‹ Mémoires sur la cour de Louis XV, 1735-58Chapitre 7 sur 18 · JUIN 1TS · texte numérisé non relu

JUIN 1TS

elle , quoiqu'elle aiine peu tout ce qui est portugais. Le Roi depuis se^ maladie n'avoit point couché dans le Ut de la Reine; il y a couché yavant-dernière nuit.

Reliques de saint Onëzime. — Mort du prince de Bade-Dourlach. — Le Roi soupe dans ses cabinets. — Ch4P^eUj»r dû eristal de roolie. — Mort de Mme de Lanmary. — M^iiage^ de i\l. de $^uroy, de ^\^^ de ViU^eure et de M. d*Hautefort. — Nouvelles de Hongrie et des grandes Indes. — Mlle Agnette, musicienne. — Statut du Rot par Le Moyne. — Départ de Mesdames. — Maladie de M^*' d'Boatqn. ^ iBruits sur les impriixieurs de Paris et sur M. de Cliauveiin. -:- |^e c^rdiual de Fleury à Vaucressoii. — Voyages de Rambouillet. —• Remontrances et arrêté du Parlement. — Gouvernement de Charlemont donné à M. de Siily. — Mariage du duc de Che- \rease et présentation de la d^iehie^^e de Pheirreuie. *— Mort de M. CrozaC. -T Combat entre la livrée du prince de Conty et celle du pr^ce df^ Carignan. — Dispute de M'»* de Brunswick et de M"c de Bouillon. — Le pot royal. — Mort du due de Lirla. — Promena<te delaReineàMarly.

Versailles t*' juin , dimanche. — Il y a déjà deux mois ou environ que Ton appprta ici à la Rejne^ de la part du Pape^ des reliques de saint Onésime , disciple de saint Paul ; ces reliques sont dans une châsse assez simple qui a resté pendant quelque temps dans la sacristie de la chapelle ; on Fa portée depuis dans la sacristie de la pa* roisse Nptre-Oame^ d'où elle doit être transférée ici dans la chapelle Saint-Louis^ que Ton accommodera à cet effet. La Reine faitfaire une petite tribune dout le modèle 68t po$é depuis quelque tômps.

On apprit ici, le 37 du mois dernier^ la mort du prince de Bade-Dourlaxîh.

'Le 29^ le Roi revenant de Rambouillet soupa dans ses cabinete, et s'étant mis tard ^ table, y resta peu de temps, & jcause du jeûne du lendemain.

Ce même jour on avoit mb dans la chambre du Roi un chandelier de cristal de roche d'une grande beauté et que Ton estime au moins 100^00 livpes.

Nous apprîmes ici, le même jour, la mort de M"* de Lanmary ; elle étoit fille de M"* de la Ravoye, sœur de M"* de Belàbre. Son mari| qui étoit capitaine de gendarmerie, a été fait maréchal de camp à la dernière promotion.

Il y a plusieurs jours que le fils de M. de Sauroy , qu^on appeloit M. de Martiny, a épousé M"' de Goésbriant. M. de Sauroy, qui est fils du trésorier de Textraordinaire des guerres, s'appelle aujourd'hui M. du Terrail , ayant acheté la terre de ce nom. Ce mariage a été fort caché et faitpromptement, danslacrainte des oppositions du grandpère, lequel, commej'ai marqué ci-dessus, désire depuis longtemps épouser M"® de Sully, et n'a pu encore y parvenir à cause des oppositions de son fils.

On parle ici du mariage de M"" de Villeneuve avec un capitaine de dragons du régiment du Roi, nommé M. de la Prune ou de Cardonnac. M**' de Villeneuve est une fille d'une grande condition, attachée depuis longtemps à M"* de Clermont et sans aucun bien.

M. d'Hautefort et M. d'Harcourt demandèrent hier au Roi son agrément pour4e mariage de M. d'Hautefort avec la fille aînée de M. le duc d'Harcourt, qui a vingt-deux ans. M. d'Harcourt a trois filles qui ont chacune 25 à 26,000 livres de rente; celle-ci en a actuellement 21 à 22,1e surplus étant chargé de pensions.

On a eu ces jours-ci des nouvelles de Hongrie, par lesquelles on apprend que les Turcs ont remporté une grande victoire contre les troupes de l'empereur. *

On a eu aussi nouvelles des grandes Indes par lesqueUes on apprend que le Gange se déborda, dans le mois d'octobre dernier, dans l'espace de plus de soixante lieues; l'on compte qu'il y a eu trois cent mille personnes de noyées ; ce sontles nouvelles que l'on a mandées à M.le Cardinal. Il y a eu outre cela grand nombre de bestiaux qui ont péri ; on a trouvé même des tigres de noyés.

Il parut hier au concert de la Reine une fille que Ton appelle Agnette, que M. d'Aumont a fait venir de Lyon,

qui a une parfaitement belle voix, et elle doit être reçue à la musique.

Du 3, mardi. — La ville de Bordeaux fait faire une statue équestre de bronze de Louis XV par le S"" Le Moyne, sculpteur et fondeur. Il y a sept ans que le S' Le Moyne y travaille à Paris. Le prix en est fait à 120,000 livres; il doit y entrer 55 milliers de matières; il faut par conséquent employer dans les creux du moule environ dix milliers de cire. C'est avec de la cire que Ton remplit les creux, et il faut que cette cire soit toute fondue avant que l'on y mette la matière. On compte à peu près 5 livres de matière pour une de cire ; c'est un détail immense que les opérations qu'il faut faire pour réussir à un ouvrage de fonte de cette espèce , et le danger est fort grand pour les fondeurs lorsqu'ils coulent la matière, parce que la moindre humidité dans le moule le feroit sauter aussi bien que toute la maison et ceux qui seroient dedbans. Il est vraisemblable que la ville de Bordeaux, qui fait faire cet ouvrage à ses dépens, accordera au S' Le Moyne une gratification au delà des 120,000 livres. Ce sculpteur n'a que trente et un ans et est déjà fort estimé.

Le départ de Mesdames est remis au 16, le 15 étant un dimanche. Elles iront toutes quatre dans un carrosse; les deux aînées dans le fond , M""® de La Lande sur le devant avec une princesse sur ses genoux, et une femme à côté d'elle avec une autre princesse sur ses genoux , et deux autres femmes aux portières. M"* de La Lande ne couchera point à Fontevrault ; elle reviendra coucher à deux ou trois lieues de là, et le lendemain prendra la poste pour revenir ici. Il reste avec Mesdames deux femmes pour chacune, et une première femme de chambre pour deux , un détachement de la bouche et quatre valets de pieds. . M"'' d'Hostun, qui est toujours fort mal, est depuis quinze jours ou trois semaines entre les mains du médecin des gardes suisses, encore plus connu par sa grande science

à connoltre les urines. On fait plusieurs histoires sur cette connoissance qui ressemblent beaucoup plus à la fable qu'à la vérité. On prétend que lorsque M. de la Tour, dont j'ai mis l'aventure ci-dessus, tomba dans un puits, le médecin suisse jugea par son urine seule qu'il avoit eu une grande frayeur et qu'il s'étoit tenu longtemps dans une posture contrainte et extraordinaire. D'autres disent qu'il juge par l'urine du nombre de saignées. M"'*' de Dreux s'est mise entre ses mains pour un cancer, et M""' d'Hostun pour la poitrine.

Il y a déjà quelque temps que l'on fait travailler à Paris des imprimeurs; l'on a dit ici qu'on les gardoit avec tant de soin qu'ils n'avoient pas même permission de sortir pour aile? à la messe. Sur cela l'on a fait la nouvelle que le Roi vouloit retirer toutes les actions, en donnant pour chaque action 100 livres de rente perpétuelle sur la Ville ou 200 livres de rente viagère. J'ai parlé de cette pouvelle jce matin à H. le contrôleur général, qui m'a dit qu'elle étoit sans aucun fondement. A l'égard des imprimeurs, je sais d'ailleurs que l'on fait réimprimer le Nouveau Testament d'Amelot, que les Jansénistes avoient falsifié. C'est vraisemblablement à cet ouvrage que les imprimeurs ont été employés, çt on les garde pour qu'ils travaillent plus promptement et plus sûrement.

On avoit fait courre le bruit aussi que H. Chauvelin avoit été transféré de Bourges à Saumur ; cette nouvelle ne ne confirme pas. Le changement des postes y avoit donné lieu; mais il n'est pas vraisemblable que s'il y eût eu quelqu'un de coupable dans Les postes il n'eût pas été arrêté, et on sait qm personne ne l'a été.

M. le Cardinal a Ué pendant les absences du Roi à Vaucresson , maison près de Versailles , qui appartenoit «uitrefois à M. de Beajuyilliers et aujourd'hui à M. Hérault. M. ni M"' Hérault n'y étoient pas aux derniers voyages, M. Hérault étant allé en Normandie. On disoit ici que

son absence n^étoit point pour aller en Normandie ^ mais pour aller exécuter les ordres du Roi à l'égard de M. Chauvelin.

On a parlé aussi ces jours^ci de Texil d'une dame du palais, mais cela parolt sans aucun fondement ni vrai^ semblance.

II n'y a encore eu que deux voyages de Rambouillet^ et il n'y en aura plus que trois au lieu de quatre qui avoient d'abord été arrangés. Au premier voyage, M""" la comtesse de Toulouse vint au-^devant du Roi^ mais dès qu'elle le vit elle fondit en larmes et se trouva mal. H. le duc de Bétbune^ à qui j'ai entendu conter ce qui s'étoit passé alors^ m'a répété ce qu'il avoit entendu dire au Roi en pareilles occasions : qu'il étoit peu propre à donner de la consolation, parce qu'il étoit interdit et saisi lui-même lorsqu'il voyoit des gens dans une extrême aJEAiction. Dans les deux voyages de Rambouillet, le Roi a été en calèche au rendez-vous avec toutes les dames qui étoient à Rambouillet, hors M"*" la comtesse de Toulouse, et leur a fait donner ensuite des calèches pour qu'elles suivis^ sent lâchasse.

J'ai oublié de marquer ci-dessus que le jour delà Trinité le Roi entendit en haut les vêpres des missionnaires; il ne resta point à complies, et revint au salut.

M. de^[angis (1) partit hier pour ses revues, et la Reine, qui a beaucoup de bontés pour lui et qui coanoitson attachement pour elle, ne le voit point partir sans être affligée.

Le départ pour Compiègne est retardé d'un jour ; le roi de Pologne doit venir ici la veille du départ du Roi et y rester plusieurs jours pour voir la Reine .

M. de Chaulnes m'a dit aujourd'hui que le 30 ou le

(1) Le marqnis de Kangrs, lieatenant générai, chevalier d'honneur de la Reine.

31 du mois dernier, Talfaire du salut des gendarmes et chevau-légers avoit été décidée, et qu'il étoit réglé que ces deux compagnies non-seulement salueroient M. le Dauphin, mais même M. le duc de Penthièvre, comme elles saluent le Roi. Dans Tordonnance il n'est point parlé des princesses du sang ni même des filles ni petites-filles de France.

Aujourd'hui le Parlement est venu faire des remon* trances au sujet de M. de Montgeron et sur ce que la communion lui avoit encore été refusée dans Tévèché de Viviers, à la Pentecôte. Quatorze de Messieurs du Parlement, tant présidents que conseillers , M. le premier président à la tète, suivis de HM. les gens du Roi, au nombre de quatre, sont entrés dans le cabinet du Roi au retour de la messe, ayant été avertis par M. de Maurepas et par M. de Brézé, grand maître des cérémonies. M. le premier président a parlé pendant environ un demiquart d'heure et a représenté au Roi la dureté des traitements faits à leur confrère. Je n'étois point dans le cabinet, mais j'ai attendu M. le duc de Charost et H. le duc de Béthune au sortir de chez le Roi. Ils m'ont répété Tun et l'autre la réponse de S. M. à peu près dans ces termes : a Je me suis fait informer des faits que vous alléguez, dont la plupart sont altérés ; je saurai prendre les mesures convenables pour assurer le repos et la tranquillité de mon royaume, et je suis étonné que mon parlement veuille me faire sur pareils sujets des représentations qui me fatiguent et m'importunent. »

Le Roi commença cette réponse d'un ton piqué et haut, mais la fin (ut plus basse, au point même que les députés disoient ne l'avoir point entendue, et sur ce prétexte ils prièrent M. le Cardinal de la leur faire avoir par écrit. S. Em. leur répondit qu'il en parleroit au Roi. J'ai appris hier que M. le Cardinal avoit mandé à M. le premier président que le Roi n'avoit d'autre réponse à leur faire que celle qu'ils avoient entendue verbalement de la

JUIN 1758. in

bouche de S. M.^ et qu'il ne vouloit point la donner par écrit.

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