‹ Mémoires sur la dernière guerre de CatalogneChapitre 134 sur 196 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

anecdote de ViUchNova.

Le jour qui suivit l'attaque de Tarragone je fus chargé de me rendre auprès du général en chef. La voie de ten*e était ipterceptée, je fus obligé de me mettre en mer. Mais les bàtimens de quelque apparence ne pouvaient passer. Les bateaux pécheurs eux-mêmes n'édiappaient qu'avec peine. Je me déguisai, me jetai dans un canot et réussis à gagner le large à la fiivear de la nuit. La mer était oabne, le ciel serein, le vent propice; on n'avait pas besoin de se

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servir de la rame. Je me flattais d'être rendu à Barcelone avant le jour. Cet espoir ne se réalisa pas. Bientôt le vent s'affaiblit, le bâtiment ne marcha plus qu'avec lenteur et la

voile cessa d'être tendue; les matelots firent force de rames, mais leurs efforts ne m'avaient pas poussé à mi-chemin que l'aurore paraissait déjà. Bientôt nous fumes hélés, poursuivis par des corsaires. *

Nous côtoyâmes le rivage et prîmes l'allure d'un, bâtiment pêcheur. Je ne pouvais me dissimuler toute l'étendue du péril; Je pensai à sauver mes dépêches^ ^près les avoir Cachées à une corde dont un bout était fixé teils la barque , je me tins prêt à les jeter à là mer si nous étions atteints. Cachées aous Feauv elles eussent échappé à l'œil du onrsaire, et certain de les retrouver, je n'avais plus à songer qu'à sauver ma vie. J'attendais alors avec résignation ce qu.e le sort^cideraiti Notre manœuvre réussit, le corsaire prit le change, et le point

(lu jour nous vit entrer à Villa-Nova. Si le bonheur voulut que le patfon fût de ce village, le malheur Ut qu'il se trouvait alors occupé par les ennemis; mais il y avait plus de danger à tenir la mer qu'à dpbarquer , nous poussâmes donc au rivage, et np^s attirâmes le canot. Le natitouuier me conduit aussitôt chez sa tante, « Vous avez ici un abri sûr, me dit-il, attendez la nuit sans inquiétude; ce spi^e viendriii vous reprendre ». I-a bonne femme et Sfs deux filles me tirent le plus aimable accueil et m'offrirent tout ce qu'elles avaient de mieux. Je leur témoignai le dcsir de prendre quelque repos , moins dans l'espérance d'fu goûter les douceurs que pour me soustraire à un examen qui eût pu éveiller des soupçtNis. Elles me conduisirent dans une chambre qui donnait sur la rue. 3'étnis absorbé dans les réflexions que me suggéraient les périls auxquels je venais d'érbap|)('r. lorsqu'un bruit de voix frappa mon oreille. H y

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avait dans la ville des Français et des insurgés. Ceux-ci ne faisaient ^as de grâce, et ceux-là n'auraient pas épargné un officier ennemi déguisé* rétais sur le point de sortir de ma chambre pour m'informer de ce qui se passait : l'une desideux sœurs me prévint et me dit que son oncle était en colore, mais que ce n'était rien, que cela se passerait. Le bruit recommença bientôt après : je reconnus La voix du jeune homme qui m'avait amené. La dià^te s'échauffait, et ce n'était plus à l'aide d'un tiers qu'il fallait en connaît re la cause. Je me présentai et vis qu'il n'était question, ni d'insurgés, ni de Français, ni de trahison, mais d'uncontre^teinps qui pouvait entraîner de funestes consécpiences^ L'homme en colère était le père du patron ; il avait emporté le timon du canot pour empêcher son fils de continuer le voyage. « Gemment, disait-il, moi qui pour toute fortune n'ai que mon canot et cet enfant , je souffrirais qu'il tombât dans les mains des ennemis? J'ai-

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