque son mari fut fait duc ; c'est la mère de M. le cardinal de Noailles; elle resta dame d'atours depuis qu'elle fut duchesse.

FÉVRIER lSr58. 27

L^enflure que M. le Dauphin a à la joue subsiste toujours avec Isk fièvre; quoique œt état ne soit pas dangereux pour le moment présent y cep^kkant le Roi résolut il y a deux ou trois jours d'envoyer quérir à Paris les médecins consultants ; ils aont^ je croîs^ trois ou quatre^ et ont en cette qualité 9 ou 10,000 livres du Roi pour venir aux consultations toutes les fois que le Roi en a besoin pour lui ou pour ses enfants. Le jour qu'ils furent mandés, M. leDueétoitici, etsetrouvaniraprès-dinéedans le cabinet du Roi, où Courtenvaux (1) étoit aussi avec le duc de Yilleroy et une ou deux autres personnes, le Roi dit à M. le Duc l'ordre qu'il venoit de donner. M. le Duc lui répondit qu'il n'avoit pu mieux faire, que la santé de M. le Dauphin étoit trop précieuse pour ne pas prendre toutes les précautions et sûretés les plus grandes; que l'on avoit même été étonné que dans la maladie que le Roi venoit d'avoir il n'eût pas mandé les dits médecins. A ce discours le Roi répondit que cela n'auroit servi qu'à faire parler dans Paris. ( J'oubliois de marquer que non-seulement les médecins avoient été mandés , mais aussi plusieurs chirurgiens.) A celte réponse du Roi, Courtenvaux prit la parole, et lui dit : « Sire, cela n'a pas empêché que Paris n'aie parlé. » Le Roi ayant paru vouloir savoir ce que l'on avoit dit ( du moins c'est ainsi que Courtenvaux me l'a conté lui-même), Courtenvaux lui dit : c< On disait tout publiquement dans Paris que Y. M. avoit besoin de chirurgiens plutôt que de médecins (2). )i) Ce discours surprit un peu M. le Duc, qui cependant n'en dit rien sur-le^amp; mais à une autre heure, s'étant trouvé

(1) Loais-Charles-César le Tellier, d'abord connu sous le nom de chevalier de Louvois, prit en 1722 le nom de marquis de Courtenyaux , fat substitné en 1739 au nom et aux armes d'Estrées,et prit alors le nom de comte d'Kstrées. Il fut nommé maréchal de France en I7ô7, ministre d'État en 1753, et mourut en 1771.

(2) On trouve indiquées dans Barbier, 1. 111, p. 123, les nouvelles qui couraient dans Paris au sujet de la maladie d« RoL

avec le Roi, il lui dit qu'il n'avoit pu entendre sans éfonnement le discours de Courtenvaux; & quoi le Roi répondit : a Je n'en suis point étonnéje suis accoutumé à l'entendre me dire tout ce qu'il pense. »

Le Roi continue à ne point sortir que pour aller à la messe à la chapelle et chez la Reine et M. le Dauphin. S. M. joue à rhombre tous les après-midi. Il y eut hier une espèce de petite dispute à ce sujet entre M. de Bouillon et M. d'Aumont. Ils étoient l'un et l'autre dans le cabinet^ et H. d'Aumont avoit fait apporter la table d'hombre^ comme c'est son droit sans difficulté ; le Roi demanda les cartes pour tirer. Un garçon delà chambre, qui ne voyoit pas M. d'Aumont^ les présenta à H. de Bouillon pour donner à tirer au Roi. M. d'Aumont les voyant entre les mains de M. de Bouillon lui dit en badinant : ce Je veux bien vous céder mon droit pour cette fois-ci ; » M. de Bouillon lui répondit qu'il croyoit que c'étoit son droit. La chose en demeura là, et ne fut point traitée sérieusement. J'ai parlé à M. de Bouillon et à M. d'Aumont. H. de Bouillon m'a dit que le Roi devoit juger cette question. M. d'Aumont dit qu'il ne croit pas que c'en soit une, et par conséquent qu'il dût y avoir de jugement. Il est certain que le grand chambellan ôte tout service au premier gentilhomme de la chambre; mais il n'a aucun commandement dans la chambre. La table elles cartes sont apportées par ordre du premier gentilhomme de la chambre; il est bien difficile de croire que les cartes pour tirer puissent être présentées par autres que par celui qui les a fait apporter, et en son absence par le premier valet de chambre. Dans les maisons particulières, les maître ou maltresse les présentent ordinairement au Roi lorsqu'il leur fait l'honneur d'y jouer.

Du samedis. — Les médecins et chirurgiens ayant jugé le mal que M. le Dauphin a au bas de la joue droite, auprès du menton, en état d'être ouvert, il fut résolu dès le matin que l'on enverroit chercher Boudot, chirur-

gien de la Charité, et Petit, fameux chirurgien de Paris. Ils arrivèrent après diaer. Le Roi descendit chez M. le Dauphin à cinq heures et demie. Toute la faculté étant entrée, médecins, chirurgiens et apothicaires, M. de la Peyronie, après avoir examiné le mal, trouva que l'ouverture ne pouvoit se faire avec une lancette, et demanda un bistouri avec lequel il fit deux incisions de suite, depuis la partie qui est au-dessus du milieu de la joue jusque auprès du menton. Cette opération fut assez courte mais très- douloureuse, et la douleur dura près d'une heure après l'opération. H. le Dauphin en soutint tout le préparatif avec courage, et il ne montra même dans le temps de la plus grande souffrance que ce que Ton ne peut refuser à la nature. M. Silva (ij^qui étoit présent àcette opération, ayant remarqué que le Roi pâlissoit, lui donna à sentir un flacon d'eau de Luce (2) qu'il avoit dans sapoche. Immédiatement après cette opération le Roi fit sortir tout le monde, même les entrées familière^, et ne garda avec lui que H. le duc d'Ayen, capitaine des gaiules de quartier.

Le Roi remonta chez la Reine peu de temps après, et allacbez H. le Cardinal, qui est toujours incommodé et qui étoit en robe de chambre. Plusieurs personnes suivirent le Roi, qui resta environ un demi quart d'heure et ne voulut jamais que M. le Cardinal fût debout pendant ce temps-là. S. M. resta debout auprès de la cheminée, et M. le Cardinal étoit assis dans un fauteuil, à sa place ordinaire.

Du 10. — Avant-hier W^ Tabbesse de Remiremont mourut à Paris, âgée de soixante et seize ans ; elle étoit sœur de M"** la princesse d'Épinay, qui en a soixante et quatorze.

(1) J. B. Silva, né à Bordeaux en 1682, élève de Chirac , nommé en 1724 médecin consultant en remplacement de Boudin, démissionnaire; anobli en 1738 par Louis XV; premier médecin du prince de Condé; mort en 1742.

(2) L'eau de Luce est un antispasmodique, encore en usage.

Hier le Roi ne voulant pas descendre en bas pour recevoir trois serments, de Té véque de Heaux (1 ) et de deux autres, alla entendre la messe dans la chapelle de la Vierge^ qui est dans renfoncement^ au-dessus de celle de Saint* Louis. Cette cérâenonie se passa comme en bas; il y eutle motet à Tordinaire; les Cent-Suisses an-dessous de la tribune comme si le Roi y eût été, et en même temps un Récollet disoit la messe au ^rand autel.

Du 14. *-*- Mercredi dernier, 13 de ce mois, les États de Bretagne eurent audience du Roi et de la Reine, etc. Ils étoient présentés par M. le duc de Penthièvre, gx)uverneur de la province et conduits par M. de Brezé, grand maître des cérémonies en survivance. C'étoit M. Tévéque de Saint-^Brieuc (2) qui portoit la parole, et dont les harangues furent fort approuvées. Le tiers état à genoux à Tordinaire. L'audience de la Reine fut dans le grand cabinet avant sa chambre, M. de Nangis derrière le fauteuil de la Reine, et M. de Cbazeron à côté de lui (3). Lorsque les députés entrèrent, toutes les dames se levèrent, quoi^ que la Reine ne se levât pas, et les dames demeurèrent debout pendant tout le temps de la harangue. On prétend que cela n^est pas dans la règle, et que celles qui sont assises doivent se lever à l'entrée des députés, mais se rasseoir pendant la harangue (i).

Chez Mesdames, H'*''' de Tallard et les autres femmes titrées demeurèrent assises pendant les harangues. Je <2rois que le droit n'est pas douteux sur cet article devant la Reine comme devant Mesdames ; mais la foule qui

(1) Antoine- René de la Roche deTonteniUe.

(2) Louis-François de Viyet de Montclus.

(3) On verra ci- après que cet usage a été changé. {Note du duc de Luynes. )

(4) Le secrétaire d'État chai^ do détail de la Bretagne acoompagQoit les dépotés ; je crois que c'étoit M. de Maurepas. ( Note du duc de Lwfnes.) -^ La Bretagne était cependant dans le département de M. de Saint-Florentin. {Noie des éditeurs, )

FÉVRIER i758. 31

entre dans le cercle et la curiosité d^entendre le discours fait qu'on se lève ordinairement.

Ce même jour il y eut un grand dîner chez H. le duc de Penthièvre ; quatret^bles, quatre-vingt-quatre personnes. Il en fit les honneurs d'une façon que l'on ne pouvoit attendre d'un homme de son âge.

2hi 17. — M, le duc de la Trémoille, premier gentilhomme de la diambre, doit être reçu ces jours-ci à l'académie à la place de feu H. le maréchal d'Estrées. C'est H. de SainIrÂulaire qui doit répondre à sa harangue , étant directeur de ladite académie. M. de Saint-Aulaire est âgé de quatre-vingt-dix ou quatre-vingt-quinze ans. C'est lui qui fit le compliment au feu Roi au nom de l'académie, à la mort de Monseigneur; il étoit alors directeur, et le voici tel qu'il me l'a répété aujourd'hui : «L'académie, prosternée aux pieds de son auguste protecteur, n'emploie d'autre éloquence que la tristesse dont elle est pénétrée ; elle ne présume pas de ses paroles qu'elles puissent adoucir la douleur de Y. M.; elle n'en a point pour exprimer la sienne. »

Du 18. — La plaie de M. le Dauphin continue à aller de mieux en mieux et est presque fermée. Il y a quelques jours que M. l'évêque de Mirepoix me contoit une circonstance qui mérite d'être rapportée, et qui prouve la mémoire et le jugement de M. le Dauphin. M"® de Ventadour lui avoit donné des tablettes, et il s'amusoit à y écrire ; M. de Hirepoix lui ayant demandé ce qu'il écrivoit, il lui dit : (c Laissez-moi faire, vous verrez dans un moment. )> Il lui montra un passage latin que H. de Mirepoix lui avoit dit environ trois mois auparavant, qui signifie : « A quoi sert-il de savoir la religion chrétienne si l'on vit comme des païens ? » Il en écrivit encore plusieurs autres.

On est depuis hier entièrement rassuré sur la plaie ; on avoit craint une exfoliation à l'os; ^ on disoit même que cela pouvoit être plus considérable, mais je crois que cela

étoit sans fondement. Les médecins et chirurgiens con-sultants sont toujours ici, et ont une table fournie de la boucbe du Roi. Les jours maigres, cette table est servie moitié gras^ moitié maigre; mais il a fallu un ordre exprès du Roi; car sans cela on ne sert jamais de gras les jours maigres cbez le Roi.

Mercredi dernier^ 12 de ce mois, les Suisses firent leur exercice ordinaire. Ils étoient quinze ou seize en chemise, avec un arlequin et unpantalon, dansantau son d'un fifre et d'un tambour. C'est leur usage tous les aos.

Le vendredi ihy les gardes du corps imaginèrent de donner un petit spectacle dans leur grande salle^queTon appelle le magasin . Ils s'habillèrent vingt ou vingt-cinq en présidents, conseillers, avocats , huissiers et procureurs , ayant des robes rouges faites avec leurs manteaux à l'envers et des robes nçires. Il y avoit un garde habillé en femme, un petit garçon habillé en fille ; ils défilèrent en cet équipage devant le Roi, la Reine, et M. le Dauphin, et allèrent ensuite tenir leur audience. Il y eut une cause plaidée dans toutes les formes. Le jour même, ils donné* rent un bal avec la permission du Roi, qui dura une partie de la nuit, et dont ils firent les honneurs avec beaucoup de politesses.

Ce même vendredi, j'étois chez M. le Cardinal, Taprèsdlnée, lorsque Bontemps, le fils, vint lui apporter une lettre du Roi. M. le Cardinal l'ayant lue, appela M. Amelot, qui avoit diné chez lui, et lui dit de lire la fin de cette lettre, parce que le tout seroittrop long. M. Amelot lui demanda la permission d'en faire la lecture tout haut. Je joins ici la copie de ce billet, que je vins écrire sur-le-champ, et qui m'a paru mériter d'être remarqué : « Je ne sens pas moins que vous ce que c'est que d'être séparé de quelqu'un que l'on aime et en qui on a mis toute sa confiance ; mais il vaut mieux se priver de son plaisir pour en jouir plus longtemps. »

Il y a quelques jours que M. de Polastron ( c'étoit le 14 )

FÉVRIER i758. 33

m'apprit qu'il y avoit eu un nouveau règlement de fait chez M. le Dauphin, par rapport à ceux qui doivent aller faire des compliments de sa part. J'ai écrit plus haut ce qui s'étoit passé dans les occasions. Il est présentement réglé que les gentilshommes de la manche n'iroient plus, et que ce seroit Técuyer de main du Roi qui est en quartier chez M. le Dauphin. Cette décision est fondée sur les représentations des écuyers, qui ont dit qu'étant gentilshommes, ou au moins censés l'être par leur charge, ils croyoient ne devoir point céder l'honneur des compliments aux gentilshommes de la manche, desquels ils n'avoient aucun ordre à recevoir ; ils penseroient différemment de MM. les sous-gouverneurs, aux ordres de qui ils étoient en l'absence du gouverneur.

Il y a quelques jours que le Roi ayant demandé à M. le comte de Bavière si sa grandesse étoit de la première classe , comme elle en est effectivement, cela donna occasion de parler de quelques détails sur les grandesses. Lorsque le roi d'Espagne fait un grand, avant qu'on lui expédie ses lettres, il a un droit à payer; ce droit s'appelle médianate, ce qui veut dire demi-année. Le droit est de 800 pistoles d'Espagne pour celui qui est fait grand, et à chaque génération il faut payer de nouveau 400 pistoles. Ce droit est si exactement payé en Espagne, que M. de Chalais, de qui je sais ce détail, m^a dit que le roi d'Espagne voulant le traiter favorablement lui fit expédier un brevet pour toucher 800 pistoles et les porter sur-lechamp pour la grandesse. Les grands qui habitent en France ne payent rien ordinairement. Il y a des grandesses de plusieurs espèces; les unes sont perpétuelles, les autres pour un certain nombre de générations.

J'appris avant-hier que le Roi avoit accordé à M. de Lesparre, fils de M. le comte de Gramont, une compagnie aux gardes ; c'est celle de M. Ferrand. Ces compagnies se vendent 80,000 livres|; mais pour que le capitaine ait permission de vendre, il faut qu'il vienne lui-même la de-

mander au colonel. Ainsi M. Ferrand, (jaoiqne très-malade, a été obligé de se faire porter chez H. le duc de Gramont. C^est à peu près comme dans le chapitre Notre-Dame, où les chanoines ne peuvent résigner qu'étant dans le chapitre. Nous avons vu M. Tabbé Ck>uati;e» qui ayant été assassiné, dont il est mort, se fit porter dans le chapitre pour résigner. Cet usage est constant dans ces deux différents corps.

M. Tévèque de Mirepoix doit être reçu à FÂcadémie des Sciences, à la place de M. le maréchal d'Estrées. U n'y a point de discours à faire à cette académie. M. de la Tr4moille doit être reçu à TAcadémie françoise , à la place de M. le maréchal d'Estrées, comme nous avons dit.

Q y a quelques jours qu'il y eut une petite difficulté chez H. le Dauphin au sujet des entrées. Le Roi descend plusieurs fois par jour chez H. la Dauphin ; il passe par un petit escalier qui est auprès de la garde-robe du premier valet de chambre. Il n'y a que le premier gentilhomme de la chambre, le capitaine des gardes et les entrées familières qui aient droit de suivre le Roi par cet escalier. Il étoit question de savoir si, quand le Roi est entré chez H. le Dauphin, les grandes entrées pouvoient entrer par la porte ordinaire. M. de Bouffiers et moi ayant été refusés en pareille circonstance, je demandai à M. de Ch&tillon quel étoit son arrangement. Il me dit que les grandes entrées étant arrivées un moment avant le Roi y resteroient sûrement, le Roi y étant ; mais que lorsque le Roi étoit arrivé il ne croyoit pas que l'on dût entrer ; que cependant c'étoit l'exemple de ce qui se passoit chez la Reine qui devoit décider. 11 me pria de le demander à. H"''' de Luynes; et sur ce que je lui dis le jour même que lorsque le Roi étoit entré chez la Reine par la porte du cabinet, la Reine étant malade dans son Ut, les grandes entrées entroient sûrement par l'autre porte, H. de Chàtillon est convenu que cela devoit être de même chez M. le Dauphin, Les premières entrées de chez le Roi ont le mêaie

droit en pareil cas que les grandes entrées. Les entrées de la chambre chez la Reine entrent aussi en pareil cas ; mais cela ne peut prouver pour H. le Dauphin, parce que chez la Reine il n'y a que trois sortes d'entrées : les familières, que fort peu de gens ont, les grandes entrées et les entrées de la chambre, au lieu que chez M. le Dauphin il y a autant d'entrées que chez le Roi.

Du 19. — Hier, mercredi des cendres, H. le cardinal de Rohan, qui étoit à Paris depuis plusieurs jours, revint ici exprès pourdonner des cendres au Roi, et s'en retourna le soir. La Reine prit des cendres en haut dans la chapelle de la Vierge. Ce fut H. Tarchevôque de Rouen qui les lui donna. L'année dernière la Reine étoit descendue en bas pour recevoir des cendres, quoique étant grosse ; mais elle les avoit reçues dans la petite tribune à gauche en entrant| où elle se met pour communier. L'année d'auparavant elle étoit encore grosse ; mais comme elle s'étoit blessée la grossesse d'auparavant, elle ne descendit point en bas ; elle entendit la messe dans la lan-» terne à droite, où elle l'entend ordinairement, et alla ensuite à la chapelle delà Vierge recevoir des cendres. Cette année elle a entendu la messe dans cette même chapelle ; elle a reçu des cendres avant la messe; et comme M'"'' de Luynes et les dames qui suivoient la Reine ne pouvoient pas recevoir des cendi*es en sa présence, la Reine resta un momentdans la travée, qui est vis-à-vis ladite chapelle, à adorer le Saint Sacrement , et pendant ce temps*là le chapelain a donné des cendres à toutes ces dames.

Hier, àla messe du Roi et delà Reine, le motet, qui est toujours le même aux deux messes, fut un Miêerere. C'est l'usage de n'en point chanter d'autres lejour des cendres.

Le mardi gras s' étant trouvé cette année précisément le jour de l'anniversaire de la mort de H. le Dauphin, duc de Bourgogne, le motet fut un De profundiê.

Hier le Roi ne mangea à souper que du potage au lait et des œufs frais ; il prend présentement du lait le matin et

mange gras à diner. M. le Dauphin a commencé aujourd'hui à manger deux ailes d'un très-petit poulet.

Les médecins et chirurgiens consultants furent enfin renvoyés hier. 11 y eut à cette occasion une petite difficulté. On demanda un carrosse du Roi pour les ramener à Paris; mais cela ne se put exécuter parceque^ tous les carrosses du Roi sont carrosses du corps et qu'il n'y peut monter que le Roi et ceux qui ont l'honneur de le suivre, et les ambassadeurs et envoyés le jour de leur première audience. 11 fallut que M. de Châtillon prètÀt un caiTOSse. L'on prête quelquefois les attelages du Roi, mais non pas ses voitures. Immédiatement après la mort de H. le comte de Toulouse, M. de la Peyronie alla par ordre du Roi à Rambouillet pour être présent à l'ouverture de son corps, et s' étant trouvé incommodé, on fut obligé de lui donner la seconde litière du Roi, par ordre de S. M. Il y a encore un autre exemple. A lachutedeH.de la Fayette, exempt des gardes du corps, auprès de Trianon, il y a plus d'un an (1) , le Roi, qui l'avoit vu tomber, dit en arrivant à H. de la Peyronie d'aller voir s'il étoit possible de lui donner quelque secours. La Peyronie ayant dit au Roi qu'il n'avoit point de carrosse prêt dans le moment, comme le secours étoit pressé à donner, S. M. lui ordonna de prendre un de ses carrosses qui s'en retournoit, démonter dedans et d'y faire monter M. de la Fayette pour le ramener à Versailles. J'ai appris encore plusieurs circonstances sur cette difficulté. Il y avoit plusieurs jours que HH. les médecins et chirurgiens s'étoient flattés qu'on leur donneroit un carrosse du roi pour s'en retourner et attendoient ce traitement comme une marque de distinction et de bonté. Us en avoient parlé à H. le Cardinal, qui ne paroissoit poibt y trouver d'inconvénients. M. le Premier n'étant point ici, M. de Châtillon, à qui H. le Cardinal en parla, dit qu'il alloit en écrire à M. le Premier ; il lui en écrivit en

(1) Voy. p. 102, 1. 1,

effet le lundi ou le mardi; il comptoit avoir la réponse le mercredi de bonne heure. Comme cette réponse n'arrivoit points les médecins, impatients^ en allèrent parler à M. le Cardinal et ne cessoient d'en parler aussi à M. de Chàtillon^ ayant grand désir de s'en aller. Cependant la réponse arriva^ dans laquelle M. le Premier marquoit qu'il n'avoit point connoissance, depuis qu'il étoit en place, que Ton eût jamais donné de carrosses du Roi aux médecins; que cette distinction pourroit même faire de la peine aux ambassadeurs et envoyés qui avoient l'honneur de marcher dans les carrosses du Roi le jour de leur audience ; que même les gens de condition qui se présentoient avec empressement pour avoir cet honneur pourroient être blessés de voir donner les carrosses du Roi aux médecins et chirurgiens et gens de la sorte. Comme les médecins et chirurgiens d'ici s'étoient joints aux consultants dans cette affaire^ tous demandèrent à M. de Châtillon quelle pouvoit être la raison du refus qu'il leur annonçoit, et quoique M. de Chàtillon les eût assurés qu'ils pouvoient être tranquilles sur leur retour, ilsn'étoient pas encore contents et parurent désirer de voir la lettre. M. de Cbàtillon la leur donna. Ils furent très-offensés du mot : et gens de la sorte , et Silva ne voulut pas monter dans le carrosse de M. de Cbàtillon ; il s'en alla dans sa chaise. Dumoulin, Petit et Boudots'en allèrent dans le carrosse. Ce mot gens de la sorte a été fort remarqué ; on a même prétendu qu'il y a voit : gens de cette espèce, mais M. le chevalier de Créquy, qui a lu la lettre avec attention , m'a assuré qu'il n'y avoit pas d'autres termes. M. de Saint- Saùveur m'a dit aussi qu'il avoit été de la part de M. le Premier demander à M. le Cardinal s'il vouloit donner un ordre pour les carrosses, qu'il seroit exécuté sur-le-champ; Bf. le Cardinal ne le voulut jamais. J'ai appris à cette occasion que les appointements des médecins n'étoient pas tous égaux. Ceux de M. Silva sont de 9,000 livres; c'est une augmentation qu'il a obtenue du temps de M. le Duc. Bel-

vétius a les appointements pareils. GeoxdeM. Dumoulin (1) ne sont que de SOOécus. 11 y en a un autre qui a 2,000 écus. Je ne sais pas encore le détail des autres ni des chirur* giens.

La plaie de H. le Dauphin n^est pas encore entièrement fermée^ mais on compte que mardi prochain il n'y aura plus qu'une mouche. Quoiqu'il ne soit point en étatd^é* tudier, cependant comme ceux qui lui sont attachés sont obligés à une grande assiduité et n'ont à eux que le temps destiné ordinairement à Tétude^ M. de Mirepoix etMM. le» abbés de Marbeuf et de Sainlr^yr viennent à la même heure et passent toujours le même temps qu'à l'ordinaire» Pendant ce temps les grandes entrées n'entrent points quoiqu'il arrive même quelquefois que le Roi y descend. Il n'y a que ceux qui suivent S. M. par le petit escalier qui entrent avec lui ; il est aisé de comprendre quelle est la raison de cette règle. Lorsque M. de Mirepoix est seul chez M. le Dauphin avec le sous-précepteur et le lecteur, c'est, lorsque M. le Dauphin est en santé, un temps où H. le Dauphin est toujours à son pœticulier à cause de l'étude ; même dans la circonstance présente, c'est un temps de conversation particulière où il est plus oonve* nable que personne ne puisse entrer ; et d'ailleurs si dans ce temps il se trouvoit une circonstance où il ne fût pas à propos de laisser entr'er, cela formeroit uh embarras , parce que M. de ChÂtilJon prend souvent àe temps pour se

(1) Jac(|ues Dumoulin, médecin congnltant du Roi, mourut en iTSS^à quatre-vingt-douze ans, riche de 1,600,000 livres. Dumoulin a joui de la plusgrande célébrité. H était fort économe. Un avare, ayant entendu dire que Dumoulin remportait sur lui en économie, vint le voir un soir, et le trouva dans> une chambre enfumée avec une petite lampe qui ne donnait presque pas de clarté. Il lui dit qu'ayant appris quil étaH Thomme du monde le plus économe, il souhaitait qui! voulût bien lui donner qœlqaes leçons d'économie. Dumoulin lui dit de prendre un siège, souflla la lampe en hii disant : Nousn'avons pas besoin d'y voir pour parler. Ah monsieur I répliqua l'avare consultant, cette leçon me suffit.

reposer, et que M. de Mirepoix n^a point de commandement dans la chambre.

Le Roi a été à la chasse aujourd'hui. C^est la seconde ou troisième fois qu'il y va ; il est parti ce matin^ entre dix et onze heures, et est revenu à trois heures après dîner»

JDu 2iy Versailles. *— L^aventure arrivée la semaine dernière à M. de la Tour^ capitaine aux gardes^ mérite d'être rapportée. M. de la Tour est fils de celui qui étoit intendant de Bretagne et qui est présentement président du parlement d'Aix^ intendant et commandant en Provence. M. de la Tour devoit venir ici de bon matin avec sa compagnie pour monter la garde ; il laissa partir la compagnie^ et ayant voulu regagner le devant à cheval^ dans la plaine des Sablons il sentit que les deux pieds de devant de son cheval enfonçoient; il lui donna deux coups d'éperon, le cheval fit un effort, et ayant passé les deux pieds de devant de l'autre côté d'un puits dans lequel il enfonçoit, tout le derrière du cheval et M. de la Tour tombèrent dans ledit puits. Le cheval alla jusqu'au fond^ et M. de la Tour, ayant été arrêté par une petite avance qui étoit dans ledit puits ^ y resta séparé de son cheval. Il y fut plus de [trois heures ^ jusqu'à ce qu'un paysan, qui passoit par hasard^ ayant entendu crier^ vint au bord du puits ; on apporta des cordes et M. de la Tour fut retiré sans être blessé. On trouva aussi le moyen de retirer le cheval^ qui n'avoit point de mal.

H. de Lassay, le père, mourut hier à Paris; il étoit ègé de quatre-vingt-wpt ans. Il avoit été marié trois fois^ et depuis plusieurs années il vivoit avec M''* de Saint-Just, chanoinesse de Remiremont^ fille âgée et fort laide^ mais qui avoit bien voulu avoir la comj^aisance de venir lui tenir compagnie et d'avoir soin de sa vieillesse. Tout le -monde les croyoit mariés et que M. de Lassay^ le fils y y avoit consenti, d'autant plus qu'il y eut dans ce temps un acte signé dudit Lassay fils pour une pension que Ton croyoit être un douaire. Cependant , soit que Lassay

père eût trouvé ridicule à son âge de songer à un quatrième mariage, soit que M"* de SainWast elle-même es. ait craint les assujettissements et ait mieux aimé les prendre volontairement, il ne paroit pcwt qu'il y ait en de mariage. L^on compte qu'elle reste avee envicoa 1 5,000 li vre& de rente ; on dit même âli^OOO en comptant le peu de bien qu'elle avoit déjà, et que Lassay le fils a donné toutes les sûretés nécessaires. BP* deSaint-iust appeloit toujours M. de Lassay mon ffNiî2/ot, et avait des soins de lui comme une garde anroit pu faire. M. de Lassay étoit ancien chevalier de l'Ordre, VoUà une dix-kmtième place vacante sans compter les prélats. Il étoit le vingtcinquième des cinquante-huit de la promotioa de 1724.. Il étoit frère de M. de Manicamp^ premier mari de SP" de Chàtillon ; et par son mariage avec M^* de Chàteanbriant ou Guénani, bâtarde de M. le Prinee et reconnoe , il étoit beau-frère de madame la Duehesse; il était aussi frère de M'"'' de Lassay^ femme de son fils. Il jouissoit d'environ 45^000 livres de rente, à ce que Ton m'a asBoré; sur quoi il avoit donné iik,000 livres de rente à M'^'de Saint^ hist lorsqu'elle prit le partie pour lui tenir compagnie, de quitter sa prébende de Remiremont, qui lui valoit cette somme ; M"' de Saintriust n'ayant d'ailleurs que 1,800 livres de rente.

M. le Cardinal s'est trouvé fort mal cette nuit. On dit que c'est Teffet d'un rêve qui Favoit agité ; mais en s'éveillant sur les deux heures du matin il a paru n'être pas à lui-même, de sorte qu'on a envoyé quérir Dumoulin , médecin. On a fait venir le P. Germain, RécoUet, son confesseur, qu'il avoit demandé. Cependant , comme il étoit mieux, il ne s'est pas confessé, La fièvre est venue assez violente après cet accident ; il n'en a plus ou presque plus présentement, six heures du soir. Dumoulin est arrivé, qui le trouve assez bien. Il vient même de travailler avecDuparc, son secrétaire, qui ditqu'il a travaillé comme à l'ordinaire pendant une heure. On a tendu un

lit dans son oabinet.En tout^ non-seulement le grand âge donne beaucoup de sujets d'inquiétude, mais depuis qu'il a été enrhumé il lui est resté un grand dégoût de toutes nourritures, et l'estomac parolt fatiguer dans la digestion . Cet accident fait un grand mouvement ici.

Le Roi, à l'occasion de la mort de M. de Lassay, disoit aujourd'hui à H. de Charost que lorsqu'il faisoit des ducs et des maréchaux chevaliers de TOrdre^ilmettoit toujours les ducs immédiatement avant les maréchaux de France. H. de Charost a répondu à S. M. que ce n'étoit pas tout à fait l'usage du feu Roi, qui mettoit toujours un homme de condition non titré entre les ducs et les maréchaux de France.

Le Roi, parlant aujourd'hui des lettres de ducs qu'il a accordées à M. de Chàtillon et à M. deFleury, a dit qu'il y avoit cette différence de celles-là aux autres, c'est que dans ces lettres il est porté que dans le cas qu'il y auroit plusieurs enfants mâles , si l'alné embrassoit l'état ecclésiastique le duché passeroit au second, et ainsi des autres; de sorte que celui qui seroit d'église n'hériteroit du duché qu'au cas qu'il fût seul enfant m&le. M'^^de Luynes étoit présente.

Aujourd'hui la Reine a dîné seule à l'ordinaire ; M*"^ de Hazarin, H*"' de Hontauban et M"' de Montauban y étoient assises. H^^"" deliontaubann'aquedix ou onze ans, et il y a déjà quelque temps qu'elle a pris son tabouret.

2)u 23. — M. le Cardinal est mieux ; la nuit n'a cependantpas été fort bonne. J'ai quï conter aujourd'hui encore plus en détaijl l'accident qui effraya tant hier matin. C'est de M. de la Peyronieque je le sais, et il fut des premiers appelés. M. le Cardinal avoit eu un mouvement de fièvre la nuit; à cela se joignit un rêve qui le réveilla en sursaut. Dans le moment du réveil il se trouva hors de luimême, au point qu'il appela Barjac et qu'il lui dit : « Je me meurs; » et Barjac lui ayant demandé ce qu'il vouloit que l'on fit, il dit d'aJler quérir la Peyronie, son confesseur

et un notaire. M. delaPeyronieétant arrivé, trouva toute la maison dans le plus grand effroi ; on demandoit du 11* lium (1). La Peyronie ayant touché le pouls ne voulut faire donner autre chose que deux verres d'eau. M. le Cardinal s'endormit depuis trois heures jusqu^à sept. Aujourd'hui on a craint un peu de dévoiement; cependant on regarde cela comme une purgatîon naturelle, d'autant plus qu'il n^y a point de fièvre ou presque point.

Le Roi a été aujourd'hui au sermon du P. Ségaud ; il a été admirable sur la foi. De là, S. M. a été chez M. le Dauphin, en traversant la cour ; et tous ceux qui l'ont suivie entrées ou non, sont entrés avec le Roi, qui a passé par la salle des gardes de M. le Dauphin. C'étoit cependant à quatre heures, qui est l'heure de l'étude ou de la conversation. Delà, le Roi est monté chez M. le Cardinal ; on a mis un garde du corps à la porte de la chambre de H- le Cardinal, qui va dans sa chambre à coucher ordinaire, pendant que le Roi y étoit. Le Roi est entré seul , laissant M. le Maréchal de Noailles avec le bâton , et M. d'Aumont à la porte. S. M. y est resté environ un quart d'heure et en est sorti avec un air fort gai.

Du^k. — M. le Cardinal n'a pastrop bien passé la nuit^ n'ayant dormi qu'environ trois heures ; cependant on le dit mieux. MM. Silva et Dumoulin, qui étoient venus pour lui, s'en sont retournés cet après*midi à Paris, et ils ont dit au Roi, avant que de partir, qu'il n'y avoit point de danger présent, et l'on dit chez lui que le mieux subsiste.

Le Roi ajouéàl'hombre aujourd'hui comme à son oiv dinaire ; il y avoit même deux tables de jeu, le Roi ayant cette bonté et attention quand il voit plusieurs de ceux qui ont l'honneur de jouer ordinairement avec lui. A cette seconde partie jouoit M. d'Aumont, avec qui le Roi est des quatre cinquièmes. La partie à laquelle le Roi

(1) Le Iflium est uo cordial.

jouoit a été finie plus tôt qu'à la seconde table; et comme le Roi avoit à travailler avec M. d'Angervilliers, immédiatement après la visite de M'^^la duchesse du Maine, le Roi a ordonné que Ton passât dans sa chambre la table où jouoit M. d'Aumont. M*® la duchesse du Maine est entrée chez le Roi par la salle du billard. La visite s'est passée debout ; elle n*a pas été longue. Il n'y a que M^^' du Haine qui 'soit entrée avec elle dans le cabinet des glaces ; les dames d'honneur sont demeurées dans le cabinet des perruques. H""*^ la duchesse du Maine est en grand deuil, à cause de la mort de M. de Lassay^ son beau-frère; cependant ni elle ni Madame la Di;ichesse n'en reçoivent point de compliments. Le Roi, qui paraissoit avoir impatience de commencer le travail, a ordonné que l'on fit passer tout le monde; dans ce même temps, on a porté la table dans 'la chambre ; et comme c'est l'usage qu'il ne reste personne dans la chambre du Roi, lorsque S. M. travaiUe dans son cabinet, on a fait passer tout le monde de la chambre; il n'y a que M. d'Aumont, M. deCourlenvauxetM. de Courson, quijouoient, qui soient restés dans la chambre.

Après le travail du Rôi avec M. d'Angervilliers, la promotion de lieutenants généraux et de maréchaux de camp fut déclarée. En voici la liste :

PROMOTION DU 2k FÉVRIER 1738.

Lieutenants généraux.

MM. De Fer vaques. MM^ D'Houdetot«

De la Rerie, ingénieur. De Bozelli.

Duc de SaintrAignan. DeTerlaye.

D'Erlach. De Gensac.

De Montboissier. De Polastron.

De Maubourg. D*HéroQvilLe.

De Froulay. De Curton.

De BescDval. De Lutteaux.

MM. De Castetmoron. BfM. Da Chayia.

Phelippes. Comte de Gramont.

De Meuse. De Vaudrey.

De Cherisey. Da Cayla.

De Crei I . De Ségnr.

Daager. De Boissieax.

Du Lue. D'Ayejean.

De Bulkeley. Comte de Bavière.

De Bauffiremont. De Montesson.

De Clermont d*Amboise« De Chastelux.

Total, 36.

Maréchaux de camp.

MM. De Castella 9uisse.

De Kleinholdt compagnie franche.

De la Bazèque cavalerie.

D'Orteffa miquelet infanterie.

De la Blottière infanierie.

De Casteja ingénieur.

DEstavagési. suisse.

De Rennepont cavalerie.

De Mouchy cavalerie.

De Raigecourt cavalerie.

D'Aunay infanterie.

De Brun infanterie.

De Refuge. . : gendarmerie.

D'Arros d'Agerlos. infanterie.

De Bëranger infanterie.

D'Argouges gendarmerie.

DTsIagnoUes cavalerie.

De )a Tour . . • • • cavalerie.

D'HarbouyIlle garde française.

De Jonsac gendarmerie.

Le chevalier de Belle-Isle. . . . dragon.

De Lanmary gendarmerie.

Duc de Vflleroy infanterie.

De Goësbriant. . . ....... dragon.

De Rivarolles dragon.

MM. De Saint- Vallier infanterie.

De la Cour Basleroy garde du corps.

De la Ravoye infanterie.

De BretoDvIlliers cavalerie.

De Meurcey infanterie.

Du Bourdet garde du corps,

DeChauraont garde fançoise.

De Ghabannes garde françoise.

Due de Boutteville infanterie.

De Janson cavalerie.

Marquis de Ruffec cavalerie.

Du Châtel dragon.

De Chazerou garde du corps.

Duc de Richelieu infanterie.

D*Esclimont infanterie.

De BezoDS cavalerie.

De Caraman cavalerie.

Du Ghâtelet infanterie.

De Rieux infanterie.

Prince de Pons infanterie.

De Brezé infanterie.

De Luxembourg infanterie.

De Gourtenvaux cavalerie.

DeBerchini suisse.

Milord Glare ,...;••... infanterie.

De Salières maréchal général des

logis de Varmée.

Diesbach ... suisse.

Ghev. d'Apchier. ,. gendarmerie.

De Rousset de Girenton infanterie.

DeMollèges infanterie.

Total, 55.

On sut aussi dans le même moment la destination du régiment Royal à M. de Beuvron, et celui de M. de Beuvroa à M. de Pérignan, frère de M. le duc de Fleury. n y avoit longtemps que cet arrangement étoit indécis. La maladie de M. d'Angervilliers, et depuis celle de M. le Cardinal, a retardé toute décision ; et M. le chevalier de

Praigne, lientenant-colonel du régiment Royale étoit ici depuis environ deux mois demandant le régiment Royal ou quelque autre gr&œ. Le Roi donne à M. de Praigne les 22,500 livres^ prix du régiment de Beuvron, que S. M. paye pourM. dePérignan, et outre cela S. M. fera encore quelque grâce à M. de Praigne^ soit pension ou autrement ; mais cela n'est pas encore public.

Par cette promotion, quoiqu'il y ait cinquante-cinq maréchaux de camp, il n'y a que vingt-deux régiments à donner. Il y en a un vingt^troisième, qui est celui de Gondé; maisTusage est que les princes du sang nomment qui leur plaît à leur régiment, et le Roi a la bonté d'agréer cette nomination .

 l'occasion de cette promotion, il y a eu quelques représentations de la part des officiers de l'état-major de la cavalerie et des dragons. Les deux seuls qui pouvoient y prétendre sont M. de Bissy, commissaire général de la cavalerie, et mon fils, mettre de camp général des dragons. Les représentations étoient fondées sur le prix considérable de ces charges, que Ton n'achète que pour le privilège qu'elles donnent de commander tous les brigadiers du même corps. Ce privilège est certain, et M. de Bissy aussi bien que mon fils ont eu une commission de brigadiers en même temps que celle de leurs charges. D'ailleurs, H. le comte d'Évreux et H. le comte de Glermont citoient des exemples de M. deVerue et de H. le maréchal de Villars, faits l'un et l'autre hors de rang parce qu'ils étoient commissaires généraux. J'avois prévu ces raisons longtemps avant la promotiôil, etj'avois cru queTâge de vingt ans pour mon fils étoit une raison pour ne pas faire des représentations bien vives, surtout n'ayant eu sa charge que depuis la guerre. M. de Bissy, quia à la vérité quatre ans de plus, n'a eu la sienne qu'à peu près dans le même temps. Je me suis donc contenté de parler à M. d' Angervilliers des droits de la charge pour être à portée de demander un avancement hors de rang dans quelque autre

circonstance. M. de Bissy a ^is le même parti, et s'est conduit avec vivacité et sagesse dans toate cette affaire.

La promotion a donné encore occasion à des plaintes de la part de M. de Ghaulnes au sujet des chevau-légers. L'on a fait des officiers généraux dlBLUs tous les corps de la maison du Roi^ grenadiers à cheval^ gardes du corps^ dans les deux compagnies des mousquetaires et dans celles des gendarmes. Les chevau*légers ont été les seuls oubliés ; cependant H. de Fontaines, homme de condition, second aide major de cette compagnie et ancien brigadier, étoit d'autant plus endroit d'espérer d'y être compris que Ton a fait vingtret-unde ses cadets. M. deFortisson, maréchal des logis, premier aide major et maréchal de camp, eroyoit aussi ne pouvoir être oublié, puisque M. deChastelux, qui est immédiatement après lui, a été fait lieutenant général. J'en raisonnai il y a quelques jours avec H. d'Angervil^ liers, mais fort sommairement. M. d'Àngervilliers prétend qu'il n^y a point d'exemple qu'uû maréchal des logis des chevau-légers ait été fait lieutenant général. Mais, premièrement, cette raison n*auroit pas lieu pour M. de Fontaines ; l'exemple de M. de Fortisson suffiroit. D'ailleurs, H. de Ghaulnes m'a dit que H. de Fortisson avoit une lettre de M. de Chevreuse, mon grand-père, commandant de ladite compagnie, lequel, pour engager M. de Fortisson, qui étoit alors capitaine de dragons dans le régiment (qui a été Albert, qui a été aussi Épinay ) qui est aujourd'hui Yibraye, à quitter pour entrer dans les chevau-légers, lui manda de la part du Roi que ce changement ne l'empècheroit pas de parvenir aux grades militaires de mestre de camp, brigadier, maréchal de camp et de lieutenant général. M. de Ghaulnes doit faire encore de nouvelles représentations des plus pressantes.

Il y a huit ou dix jours que H^ de Plelo mourut; c'étoit le dernier de trois ou quatre garçons qu'avoît laissés H. de Plelo^ notre ambassadeur en Danemark. Gelui-ci avoit dix ou douze ans. Il ne reste plus de cette famille

qu'une fille, fort jeune, qui ne peut vivre, et une autre de huit ou dix ans, qui n-a pas une bonne santé.

Du 25. — Hier, M"® de Luynes me contoit une circonstance arrivée la veille : c'est que le Roi rentrant dans sa chambre pour se coucher, il ne s'y trouva point d'aumônier. S. M. envoya chercher M. l'abbé de la Garlaye, qui est de quartier. On alla voir chez M. le cardinal de Rohan s'il n'y étoit pas , et ne s'y étant point trouvé , M. le cardinal de Rohan vint lui-même dans sa chaise roulante. S. M. lui fit une honnêteté sur la peine qu'il lui donnoit, et il fit la prière. Le Roi attendit, ce qu'il n'avoit pas encore fait , car étant déjà arrivé plusieurs fois de ne point se trouver d'aumônier à l'heure du coucher, pendant qu'on le cherchoit, S. M. faisoit dire la prière par le chambellan , ou le premier gentilhomme de la chambre, ou le premier valet de chambre, ou bien l'aumônier arrivoit, et M. le cardinal de Rohan trou voit tout fini.

Du 26. — Le Roi continue à aller à la chasse assez souvent; il a été aujourd'hui à la chasse à Saint-Cermain. Il avoit donné ordre que le sermon commençât toujours s'il n'étoit pas revenu , et comme il n'arriva pour diner que sur les trois heures , la Reine fut seule au sermon. M"* la comtesse de Toulouse est arrivée aujourd'hui pour voir le Roi et M. le duc de Penthièvre. Le Roi avoit déjà pris un cerf quand il revint ; M. le prince de Dombes couroit le second. Étant revenu avec [le pied et ayant su que M. le duc de Penthièvre étoit ici, il l'envoya avertir pour qu'il vint présenter le pied au Roi. C'est une honnêteté de M^ le prince de Dombes pour son cousin germain, car M. de Penthièvre, de droit, n'a aucune fonction pendant l'exercice de M. le prince de Dombes.

Ce matin , M. l'abbé de Champflour, ci-devant grand vicaire de Clermont , présentement évêque de Mirepoix, a prêté serment dans la chapelle de la Vierge, en ha,ut; cet usage parolt s'établir; j'en ai déjà marqué des exemples. En tout, cela est nouveau , car le Roi jusqu'à pré-

sent avoit toujours descendu en bas pour les serments. Cétoit aussi l'usage du feu Roi , lequel remettoit à faire prêter serment à Marly lorsqu'il ne vouloit pas descendre en bas.

Du 27. — Aujourd'hui le Roi a été chez M"*' la comtesse de Toulouse ; elle étoit dans son lit. M. le duc d'Orléans , MM. le prince de Dombes et le comte d'Eu , M. le duc de Penthièvre, Mademoiselle et M"' de Oermont y étoient pour recevoir le Roi avec tout ce qui put venir ici de la famille de M"® la comtesse de Toulouse. La visite fut courte; il embrassa M°' la comtesse de Toulouse en entrant et en sortant. De là ; S. H. fut chez M. le Dauphin ; il entra par le cabinet. Personne n'entra que le capitaine des gardes et M. le duc d'Orléans, qui y fut un moment, étant retourné chez M""^ la comtesse de Toulouse , avec MM. de Dombes, d'Eu et de Penthièvre, pour y recevoir la Reine, qui y vint un moment après le Roi.

Caperon (1) arracha à M. le Dauphin , en présence du Roi, une grosse dent d'en bas, du côté de sa plaie, qui le fit souffrir beaucoup et assez longtemps. Il montra beaucoup de fermeté dans cette occasion. M. de Chàtillon l'avoit averti le matin qu'il étoit nécessaire d'arracher cette dent. M. le Dauphin demanda quelque temps pour prendre sa résolution. M. de Chàtillon étant sorti environ une demi-heure , M. le Dauphin lui dit en rentrant que sa résolution étoit prise et que ce seroit à quatre heures. Quatre heures étant sonnées sans que personne parlât à M. le Dauphin de faire arracher sa dent , il demanda de lui-même où étoit Caperon. On a fort loué cette action de courage. M. le Dauphin quelque temps après, entendant dire que si cette dent avoit été arrachée plus tôt, cela lui auroit épargné beaucoup de douleur, il répondit que cela pou voit être, mais qu'il n'auroitpas eu occasion de faire

(1) CaperoD, dentiste de la Cour.

voir sa fermeté. Ed tout , on ne peut voir plus de vivacité y plus de gr&ce et plus de fermeté.

J'ai appris aujourd'hui que lo mariage de H. de Brancas avec M"* de Clermont a été enfin fait; il paroit que c'a été sans l'agrément du Roi ; c'est-à-dire y le Roi, sur la lettre ou mémoire qui lui a été présenté sur cette affaire^ a mis une apostille de sa main portant qu'il n'empèchoit point H. de Brancas de se marier, mais qu'il ne vouloit point que sa femme vint ici sous le nom de duchesse de Brancas.

J'ai trouvé aujourd'hui M. le duc d'Orléans chez M"*^ la comtesse de Toulouse^ et je lui ai parlé de ce mariage; il m'a dit que M. de Clermont lui avoit mandé, pendant qu'il étoit ici, que sa fille s'étoit mariée, et qu'il étoit bien aise que M. le duc d'Orléans n'apprit pas cette nouvelle par le public; il m'a paru que M. le duc d'Orléans n'approuvoit pas ce mariage. Le père et la mère de M"** de Clermont n'ont été présents ni l'un ni l'aulre.

Il y a déjà quelques jours que le Roi a donné des lettres de noblesse à M. Silva, médecin. Le jour que H. le Cardinal se trouva mal et que l'on manda Dumoulin y Silva vint aussi, mais c'étoit pour remercier, et non pas pour la santé de Son Éminence.

Il y a deux ou trois jours que M. Bogues , lieutenant françois des Cent-Suisses , est mort. 11 avoit dommandé la compagnie pendant deux ou trois ans, depuis la mort de H. de Louvois, frère aine de M. de Courtenvaux d'aujourd'hui. M. de Courtenvaux ayant demandé ensuite ce commandement jusqu'à ce que son neveu fût en âge, le Roi donna à M. Bogues un cordon rouge pour l'indemniser en quelque n>anière du commandement.

M"""" Henriette a la fièvre depuis deux ou trois jours.

La santé de M. le Cardinal va de mieux en mieux , mais il ne voit encore personne.

Du 28. — M. le Cardinal a assez bien passé la nuit et continue à être mieux. Il vouloit même se lever aujourd'hui. J'ai marqué plus haut que le Roi avoit été le voir et qu'il

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