ARRÊTÉ DU PARLEMENT
La Cour a arrêté qu'il seroit mis sur les registres le discours que M. le premier président a fait au Roi et le compte que M. le premier président a rendu à la Compagnie de la réponse du Roi, et qu'aux remontrances ordonnées par le Parlement, il y a quelques mois, il seroit joint un article sur les faits arrivés à M. de Montgeron à Pâques dernier et renouvelés dans les dernières fêtes de la Pentecôte , et qu'en icetles il seroit insisté le plus fortement sur la nécessité indispensable de réprimer de tels excès qui intéressent autant la Religion et l'Etat^ et sur la conséquence extrême dont il est que le Parlement continue de représenter au Roi en toutes occasions ce quil croit être du bien de son service et pour arrêter un scandale aussi dangereux, et que le Roi seroit très-humblement supplié de vouloir bien accorder à son Parlement M. de Montgeron.
Versailles y vendredi 13. — J'appris le 7 que M. de Leuville, lieutenant général, avoit eu le gouvernement de Givet et de Charlemont, vacant par la mort de M. de Silly. 11 vaquoit aussi par cette mort une grande croix de Tordre de Saint-Louis, qui a été donnée à M. de la Billarderie, major des gardes du corps, et le cordon rouge qu'avoit M. de la Billarderie a été donné à M. de Varennes, des gardes françoises.
H. le marquis d'Hautefort, qui perdit, il y a environ neuf mois, sa femme, fille de M. de Duras, épouse la fille aînée de H. le duc d'Harcourt, qui a environ vingt-deux ans. Ce mariage doit se faire pendant le voyage de Compiègne. M"* d'Harcourt a 25 ou 30,000 livres de rente; elle a encore deux sœurs à marier qui ont le même bien.
Le 9, se fit le mariage de mon fils avec M"' d'Egmont àrhôtel d^Egmont, dans une chapelle bâtie à cette occasion . Le lendemain, la noce fut chez moi, et le mercredi 11, nous revînmes ici pour la présentation, qui fut faite hier. Ce fut M"' de Luynes qui la présenta. Elles étoient en tout dix dames assises. Le tabouret que Ton prend chez
le Roi se paye aux valets de chambre de la Reine. L'on donna^ suivant l'usage^ 1&>40 livres.
Le Roi envoya, le mercredi matin, M. Loiseau, gentilhomme ordinaire, à Thôtel de Luynes, faire compliment à ma belle-fille. Ce compliment se fait ordinairement à la toilette; cependant M. d'Aumont a cru qu'il valoit mieux attendre que M"* de Chevi-euse fût à l'hôtel de Luynes pour y envoyer. Le Roi n'envoie qu'aux per-/ sonnes titrées, duchesses ou grandes d'Espagne. Il parolt d'abord singulier que le Roi envoie chez une femme qui ne lui a pas encore été présentée; mais comme le mariage ne se fait qu'avec * son agrément, l'usage est que le Roi fasse cet honneur aussitôt que le mariage est fait. Le Roi nous avoit fait le même honneur, et à M. et à M'"'' d'Egmont avant le mariage. Après la présentation faite au Roi, M"" de Luynes fut chez la Reine, chez M. le Dauphin et chez Mesdames. L'usage est que le Roi salue toutes les femmes titrées ou non, etde môme M. le Dauphin; toutes baisent le bas de la robe de la Reine, et il n'y a que celles qui sont titrées qui aient l'honneur de saluer Mesdames. M"** de Tallard dit à M""* de Luynes, après la présentation, que l'on de voit baiser le bas de la robe de Mesdames, et que Ton en usoit de même pour M™' la duchesse de Bourgogne. M"* de Luynes lui répondit que cela étoit vrai , mais que la raison étoit qu'il n'y avoit point alors de Reine. M"*" de Tallard répondit à M"" de Luynes qu'on labaisoit aussi à Madame. M"' de Luynes lui dit que Madame vouloit avoir les mêmes honneurs que M"® de Bourgogne, mais que tout cela ne se rendoit que parce qu'il n'y avoit point de Reine en France , parce que cet honneur n'est dû qu'à la souveraineté ou à la personne qui représente la souveraine, comme étoit M'"^ la duchesse de Bourgogne quand il n'y avoit point de reine. C^est par cette seule raison que l'on détermina, il y a deux ans, la République de Venise à consentir que M"* Zéno, ambassadrice , baisât le bas de
la robe de la Reine, à quoi on eut beaucoup de peine à les résoudre. L'usage est présentement de mener les mariées non-seulement chea les princesses, mais encore chez les princes du sang. Cet usage est fort nouveau et s'est établi pendant le gouvernement de M. le Duc. Comme premier ministre, on ne pouvoit se dispenser d'aller chez lui, et Ton croyoit aussi ne pouvoir se dispenser d'allet chez M. le duc d'Orléans, premier prince du sang. C'est ce qui a introduit peu à peu l'usage de ces présentations. Elles se font en grand habit. A l'égard des princesses , on a toujours été chez elles en grand habit dans ces occasions. Autrefois les mariées, le lendemain de leur mariage , recevoient les visites sur leur lit tout habillées, etfeue M°**deLuyneslesrecutdemémeen 1710. L'usage étoit aussi que non-seulement les princes et princesses venoientdans ces occasions rendre visite, mais même les fils et petits-fils de France. M. le duc de Bourgogne et M. le duc de Berry vinrentchez M™* la duchesse de Duras le lendemain de son mariage ; M. le duc de Berry fit nième attendre la compagnie jusqu'à neuf heures du soir parce qu'il étoit allé à la chasse. La Reine alloit autrefois voir les femmes titrées en couches; elle alloit même de Saint- Germain à Paris exprès pour cela. Le nombre des duchesses s' étant extrêmement multiplié, le Roi ne voulut plus qu'elle y allât. M*"^ la duchesse de Bourgogne continuoit cependant à aller aux couches ; la première fois qu'elle ait discontinué cet usage, ce fut àM""* la duchesse de Rohan.
M"* la duchesse d'Orléans alloit aussi aux couches. Les premiers exemples de l'usage contraire furent à M""* la duchesse de Duras, de qui je tiens ce détail, à M"** la maréchale de Boufflers et à M*® la duchesse aujourd'hui maréchale de Gramont.
J'ai oublié de marquer la mort de M. Crozat, arrivée il y a peu de jours; il y avoit longtemps qu'il étoit en enfance.
Hier^ jour de la petite Fête-Dieu, le Roi fut à la procession à la paroisse, et ensuite à la grande messe. L^aprèsdLnée le Roi et la Reine entendirent dans la tribune les vêpres des missionnaires et les complies, et revinrent au salut.
Je viens d^apprendre dans le moment qu'il y avoit eu aujourd'hui à Paris, vis-à-vis Thôtel de Soissons, un grand combat entre la livrée de M. le prince de Conty et celle de M. le prince deCarignan. Un embarras s'étant trouvé dans la rue, vis-à-vis Thôtel de Soissons, et un surtout de M. le prince de Conty dans cet embarras, il y a eu quelques paroles et peut-être quelques coups de donnés. Les gens de M. le prince de Conty s'étant crus insultés, ont été quérir du recours à Thôtel de Conty et chez M"' de la Rochesur-Yon, et ont été en bataille auprès de l'hôtel de Soissons. La livrée de M. de Carignan est sortie en grand nombre, et les deux partis ennemis se sont battus avec grand acharnement et beaucoup de blessés de part et d'autre.
Une aventure à peu près semblable a été cause du mariage de l'impératrice Amélie. M"* de Brunswick étoit à Paris avec ses deux filles, et désiroit extrêmement de marier son aînée avec M. le duc du Maine ; passant sur le Pont-Neuf, elle fut insultée par les gens de M"* de Bouillon. Elle s'en plaignit, et demanda que M"" de Bouillon vint lui faire des excuses ; M"** de Bouillon ne voulut point y aller ni aucuns de MM. de Bouillon. M*"^ de Brunswick en fut si piquée qu'elle prit le parti de sortir de France ; elle s'en alla à Vienne, où elle fit le mariage de sa fille avec l'empereur.
Dampierre, dimanche 22. — Le lundi 16 de ce mois, le Roi étant à Rambouillet et revenant de la chasse, M. le Cardinal lui apporta la lettre de M"' de Tallard, qui lui marquoit le départ de Mesdames, parties ce même jour.
Le 18, M"* de Luynes, en venant ici, parla à M"** de Tallard par rapport à ce qui s'étoit passé à la présentation
deM"^" de Chevreuse, et M"^* de Tallard lui; dit qu'elle avoit rendu compte au Roi de cette affaire, et que le Roi avoit ordonné qu'à toutes les présentations on baiseroitla robe à Mesdames.
Les voyages de Rambouillet, dont j'arrivai mercredi matin, m'ont paru être de même qu'ils étoient avant la mort de M. le comte de Toulouse. C'est le Roi qui paye la dépense pour tout ce qui est nourri à Rambouillet pendant le temps de chaque séjour, et c'est M. le duc de Penthièvre qui fait les avances de cette dépense. C'est Saint- Quentin, le même contrôleur qu'avoit M. le comte de Toulouse, qui est chargé de faire cette dépense , et dans tous les intervalles de chaque voyage , quoiqu'il reste un grand nombre d'officiers extraordinaires, toute la dépense alors est aux frais de M. de Penthièvre. Saint-Quentin me disoit, il y a quelques jours, qu'il croyoit que le voyage du Roi du dimanche au mercredi iroit à plus de 12,000 livres de dépense, parce qu'il y avoit plus de cinq cents personnes à nourrir. La table du Roi étoit de vingt et un couverts en comptant S. M. ; toutes les dames y mangent, et les autres places sont remplies par des hommes. Il y a voit en même temps une autre table pour ceux qui ne mangeoient pointavec le Roi. M. d'Aumont étoit à ce voyage ; mais ce n'est pas le premier gentilhomme de la chambre qui fait la liste du souper, c'est M. le duc de Penthièvre qui fait cette liste tous les jours et la présente au Roi, et c'est un de ses gens, qui a le titre d'huissier de la chambre, qui avertit ceux qui sont du souper. C'est M. de Penthièvre qui avertit aussi le Roi pour souper, qui lui présente les cartes pour tirer les places pour le jeu, et qui sert à table, et, en l'absence de M. de Penthièvre, c'est M. d'Hautefort, son premier écuyer, qui sert le Roi.
Le mardi le Roi n'alla point à la chasse, et il y eut ce qu'on appelle le pot royal, mais seulement le petit pot royal. Je n'ai point encore marqué, je crois, ce que c'est que ce nom de plaisanterie. C'est un déjeuner que l'on
met sur plusieurs tables de quadrille et de piquet, qui se prolonge quelquefois trois et quatre heures ; lorsque c'est le grand pot royal, il n'y a point de liste. Toutes les dames et tous les hommes qui désirent de manger se présentent, et le Roi leur ordonne de se mettre à table.
Pendant le voyage de Rambouillet, il vint un homme dé chez M. le Duc pour s'informer de quelle façon se faisoit la dépense , M. le Cardinal ayant écrit à M. le Duc que rintention de S. M. étoit de payer la dépense à Chantilly , comme à Rambouillet.
Nous apprlmesici hier la mort du ducde Liria, fils du duc de Berwick, ambassadeur du roi d'Espagne auprès du roi des Deux-Siciles; il est mort de la poitrine^ la nuit du 11 au 12, à Naples. On dit aussi la mort du cardinal Âlbéroni, à Rome.
Jeudi ou vendredi dernier, la Reine alla se promener à Marly , et y fit collation ; elle permit à toutes les dames titrées , et même non titrées, de s'asseoir sur le même banc où elle étoit assise; elle n'a pas coutume de donner ces permissions^ surtout aux dames qui ne sont pas titrées. La Reine , à ses promenades , marche toujours toute seule entre son chevalier d'honneur et son premier écuyer ou ses écuyers de quartier, sans aucune dame auprès d'elle. Madame la Dauphine faisoit marcher à c^té d'elle les dames qui la sui voient et même en prenoit quelquefois par-dessous le bras.
M. de MontgeroB transféré daa^ le diocèse de Valence. — Difficulté sur les aadiences du Parlement. — Soupers dans les cabinets chez Mademoiselle et à la Meutttf. — La faveur de M"* de Mailfy commence à devenir publique — Départ âa Roi poorCompiègae. — Disqonrs sur le voyage de Chantilly. — Revues du Roi. — Accouchement de M<ne d'Ancenis ; baptême de son fils. -^ Observations du Roi au maréchal de Noaiiles et à M. d'Aumont. — Anecdotes sur la valeur ft'ançaise et sur la Régence. — Arrivée de Mesdames à Fontevrault. — Intendances données. -« Nonveaax cardinaux. — Mme la
Dachesse àCompiègne. — Lettres du Rof, de la Reine et du Dauphin; comment cachetées. — M"*^ de Chevreuse à ta promenade de la Reine; la Reine dîne à Saînt-Cyr, soupeà Montretout; difficultés pour le service de la Reine. -^Protocole pour les actes signés|parleRoi. — Jugement de M de Courbon. — Passage du Roi à Chantilly. — Place dans les carrosses de la Reine. — Travaux des bâtiments de Gompiègne ; appartement du Roi. — Les femmes sont sans paniers dans les calèches du Roi. "— Rangs des iils des princes légitimés.— Victoire de rempereur sur les Turcs. — Fête de Saint-Jacques à Compiègne. — Indisposition du Cardinal. — Arrivéfi du roi de Pologne.
Dampierre^ lundi 7. — Depuis près de trois semaines que je suis ici je n'ai point écçit, étant moins à portée des nouvelles journalières ; cependant voici à peu près ce qui s'est passé.
Il y a un mois ou six semaines au moins que M. de Montgeron, qui a donné occasion aux remontrances dont j'ai parlé ci-dessus, a été transféré du diocèse de Viviers dans celui de Valence.
J'appris, le 22 juin, qu'il y avoiteu une difficulté faite par M. le Duc sur les requêtes présentées en son nom au premier président pour avoir des audiences. M. le Duc n'a point voulu que l'on mit « Monseigneur » au premier président dans ces requêtes. L'affaire a été portée devant le Rqî et a été décidée en faveur de M. le Duc.
Le 26, le Roi courut le cerf en revenant de Rambouillet, et soupa dans ses cabinets au retour de la chasse ; il avoit mené des dame^ à cette chasse comme il a fait dans les autres voyages, ainsi que je l'ai marqué. Mademoiselle y étoit. M"*" de Chalais, deRochechouart, d'Épernon et de Mailly et M"*® de Beuvron ; après la chasse, le Roi remonta dans sa calèche avec les dames pour revenir à Versailles. Quand S. M. fut entrée dans le petit parc, elle fit arrêter vers la Ménagerie ; on envoya quérir à toutes jambes la voiture de Mademoiselle, qui étoit un peu loin derrière ; mais quand elle ftit arrivée près de la gondole du Roi , S. M. jugea à propos de continuer son chemin sans faire aucun changement ; il y avoit dans la même voiture le capitaine des gardes et quelques autres hommes.
I8« MEMOFRES DU DUC DE LUTNES.
Après que le Roi fut arrivé, il envoya proposer illlai^ moiselle de venir souper dans ses cabinets. Ti" de Ois- !)(is, qui ne comptoit point avoir l'honneur de souperavec leRoi,ilevoit donner àsouper à H"* de la Châtre, qui avcit été à ce voyage de Rambouillet et en ëloit revenue le même jour que le Roi. M" de Chalais s'étoit froovée on l 'U incommodée après la chasse. Le Roi demanda à i-ii: Chalais ce que cVtoitque l'incommodité de M" deOit tais, et H. de Chalais lui ayant dit que ce n'étoit rieu, S. M. lui demanda si elle seroil en état de venir sonpn dans sescabinet5,etqu'elle y amenât H'*deRochecbouart. Lt> Roi avoil mandé aussi à M"' d'Épernon, à H** de Beavron et à 11"* de Mailly d'y venir sooper. Qaelqnf* gens ont voulu être étonnés que M** de la Chfttre ne fii' , point de ce souper, venant de passer deux ou trois jtwK avec le Roi à Rambouillel. Rien n'est pourtant plus siople; le Roi connotl peu M" delà Châtre, et il ne vooW^ avoir quedes personnes auxquelles il fût accontuDK- ^ y avoit plusieurs hommes à ce soaper de ceux qni 0'- Ov>utume de siÙAte le Roi plus souvent. Le sonp» n^'^ ptÙDt fort irai, mais assex lon^ : le Roi y bat on pea <^ vin «.le Ch»m[xiinie, Je ne sais pasprécîsémeat i<i^'' quelle heurv U resta à table, maisU ne se «mk^>^' six heures du malin, aprfe avoir enlendo I* mes*.' resta ensuite dvUis son lit ju^u'à quatre b^ire af^ midi. Le Roi i.levviit coucher cbex la Reine; il manii ■ deux beur«$ qu'il n'y eoucbervit pMnI.
Le jetKli 3 de ce mois, le Roi alla coorre le hè^n- ■ a\~aQt que de paortir deîïsanda àaouper if-^- -^"^ y-\h.'.-' pvHir quatre [i^ïs^-nines.; cet ordre, avi-i- IL . ;lii <■ dv.^iie d'4utr« pari aux oi^ciers de Mftj X * de dermont àe travailler dans U fl Cer.v.v'al> qm es* à Chantilly, liewit a<u(t«r cbci HkJkaKûselle. | u»ys*^i* iKHir plasienrs f
dire à M. le ducdeFleury où il pourroitlui parler. M. du Bordageétoit averti, et vint de Paris exprès. M. de Soubise, M. de Coigny et M. de Chalais en étoient; M""" de Beuvron, de Mailly et d'Antin. M"* de Mailly (1), qui étoit de semaine, resta au souper de la Reine, quoique la Reine , par bonté, eût voulu bien des fois la renvoyer pour ne la pas faire rester si longtemps debout. M™* de Mailly n'arriva au souper que trois quarts d'heure après qu'on «e fut mis à table. Tout étoit éclairé dans les cabinets du Roi , et S. M. dit en sortant, à Dampierre, Bachelier et quelquesautres, démanger lesouperqu'ilavoitordonné. Tout étoit fermé chez Mademoiselle (2) , eton disoit qu'elle étoit sortie. Le souper ne fut point en bas dans son appartement, mais dans ses entre-sols (3). Il y eut beaucoup plus de gaieté qu'au premier; le Roi y but aussi du vin de
(1) M"^e de Mailly était l'une des douze dames du palais delà Reine. Sa/aveur est évidente dès ce moment dans les Mémoires ; elle est indiquée aussi par Barbier. « Quoiqu'elle ne soit pas maîtresse déclarée , la chose est publique.» (T. m, p. 138.)
(2) M^ic de Charolais était désignée sous le titre de Mademoiselle. D'Argenson (t. n, p. 100 ) en trace un portrait peu flatteur : « Mademoiselle acquiert une grande autorité sur le Roi, non par amour, mais par l'espèce d'ascendant qu'elle exerce sur lui. £lle a beaucoup d'esprit, dit-on, et avec cela une ambition démesurée. Ce n'est pas que le Roi ne la connoisse et ne sache qu'elle n'a ni principes, ni respect pour l'ordre et les convenances. Elle a toute la hauteur de la maison de Condé , à quoi s'est joint par bâtardise la folie dés Mortemart. Mademoiselle eût été receleuse, voleuse ou bouquetière, si elle étoit née parmi le peuple. »
(3) L'appartement de M'^e de Charolais se trouvait au rez-de-chaussée de l'aile du midi ou des princes, dans l'emplacement des deux salles qui sont consacrées aujourd'hui à des tableaux de l'époque de }j!Kmpire (années 1804 et 1805 ). Voir dans V Architecture françoise de Blondel, tome IV, les planches 2 et 4 du livre VIT, où l'appartement de Mademoiselle est indiqué par la lettre G.
Si l'on en croit Mouffle d'Angerville, l'auteur de la vie privée de Louis XV ( 4 vol. in-12 ; Londres, 1781 ), ordinairement bien renseigné, ce seraient Mademoiselle (de Charolais) et la comtesse de Toulouse qui auraient imaginé les petits soupers que l'on faisait dans les cabinets des entre-sols, qui prirent dès lors le nom de petits appartements, et que l'on rendit aussi commodes, aussi secrets , aussi élégants que l'art raffiné de ce temps pouvait le permettre.
Champagne et fut à table jusqu^à cinq heures du matin. De là, il revint chez lui avec les hommes qui étoient du souper. S. M. joua au trictrac avec M. du Bordage jusqu'à six heures, alla ensuite entendre la messe, revint se coucher, et ne se leva qu'à cinq heures du soir. Ces deux soupers ont donné occasion de renouveler les discours qui se tiennent depuis longtemps. On a dit que Mademoiselle avoit voulu faire une batterie contraire à ce que l'on prétend qui existe. On a peine à concilier ces idées avec ce que nous voyons de piété, régularité et attentions édifiantes. Il faut un peu plus de temps pour juger si ces discours ont quelque fondement. Quelques gens ont remarqué que l'on ne pouvoit pas nommer le nom de la personne de qui il est question (1) devant le Roi, sans qu'il rougit , et Ton dit qu'aujourd'hui le Roi la nomme lui-même sans embarras.
Le Roi partit hier après le salut pour aller souper à la Meutte dans une calèche à six. Le Roi et M. le duc de VUleroy sur le banc du milieu, M. de Soubise et M. de Richelieu sur le devant, M. de Chalais et M. de Léon dans le fond. On prétend que Stademoiselle a dû aller souper aussi hier à Madrid, et l'on a jugé que peut-être les deux soupers se réuniroient.
Le Roi doit partir aujourd'hui pour Compiègne. En passant pour la messe, après avoir donné l'ordre, comme à l'ordinaire, dans la pièce avant le grand salon , il dit à M. de Jumilhac, qui l'attendoit avec M. de Montboissier dans le salon : a  deux heures. » Les mousquetaires gris dévoient le prendre à Saint-Denis. Cet ordre de deux heures n'est pas l'heure qu'il doit arriver à Saint-Deiiis , mais l'heure qu'il doit partir de la Meutte.
On a tenu plusieurs discours par rapport au voyage de Chantilly; on prétend qu'il y aune dame qui a fait ce qu'elle a pu pour y aller, et qu'elle a été refusée par.
(1) Mme ae Mailly.
M. le Duc; qœ cette n^ocîation avoit passé par M""" la Duchesse^ qui trailef<^ bien cette dame et loi marcpie de Tamitié. M^ la Duchesse , étant dans Tnsage de faire la liste de celles qui peuvent convenir pour le voyage de CbantiDy » envoya à M. le Duc une lettre où le nom de la per* sonne en question étoît^ et ce ncMn fut rayé par M. le Duc; et pour prouver que c'est en conséquence d'une négociation que M"* la Duchesse Favoit mise sur la liste, Ton prétend avoir remarqué que cette dame , quelques jours auparavant, avoit été à Tinventaire de M. le maréchal d'EstréeSy que de là elle entra chez M** la Maréchale, qu'on voulut l'y retenir, et qu'elle répondit qu'elle ne pouvoit pas, qu'on lui avoit prêté un carrosse pour aller ches M"* la Duchesse, où elle avoit un rendez-vous. Ou ajoute qu'étant arrivée chez M** la Duchesse, elle eut avec elle une conversation de trois quarts d'heure sur sa terrasse.
A l'égard du refus de M. le Duc, quelques personnes le bl&ment; cependant il paroit qu'il y a de quoi le justifier, la personne dont il est question ne lui ayant ja^ mais rendu de devoirs, n'ayant jamais été à Chantilly, et n'étant nullement liée avec lui, quoiqu'il fût ami de sa mère, etM. le Duc ne devant point ajouter foi aux discours du public, ni, quand il y ajouteroit foi, les regarder comme une raison pour prier de venir chez lui une personne qu'il connolt peu.
Cette dame doit aller à Compiègne y passer huit jours (1).
Le 28 du mois passé, se fit la revue des gardes du corps au champ de Mars (2) suivant T usage ordinaire.
(1) R Le départ da Roi de Paris avoit été différé de trois jours, parce que M<De de Mailly avoit sa semaioe à achever auprès de la Reines comme dame du palais. On dit Diéme qu'en allant prendre congé de la Reine, pour lui demander permission d'aller k Compiègae, la Reine lui répondit : » Vous êtes la maltresse. » Mot à double entente, qui a été remarqué. » ( Barbier ^ t. ITI , 38.) ) Près dn ohàtcan de Marly.
t84 MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.
Le 1'' de ce mois^ le Roi vit les mousquetaires dans la cour du château ; S. H. fit recevoir M. de Jumilhac capitaine lieutenant des mousquetaires gris.
Le 1" duditmois. M"** d'Ancenis accoucha d^un garçon. Rien n'a été plus singulier que cette grossesse ; plusieurs mois se sont passés qu'il y avoit lieu de croire qu'elle étoit grosse et personne ne s'en doutoit, et l'on n'imaginoitpas de prendre aucune mesure, ou pour sa santé en cas que ce fût maladie, ou celles que l'on doit prendre pour une grossesse. Elle aété jusqu'à sept mois ou environ dans cet état; elle sentoit remuer son enfant sans oser le dire ni même le croire, fort embarrassée sur les questions qu'on lui faisoit, et persuadée que parce qu'elle se portoit bien elle ne pouvoit pas être grosse. La veille même qu'elle accoucha, elle étoit de semaine chez la Reine tout habillée. Dans les premières douleurs qu'elle seiïtit, elle croyoit que c'étoit une colique qu'elle feroit passer en prenant du thé, et dans les grandes douleurs elle ne croyoit pas encore que ce fussent celles pour accoucher, de sorte qu'elle n'a eu ni accoucheur, ni sage-femme; que M. le duc de Béthune, malade dans l'appartement de quartier, ne fut pas averti qu'elle étoit en travail. Enfin le Roi fait lui-même la plaisanterie qu'elle n'a été grosse que neuf jours, parce qu'il n'y avoit guère que cela que l'on parloit de sa grossesse. A l'occasion de cet événement, les gens de M. le duc de Charost, non-seulement ont fait tirer un feu d'artifice dans une petite cour où sont les cuisines de M. le duc de Charost, mais ils ont été demander à M. l'archevêque la permission de faire chanter le Te Deum à la paroisse après le baptême. M. de Charost, averti par M. le curé de la permission qu'avoit accordée M. l'archevêque, alla sur-le-champ rendre compte au Roi de ce que ses gens avoient fait à son insu, et lui demander s'il permettoit que Ton chantât le Te Deum. Le Roi l'écouta attentivement et lui en donna lapermission.il y avoit déjà eu un exemple de pareille cérémonie à la guérison de M"*' de
Ventadour, pour laquelle on chanta le TcDetinidans les deux paroisses. Lorsque M"*^ de Chàtillon accoucha d'un garçon il n'y eut ni fête ni Te Deum ; mais les circonstances étoient différentes. La Reine venoit d'accoucher d'une fille, qui est Madame septième, et M. de Châtillon défendit toutes réjouissances publiques par un motif de respect et de prudence. Peut-être n'y auroit-il point eu de Te Dewm; ce qui est certain, c'est qu'il n'en fut pas question.
Le fils de M""* d' Ancenis a été tenu par M. de Charost et par M"' de Tessé pour M"* Huguet, grande mère de M""* d' Ancenis. Il y a eu une difficulté à ce baptême. L'usage est de mettre dans les registres les qualités du parrain et de la marraine, lesquels signent après qu'on leur en a fait la lecture. On ne donnoit à M. le duc de Charost que la qualité de haut et puissant seigneur, Armand, etc. M. le curé dit à M. de Charost que c'étoit un protocole qui lui îCvoitété donné par M. de Dreux (1) , lequel disoit qu'il n'y avoit qu'aux princes du sang que l'on devoit donner le très-haut et très-puissant; cepen- ^ dant M. le curé offrit à M. de Charost de changer ses qualités. Ce changement ne put souffrir la moindre difficulté. Les registres de la paroisse de Versailles ne peuvent être plus respectables que les registres des autres paroisses que par rapport à la présence du Roi , et dans tous nos contrats de mariage que le Roi nous fait l'honneur de signer, et qui sont auparavant vus par un secrétaire d'État, nous prenons toujours sans difficulté le « très-haut et très-puissant seigneur,'monseigneur. »
M. le maréchal de Noailles vint samedi matin au lever du Roi. Le Roi lui dit : c( M. le Maréchal, par quel hasard venez-vous ici aujourd'hui, on ne vous y voit jamais? » M. le Maréchal répondit respectueusement et convenablement. Cette attention du Roi cependant est remarquable.
' (1) Voyez ci-après, p. 191.
Ce même jour le Roi dlaa au grand couvert avec la Reine. M* d^Aumonl étoit derrière son fauteuil; le Roi lui demanda pourquoi il n 'étoit pas venu à son lever. M. d'Aumont lui dit : ccSire^M. delaTrémoilleyétoit. » Le Roi lui répondit : a Uais vous auriez pu y être sçmg vous fatiguer, car jeme suis levé tard. » M. d'Âumont étant d'année , il est certain que du temps du feu Roi , le premier gentilhomme de la chambre n'auroit pas cédé son service à un autre sans en demander la permission.
Versailles, jeudi 17. — J'ai oublié de marquer ci*dessus qu'à Rambouillet, lorsque le Roi y est, il n'y a point d'entrées au débotté comme ici»
Il y a quelque temps qu'en parlant de la valeur naturelle aux François, on me contoitce qui étoit arrivé à un grenadier à Philipsbourg, en 1735,et qui fut alors au vu et au su de toute Tarmée. Ce grenadier étoit de tranchée j quelques officiers le trouvèrent qui quittoitson poste et s'en alloit; ils lui demandèrent avec étonnement où il alloit : ce Et où peut aller un grenadier qui quitte son poste? je vais mourir, v II étoit effectivement blessé à mort.
A Ramillies, ua cornette des chevau-légers se trouvant engagé dans le marais et voyant qu'il y alloit périr, n'oublia pas qu'il portoit un des étendards de la compagnie, et, se tournant du côté de ceux qui étoient sur le bord dudit marais, le leur jeta le plus loin qu'il put, en leur criant : c< Sauvez l'honneur de la compagnie, m
J'appris il y a quelque temps deux anecdotes de la régence de M. le duc d'Orléans. La première au sujet du cardinal Dubois. M. le duc d'Orléans , l'ayant fait archevêque de Cambray, prit la résolution, pour lui donner une marque de bonté encore plus grande, d'assister à son sacre. M. le duc de Saint-Simon, de qui je tiens ceci et qui étoit fort bien avec M. le duc d'Orléans , lui représenta qu'après l'extrême foiblesse qu'il avoit eue de faire un homme tel que M. Dubois archevêque de Cambray ,
il étoit peu convenable d'y ajouter encore Fhonneur d'assister à cette cérémonie, G'étoit la veille du sacre , et M. le duc d'Orléans promit positivement à M. le duc de Saint-Simon qu'il n'iroit pas, mais les choses changèrent beaucoup de là au lendemain. M. le duc d'Orléans avoit pour lors une mal tresse que je ne nommerai point parce qu'elle vit encore (1); cette damç^ instruite de la résolution de M. le duc d'Orléans, lui représenta que ce seroit la brouiller encore plus qu elle ne l'étoitavec l'abbé Dubois; que l'on sa voit qu'ils étoient mal ensemble, et qu'on ne douteroit pas que ce ne fut elle qui eût empêché M. le duc d'Orléans d'assister 4 cette cérémonie. Cette raison eut tout l'effet que cette dame pquvoit désii^r, et M. le duc d'Orléans assista au sacre.
La seconde anecdote est au sujet du Ut de justice pour la m^Jorité, L'on sait que le Roi parla en peu de mots, maisfortbien. M. le duc d'Orléans parla aussi, et son discours fut fort approuvé. Il étoit tendre et précis. M. le garde des sceaux d'Armenonville fit un discours justificatif de toute Tadministration de M. le duc d'Orléans. M. de Mesmes, qui étoit premier président, fit un discours trèsfort, très-éloquent et conformée V esprit de sa Compagnie. Ces quatre discours avoient été faits par M. le président Hénault, de qui je tiens ceci. Comme il étoit fort ami de M. d'Argenson, en qui le cardinal Dubois avoit une grande confiance , M. d'Argenson , que ce cardinal avoit consulté pour savoir qui on chargeroit de composer ces discours , lui dit qu'il prieroit M, le président Hénault d'en prendre la peine , tandis que d'un autre côté M. de Mesmes, aussi ami du président Hénault, l'avoit engagé à travailler pour lui; en sorte que dans une même séance, ce que l'on peut appeler les deux partis contraires, la Cour et le Parlement, se trouvèrent parler chacun leur langage par le ministère d'un seul homme , chose assez rare pour
(1) M'"'' de Parabère, » qui lors étoit la régnante. » ( Saint-Simon.)
devoir être remarquée. Ce qu'il y eut encore de singulier, c'est que M. le duc d'Orléans n'a jamais su à qui il avoil l'obligation de son discours, non plus que M. d'Armenonville, qui voulut bien donner une marque de confiance au président Hénault en le lui montrant la veille du lit justice.
Je n'ai point encore parlé de Tarrivée de Mesdames à Fontevrault; elles ont été treize jours en chemin , et M"* de la Lande est revenue en poste comme cela avoit été arrangé. D'abord elle de voit devenir coucher à deux ou trois lieues de Fontevrault, mais elle a couché dans le couvent; ce fut même elle qui servit Mesdames le premier jour. M"** de Fontevrault (1) vint seule avec M°*® de Lesdiguières, sa sœur; elle ne voulut être accompagnée d'aucune de ses religieuses , ni même mettre son gTand habit, pour ne point leur présenter un appareil qui auroit pu les effrayer. Le lendemain, M"* de Fontevrault commença à les servir à dîner. Ce que le Roi payera pour la nourriture de Mesdames ne sera réglé qu'au bout de trois mois (2). Il y a un écuyer de la bouche qui y est demeuré pour le service de Mesdames ; mais c'est un maître d'hôtel ou contrôleur, nommé par M"*^ de Fontevrault, qui est chargé de faire la dépense. Il n'est resté aucun valet de pied ni aucun autre homme que l'écuyer dont je viens de parler.
J'ai déjà parlé de M. PouUetier, intendant de Lyon, qui a été fait conseiller d'État. Le Roi vient depuis peu de jours de nommer à son intendance M. Fallu , intendant du Bourbonnais , et celle de M. Fallu a été donnée à M. Berthier de Sauvigny, fils delà sœur de M. le contrôleur général. L'intendance de Lyon n'est pas la plus considérable
(1) Morteroart.
(2) On avoit d'abord dit que le Roi donneroit 1 5,000 livres par an pour chacune. ( Note du duc de Luynes.)
de toutes, parce qu'elle ne donne pas l'autorité dans la ville, à cause du prévôt des marchands.
Il y a quelques jours que la Reine reçut des lettres de M. Delci et de M. Rezzonico, qui ont été faits cardinaux. Ce M. Delci est celui qui a été nonce ici. Le Pape donne au nonce de France 12,000 écus romains par an. L'écu romain vaut environ 5 livres 10 sols de notre monnoie. Le grandduc donnoit auti*efois aussi quelque chose au nonce de France; vraisemblablement cet usage ne subsistera plus.
M""® la Duchesse est à Compiègne depuis plusieurs jours. Elle représenta ici au Roi que M. d^Antin lui manqueroit beaucoup à Compiègne, parce qu'elle mangeoit toujours chez lui, ne menant pas ses gens avec elle. Le Roi lui dit qu'elle pouvoit n'en être pas embarrassée , qu'il y suppléeroit et qu'elle seroit servie de sa bouche. J'ai appris ici que depuis qu'il y avoit des dames à Compiègne, S. M. en menoit toujours quelques-unes à la chasse dans ses calèches , et que celles qui avoient l'honneur de le suivre soupoient avec lui.
Avant-hier la Reine reçut une lettre du Roi et une de M. le Cardinal. Il y avoit sept ou huit articles à celle de M. le Cardinal, mais elle n'en dit pas le contenu. Les lettres du Roi et de M. le Dauphin sont cachetées avec de la soie bleue et celles de la Reine avec de la soie rouge.
Ma belle-fille eut l'honneur avant-hier de suivre la Reine pour la première fois à la promenade; mais c'étoit dans les calèches du Roi. La Reine et M"® de Clermont étoient dans le fond , et M"® de Luynes et M""^ de Chevreuse sur le devant. La Reine fut hier dîner à Saint-Cyr; elle dina dans la chambre où couchoit la reine de Pologne (1) . Sa dame d'honneur, ses quatre dames du palais et M"® d' A-
(1) La reine de Pologne , mère de Marie Leczinska, avait demeuré à Saint- Cyr pendant que Stanislas était allé en Pologne revendiquer la couronne de ce pays (1735).
lincourt eurent Thonneur de dîner avec S. M. î(** de Boufflers (1), supérienre, plusieurs autres religieuses et pensionnaires assistèrent debout à ce dîner. C'étoit de la bouche de la Reine y et ce fut M. de Chalmazel qui lui présenta la serviette et la servit.
Aujourd'hui après le salut, la Reine a été à Montretout^ petite maison au haut de la montagne de Saint-Cloud appartenant à un M. Dupin , lequel Ta prêtée à M"* de Mazarin (2). La Reine y va souper. M"* de Chevreuse a l'honneur de la su ivre et a monté dans le second carrosse. Je croyois que la règle étoit , lorsqu'on avoit l'honneur de monter pour la première fois dans les carrosses du Roi ou de la Reine , quoiqu'ils soient également car-, rosses du corps , qu'il falloit avoir monté au moins cette première fois dans celui où est le Roi ou la Reine. Cependant M"' d'Hostun la première fois qu'elle a monté dans les carrosses de la Reine monta dans le second carrosse , et M"' de Sourches aussi.
Il y a quelques jours que M""* la marquise de la Châtre étant venue ici faire sa cour à la Reine, la Reine lui dit de la suivre à une promenade (c'étoit pendant que nous étions à Dampierre M** de Luynes etmoi). La Reine étant montée dans son carrosse appela M"' de Léon , M"** de la Châtre et BP' de Montauban. M"* de Léon se mit sur le fond de devant et M"' de la Châtre aussi , de sorte que M"* la duchesse d'Antin , qui à la vérité n'avoit été appelée qu'après , n'eut point d'autre place que la portière ; cela fut remarqué , parce que M** de la Châtre devoit faire le tour du carrosse pour aller se mettre à l'autre portière , celle du côté par où la Reine étoit montée étant déjà remplie. Ce qui a donné occasion à cette remarque, c'est que M"^ de Mailly, mère de M™' de Mazarin et dame d'atours avant elle, n'a jamais été dans le carrosse de la
(1) Jeanne-Geneviève de Boufflers, supérieure de 1735 à 1741.
(2) Dame d'atours de la Reine.
Reine dans le fond de devant lorsqu'il y a eu des femmes titrées, elle prétendit même comme étant dame d'atours qu'elle devoit avoir sa place sur le fond de devant , et il fut décidé que les femmes titrées auroient la préférence. C'est de M*"* de Mazarin que je sais cette circonstance.
Du 19, Versailles. — - 11 n'y eut rien de particulier au souper de la Reine à Montretout; il y eut seulement une dispute d'un moment pour le service de la Reine. Comme M"** de Mazarin n^avoit ni frère ni enfant qui pussent avoir l'honneur de servir la Reine , elle avoit compté que ^n écuyer auroit l'honneur de servir S. M. Cela fit un moment de contestation; on prétendit que la Reine devoit être servie par ses officiers; mais la difficulté ayant été proposée à la Reine , elle décida que l'écuyer de M*** de Mazarin auroit cet honneur-là. A l'égard du service, en se mettant à table, on apporta la serviette à M°* de Mazarin qui la fit porter à M°** de Luynes ; M"* de Luynes pria M"* de Mazarin de vouloir bien la présenter elle-même à la Reine, et insista, et ce fut M"** de Mazarin qui donna la serviette en entrant à table et en sortant, la même politesse s'étant faite au sortir du souper comme en entrant. M™* de Luynes , n'ayant point oublié ce que la Reine lui avoit dit à l'occasion de M"' de Tallardet que j'ai marqué plus haut , qu'elle ne devoit céder son service à personne, a prévenu la Reine, sur ce qu'elle comptoit faire par rapport à M*"* de Mazarin, et la Reine l'avoit approuvée.
J'ai parlé ci-dessus de ce qui s'étoit passé à l'occasion du petit-fils de M. de Béthune. Je trouvai avant-hier M. de Brézé, fils de M. de Dreux , grand maître des cérémonies et reçu à survivance. Je lui demandai si c'étoit M. son père qui avoit donné le protocole à M. le curé de Notre-Dame; il me dit qu'il n'en avoit pas été question , qu'ils ne se mèloient que des actes qu'ils étoient chargés de présenter au Roi , comme des baptêmes où le Roi étoit parrain; qu'à la vérité ilsavoient un protocole ancien par lequel les petits-fils de France même n'avoient d'autres
19a MÉMOIRES DU DUC DE LUTTŒS.
titres que celui de très-haut et puissant prince , et qu'à Fenterrement de M. le duc d'Orléans régent , on n'ayoit point mis d'autre titre que celui-là. Je lui demandai ce qui s^étoit passé au baptême du iîls de M. le duc de Chàtillon , tenu par M. le Dauphin ; il me dit que les officiers des cérémonies n'y avoient point été appelés. Il est aisé de voir par ce détail que M. le curé de Notre-Dame a fait une application peu juste d'un protocole ancien dont ce n'étoit point là l'espèce. On pourroit même ajouter plusieurs observations sur ledit protocole.
Venailleif dimanche 21, — Le 17, on eut nouvelle du jugement de H. de Courbon, qui a été à la plus grande rigueur. H. de Courbon a été condamné à avoir la tète tranchée^ la femme de chambre de M"* de Horas à être pendue^ et la mère de H. de Courbon bannie pendant neuf ans. Il y a appel de cette sentence , suivant Fusage ordinaire , et présentement M. de Courbon a présenté une requête pour demander que ceux qui ont été enlever M^^' de JMoras soient condamnés à être pendus. Cette demande ne parolt pas soutenable , quoiqu^il prétende qu'on n'a pas pu lui enlever sa femme; mais on sait assez que ce ne fut qu'en vertu d'une lettre de cachet.
Je n'ai point encore parlé du voyage du Roi à Chantilly en allant à Compiègne. 11 y avoit quatorze dames en comptant les princesses. Ce grand nombre donna occasion à un arrangement pour le souper du Roi. Si toutes lesquatorze avoient eu l'honneur de souper chaque jour à la table du Roi , aucun homme n'auroit pu avoir le même honneur. C'étoit cependant un embarras de faire manger quelques-unes de ces dames aune autre table ; c'est ce qui détermina M™* la Duchesse à proposer que l'on mit deux tables danslamême pièce, ce qui fut exécuté. Le premier soir, M"* de Clermontet M. le comte de Clermont se mirent à la seconde table avec six dames et plusieurs hommes , et le lendemain M"' de Sens tint cette même table encore avec M. le comte de Clermont et d'autres dames. M"" la
JUILLET i758. 193
Duchesse soupa les deux jours avec le Roi et M. le Duc, et les dames et les hommes soupèrent avec le Roi, une partie un jour et les autres l'autre jour.
J'ai marqué ci-dessus ce qui étoit arrivé à M"® de La Châtre pour une place dans les carrossées de la Reine. Je remarquait y a quelques jours, lorsque la Reine alla souper àLucienne chez M"' de Glermont, que M""^ d'Ancezune, qui avoit l'honneur de suivre la Reine, fit le tour pour aller se mettre à la portière.
Lorsque laReine est montée , la dame d'honneur monte sans être appelée, comme je l'ai déjà marqué plus haut, et c'est la dame d'honneur qui appelle les dames nommées par la Reine pour monter dans le carrosse où est S. M. ; ensuite la Reine nomme pour son carrosse celles qu'elle juge à propos d'y faire monter; mais S. M. ne nomme point pour le second carrosse , parce que l'arrangement est déjà fait avant que la Reine sorte, ayant déjà fait avertir les dames qui doivent avoir l'honneur de la suivre.
J'allai lundi 21 à Compiègne. J'y trouvai M. le comte de Biron, qui me dit que le nouvel établissement dans le régiment du Roi se faisoit avec beaucoup de succès. Il n'en coûte présentement au Roi que 9,000 livres, qui sont payées par le trésor royal , et il y a sur cela trois maîtres entretenus : un maître de mathématiques, un de dessin, qui sait aussi les mathématiques, et un maître en fait d'armes.
On finit à Compiègne les bâtiments dont j'ai parlé cidessus. La dépense de ces bâtiments est très-considérable. M. le Cardinal me dit que M. d'Antin lui avoit annoncé cette dépense comme devant monter à 1,500,000 livres et qu'elle étoit déjà actuellement à trois millions; je crois même que cela passe et que le quatrième est commencé. Les maisons des ministres, de M. le chancelier et de M. le contrôleur général sont parfaitement belles et même trop magnifiques. Ce n'est pas cependant par la dorure
m la sculpture : il n'y a de dorure nulle part, pas même chez le Roi, ni chez la Reine; mais dans les maisons dont je parle, les pièces sont beaucoup trop grandes et trop élevées ; et ces maisons étant les unes auprès des autres et sur la rue , il n'y a nulle vue et peu d'air. L^appartementqu'avoitleRoi a été accommodé pour la Reine ; il est grand et commode. De la chambre à Talcôve du Roi on a fait un cabinet trè&-grand pour la Reine , et derrière , une chambre à coucher avec un petit cabinet à côté , et un autre cabinet et des bains. Le Roi a pris pour lui l'appartement destiné pour la Reine, qui est composé d'une seconde antichambre (1) , d'une grande chambre à coucher, un grand cabinet pour le conseil, un autre grand cabinet par delà où l'on joue , et plus loin une très« grande salle à manger où le Roi mange quand il soupe dans ce que Ton appelle les cabinets. Ces soupers sonttous les jours de chasse du cerf , c'est-à-dire six fois en quinze jours. M"* la Duchesse et Mademoiselle, qui y sont depuis le commencement du voyage, choisissent les dames qu'elles veulent mener à la chasse et leur proposent. Il y a pour chaque chasse deux calèches du Roi à quatre places, chacune avec des relais , et M*" la Duchesse monte dans une de ces calèches avec les dames qu'elle a priées, et Mademoiselle avec celles à qui elle a proposé de venir à la chasse. M"* de la Roche-sur-Yon alloit avec Mademoiselle. Le Roi mène toujours les dames avec lui dans la gondole à l'assemblée et reviennent en calèche. Le Roi fait monter aussi des hommes dans la même gondole, car les femmes y sont sans paniers. A l'heure que le Roi doit souper, M™* la Duchesse, les princesses, et les dames qui les ont suivies, toutes en robes rabattues avec des paniers, se rendent dans la seconde antichambre dont j'ai parlé;
(1) La salle des gardes et la première antichambre sont communes aux deux appartements, et c*est dans cette antichambre que le Roi soupe avec des hommes lorsqu'il ne mange point dans ses cabinets. ( I\'o(e du duc de Luynes.)
JCFILLET i7S7. tu
on ouvre aussitôt la porte et elles entrent dans la grande diambre et dans le cabinet d'après e^lui du conseil ; ensuite le Roi n(»nme ceux qui doivent souper, comme cela se fait ici , et on se met à table surJe-ehamp. Pendant 4fue j^y ai été^ H"* la Duchesse étoit au milieu de la table y ayant H. le Duc à sa droite et le Roi à 43a gauche, Mademoisdle à gauche du Roi et M^ de la Roehe«sur^¥on à la droite de M. le Duc. Toutle monde^ le Roi même, est servi pai^ des garçons bleus ou garçons du oh&teau; mats le service est facile^ car /chacun a son verre dans un seau devait soi , et Teau et le vin sont sur la table. Le S' Lazure^ qui a soin ici des cabinets (1^, sert «ur table comme il fait à Versailles.
Dans les hauts du cti&teau de Compiègne on a fait un grand corridor avec plusieurs logenpients , tous numiéro^ tés; il n^ a qu^une seule porte sans numéro, et cela a été remarqué, l'oubliois de marquer qu'après le souper du Roi avec les dames, qui dure environ deux heures ou deux heures et demie, il y a toujours un cava^oLs à dix tableaux qui dure environ una heure et diemie ou deux heures. Lorsqu'il y a des dames qui ne jouent point à oavagnole^ titrées ou non, elles s^assoient; et lorsqu'il y a des hommes qui parient sans jouer, le Roi les &it asseoir aussi.
On continue à Ciompiègne les mêmes propos que l'on a tenus ici sur la même personne (2).
J'y ai appris aussi que Ton parle beaucoup des vive» solhcitations de Mademoiselle et de tous les légit^ziés
(1) Cabinet est aussi on buffet où il y a plusieurs volets et tiroirs pour y «oferiner les choses les plus précieuses ou pour senrir sîmpleineiit d'oruemeot dans une chambre, dans une galerie. (Dict. de Trévoux. )
(2) Dans une note placée dans ses Mémoires, au 8 décembre 1744, le duc de Luynes dit : « J'ai appris depuis quelques jours seulement que le commerce du Roi avec Mme de Mailly a commencé dès 1733 et je le sais d'une manière à n'en pouvoir douter, et personne n*en avoit aucun soupçon dans ce temps-là. M En eiïet, d'Ârgenson fixe le commencement de ce commerce aux premiers mois de 1736 (t. II, p. 37).
pour obtenir un rang intermédiaire pour les enfants à naître de MM. de Doinbes, d'Eu et de Penthièvre. Tous les princes et toutes les princesses du sang, ou le demandent conjointement, ou du moins y consentent, hors M"* la Duchesse et M. le Duc, et je crois M"" de Clermont; mais M. le Duc parolt vouloir s'y opposer aussi fortement qu'il sera possible. On m'a assuré- cependant que M. le Duc en avoit parlé à M* le Cardinal et qu'il lui avoit répondu qu'il n'en étoifc pas question.
Je m'étois trompé lorsque j'ai remarqué plus haut que l'affaire 4e M. le Duc pour le Monseigneur au premier président étoit finie ; M. le Cardinal n'a point voulu encore donner de décision, M. le premier président demandoit que les chambres fussent assemblées, et le Roi leur a seulement fait défendre de s'assembler, et M. le premier président a renvoyé à M. le Duc tous les placets où il n'y avoit que a Monsieur. »
Le lendemain que j'arrivai à Compiègne, le Roi reçut une première nouvelle, confirmée depuis, de la victoire remportée par les troupes de l'empereur contre les Turcs auprès de Mehadiâ etd'Orsova. On ne sait pas encore précisément le détail de cette action ; il parolt seulement que les Turcs, après avoir pris Mehadia, faisoient le siège d'Orsova ; ils apprirent que le grand-duc et le maréchal de Konigseck venoient à eux ; ils levèrent aussitôt le siège d'Orsova et^ allèrent au-devant des Impériaux ; ils les attaquèrent le 4 ou le 5 de ce mois, les enfoncèrent par le centre et allèrent jusqu'au camp des Impériaux ; ils furent ensuite repoussés. Les Impériaux sont demeurés maîtres du champ de bataille ; ils ont repris Mehadia, que le gouverneur a rendu à la première sommation; les Turcs ont décampé dès le lendemain . On ne sait pas encore|la perte d'un côté ni de l'autre. On dit que celle des impériaux est de huit ou dix mille hommes.
Vendredi 25 de ce mois étoit la grande fête, à Compiègne, de saint Jacques, patron de la paroisse. Le Roi fut
ce jour-là à la grande messe, à vêpres et au salut, à la paroisse. M. le Cardinal s'y rendit aussi le matin et l'aprèsdlnée. Le Roi étoità la première stalle à droite en entrant, et M. le Cardinal auprès des marches du chœur sur un pliant avec un carreau devant lui. Je remarquai une chose singulière qui esten usage dans le diocèse de Soissons. H. de Soissons officioit. Premièrement, il commença la messe presqu'au milieu du chœur, et immédiatement avant VÀg^ nus Dei il se retourna, lut quelques oraisons et donna la bénédiction, et n'en donna point à la fin de la messe.
Ce jour, H. le Cardinal ayant diné en maigre^ à son ordinaire, et mangé des haricots, S. Ém. se trouva mal pendant le salut; ayant voulu différer de s'asseoir, ilperdit connoissance dans le temps de la bénédiction^ et tomba assez rudement pour se faire une bosse à la tète. Le Roi sortit de sa place et courut à lui avec empressement. M. le Cardinal vomit les haricots qu'il avoit mangés, après avoir bu de l'eau des Carmes et un verre d'eau. Il fut près d'un quart d'heure sans connoissance. Cependant étant revenu à lui, il traversa le chœur sans être même soutenu. J'étoisprésentlorsqu'ilsetrouvamal. Cette aventure n'a euaucune suite ; hier il prit son chocolat comme àl'ordinaire, travailla, allaà la mess# du Roi et voir jouer à la paume l'après-dlnée.
Le roi de Pologne arriva ici jeudiâi, sansy être attendu; la Reine même n'en savoit rien. Le Roi nous l'apprit vendredi à Compiègne et nous dit que ç'avoit été un secret.
Intrigues d'une dame à Chantilly, à Ramlwuillet et à Compiègne; le jeu du papillon; M. de Maurepas. — Retour du Roi. — Le roi de Pologne à Compiègne. — Le comte de Tarlo; détails sur les palatins. — Mort de M. de Louvain. — Usage de garder son chapeau en mangeant avec le Roi. — Procès de M. de Joyeuse. — Soupers de Compiègne. — Maladie du Cardinal. — Chasse du Roi; ordre de ne pas laisser sortir les dames du château. —
t98 MËMOmES I>U DUG DE LUYNES.
Lettre de cachet à M>n«d*ADtin pour Tobliger à aller à Compiè^ie. — Mort dé la duchesse dHostun» — Plusieurs personnes mordues par une peÇte Metiùe enragée. — Particntarités sur la Rosaie. — Mort du priooe de Lëon.
— Médaille de la place des Vietoirea. — M. de la Goafe fait brigadi^. ^ Visite du Roi au roi de Pologne. — Audience des envoyés de Genève. — Vœu de Louis X^I. — Retour de M. de Lauzun. ~ Voyage dé Chantilly. — ' Btfstë et médailles antique^ aoqtila par le Roi. — > Gourmandfiie du ^rtttce de Léon. — Refonte dea pièces de 2 ioua. — ReodarqueB aur le roè dé Po« logae. — Mi°e de Mailly. — Circulaire du Roi aux Évèquea. — Droit dea Ducs pour les carreaux. — Audiences du Corps de Ville et des États de lifingaedoc. -* Ré|loittêeè eu ducs de Tlllâra el dé OraniOBt au Rot. ^ DroHa dea Dues. «- Le miuioiea Pbîlidor. — Soupers à la Meutte. — Cou- Tersation du Roi avec la comtesse de Toulouse. — Anecdote sur la cour de Sicile. — Droit du conf^seuf de la Rehie. -^ Liste pour lefr voyages dé là Meutte ; droit dn capitaine des gatrà». -^ Mariage de M. de Ooèaisriaiitf — Mort de M. de Belle-Iste. — Mauvaise volonté du Roi pour M. d'Arquien.
— Souper de Mesdames à trlanon. — Mariage dn prince de Sulzbach. — Mort de M. de Saumery.
Vendredi !•' oottl, VersaUleê. -*- J'ai parlé d^déssas des. démarehesqui avoient été faites an snjet d'une dame qui désiroîl d'aller à Chaiitilly au premier voyage ; il en d été questtion encore à l'occasion du retour du Roi. J'ai ouï dire que M. le Duc ne s'opposoit point à ce que BIP ^ la Duchesse^ sa mère, menât cette dame aveé elle> et qu'il l'avoit dit dès le premier voyage^ mais que cette dstme vouloit être priée nommément par M. le Duc et qu'il ne le rouloit pas. Oii> a remarqué plusieurs propos de cette même personne, entre autres à un des soupers du Roi, au' retour de Rambouillet^ dans le» cabinets. Il y avoit ce jour- là une autre dâiâe fort amie de MadeiBoiselle> et ïe^ gens qui Veulent raisonner préteàdoient qu'il y avoit quelques projets que cette dame plût au Roi. Elle fut effectivement assez gaie pendant le souper ; le Roi avoit bu assez de vin de Champagne à ce souper, ce qui lui arrive^ fort peu depuis sa maladie ; et comme le Roi lui avoit entendu dire qu'elle jouoit au papillon (1), S. M. proposa
(1) Jeu de cartes auquel, dit V Académie des Jeuœ, on peut jouer au moina trois et au plus quatre.
après le souper, par complaisance pour elle^ que Ton ftt un papillon. Cette complaisance parut déplaire à celle dont je veux parler ; elle se mit au jeu cependant, H. le duc de Duras jouoit à cette partie ; elle affecta de baiser la main à M. de Duras et de ne la point baiser au Roi^ au point qu^à la troisième fois qu'eUe donna > l6 Roi dit en
badinant : a Que diriez-vous de AT"* qui baise
la main au gros bonhomme (c'est ainsi que le Roi Tap* pelle) et qui ne me fait pas la moindre honnêteté? » Le Roi parioit au papillon à rouge ou noir comme c'est Tusage; cette dame jetoitau Roi un louis ou deux, on m'a dit même un écu^ d'un air assez peu respectueux^ en disant : « Tenezy j'en suis d'avec vous. » Je ne sais point ces faits de M. de Duras^mais d'une personne vraie qui étoit présente.
On a fort remarqué aussi àCompi^ne que cette même dame^ que Ton a voit toujours cru avoir conservé de l'attachement pour les intérêts de M. Ghauvelin^ paroissoit les avoir abandonnés, s' étant raccommodée avec M. de Maurepas. On a remarqué que M, de Maurepas est le seul ministre qui ait soupe dans les cabinets à Compiègne ; il est vrai qu'il avoit été à la chasse. On ajoute une autre observation , c'est que le jour que M"* de Maurepas y soupa^ à Compiègne, la personne dont je veux parler étoit présente, qu'elle étoit fort aise d'y voir M""* de Maurepas, qu'elles s'embrassèrent et se parlèrent beaucoup ; et le lendemain cette môme personne alla dîner chez M. de Maurepas, où il y avoit beaucoup de monde. On a observé encore que le jour que M. de Maurepas soupa dans les cabinets, il eut une conversation d'environ une demiheure dans un cabinet de derrière, que le Roi même demanda une bougie, et qu'après cela il envoya M. de Maurepas se coucher.
On a été plusieurs jours incertain du jour du retour du Roi ; enfin ilaété décidé, il y a six ou sept jours, que ce seroit pour lundi iji* dece mois. S. M*, après avoir couru
à Compiègne va souper à Chantilly, y demeure mardi et mercredi, et revient ici jeudi 7.
Le vendredi 25 , étant au souper du Roi à Compiègne , S. M. me fit l'honneur de me dire que je trouverois un nouveau arrivé ici, qui étoit le roi de Pologne. Le roi de Pologne étoit arrivé effectivement le jeudi au soir 24 , mais sans y être attendu et ayant dit en partant de Lunéville qu'il alloit à la Malgrange ; la Reine même ne s'en doutoit point et étoit ce même jour dans ses cabinets lorsque Thuissier vint lui dire que M. le duc Ossolinski étoit dans sa chambre; elle crut toujours que l'huissier se trompoit et avoit pris M. le comte Tarlo pour M. le duc Ossolinski. Le roi de Pologne loge dans Tappartemont de M. le cardinal de Rohaa et mange seul et en particulier dans Tappartement de M. de Belle-Ue, qui l'a prêté à M. le duc Ossolinski. S. M. Polonoise est servie par les officiers de la Reine et ne soiipe point. Il a été depuisle jeudi 24 jusqu'à hier midi sans avoir aucune garde à son appartement ; enfin hier on lui envoya un chef de brigade, un exempt, douze gardes et six Cent- Suisses .
M. le comte Tarlo , dont j'ai déjà parlé ci-dessus, est comme je l'ai dit, palatin de Lublin ; son oncle avoit avant lui ce palatinat , et quoi qu'ils aient été l'un et l'autre fort attachés au roi Stanislas, cependant le roi de Pologne les traite fort bien. C'est lui qui lui a donné le palatinat de Lublin et qui a donné à son oncle celui de Sandomir. Cet oncle de M. le comte de Tarlo est un homme fort considéré dans la République, et ce fut même par considération particulière pour lui et pour son neveu, que ce neveu, qui est celui dont je parle, à l'âge de dix-neuf ans, fut fait maréchal de la Confédération. C'est en quelque manière l'administrateur du royaume ou le régent pendant le temps de l'élection. 11 a actuellement vingt-cinq ou vingt-six ans; il doit s'en retourner incessamment en Pologne. Les palatins sont en quelque
manière comme les gouverneurs des provinces , excepté que comme principaux dans la République ils ont plus de considération que nos gouverneurs. Il y a trente-six palatinats et outre cela plusieurs castelans ou en quelque manière gouverneurs de châteaux. Les palatinatssont plus considérables par la considération qu'ils donnent que par le revenu ; celui de Lublin par exemple ne vaut que 7 à 8,000 livres de rente, à ce que m'a dit M. de Tarlo , mais le Roi leur donne ordinairement des starosties. Les starosties sont en quelque manière comme des biens du do« maine , mais cependant le Roi ne peut jamais les garder entre ses mains ; ils passent non-seulement aux enfants , mais même aux collatéraux; mais c'est toujours par une nouvelle grâce du Roi , et le Roi refuse quelquefois ces sortes de grâces.
Le 27 ou le 28 du mois passé , j'ai appris la mort de M. de Louvain , premier écuyer de la petite écurie.
On sait qu'ily a longtemps qu'il est en usage, lorsqu'on a l'honneur de manger avec le Roi , d'Ôter son chapeau; ce n'étoit pas autrefois le respect, et M""** la maréchale de Yillars m'a dit que dans le temps qu'elle suivoit M. le maréchal dans ses campagnes, les officiers qui mangeoient avec elle et M. le maréchal, même les ordonnances de la maison du Roi, le gendarme , le chevau-léger, etc., qui ont toujours Thonneurde manger avec le général, y mangeoient avec leurs chapeaux sur la tête. J'ai vu aussi cet usage , et il n'y a pas grand nombre d'années qu'il est supprimé. Cependant il faut qu'il ait varié, car M. de Polastron m'a dit qu'à une des campagnes de M. le duc de Bourgogne , à la table de M. le duc de Bourgogne on mangeoitsans chapeau, et quand quelqu'un ignorant cet usage gardoit son chapeau on l'en avertissoit ; et M. le maréchal de Boufflers, dans la même campagne, disoità ceux qui dlnoient chez lui d'Ôter leurs chapeaux parce qu'il faisoit chaud , ce qui prou veroit que la règle étoit de l'avoir.
Le grand procès qui doroit depuis longtemps entre M. de Joyeuse , M*"" de Mézières et M. de Hontauban est enfin terminé par accommodement. H. de Joyeuse donne 156^000 livres d'argent comptant; H. et M** de Montau* ban avoient donné leur blanenseing pour terminer cet ao* commodément, mais à deux conditions : Tune^ que tous les arrêts rendus en leur faveur subsisteroient en leur entier; et l'autre, que la somme qui seroit réglée seroit payée argent comptant.
Versailles f dimanche 10. «^ J'ai d^à parlé du voyage de Gompiègne et des soupers dans les cabinets. Le 30 juillet, M""^ la Duchesse étant partie pour Chantilly , il ne devoit plus y avoir de dames à ces soupers; Mademoiselle^ qui étoit restée, devoit aller souper chez H. d'Humières et M''*^'' de Clermont ; les autres dames étoient priées chez M. de la Mina. Le Roi avoit couru le sanglier, où les dames n'avoient point été, et devoit souper dans ses ca* binets avec des hommes seulement. Cependant comme il avoit été, auparavant cela, dit en plaisanterie que Made^ moiselle accommodoit fort bien les salades , Mademoiselle s'étant promenée sur la terrasse avec M"*" de Clermont et les autres dames, on parla de nouveau des salades, et le Roi proposa à Mademoiselle d'en venir accommoder une, et en môme temps de souper dans les cabinets avec M"* de Clermont et deux dames qui étoient avec elle. Le Roi leur fit des excuses de ce que le souper n'étoit pas plus grand; et après le souper S. M. se promena sur la terrasse. Il n'y eut point de jeu.
Ce même jour, M. le chevalier d' Apchier, sous-lieutenant des gendarmes, soupadans les cabinets. Pour entendre la raison pour laquelle je mets ce fait, il faut remonter un peu plus haut. On prétendoit que les officiers inférieurs des gendarmes, chevau4éger s, gardes du corps et mousn quetaires ne dévoient point monter dans les carrosses du Roi , et on regardoit l'honneur de souper dans les cabinets conune égala celui de monter dans les carrosses. Lorsque
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M. le chevalier d'Âydiefut foitcbef de brigade ^ étant par sa naissance bien digne de tous ces honneurs » laques^ tion fut agitée. M. le chevalier d'Âydie se plaignit fort de ce qu'une charge qui l'approchoit du Roi Téloignoit en même temps de ces autres privilèges > on lui donna espè* ranoe qu'il n'en seroit point privé. Je ne sais s'il y a eu des paroles^ mais il n'y a eu nul effet. M. le chevalier d'Apchier, sous-lieutenant des gendarmes^ fit aussi dés re-» présentations^ auxquelles il fut répondu qu'on ne pouvoit citer d'exemples du feu Roi puisqu'il alloit tout seul dans sa calèche; il cita les exemples des carrosses de M. la Dauphin^ qui dévoient être réputés de même puisque ce sont ceux du Rdi^ et dans lesquels montoient sans dif«ficultéM. le prince Maximilien ^ frère de M. de Rohan^ MM. de Vertus, de Vol vire, etc., tous noms à y être admis^ mais tous officiers des gendarmes comme lui. Ayant senti que ces exemples ne faisoient pas assez d'impression pour qu'il pût espérer de réussir, il no s'étoit présenté ni aux carrosses ni aux cabinets. C'est de lui même que je sais tout ce détail. Il se contentoit d'avoir l'honneur démanger avec le Roi, lorsque ce n'étoit point dans les cabinets > et d'ailleurs venoit les autres jours, lorsqu'il étoit de quartier, prendre l'ordre. On sait que c'est après avoir donné l'ordre que le Roi fait faire la liste pour les cabinets. Le mercredi 30, M. d'Apchier ayant pris l'ordre^ le Roi s'approcha de lui, lui fit plusieurs questions ; où il soupoit, s'il avoit beaucoup diné. S. M. étant rentrée , M. d'Apchier, qui étoit prié à souper chez M. de la Mina, s'en alla; il étoit déjà descendu et pas encore sorti de la cour, lorsqji'on le vint chercher de la part du Roi ; il entra dans les cabinets, et le Roi lui demanda en entrant si M. de la Mina ne seroit point fâché de ne le point avoir à souper et si lui-même n'y avoit point de regret. Il se mit à table; il n'y eut point de jeu après souper comme je l'ai remarqué; oette observation n'est pasnième inutile, M. d'Apchier étant accoutumé à jouer grosjeuavec
le Roi, auroit pu être admis comme joueur. Mais une réflexion qui paroit naturelle, c'est que les cabinets ne doivent point entraîner l'entrée dans les carrosses. L'un est un honneur sur lequel il doit y avoir des étiquettes réglées, et l'autre est une espèce d'entrées familières pour ce moment. J'oubliois une circonstance; ce fut en 1735 que M. d'Apchier fit les'tentatives qui ne lui réussirent pas. Depuis M. de Brisay (Dénon ville), sous^lieutenantdes chevau-légers, avoit demandé à souper dans les cabinets et avoit été refusé , malgré l'exemple de M. de Sourches , cornette des chevau-légers , qui y soupe tous les jours; mais la raison de faire sa cour régulièrement au Roi et d'aller à la chasse toujours avec S. M. a fait faire une exception en sa faveur, puisque non-seulement il soupe dans les cabinets, mais qu'il monte dans les carrosses. M. de Champignelles étant devenu cornette des mousquetaires avoit fait aussi les mêmes tentatives pour les cabinets, et M. l'évêque de Soissons, son beau-père (1) , en avoit parlé fortement mais sans aucun succès. Le mercredi 30, M. d'Apchier, dont je viens de parler, avoit été à la chasse avec le Roi.
Ce même jour, M. le Cardinal, qui s'étoit déjà trouvé mal le lundi d'auparavant à la messe du Roi , mais peu , se trouva mal encore ledit jour 30. Il but le soir un verre d'orgeat, on dit même plusieurs, ce qui lui donna dans la nuit et le lendemain un dévoîement très-considérable ; il alla jusqu'à 25 fois dans la journée , ce qui le mit dans un abattement affreux et qui faisoit tout craindre. Le vendredi 31 , il se mit dans son lit l'après-dlnée, le dévoiement continuant toujours, quoiqu'avec beaucoup moins de force. Le samedi, il vouloit partir pour venir coucher
(1) Charles-François Le Febvre de Laubrière , conseiller au parlement de Paris, étant resté venf en 1718, avait embrassé l'état ecclésiastique et fut nommé en 1731 à révèchéde Soissons. Sa fille Jeanne-Henriette Le Febvre de Laubrière avait épousé en 1737 Louis-Charles de Rogres, marquis de Champignelles.
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à Mont-rÉvéque ; mais il fut obligé de remettre au dimanche Ce jour^ il descendit de chez lui sans être appuyé et monta sans aide dans son carrosse; il repartit mardi de Mont-l'Évêque pour revenir à Issy . Le vendredi 8, M. le Cardinal a rendu beaucoup de visites ici en arrivant; cependant il y a lieu de croire que le dévoiement subsiste; il est fort maigri et Ton ne doute pas que lorsqu'il veut sortir de chez lui ou paroltre, il ne prenne une plus grande quantité d^élixir stomacal, de gouttes du général La Motte, ou de garus, qu'à l'ordinaire; il fut encore vendredi au soir dans un abattement extrême, et le dégoût subsiste.
Le lendemain que M. d'Apchier eut soupe dans les cabinets il vint en rendre compte à M. le Cardinal; il en fut fort bien reçu, mais il parut que S. Ém. ignoroit ce qui s' é toit passé.
Le jeudi 31, le Roi après avoir couru le cerf soupa dans ses cabinets avec les mêmes dames que le mercredi. Il fut question à ce souper d'aller au bois ; une des dames qui y étoit dit qu'elle avoit grande envie d'y aller; cela fut poussé assez loin pour que Ton crût que cela s'exécuteroit réellement à la première chasse. De sorte que le Roi, voulant aller au bois le samedi et voulant y aller seul , lorsque tout le monde fut retiré , envoya quérir M. le duc de Villeroy pour qu'il donnât ordre aux gardes du corps, comme il le fit, de ne laisser sortir aucune femmedu château. L'exécution de cet ordre pensa tomber sur M™* de Màurepas, qui devoit souper ce jour-là chez M. d'Humières, et tomba en effet sur M"® Henriette, laquelle ne pouvant sortir du château, on fut obligé d'aller éveiller M. le duc de Villeroy pour qu'elle eût la liberté d'aller se coucher. Le Roi fut au bois le samedi 2; mais S. M. partit en calèche avant les dames, lesquelles ne vinrent qu'une heure après. La chasse se fit tout de suite, après laquelle le Roi vint se coucher. Le dimanche il y eut encore souper dans les cabinets; les mêmes
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dames y sottpèrent et M. d'Âpchier aussi ; il y eut après souper un cavagnole^ mais il dura fort peu (1) .
M**^' d'Antin fut le mardi 29 à Compiègne; elle ne devoit p<Hfit y aller. Mademoiselle avoit écrit plusieurs lettres à M*** la comtesse de Toulouse pour qu'elle déterminèl M'^M'Antin^ et dans la dernière lettre elle mandait que le Roi le désiroit et que même il enverroit si eela étoit nécessaire une lettre de cachet pour obliger M"* d'Antin è venir^ et qu*dle étoit expédiée. Lorsque MP' d'Antin fut arrivée, on reparla de la letttre de cachet, et Mademoiselle dit au Roi qu'il étoit nécessaire pour sa propre justification à elle que S. M. donnât la lettre de cachet; effectivement le Roi, à souper, la donna à M""* d'Antin qui l'a encore. Cette lettre est signée de M. deMaurepas; et c'est à cette occasion que le Roi s'étoit enfermé après souper dans son cabinet avec M. de Mau* repas et avoit demandé une bougie, comme je l'ai marquéoi^dessHS {p. 199).
Verêailles, mardi 12. — Le 8 de ce mois, mourut M^*" la duchesse d'Hostun , à onze heures et demie ou midi ; elle étoit fille unique de M. le marquis de Prie et belle-^Ile de M. de Tallard. J'ai parlé ci-dessus de sa maladie qui dupoit depuis bien longtemps. Elle avoit un grand nombre d'amis, elle a été fort regrettée. M. et M"® de Tallard n^ont jamais voulu, qu'on lui apprit la mort de son fils , et en mourant die le recommanda encore à M. de Tallard.
M. le Dauphin tomba malade le 2, et on craignoit même une maladie de venin, parce qu'il y avoit eu un peu de vomissement deux jours de suite. Il a eu un peu de fièvre et beaucoup de boutons sur le corps; présentement il se porte bien .
(1) Il y a là deux dates sur lesquelles je peux bien me tromper d'un jour ; celle de la maladie de M. le Cardinal, et celle de ne point laisser sortir les femmes du château. (iVo^6 du dvc de iM^nes,)