‹ Mémoires sur la dernière guerre de CatalogneChapitre 143 sur 196 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Devoir des écrivains dans les temps de ehan^^ gemens politiques ou les passions mmt exal^ tées.

Le désir de la popularité , l'envie d'acqué-. rir des titres auprès du vainqueur et d'obtenir ses faveurs; l'intérêt, l'ambition , la vengeance entraînent toujours une multitude d'écrivamSîi Lâches adulateurs de ceux qui dispensent les grâces, ils insultent lâchement ceux qui ont succombé. Ils soufflent la discorde , aigrissent les haines , se masquent sous les dehors de la piété et de l'intérêt public ; ils vont jusqu'à perver^

CHAPITSE IV. 349

tir le senâ des Livres saints, et troaventiianft les maximes du Sauveur, celui quiétablitle royaume de paix et de' mananétode pour ces hommes altérés de sang, des axiomes poiv légitimer la violence et commander la barbarie. Les échaËiuds leur plaisent; ils font de la proscription leurs délices et leur joie; ils cachent les faits qui tendent à améliorer le sort des vaincus; exagèrent, autant qu'ils le peuvent, les craintes frivoles et les hypocrites prévisions qui les assiègent. Malheur à l'humanité, si les vainqueurs , par prudence et par générosité , ne repoussaient les suggestions de ces misérables révolutionUaires !

Il est difficile à la vérité de se mettre à l'abri de ses attaques , lorsque la presse, tron^nnt sa destination, n'est plus qu'un vil moyen de i'xmvrir le chemin des emplois et dn^'dignités. Ceux qui n'ont pas assez de courage pour s'opposer au torrent, gardent le silence; si quelqu'un le rompt, sa voix est étouffée par la

35o LIVRE V.

multitude qui parle; celle qui se tait, quelque nombreuse qu'elle soit, n'est comptée pour rien. C'est ainsi que les hommes passionnés^tout fiers d'avoir imposé silence à la raison, outrent, exagèrent , tombent dans le hux , jusqu'à ce que le gouvernement , mieux avisée reiMie aea droits à la justice et réconcilie les esprits (Ëviaès^ Préparer ce triomphe , doit être ^ dans àe pareilles circonstances, l'objet d'un éeriâm sincère , ami de sa patrie. Il est bien vrai que la perspective la moins ËLcheuse qui l'attende alors est l'obscurité, si toutefois il échappe à la persécution. Mais de tels obstacles ne peu* vent arrêter un esprit généreux; s'il est eave* loppé dans la proscription qu'il veut préveitir, et tombe , comme Malesherbes, après son mal* heureux client , la postérité rendra justice à sa mémoire , et les exaltés , une fois revenus à eux-mêmes, regretteront d'avoir sacrifié un homme de bien dont ils auraient mieux &it d^

suivre les conseils.

Page 1