‹ Mémoires sur la cour de Louis XV, 1735-58Chapitre 5 sur 18 · MARS I7S · texte numérisé non relu

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en pareille occasion ont eu leur effet dès le commencement même de la gràx;e; qud M. de Rdsnel&t les fonctions de brigadier dès qu'il fut de retoui? à Tai^mée > et que les autres commissions ne furent envoyées qu^à la fin de la campagne ; on ajoute enfin que totit est favorable dans la situationdeM.de Clermont : son beau-père^ tué au siège même ; lui, choisi par la Cour pour apporter la nouvelle, comme plus susceptible d'avancement que ses beaui^ frères ; enfin, que ce ne seroit pltis une gr&ce, s'il n'étoit brigadier qu'àson rang« Les représentations faites à H. le Cardinal à ce sujet n'ont eu jusqu'à présent aucun effets et S. Ëm. a répondu que M. de Resnel avoit un hon du Roi.

M*""^ Fabbesse de Fontevrault a aujourd'hui gagné un grand procès contre la communauté des filles de la VI* sitation de Jésus de Paris » dépendante de ladite abbaye, dont trois d'entre elles avoient appelé cpmme d'abus d'une ordonnance dé M°'*' Fabbesse. Le jugement a été rendu au conseil des dépôcheâ ; il y avoit quatre commissaires : MM. Bigilon , d'Argenson , de Machault et de Fortia. H. Cochin, maître des i*equètes, étoit le rapporteur ; il a parlé avec beaucoup d'éloquence > de netteté et de précision. Les quatre secrétaires d'État^ M. de Gharost et M. le contrôleur général étoient à ce conseil.

DuâS, Versailles. — Le Roi ne fut poinjt hier chez M. le Cardinal; aujourd'hui il y a été, entre le sermon et le salât. ActuellementilestenfermeavecleP.de Linières(l}é La Reine a été âuâsi aujourd'hid chez H. le Cardinal, qui continue à être mieux. Le Roi a été aujourd'hui au sermon, qui étoit fort beau (â). Derrière le Roi étoit M. le maréchal de Noailles; et à côté de M. deNoailles, M. de Charost. M. de Gharost a conservé tsette place comme ayant été

(1) Le P. de Linières, Jésuite, était le confesseur du Roi depuis 1722.

(2) Jl était du P. Ségaud^ de la Ooin|NigDie de Jéaus.

arracha une troiùëme dent à M. le Dauphin. L'opération ne fut pas considérable. La plaie est présentement refermée ) il 7 a même plusieurs jours. Le Roi continue à y descendre deux fois tous les jours régulièrement.

Je demandai hier à M. de Chàtillon quel étoit l'arrange* ment qu'il suivoit par rapport à la garde^obe de M. le Dauphin . Il me dit que le fonds en étoit fixé à 1 8,000 francs, mais qu'il prenoit toujours de rextraordinaire , et que cet extrao;*dinaire avoit été Tannée passée à un peu plus que le fonds même. Il y a toujours aussi de l'extraordinaire pour les menus plaisirs, dont le fonds est de 600 livres par mois. Cet extraordinaire d^[>end absolqmeutdelf. de Char tillon.

M""* de Puyguion , femme du gentilhomme de la manche de M. le Dauphin, est morte il y a deux ou ^ois jours (1) ; elle n'avoit que quinze ou seize ans; elle étoit d'une assez jolie figure et avoit assez considérablement de biens, et cette mort fait grand tort à M. de Puyguion. Il n'y avoit que peu de mois qu'ils étoient mariés.

Du samedi 29. — Lqndi dernier, 2^ de ce mois, le Roi fut courre le cerf à Saint-Germain, comme il a fait tous ces jours derniers, M. le marquis de Talleyrand, parent de M. de Chalais et gendre de M"* de Chalais , qui suit le Roi ordinairement à la chasse, fit une chute très-considérable ; il montoit un cheval de la petite écurie , assez difficile à mener et très-ombrageux ; le cheval eut peur d'un chien et se jeta dans le bois ; M. de Talleyrand le ramena dans la route ; mais en sortant du bois, il y avoit une branche qui s'étoit cassée et demeurée aux jambes du cheval, qui en eut peur, et l'engagea àsauter. La croupière cassa, et M. de Talleyrand tomba d'autant plus rudement que son chapeau étoit déjà tombé. Sa tète enfonça dans la terre assez considérablement du côté gauche, et fut

(1) Elle s'appeloît Charbonneaii de Lechasseries. {Note du duc de Luynes.)

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que cet usage n'étoit pas le même du temps du feu Roi ; car H. de Villars^ ayant été fait maréchal de France au moisd'octobre en suite delà bataille de Friedlingen, gagnée le 1^ du même mois 1702^ eut son rang de maréchal de France de ce jour, et que MM. de Tallard et d^Huxelles^ qui furent faits maréchaux de France au mois de jsmvier suivant ^ n'imaginèrent pas disputer le rang à H. de VillarSy quoique plus anciens lieutenants généraux que lui.

La promotion de M. de Resnel nous a donné occasion y à M. de Bissy et à moi, de renouveler les représentations que nous avions déjà faites pour nos enfants à la dernière promotion. Ces représentations sont fondées sur ce que^ de tous les temps^ ceux qui possèdent les charges de mestre de camp général de cavalerie et de dragons ont été avancés hors de rang ; que^ de même que M. de Resnel est dans un cas particulier par la circonstance de la nouvelle de la prise de Philipsbourg y nous sommes aussi tous deux dans un cas absolument singulier ; que Ton ne peut même objecter pour exclusion la jeunesse ; que M. de Bissy a vingtquatre ans et M. de Resnel vingt-neuf; que quoique M. de Resnel'soit colonel de 1722 et H. de Bissy de 1728 ^ ils ont fait également la guerre l'un et Tautre puisqu'ils n'ont vu que les dernières campagnes^ que mon fils a faites aussi ; que d'ailleurs la Cour les ayant jugés dignes de commander chacun des corps aussi considérables , ils peuvent être jugés dignes d'être faits maréchaux de camp; que même ils le sont en quelque manière^ puisqu'ils commandent tous les brigadiers de leur corps.

Du 2^. — Le Roi est parti ce matin à dix heures pour la chasse; il est revenu à quatre pour dîner. Il a été chez H. le Cardinal pendant cinq quarts d'heure, et a travaillé chez lui avec M. d*Angervilliers une heure et demie; cependant les régiments ne sont pas encore donnés.

La Reine a été aussi chez M. le Cardinal.

Du 27, jeudi. — Dimanche dernier, 23 de ce mois, on

arracha une troisième dent à M. le Dauphin. L'opération ne fut pas considérable. La plaie est présentement refermée , il 7 a même plusieurs jours. Le Roi continue à y descendre deux fois tous les jours régulièrement.

Je demandai hier à H. de Chàtillon quelétoitTaivangement qu'il suivoit par rapport à la garde^obe de M. le Dauphin . 11 me dit que le fonds en étoit fixé à 1 8,000 francs, mais qu'il prenoit toujotu*s de rextraordinaire, et que cet extrao;*dinaire avoit été Tannée passée à un peu plus que le fonds même. Il y a toujours aussi de l'extraordinaire pour les menus plaisirs, dont le fonds est de 500 livres par mois. Cet extraordinaire d^[>end absolumeutdetf. de Char tillon.

M"^ de Puyguion , femme du gentilhomme de la manche de M. le Dauphin, est morte il y a deux ou îlirois jours (1) ; elle n^avoit que quinze ou seize ans; elle étoit d'une assez jolie figure et avoit assez considérablement de biens, et cette mort fait grand tort à M. de Puyguion. 11 n'y avoit que peu de mois qu'ils étoient mariés.

Du samedi 29. — Lundi dernier, 2b de ce mois, le Roi fut courre le cerf à Saint-Germain, comme il a fait tous ces jours derniers. M. le marquis de Talleyrand, parent de M. de Chalais et gendre de M"* de Chalais , qui suit le Roi ordinairement à la chasse, fit uno chute très-considérable ; il montoit un cheval de la petite écurie , assez difficile à mener et très-ombrageux ; le cheval eut peur d'un chien et se jeta dans le bois ; M. de Talleyrand le ramena dans la rpute ; mais en sortant du bois, il y avoit une branche qui s'étoit cassée et demeurée aux jambes du cheval, qui en eut peur, et l'engagea à sauter. La croupière cassa, et M. de Talleyrand tomba d'autant plus rudement que son chapeau étoit déjà tombé. Sa tète enfonça dans la terre assez considérablement du côté gauche, et fut

(1) Elle s^appeloit Charbonneaii de Lechasseries. (I^ote du duc de Luynes.)

écorchée fortement, outre deux petits trous qui s'y firent ; mais ce qu'il y eut de plus singulier, c'est que, quoique seulement tombé du c6té gauche, il sentit une violente douleur à Fépaule droite, dans laquelle Tébranlement fut si violent qu'on prétend même que tous les nerfs furent déplacés et mêlés. Ce qui est certain , c'est qu'il perdit la vue immédiatement après la chute, sans perdre la connoissance. Il reconuoissoit à la voix tous ceux qui arrivoient auprès de lui ; il reconnut même la voix du Roi , lequel quitta la chasse pour venir savoir de ses nouvelles, et il ne recommença à voir qu'après avoir été saigné â Saint-Germain , ce qui ne se put faire qu'au bout d'une heure ou d'une heure et demie de temps. Ce fut la chaise du Roi qui le ramena à Saint-Germain, et après sa saignée elle le ramena ici. Il y avoit outre cela une calèche du Roi qui suivoit, où étoient M. de la SuzeetM. de Croissy. H. de Saint'Sauveur, écuyer de la petite écurie , suivoit à cheval. M. de Talleyrand a été soulagé par beaucoup de saignées d'un grand mal de tète et par avoir même mouché du sang; il lui reste encore des douleurs dans la tête, et il est vraisemblable qu'elles lui dureront longtemps.

Le lendemain 25 de ce mois , fête de TAnnonciation , il y eut sermon; le Roi et la Reine y furent. 11 n'y avoit derrière le Roi que M. le maréchal de Noailles. M. de Charost se mit sur un tabouret à côté de M. de Noailles. Je vois M. de Charost toujours dans cette place lorsqu'il n'y a que le capitaine des gardes seul.

Le 36 et le 27, chasses à l'ordinaire. Cela ne peui être remarqué que parce que c'est deux jours de suite , par un assez vilain temps et froid , ce qui donna de l'inquiétude pour le Roi, quoique sa santé soit bonne. S. H. continue toujours le même régime de vie, de prendre du lait de vache en s'éveillant, de dîner entre deux et quatre heures, suivant que la chasse est plus ou moins longue, et de prendre le soir, à ome heures et demie environ , pour toutes choses, en se couchant, du même lait que le matin.

iù MEMOIRES DU DUC DE LITraES.

I^ dîner du Roi est toa)oiirs oniforme pour le nomhre des plats; il est ccMnpoflé oa de deux potages oa d'an potage avec un plat de pain pour mettre dans le bouillon ; ensuite on lui sert deux plats : d^un côté une grosse pièce^ un jour de mouton , Uauitre de bceof et Fautre de veau y dont il fait son principal dîner, et de l'autre côté une eortrée toute unie de veau ou de mouton, à laqodle il ne touche presque jamais; ensuite ou lui sert troi» plats de rôti tous bardés , un de poulet^ un de perdrix ou de lapin et Tautre de pigeons ou d'oiseaux de rivière. Il &ï mange ordinairement assez peu. Ensuite ou sert le firuit , composé de deux plats de fruits montés, aux deux bouts de la table, deux compotes et deux assiettes de sec, dans l'une desquelles il y a toujours régulièrement un morceau de cédrat seul. Le Rm ne mange jamaisde compote ni de cédrat , tout au plus une orange quand il se porte bien, et actuellement un peu de sec; cela ne dure qu'un moment.

(I y a quelques jours que Ji. de Casteja, au sortir du dîner du Roi, fit ses remerclments à S. M.; il est gouverneur de Saint-Disâer. Ce gouvernement ne lui valoit que 2000 livres , à ce qu'il m'a dit. L^ Roi y a joint 6)000 livres d'augmentation, en conâdération des services que M. de Castqa a rendus dans son ambassade de Suède.

Hier, M. le marquis du Chàtelet, qui a été fait maréchal de campa cette dernière promotion, et qui n'avoit encore pu venir ici parce qu'il étoit malade , vint iaire son remerclment. M. de Bouillon étoit au lever du Roi, et M. d'Aumont n'y étoit pas ; ce fut H. de Bouillon qui présenta M. du Chàtelet) au sortir du prie-Dieu, à la porte du cabinet. Cela parolt contraire aux usages ordinaires, suivant lesquels le grand chambellan a tout l'honorifique sans commandement dans la chambre (1).

0) i'n) parle depuis à M. de Bouillon de cette présentation; il in*a dit que t^e n'éloit que parce qu'il ne s'étoit trouTé aucun Talet de charnière du Rot dans

Hier le Roi fut à Marly pour voir les changements qu'il vient d'y faire faire et faire Farrangement des logements pour le voyage qu'il doit y faire , que Ton dit fixé au 22 du mois prochain et qui doit être de quinze jours ou trois semaines. Les changements que Ton a faits à Marly ne sont pas considérables ; le Roi a voulu avoir un cabinet de plus et un endroit pour mettre son tour^ et pour cet effets dans le cabinet qui est après le cabinet du conseil et qui tient au salon du c6té de la chapelle , Ton a fait un retranchement pour y construire un escalier (1) qui monte à un entre-sol au-dessus dudit cabinet. Le cabinet d'en bas est encore d'une grandeur et d'une hauteur proportionnées^ et il y a sur le double une garde-robe de commodité de grandeur raisonnable. Sur le double de l'entresol il y a aussi une pièce assez grande. L'entresol est bien éclairé , et c'est où le Roi compte mettre son tour et une commode ; et le même jour qu'il alla à Marly il donna l'ordre pour un meuble de damas vert, la couleur de la menuiserie étant d'un lilas fort clair. Pour donner du jour à cet entre-sol, il a fallu ouvrir deux fenêtres ovales très-grandes , et pour conserver la symétrie, au moins dans cette face du château , l'on a peint deux fausses fenêtres au-dessus du cabinet du conseil, qui sont fort bien imitées, et l'on en va peindre quatre autres dans Tautre partie de la même face. Il parolt décidé que M. le Cardinal logera en bas, dans le logement de M. le duc d'Orléans, et que M. le duc d'Orléans aura celui de M. le Cardinal. Il y a eu de grands compliments entre H. le duc d'Orléans et M. le Cardinal. S. Ém. mêmeprétendoit n'avoir pas besoin de ce changement et comptoit descendre à pied etrenM)nter dans un petit fauteuil; cece moment, et que M. da ChAtelet vouloU retourner à Paris et ne savoit à qai s'adresser. ( Note du duc de Ijuynes. )

(1) Cet escalier est fait de manière quMl peut être continué aisément jusqu'à rétage d'au-dessus ; il arrivera à une des pièces de l'appartement qu^a occupé jusqu^à présent M. le Cardinal. {Note du duc de Luynes.)

pendant le changement parolt certain. M. le Dauphin ne sera pas du voyage y mais il y a Meu de croire qn'ou lui donnera une chambre pour se tenir en attendant le R<» ; le projet étant qu'il vienne voir souvent S. M.

Le logeihent de M"** de Luynes seroit naturellement dans le château^ comme celui de M"* la maréchale de Boufflers; maïs Fusage n'étant point que les maris et femmes logent dans le corps du château^ j'ai demandé laPerspec^ tive, où je crois que Von nous donnera Fappartement qui servoit autrefois à M. le Duc et à M*** la Duchesse, et qui étoit resté depuis à M"* la Duchesse seule. On avoit fait dans cet appartement deux logements pour deux maris et pour deux femmes , depuis que M"* la Duchesse est dans le corps du château.

En arrivant de Marly, le Roi^ sans entrer chez lui^ alla tout droit chez M. le Cardinal ; il y trouva M. le marquis de Brancaa dans le cabinet de 8. Ém. Je remarquai avec étonnement que M. le marquis de Brancas fut présenté au Roi par M. le Cardinal, et qu'il fit dans le même cabinet son remerelment à S. M. ; cela fut assez court, et je lui fis mon compliment en sortant. C'est au sujet du gouverne* ment de Nantes et du commandement dansla province, vacants l'un et l'autre par la mort de M. le maréchal d'Es* trées. M. de Brancas, qui est lieutenant général et grand d'Espagne, est depuis longtemps gouverneur de Brisaeh. Il remet au Roi ce gouvernement, qui vaut 1 &,000 livres de rente ; celui de Nantes en vaut natui*el}ement 28 , mais les boutiques qui ont été données à M. le maréchal d'Es** trées sont comptées pour 16,000 livres; par ce moyen celui de Nantes n'est plus que de 13 ; mais le Roi a bien voulu ôt^ 2,000 écus de Brisaeh et les ajouter à Nantes. Brisaeh reste avec 9,000 livres pour celui qui l'aura; ce n'est pas cependant pour toujours^ car si M"* la maréchale d'Estrées mouroit avant M. de Brancas, les boutiques reviendroient à Nantes et les 2,000 écus à Brisaeh. M. de Brancas a outre cela le commandement dans la province,,

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ce qui demande césideoce toute Vamiée^ et on ne peut s'absenter qae par congé. Les appoîntemoutsi d'un lieute* nant général commandant en cbef sont de 2i0^4v0iQ livres^ 1^700 livres par mois, et il y a qikelquefois des fourrages attachés, comme par exemple en Languedoc, où cei^four^ rages soiut de 17,000 livres ; mais euBretagûe I9. province donne à celui qui oommande pour le Roi> à H première tenue d'États 30,000 livres (1), et aux autres 1&»000 livres. Les Étals ne se tiennent que tous tes deux ans. Le Roi donne outre cela 20,000 écus à chaque tenue d'États. Celui qui commande est obligé à beaucoup de dipeuse | il faut grand nombre de domestiques , il tient t^le toute Tannée, et pendant la durée des États la déphasé est im*" mense.

M. le maréchal d'Estréesavoit encore outre cela, lalieutenanoe générale de la province, qui valoit 27,0QQ livres, sur laquelle il avoit un brevet de retenue de 2Q0,0OO livres. H. le maréchal d'Estrées ne résidant point dans la province ordinairement, il y avoit doux brigadiers, l'un de cavalerie, qui est H. de Yolvire, et Vs^utrede dtagonS;i qui est M. deKofttoien, qui commandoient en son absence dans la haute et basse Bretagne. Cesideux dficiers n'ont pbînl été faits maréchaux de camp dans o^tte deniii^re promotion, et en ont été piqués; M>'de Yolvire même a envoyé sa démission. Il est vrai qu'ils n'ont servi ni l'un ni l'autre dans les trois dernières campagnes; mais le sujet de leur peine parolt d'autant mieux fondé qu'ils a voient demandé l'un et Tautre à servir; au m<Hm^ mV i-on assuré que M. de Yolvire avoit demander et qi^'qn lui avoit répondu que sa présenee étoit nécessaire pour les iatérèts du Roi en Bretagne.

Dtt 31. •*— L'on croyoit que cette lieuteoaiQGe générale

(1) Et lorsqu'il est roarié, 15,000 livres à sa femme, si elle est avec lui; et aux autres 15,000 livres au comimandant, je ne sais ce que Fon donne à sa femme. ( Noie dit due de li^fneu^ Voir tome 1*^, pog^ 149a)

seroit donnée à M. de Richelieu ; je lui en voulus faire mon compliment le 28. H me dit qu'il y a voit encore des arrangements qui rendoient cette décision incertaine; ces arrangements ne furent finis qu'avant-hier. M. de la Fare vint ce même jour 29 chez moi, et me dit que le Roi venoit de lui donner la lieutenance générale de Bretagne^ et à M. de Richelieu celle de Languedoc. Ces deux li^utenances générales ne sont nullement semblables. En Languedoc il y a trois lieutenants généraux^ qui sont M. de Maillebois, M. de Prie, M. de la Fare, présentement M. de Richelieu. Chacun de ces lieutenants généraux n'a que 6^000 livres d'appointements ou environ; mais la règle est que chacun doit tenir tour à tour les États , lesquels se tiennent tous les ans. Les États donnent à celui des lieutenants généraux^ qui les tient 36^000 livres ^ et il a passé en usage que ces 36,000 livres soient toujours payées même à ceux qui ne tiennent pas lesdits États. Cette somme ne se payant que tous les trois ans, c'est 12,000 livres par an ; avec les 6 que j'ai marqués ci-dessus, c'est 18,000livre8 que vaut chaque lieutenance générale. M. de la Fare avoit acheté la sienne, et avoit sur cette lieutenance un . brevet de retenue de 200,000 livres , et outre cela il avoit un brevet du Roi pour commander dans toute la province. Ce brevet étoit nécessaire, parce que chaque lieutenant général a son district, et chacun d^eux ne peut commander sur le district des deux autres. Le brevet ne portoit point que ML de la Fare commanderoit aux autres lieutenants généraux , mais qu'il commanderoit dans toute la province. Il y a quatorze ans que M. de la Fare exerce cet emploi ; il a trouvé le moyen d'y servir le Roi utilement et de se faire aimer dans la province ; il y tenoit un grand état, et qui lui a coûté dans les dernières années d'autant plus cher qu'ayant voulu servir les dernières campagnes^ son équipage étoit obligé au retour de chaque campagne de traverser tout le royaume - pour retourner aux dits États ; cependant

M. dé la Faré'a été dix ans entiers sans avoir d'autres secours pour fournir à ces dépcQses que les revenus de sa charge, consistant^ commç je viens de le dire, en : 18,000 livres, dont ilavoit acqjuisle fonds puisqu'il avoit acheté la charge ; 17,000 livres de fourrages que la province donné à celui qui y commande, qtiel qu'il soit, car le grade militaire n'y fait rien ; et 20,000 livres que le Roi donne à celui qui y commande pour S. M. Ces 20,000 livres sont prises sur les deniers que le Roi touche de la province, ces 55,000 livres n'étant pas à beaucoup près suffisantes pour la dépense immense que M. de la Fare étoit obligé de faire dans le temps des États , quoiqu'il n'y résidât pas toute Tannée ; et ayant été obligé de vendre ses terres, ps^ie en argent pour payer ses dettes, et partie en rente viagère, il demanda , il y a trois ou quatre ans, que Ife Roi voulût bien le faire payer comme lieutenant général employé toute l'année ^ ce qui fait 20,4.00 livres, à raison de 1,700 livres par mois. Cette grâce lui fut accordée ; mais depuis la fin de la guerre , M. le Cardinal ayant jugé â propos de faire un retranchement sur cette paye .des commandants, et qu'ils ne touchassent que les mois où ils résideroient effectivement , M. de la Fare a senti Timpqssibilité de soutenir sa dépense toute l'année ou seulement dans le temps des États, en perdant les appointements des autres mois où il n'auroit pas résidé. 11 avoit même fait demander s'il n'y auroit pas quelque arrangement à faire dans lequel se trouvât l'avantage du Roi, et par lequel il se trouvât luimême à portée de ne pas déranger davantage ses affaires. Il avoit même offert pour cela sa démission de son gouvernement d'Alais en Languedoc, qui vaut environ 17,00© livres. Voici donc l'arrangement qu'on a fait, et dans lequel le Roi trouve quelque léger avantage.

Il y avoit 200,000 livres de brevet de retenue sur la lieutenance de Rretagne à payer aux héritiers de M. le maréchal d'Estrées, et 200,000 livres de brevet de retenue

sur ccUe de Languedoc à payer à M. de la Pare. M. de la Fare paye les 300,000 livres à ht maison d'£strées , et M. de Richelieu paye 120,000 livres à M. de la Fare, Le Roi donne un brevet de retenue à M« de Aiehelieu de 100,000 livres, et un de 820,000 livres à Jl. de la Fare. Moyennant cela les deux brevets de retenue sa trouvent diminués de 80,000 francs. M. de la Fare perd effectivement du revenu, puisqu'il avoit 5&,<M)0 Kvnes sans compter les appointements de lieutenant général employé ; mais je ne les compte pas, parce qu'on i«mloit les retranchfir ; au lieu de cela il n'a plus que les 27,000 livn» de la lieutenanoe générale de Bretagne e* ficm gouvernement <|u'il conserve , maïs il n'est pltts obligé à aucune représenatation, puisque M. de Brancas a le commiandvmèBt ^ Bretagne, et M. de la Fare compte gagïier à <5et arrangement è5,000 livres de rente. D'autre part, M^ de Ricbeliâu a l'agrément d'hêtre employé tien jeune powr comme^der dans une grande et importante province.

M. de Richelieu et M. de la Fare fitient Mer lenrs remerclments au Roi ; ce fut encore dans le cabidet à» M. le Cardinal, qui les présenta à 6. M.

Je vis en mfime temps M. de BouiRon faire son rwaetciment au Roi. Tai parlé ci-dessus de l'affaire îde la vicomte de Turenne ; cette affeire viewt d'ôtre Inie. *Le Roi acquiert la vicomte de Turenne, et après avoir lait faire la vérification des revenus par des commissaires qui y travaillent depuis longtemps, S. M. a consenti de donner le denier soixante, qui esrtce que H. deRouillon demandoit. Suivant ce prix , le total monte à 4,200,000 livres^ lesquelles seront payées par le Roi pour acquitter leis créances antérieures à la substitution, et à mesure que ies dites créances auront été vidées parles eommissaires du Roi. Outre cela, le Roi donne lOOjOOO francs pour récompenser ou indemniser par des gratifications ou des pensions les officiers que H. de Bouillon avoit dans cette vicomte. Je croyois que M. de Bouillon demanderoit un pot-de*vin, au

moins de 100^000 f ratws à iCette ocosunon ; mais comme OH a voulu l'empécbdr de vendre cetie terre^ et que Ton a même dit dans le public qu'il ue la vendoit que pour avoir un pot-de^-vin, il a cru devoir prendre le parti de n'en point demander, et au sortir de chez Jl. le Osurdinal il me répéta ce quHl venoit de dire au Roi : qu'il avoit Thon*^ neur de remercier S. M. avec d'autant plus de confiance^ qu'il croyoit pouvoir espérer que le Roi n'aurait aucun siqetde serepenlirde la dite acquisition ; ilajouta qu'il au« roit pu se croire qijelque espèce de dirait de demander un polrde-vin de 100^000 francs ou de .50^000 écus pour un marché aussi coosidérable^ maisque depuis qu'il avcnt su ce que l'on débitoit dans le public ^ qu'il n'avoit pro* posé cette acquisition au Roi que dans l'espérance d'à* voir un pol^de^vin , il avoit cru non-rseulement n'en de* voir point demander au Roi , mais même le prier de ne lui en point donner; qu'il ne désiroit pour toutes choses qu'une marque de la bonté du Roi , soit une ibague , soit une ts^tîère avec son portraits Le Roi lui répondit t a Monsieur^ cida est trof) juste. »

M. de Souillon^ sutvant le détail qu'il me fit hier, compte que ses revenus montent en total à environ 500,000 livres, en comptait sa cbarge, qu'il met sur le pied de 15^000 .livres, et son gouvernement d'Auvergne, qu'il met sur le pied de 36,000. L'article le plus considérable de son revenu est le comté d'Évreux, qu'U compte valoir 350^000 livres (1). Le calcul que M. deRouillon fit lui-môme hier avec moi est, que sur ce revenu il est obligé de payer tous les ans près de 180,000 livres de rente viagère, quUl doit de dettes antérieures à la substi* tution, envirotn quatre millions par contrats, savoir : deux millions ou environ au denier vingt ; neuf cent et tant de mille Uvres au denier vingt-cinq ; près de 280,000

<1) Le ix>mté d*ÉTreax avait été donné avec d^aatres terres , en 16&I, la cnaîaoD de Bouillon, en échange de la prineipauté de jSedan.

livres au denier trente ^ et 800^009 au denier quarante. M. de Bouillon compte encore que des arrérages de ces rentes, qui se sont trouvés accumulés à la mort de son père^ il y en a pour 600^000 livres; qu'outre cela il doit encore 500,000 livres par contrat au denier vingt, et environ 100,000 livres d'autres dettes.

J'ai marqué ci-dessus uu^and détail sur M. de Gler» mont-d'AmlK>ise. J'ai appris depuis une circonstance, c'est que quoique M. de Clermont ait fait les fonctions de brigadier, en 173&, après son retour^ pendant que les colonels plus anciens que lui n'avoient pas encore, leurs commissions de brigadier, qu'ils n'eurent que le !•' d'octobre, cependant la commission de M. de Clermont n'étant datée ainsi que les autres que du 1^' août, la campagne suivante, en 1735, M. de Clermont ne fit les fonctions de brigadier qu'à son rang, lequel fut compté de la date de commission de colonel.

Aujourd'hui la Reine a été faire ses pèques à la paroisse. Ses grossesses l'en avoient empêchée depuis quelques années, et depuis que M'"* de Luynes est dame d'honneur le cas n'étoit point arrivé. Hier M"* de Luynes me demanda quelle devoit être la règle par rapport à la nappe de communion. Les ducs prétendent avec raison qu'ils ont le droit de tenir la nappe à la communion du Roi, honneur qui n'est point attaché aux charges, mais à la dignité de duc et pair ; de sorte qu'en présence même du premier gentilhomme de la chambre, un duc plus ancien que lui auroit le droit de tenirla nappe de communion. Ce droit a été confirmé par l'usage dans tous les temps. Lorsqu'il n'y avoit point de princes du sang, deux ducs tenoient la nappe chacun de leur côté ; lorsqu'il y avoit deux princes du sang, ils avoient la préférence, comme de raison ; mais lorsqu'il n'y en avoit qu'un, le prince du sang étoit à droite et le duc le plus ancien à gauche. Le cas même est arrivé avec M. le duc d'Orléans , petit-fils de France, que lui, tenant la nappe à droite, un duc la te-

noit à gauche. Comme les princes du sang^ toujours jaloux des houneurs attachés à la digaité de duc, cherchent sans cesse à les diminuer et qu'ils croient que c'est vouloir s'égaler à eux que de prétendra marcher après eux, et qu'ils voudroient pouvoir établir que hors eux il n'y auroit nul rang ni distinction, par ces principes les ducs ont toujours perdu de leurs prérogatives, d'autant plus que les princes du sang, depuis qu'ils ont épousé des filles légitimées du feu Roi^ ont acquis un plus grand crédit. C'est ce qui fit que du temps du feu Roi même, à ce que m'assura hier M. le maréchal de Noailles, feu M, le Duc tint seul la nappe à la communion du Roi. Ce fut à l'occasion de quelque grâce que le Roi avoit accordée aux légitimés que feu M. le Duc, qui souf&oît impatiemment ces sortes de grâces, demanda, comme parespèce de dédomr magement, d'avoir Thonneur de tenir la nappe seul à la communion du Roi. Depuis cela, les ducs ont toujours évité de s'y trouver. Il ne s'y trouve que le capitaine des gardes, parce que celui-là ne peut pas quitter sa place derrière le Roi. Par la même raison, les duchesses devroient éviter de se trouver à la communion de la Reine , mais cet arrangement ne pouvoit être fait sans être concerté auparavant. La Reine se seroit trouvée accompagnée seulement de trois ou quatre dames, et ce parti demandoit réflexion.

Le prie-Dieu de la Reine à la paroisse est dans l'espace qui est entre les deuxgrilles.au milieu du chœur. Lorsque la Reine veut communier, elle se lève de son prie-Dieu; elle monte les deux ou trois premières marches qui montent à Tautel; et dans Fespace qui ejst entre ces marches et les sept ou huit dernières, elle trouve un carreau et un tabouret sur lequel est une espèce de tapis, rouge d'un côté, blanc de l'autre, avec une broderie d'or passée des deux côtés, sur, lequel tapis est la nappe de communion, qui est faite à peu près comme une grande toilette. Les quatre côtés de cette nappe doivent être tenus, tant à la

commanion du Roi qu'à oelle de la Reine, saviûr : les deux côtés qui regardent Tautel par deux aumôniers, ou par un aumônier et on chapelain ; à Tégard des deux autres qui regardent la nef, ils doivent être tenus pardeux personnes les plus considérsMes, deux princes ou princesses ou deux ducs ou duchesses, et suivant Tusage un prince ou princesse à la droite et un duo ou duahesse à la gauche. Les princes ou princesses trouvant fort bon que lorsqu'ils tiennent le côté droit de la nappe> un aumônier ou un chapdain tienne le côté gauche ; et en ce oas, faute d'un assez grand nombre d'aumôniers ou chapelains, un seul tient les deux côtés gauches, et un autretient le boutdu côté droit qui regarde TauteLPour lundidernier, il n'y eut personne qu» H"* de Clermont qui tint le côté droit. La maladiede M. le Cardinal, l'absence de M. l'archevêque de Rouen, ne laissoit que H. Tabbé Chevrier, qui dit la messe et communia la Reine.

Anm..

CoDTalescence do Cardina). -~ Le comte de la Marck nommé ambassadeur en Espagne. — Durazzo et Delci présentés au Roi. — AfTaire du concile de Florence. — Pensions ain Tenues des maréchaux de Fnmoe.— Gouvernement du Nenf-Brisach donnée M. dePolastron. — Mort du clnnlierde Viltz.

— Difficultés au sujet de la cène; détails sur le carême et la semaine sainte. Le Roi fait ses pftques à la paroisse. — M. de Tessé à la cène du Roi. — Affaire de la gendarmerie à Arras. — ai« Vanhoey. — Voyages de Harly régléa. — Vue de Saint-Pierre de Borne par Senrandoni et automate de Vaucaason. — Affaire du mariage de M. de Goèsbriant. — Mort de Tévéque de Montpellier et de la comtesse de Vertus. — Régiments donnés; mouvement dans la gendarmerie. — Pensions et gralifloations données par le fioi.

— Départ de Mesdames pour Fontevrault. ~ Guf Uemaiâ , Celle et Ferrière, musiciens. — Détails sur la Prusse. — Changement poor le voyage de Marly. — Audience de congé du nonce; pourquoi les nonces nommés cardinaux ne reçoivent pas' le diapeau en France. — Le Roi donne la barrette au cardinal d'Auvergne ; distinction des cardinaux d'avoir un tabouret devant la Reine. — Droit pour rentrée dans les carrosses de la Reine. — Mort du marquis de Gondiin — Maladie de la comtesse de Tresmes. — Difficulté au sujet des Cent-Suisses. — Affaire de M. deMontgeron. — Mariage du duo

AYRtL 1758. 91

de Chevreusê avec im* d'Egmont. -*^ DJiffiotlté sor le» titres. -^ Régiment de Breodlé flonaé à M. de Scedorff»

S^ mercnedi ^^ Versailhs. *— H. le carditial de fleury eontinue à être floieiix; oepexiâaiit^ âyaut-hi^r la auit ne fut pas bonne et ii y eut encore du dévoiemeiM;. il a commencé aiijourd^hui à sortir pour aUet se promener, mais il est toujours abattu dans le temps de la digestion, quoiqu'il ne mange pas encore de viande. On lui a voit toujours cadbfl lamort du vieuxLassay, à cai^e qu'ai étoit de son âge et som ami ; il n'y a que huit jours que le Roi lui apiprit cette mûrt, let voici quelle en fut la raison : M. le duc de BraneaSy le fils, a acheté àia mort de M. deLassay une croix du Salnlt ^Esprit de diamants; âl alla voir M. le Cardinal, qui Taiïne et le traite assez bien ; M. de Maurepas étoit présent. M. le Cardinal en badinant fit compliment à M. de:Braiica6 surJa beauté de sa -croix. M. de Maurepas eut un moment de difetrâctioû , él dit tout haut : a C'estla crois de M. de Lassay le père. » M. le Cardinal répandit : Cl Q vend donc ses juippeis ; ^t comment e$t-il? M. Iç.curé est-il cooatent de ItiL? » Cette av^ratuirefut contée au R0i, qui jugea qn^ilfétoit nécessaire d'instruire M, le Cardinal, et M hii dit le lendemeôn la mort de M. de Lassay. M. le Cardinal dît sul^ c;dla qn^il ne^saMoîA pas pourquoi on lui avoit caché cette mcnH;^ qlieîM, de Lassay étoit plus vieux que lui.

CDmmfiro(asaitdepuis<Iongte!mpsqaeJtf . de Vd.ugrenan, notre ambassadeur en Espagne, revient, on altendoit à tout moment la nomination de celui qui doit lui succéder. Gela ne fut déckté qu'hiw: c'est M. le comte de la<llafok. Quoiqu'il ait déjà été en ambassade il y a plusieurs années, on ne croyait pas qu'il songeât à calle-ci , par rapportià sa santé :et à son âge, qui est au moins de soixante-six ou scHxantc'-sept ans.

Hier, les ambassadeurs vinrent à l'ordinaire. M. Brignole, envoyé de Gènes, présenta un noble génois que

Ton nomme Durazao. M. Delci, notre noiuoe, présenta aussi le camérier qui vient apporter la barrette à M. le cardinal d'Auvergne ; ce camérier est neveu de notre nonce et s^appelie comme lui, Delci . Il étoit chargé de plusieurs litres du Pape, et entre autres d'une pour M. le cardinal de Ro~ han pour lui recommander le dit camérier. Je lus hier la dite lettre ; elle est écrite en latin sur un grand parche-^ min plus long que large. Les lettres du Pape s'appellent dee brefs.

L'affaire du concile de Florence fait toujours grand bruit ici. Le concile de Florence est regardé comme œcuménique en France. Ce concile avoit été assemblé à Bàle, de là transféré à Ferrare^ ensuite à Florence. 11 y avoit eu plusieurs difficultés pendant la durée de ce concile ; il n'y avoit point înème d'évôque de France à Florence, cependant depuis plus de cent ans ledit concile y est regardé comme œcuménique. Ce fut le pape Martin V. qui; au commencement de l'année l^i>31^ avertit tous les princes chrétiens que le concile général alloit se tenir à Bàle. Nicolas^ archevêque de Palerme en Sicile, qui a fait l'histoire de ce concile, assure que ce Pape avoit princi* paiement en vue de réunir rÉglise grecque. Martin V mourut avant l'ouverture dudit concile. Eugène IV lui succéda; il étoit neveu de Grégoire Xn, et avoit été hermite. On intenta contre lui à Bâle plusieurs chefs d'accusation, entre autres d'avoir cru aux faiseurs d'horoscopes, parce qu'il racoiitoit que dans son hermitage un pauvre passant lui avoit prédit qu'il seroii Pape et qu'il le seroit dix-huit ans. Le Pape donna une bulle pour la dissolution dudit concile et pour en assembler un autre à Bologne. L'empereur Sigismond, qui soutenoitlecoiicile; s'opposa à la bulle ; il écrivit au Pape, et lui représenta que la dissolution du concile étoit dangereuse et pour l'Église et pour lui-même ; que les hérétiques sectateurs de Jean Huss y avoient été appelés et se disposoient à y venir ; que d'ailleurs le concile venoit de renouveler les décrets

de celui de Constance par lequel on avoît déposé Jean XXIII; que si ces décrets n'avoient pas lieu, l'élection de Martin V n'avoit pas lieu, ayant été faite du vivant de Jean XXIII, et que la sienne à lui-même ne le seroit pas, puisqu'il auroit été élu par des cardinaux , élus eux-mêmes par un Pape qui ne devoit pas l'être. Enfin, en 1438 le concile fut transféré de Bâie à Ferrare : ce ne fut pas sans beaucoup d'oppositions ; même un des légats, qui étoit le cardinal Julien, étant allé de Bêle à Ferrare, il n'y eut que quelques évêques qui le suivirent ; les autres et plusieurs ambassadeurs, entre autres ceux de France , demeurèrent à Bêle, où il y eut encore quelques sessions. Enfin, le concile s'ouvrit à Florence, dans l'église Saint-Georges, le 9 d'avril 1438. La peste étant survenue à Ferrare, après seize sessions qui y avoient été tenues, on transféra le concile à Florence, où l'on ne tint que neuf sessions. L'empereur ni le roi de France n'y avoient envoyé ni ambassadeurs ni évêques. L'union des Grecs avec les Latins fut faite dans ce concile. Jean Paléologue étoit alors empereur des Romains, et Charles Vil roi de France. Charles VII soutenoit toujours le concile de Bêle; il y eut même dans cfe temps-là la fame^use ordonnance que l'on nomma la pragmatique sanction, qui fut condamnée ensuite par le pape Eugène. Le détail de ce qui s'est passé sur cette affaire seroit trop long à mettre, mais ce qui est de certain, c'est que l'Église a reconnu depuis longtemps le concile de Florence. En conséquence, la Sorbonne a toujours soutenu sa validité. Il y a quelque temps qu'un bachelier ayant soutenu la même doctrine dans une thèse, le Parlement, toujours rempli de zèle pour les libertés de l'Église gallicane, mais dont le zèle est quelquefois indiscret, s'éleva contre cette thèse, et déclara par un arrêt qu'il ne regarderoit jamais le concile de Florence comme œcuménique et qu'il ne devoit point être regardé comme tel en France. Le Roi fut obligé, quelque temps après, de donner un arrêt du conseil pour empêcher le mauvais

d4 MEMOIRES DU DUC DE LUYNES-

effet de celui du Parlement. L'ai?rét du eonsoil est sage et mesuré. Le Roi déclare que ce n'est point 4 lui à dé^ ciderde r^cuménicitédesconciles^ maisqu^il doit soutenir de son autorité cellede l'Église, qui a reqoanu eelui de Florence. L'arrêt du conseil ayant été ru au Parlement^ il y eut trois avis différents : l'un de faire un arrêté contraire^ l'autre de faire des remontrances, le troisième de faire Tun et Tautre. Il passa à^lapluralitédes voix de faii^ un arrêté par lequel il est dit que le Parlecaent continuera à ne pas reconnoltre le concile de Florence pour OBCuménique^ et qu'il s'opposera toujours à ce q^m les sujets du Roi le reconnoissent pour tel.

Je crois n'avoir pas marqué ci-dessu9 ce qui se passa après la mort de M. le maréchal de Berwick, M**^ la ma* réchale de Berwicl( eut ^Oj^OOO livres de pension^ et outre cela vingtautres mille livres aussi de pension pour distri<^ buer à ses enfants, comme elle le jugeroit à propos. Je fus étonné d'apprendre, il y a quelques jours, par M"® lama* réchale de Villars, que, quoique M. le maréchal de ViUars soit mort en Italie commandant les armées du Roi, elle n'a point eu de peDsion. Je croyois que c'étoit Tu/sage aux veuves des maréchaux de France> et surtout lorsqu'ils meurent commandant les armées. M""* la maréchale de Gramont en a eu une aussi, j;e crois de 10 ou 12,000 livres, à la mort de M. le maréchal de Gramont, et M"^ la maréchale de Noailles en eut aussi une pareille. M"** la maréchale de CihamiUy n'en eut point; maisilyavoit des raisons d'exceptions personnelles. EUle s'étoit livrée aux nouveautés de l'Église avec tant de fureur, qu'elle étoit regardée dans le parti janséniste comme une m^re de l'Église. M"""" de Villars et de Berwick avoient demandé Tune et l'autre que le Roi voulût bien faire l'honneur à la mémoire de leurs maris de leur faire faire un service aux dépens de S. M. M"*' de Villass prétend que les frais de chaque service n'auroient pas été à plus de 2,000 écus pour le Roi. Je ne sais quelles furent les raisons dans ce

AVRIL i7S8. 9$

teinps*]â ; il n^y eut point de setvioe de fait aux dépens du Roi.

Du S. — M. de Polasiron pemereia hier leHoi pour le gouvernement du Neuf-Briaaoh. H. de Palastron> qui n^êst pas riche^ par ses talents et par son grade, auj ourd'hui lieu^ tenant général^ pou voit avec raison e^érer d'être ein|>l(iyé sur la frontière ^ ce qui vaut^ comme j'ai dit plus haut , 20,4*00 livres ; outee cela, étant à la tète des inspecteurs dMnfanterie, il pouvoir espérer de devenir directeur, dont les appointements doublent, ce qui fait 10,000 livres. Il perd tout ces avantagés par Vemploi de confiance que le Roi lui a donné auprès de M. le Dauphin; c'est pour Te» dédommager que le Roi lui donne Brisach, qui ne vaut à la vérité que 9,000 livres, mais qui en vaudra 16 après la mort deM'^* la maréchale d'Estrées, comme j'ai expliqué plus haut. Outre cela, M. de Polastron conserve son ins*^ pection, qui lui en vaut 8. On croyolt que ce gouver^ nement de ifoisachseroii donné à M. de lalavelière, qui a été nommé gouverneur de Philipsbou% arec 15,000 li* vres d'appointements, et & qui le Roi a eonservé les appointements en rendant PhihpsbouFg. M. de la Javelière est maréchal de camp, et pouvoit même espérer d'être fait lieutenant général à cette dernière promotion-ci j d'autant plus que l'on a fait plusieurs de ses cadets. L'on est persuadé qu'il y aura quelque extension à cette pro^ motion, et qne H. dq la Javelière et M. de Gamaches ne se-» ront point oubliés.

J'appris hier la nouvelle de la mort de U. le chevalier de Yiltz. n y a bien longtemps qu'il souffre d'un effort dans la cuisse qui avoit donné occasion à ee que l'on appelle en termes d^anatomie Un anévrisme. Sa cuisse étoit devenue d'une grosseur moînstrueusô^ et l'on a essayé inutilement toutes sortes de remèdes pour le guérir. Le chevalier de Viltz étoit colonel du régiment de cavalerie Royal-Pologne, qui étoit ci-devant Montai!. Le nom de H. de Viltz étoit Cusline. Il y a longtemps qu'un de ses

parents^ nommé aussi Costine et qui étoit capitaine dans ledit régiment^ disparut tout d'un coup et emmena avec lui le fils de M. d'Houdetot^ lieutenant général/qui estcapi* taine Je crois aussi de cavalerie. Os passèrent dans le pays étranger^ se mirent au service de Fempereur , furent à Belgrade^ eurent dans le cours de leur voyage plusieurs affaires particulières. M. d'Houdetot croyoit son fils perdu^ n'en ayant aucunes nouvelles et n'en sachant d'autreSy sinon que H. de Custine étoit à Venise avec un officier espagnol^ avec lequel il s'étoit battu, et qu'il avoitblessé, et dont ils attendoientiaguérîson pour passer en Turquie avec un passe-port de M. de Froulay. M. d'Houdetot ne doutoit pas que son fils ne fût ce prétendu officier espagnol, et n'ayant par conséquent nulle espérance de le revoir^ ilvenoit demander que la compagnie ^ qu'on a bien voulu lui conserver jusqu'à présent^ fût donnée à un de ses frères. Dans ce même temps^ M. de Mirepoix (1) lui a mandé que son fils étoit resté à Belgrade, qu'il l'avoit fait venir à Vienne, et qu'il le lui renvoyoit.

Hier, il y eut un petit mouvement au sujet d'une nouvelle difficulté que les princesses du sang veulent encore faire. M"' de Clermont parla à la Reine; la Reine alla parler à M. le Cardinal ; c'est au sujet de la cène. M"^ de Clermont prétend que les duchesses ne doivent point faire porter leurs carreaux dans la salle où se fait la cène, que ce droit n'appartient qu'aux princesses du sang. M"® de Luynes , sur cette nouvelle , en alla parler hier à M. le Cardinal, qui lui dit qu'effectivement la Reine lui en • avoit parlé, et que les princesses du sangprétendoient que . cette pièce devoit être regardée comme l'appartement de la Reine. M"* de Luynes représenta à S. Ém. que cette prétention étoit insoutenable et se détruisoit d'elle-même; que cette pièce étant la grande salle des gardes, appelée

(1) Le marquis de Mirepoix, ambassadeur extraordinaire du Roi à Vienne.

le magasin, que c'étoit l'officier qui y commandoit ; que si elle pouvoit être regardée comme la chambre de la Reine, ilfaudroit que la surintendante ou la dame d'honneur y eût le commandement; que les duchesses avoientla prérogative d'avoir des carreaux devant le Roi et devant la Reine dans l'église ; que la conséquence paroissoit nécessaire qu'elles en eussent en pareilles cérémonies. M"^ de Luynes ajouta à S. Ém. que si l'on faisoit quelques nouvelles difficultés, elle le supplioit de trouver bon qu'elle se retirât. Ce qui est certain, c'est que les duchesses ont toujours eu des carreaux en pareilles occasions; elles en avoient Tannée passée et j'avois oublié de le marquer.

Du 5, à Versailles — Avant-hier jeudi, le Roi et la Reine allèrentà différentes heures à lachapelle, et même entre neuf et dix heures, adorer le Saint-Sacrement.

Hier la Reine y fut encore; il fallut même réveiller les Suisses pour lui ouvrir la chapelle. Le jeudi saint, il y eut une quêteuse, qui fut M"* de Soubise. M""* d'Andelot a voit quêté le dimanche des Rameaux.

La Reine ne mangea point de poisson vendredi, ni même de beurre ; elle n'eut à dîner que des légumes à l'huile. Elle a fait le carême en entier, et on a renaarqué que le nombre des plats ou assiettes servis sur sa table étoit de vingt-neuf ou trente, en comptant les corbeilles etassiettesdefruit.LeRoia commencé à faire maigre cette semaine. Il a fait gras mardi, jeudi, vendredi et samedi; il ne fit point le mercredi; il alla à la chasse ce jour-là, et revint pour les ténèbres. S. M. ne mangea le vendredi saint que du lait, du riz au lait, du potage au lait, etc.

Dans les trois jours de ténèbres, tout s'est passé à l'ordinaire. Il^y a un des psaumes chanté en musique et le miserere en faux bourdon. Mesdames ont été tous ces trois jours à ténèbres et aujourd'hui à compiles ; elles ont été à la première travée à droite en entrant , avec un tapis seulement pour couvrir la banquette et des carreaux sur ledit tapis. Le mercredi, M"' de Clermont ayant demandé

t>8 MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.

une travée, on lui avoit gardé la seeonde à droite. M"' de Tallard représenta que moyennant cet arrangement, les sous-gouvernantes de Mesdames n'avoient point de places. Cette représentation a eu tout son effet : la seconde travée à droite a été depuis gardée pour la suite de Mesdames, et M^ ^^ deClermonteutlasecondetravéeàgauche le jeudi ; la première étoit gardée pour M. le duc de Chartres. Le jeudi saint, il n'y eut nulle difficulté à la cène de la Reine, et les projets de M"'' de Clermont n'eurent aucun effet; les duchesses eurent leurs carreaux et portèrent les plats à la cène suivant la règle. Madame et M'"'' Henriette marchoient d'abord, puis HP*' de Clermont et M"*^ de Rochechouart, comme la plus ancienne duchesse ; ensuite les quatre ou cinq autres duchesses, suivant leur rang, excepté M"' d'Antin , qui devoit marcher la dernière et qui se trompa et marcha la pénultième; et après les duchesses marchoient quatre ou cinq dames non titrées, entre autres M"*"*' de Hailly , de Bouzols, de Mérode, et M"' de Mailly . La cène de la Reine fut à trois heures après midi.

Le vendredi, il n'y eut rien d'extraordinaire à l'adoration de la croix. Il n'y avoit pas un seul duc en bas, que M. de Béthune avec son carreau derrière le fauteuil du Roi. A droite du Roi étoit M. le duc de Chartres, ensuite M. le Duc, M. le prince de Dombes, M. le comte d'Eu, M. de Penthièvre; à gauche, du côté de la Reine, étoient Mademoiselle et M^^' de Clermont. Adroite, devant leprie^Dieu, trois aumôniers du Roi, le P. de Linières au bout du prie-Dieu, dans l'épaisseur dudit prie-Dieu, tous en manteau long, de même que ceux de la Reine, qui étoient du côté gauche ; ils étoient trois aussi ; et après eux étoit le petit abbé, le moine chapelain de la Reine; il y avoit cependant quelque distinction de son habillement à celui des aumôniers. Les aumôniers du Roi étoient les deux de quartier et un du quartier dernier, et pour la Reine l'au* mônier ordinaire, celui de quartier et celui du quartier

dernier. Après le prêtre, le diacre et le sous-diacre, les aumôniers de la Reine allèrent les premiers à l'adoration de la croix, ensuite le confesseur du Roi, puis les aumôniers du Roi ; l'abbé d'Aydie fut le dernier qui y alla, et il resta à genoux auprès de la croix pour tenir le bassin et recevoir les offrandes, et il y fut toujours jusqu'après que M. de Penthièvre eut adoré la croix. Le Roi fut suivi par M. le duc de Chartres, et M. de Chartres revint accompagner le Roi; et aussitôt que la Reine eut adoré la croix, M. de Chartres y alla, puis M. le Duc, Mademoiselle, M"*^ de Clermont, M. le prince de Dombes, M. le comte d'Eu, M. de Penthièvre. M. de Téssé donnoit la ïnain àla Reine. Pour M"' de Luynes, elle ne sortit pas de sa pïàce. On fit la procession pour aller prendre le Saint- Sacrement ; tous eurent des cierges ; M"* de Luynes en eut un.

Du lundi 7. — Samedi dernier, le Roi fit ses pâques à la grande paroisse. Il y avoit deux princes du sang, M. de Chartres ou M. de Clermont, je ne sais lequel des deux, et de l'autre côté M. le duc de Penthièvre. Outre M. le duc de Béthune, capitaine des gardes, il y avoit MM. les ducs de Villeroy et de Rochechouart ; cela ne faisoit nul inconvénient ce jour-là, à cause des deux princes du sang. Lejourquele Roi fait ses pàques, l'usage est que les quêteuses ne viennent point demander au Roi, mais à l'aumônier de quartier; et Tabbé d'Aydie, qui est un des aumôniers, m'a dit qu'il y avoit dix-sept quêteuses et qu'il leur avoit donné à chacune deux louis. Au retour de la paroisse, le Roi vint toucher les malades dans la galerie des princes, à l'ordinaire. S, M. alla ensuite à la chapelle où l'office étoit commencé; il entendit la grande messe. L'après-dlnée, les complies, VO filii et filiœ eri musique ; c'est l'usage.

Le dimanche de Pâques, le Roi et la Reine furent à la grande messe en bas. Ce fut M"** d'Ancenis qui quêta. L'après-dlnée, il y eut sermon et le comphment

suivant Tusage. La Reine s'étant trouvée un peu mal ne put rester à la chapelle en bas^ et s'en étant retournée chez elle ne revint qu'à moitié de vêpres, mais en haut. Ce que je remarquai^ c'est que Ton ôta son fauteuil ; celui du Roi fut mis au milieu du drap de pied ; il n'y avoit point de princesses ; M. le duc de Chartres étoit à droite^ H. de Dombes à gauche, chacun sur un pliant; leurs pieds étoient à la même hauteur de ceux du Roi^ au bord du drap de pied.

Du 6, Versailles. — Le Roi et la Reine n'ont entendu lundi et mardi qu'une messe basse; mais LL. HM. ont été à vêpres et à complies. Dimanche, VO /!In fut chanté par les chantres et non par la musique. M. de Tessé fut jeudi à la cène du Roi. Ce fut une faute dont il a été bien fâché ; mais comme cela a été sans inconvénient jusqu'à ce qu'il fût grandd'Espagne, etqu'il n'y a pas longtemps qu'iirest, il ne fit pas l'attention qu'il auroit dû faire. Je lui représentai, il y a quelques jours, qu'il devroit avoir attention de prendre un carreau derrière le fauteuil de la Reine^ puisqu'il en a le droit, les grands d'Espagne ayant les mêmes honneurs en France que les ducs; mais il est vrai qu'il y a des occasions où il ne pourroitpas avoir ce carreau, parce qu'il n'a point de place derrière le fauteuil de la Reine comme le chevalier d'honneur ; je l'ai déjà observé ci-dessus. Lorsque la Reine est en bas, son premier écuyer se met ordinairement sur le banc vis-à-vis le Roi sans avoir de place marquée; il sembleroit que la chaise à porteurs de M"' de Tessé devroit avoir une housse, puisque c'est le droit des grandes d'Espagne, cependant elle n'en a point, et M. de Tessé me fit l'observation que la chaise de M^"^ de Tessé étoit une des chaises de la Reine, de manière même que si la Reine étoit en grand deuil , M°* de Tessé auroit une chaise clouée.

Il y a eu ce carnaval quelques plaintes ici au sujet de la gendarmerie. La gendarmerie est à Ârras. M. d'Isenghien, qui en est gouverneur, reçut une lettre où on lui

AVRIL 1738. lot

marquoit que quelques gendarmes avoient insulté un prêtre ; que la garde de la ville avoit voulu les arrêter et qu'ils avoient fait rébellion en criant : « à moi gendarmes » ; qu*il y avoit^ eu même plusieurs personnes de blessées. M. d'Isenghien apporta cette lettre à M. d'Angervilliers. En conséquence, M. du Châtelet, major de la gendarmerie, eut ordre de partir pour s'informer des faits et faire tenir un conseil de guerre pour la punition des coupables. M. du Châtelet revint avant-hier au soir; il me conta hier matin que le conseil de guerre avoit été tenu et que Ton n'avoit point trouvé de preuves contre les gendarmes, qu'on avoit seulement reconnu que trois des gendarmes étoient sortis après Tappel fait; qu'un quatrième, ivre et masqué, avoit été pris par la patrouille ; qu'au reste l'insulte faite au prêtre avoit été légère, puisqu'on lui avoit seulement proposé d'aller au bal, et que c'étoient des gens masqués et inconnus, et qu'il n'y avoit eu personne de blessé; que la punition n'avoit été que quelques mois de prison. Cette affaire fait d'autant plus de bruit que d'une part le ministre trouve ce jugement bien doux, de l'autre MM. de la gendarmerie sont fort mécontents de M. d'Isenghien. Ce sont eux qui m'ont conté le contenu de la lettre et qui m'ont ajouté même que M. d'Isenghien avoit été chez M. du Châtelet pour lui faire une honnêteté sur ce qui s'étoit passé.

M™'' Vanhoey, ambassadrice de Hollande, vint hier à la toilette de la Reine. M"® de Luynes la fit entrer immédiatement après la chambre, et M""* de Vanhoey fut assise suivant la règle.

Les voyages de Marly sontréglés depuis quelques jours. Le premier, du 27 de ce mois au 8 de mai, et le second du 27 mai au 4 juin. Il y en aura un troisième après Compiègne .

Du 18, Versailles. — f ai parlé ci-dessus d'une somme de 100,000 francs que M. de la Trémoille avoit obtenue dans le temps des fermes générales, ladite somme des

tinée à payer M. de Richelieu à qui M. de la Trémoille doit lesdites 100,000 livres ; je crois que c'est du jeu. Cela n'a pas été fait dans le temps du bail desdites fermes, mais depuis les fermes données. Il est mort un fermier général, et M. de Richelieu, à cette occasion, a demandé à M. le Cardinal qu*il voulût bien contribuer à la facilité de son payement en faisant donner les 100,000 fiancs à H. de la Trémoille par celui qui serpit mis en place. Le fermier qui est mort étoit un gendre de Bontemps.

J'allai il y a quelques jours à Paris voir la représentation de Saint-Pierre de Rome ; c'est au vieux Louvre que le S' Servandoni a fait construire cette représentation (1); cela est absolument dans le goût des décorations d'opéra. L'œil est trompé quand on est dans le point de vue ; mais comme le lieu, quelque grand qu'il soit, n'$i pu permettre que de réduire l'église aux deux tiers de ce qu'elle est réellement, cela ne présente l'idée que d'une église d'une grandeur ordinaire. Ce qui est parfaitement bien imité, c'est le jour. Un très-grand nombre dé lampions placés avec art donne l'idée du jour tranquille d'une église. Quelques gens ont prétendu que l'autel étoit trop petit par rapport à l'église ; il y a aussi plusieurs représentations de figures à genoux proportionnées à l'élévation du vaisseau qui servent extrêmement à la décoration de la perspective. Les frais de cette illumination etautres indispensables sont assez considérables. Servandoni me dit que ces fraiis journaliers alloient déjà à environ 10,000 francs, et cela indépendamment de la construction, bois, peinture, etc. Il comptoit dans ce

(1) Le Mercure de féTrier annonce (page 319) que le cheTalier Servandoni, peintre et architecte du Roi , travaille depuis six mois et emploie quantité d'ouvriers de toute espèce pour donner la ndprésentation de Téglise de Saint- Pierre de Rome, et qu'on Terra cette représentation dans la grande salle des machines dn palais des Tuileries pendant les trois semaines du temps pascal, selon la permission que le Roi a bien voulu lui en accorder.

temps-là avoir tiré à peu près 20^000 francs de ceux qui sont venus voir cette décoration.

J'allai voir aussi le même jour le Auteur du S' de Vaucanson dont j'ai parlé (1). C'est une machine digne de curiosité, et qui doit avoir coûté beaucoup d'argent et de travail. La figure est sur un piédestal, dans une salle de l'hôtel de Longueville (2) . Dans le piédestal sont tous les ressorts, tambours, chaînes, qui font mouvoir les doigts. Cette figure joue douze airs, les six derniers mieux que les six premiers. Elle joue même des doubles d'airs, forme des tenues de vent, des échos très-marqués. On ne peut pas dire que la façon de jouer ces airs soit dans la dernière perfection ; mais il est singulier d'être arrivé au point où est cette figure. Le vent sort réellement par la bouche et ce sont les doigts qui jouent. Les doigts sont de bois avec un morceau de peau sur l'endroit qui bouche les trous. Toute la figure est de bois, hors les bras qui sont de carton. Un défaut apparent qu'on n'a pu éviter c'est que la bouche demeure toujours ouverte. Il y a cependant un mouvement réel dans la lèvre supérieure, mais ce n'est que dans les deux côtés.

Il y a encore une curiosité à Paris que je n'ai point vue, que l'on appelle l'hydraulique; c'est un tableau mouvant par l'effet de l'eau, dont les figures sont assez bien exécutées.

On parle toujours du mariage de M. de Goësbrîant le père avec M"* de Sully. M"' de Sully est hors de la maison de ses père et mère depuis longtemps, et retirée à Bellechasse. Les sommations respectueuses sont faites depuis quelque temps j il y a des oppositions delà part de M. de Goôsbriantlefils; on espère cependant que tout cela sera terminé incessamment.

Il y a cinq ou six jours que j'ai appris la mort de M, de

(1) Voir lesdétaild sur cet automate dans le Mercure cTaYril, i»age 738.

(2) Rue Saint-Thomas du Louvre.

Montpellier (1) ; il est mort dans les mêmes sentiments où il étoit depuis longtemps; il a cependant déclaré en mourant qu'il reconnoissoit le Pape pour le chef visible de rÉglise^ et qu'il mouroitdans la foi de l'Église catho* lique, apostolique et romaine , mais que d'ailleurs il persistoit dans les sentiments connus par ses discours et par ses écrits. Il demanda à recevoir Notre-Seigneur. Le doyen du chapitre refusa de lui administrer les sacrements; la seconde dignité du chapitre refusa de même ; il n'y eut que le troisième qui lui porta N.-S. Il est mort à Montpellier; il étoit frère de M. le marquis de Torcy, neveu de feu M. Colbert. M. de Croissy, leur père, et M. Colbert, étoient frères. M. de Montpellier fait l'hôpital de Montpellier son légataire universel ; il laisse à M. son frère sa bibliothèque, qui, à ce que Ton dit, vaut 200,000 francs; mais il le charge de donner 20,000 écus d'argent à Fhâpital de Montpellier. Il laisse 10,000 francs une fois payés à M. de Croissy, son neveu, capitaine des gardes de la porte, fils de M. de Torcy, et cela parce qu'il a été son parrain. D'ailleurs il ne laisse à tous ses parents que pour marquer qu'il ne les a pas oubliés. Il laisse à chacun cent francs une fois payés, même à sa sœur, H*"^ la duchesse de Saint-Pierre. Il a une autre sœur religieuse à Maubuisson, à qui il laisse sa chapelle avec un calice d'or qui lui avoit coûté, à ce que l'on dit, 1&,000 livres.

J'appris aussi il y a quelques jours la mort de M"** la comtesse de Vertus; elle étoit d'Aligre. M. le- comte de Vertus s'appeloit GoôUo du vivant de son frère aîné, qui étoit enseigne ou guidon des gendarmes de la garde. Sa sœur, qui vit encore, est veuve de M. le prince de Courtenay.

J'ai déjà marqué plusieurs fois combien on avoit d'im-

(1) Charles- Joadûm Colbert de Crois&y, nommé évèque de Montpellier en 1697. C'était on des chefs du parti janséniste « qui ne craignoit ni menaces, ni récompense , dit Barbier, et qui étoit habile et honnête homme. »

patience de voir une détermination prise par rapport aux régiments. M. d'Angervilliers ne travailloit pas une seule fois avec le Roi que Ton ne crût, au sortir du travail, en apprendre des nouvelles. Il y a quatre ou cinq jours que quelqu'un, en badinant, ayant fait une liste de tous les régiments à donner et mis vis-à-vis chaque régiment *

Monsieur en blanc, ce papier

fut apporté au Roi, qui en badina le premier et le donna à H. le duc de Charost en lui disant : voilà la liste des régiments. Cette plaisanterie courut ici le même jour. Un ou deux jours auparavant, le Roi avoit fait une plaisanterie à M. de Grillon, à son dîner, sur le désir qu'il paroissoit en avoir un et la douleur où ilseroit s'il n'en avoit point, ajoutant que les circonstances présentes étoient les seules favorables où il put se trouver, M. l'archevêque de Tours, son oncle, voulant bien payer ledit régiment. Il étoit aisé de juger par ce discours du Roi qu'il alloit donner incessamment les régiments; effectivement avant-hier, 16 de ce mois, M. le Cardinal ayant été chez le Roi, comme il y va régulièrement depuis quelque temps tous les jours, M. d'Ângervilliers fut mandé. L'on attendoit avec impatience la fin de ce travail, et il y avoit un monde prodigieux chez le Roi. S. M., qui avoit été à la chasse ce jour-là et qui n'est plus présentement dans le même régime du lait, avoit déjeuné avant que de partir etsoupoit à huit heures. Son souper fut un peu retardé par la longueur du travail; enfin M. d'Angervilliers sortit pendant que le Roi étoit à table et ne dit mot en sortant du cabinet; il retourna chez lui faire mettre une liste au net, et l'envoya au Roi. Le Roi, au sortir de son souper, entra chez la Reine, qui jouoit; il parla de la liste qu'il avoit dans sa poche ; mais comme la Reine ne la lui demanda point, personne n'osa lui faire de question. Le Roi en revenant chez lui parla encore de la liste, et quelqu'un lui ayant dit qu'il falloit bien s'attendre qu'un grand nombre de gens seroient affligés, le Roi répondit : c< Comment faire pour contenter

cent personnes avec vingt-deax régiments? après cela^ ajouta-t-îl^ ce n'est que reculer pour mieux sauter. » Il se reprit ensuite : « On ne peut pas dire pour mieux sauter^ mais pour avoir le même sort. » Je joins ici la liste des* dits régiments (1).

M. le duc de Rohan, fils de M. le prince de Léon^ est compris dans ladite liste ^ parce qu'il a désiré avoir un régiment plus anciai que le sien; aussi lui coùte-t*il 55^000 livres au lieu que le sien n'étoit que de 40,000 livres. A regard du régiment RoyaUPologne et de celui de Ch&telleraulty il y a eu une espèce d'arrangement. M. le chevalier de Viltz, mort sans avoir donné sa démission^ fait que M. de Chàtelleraul t passe d'un régiment de 22^500 li * vres à un de 100^000 livres , sans avoir rien à donner; mais comme il n'auroit pas été juste qu en pareille circonstance il eût vendu son régiment, il sembloit que M. d'Andelot auroit dû avoir pour rien celui de M. de Cbàtellerault ; cependant M. d'Andelot donne 22,500 h^

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