‹ Mémoires sur la dernière guerre de CatalogneChapitre 150 sur 196 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Toute loi pénale doit avoir pour Goadition nécessaire que le crime qu'elle doit punir soit admis à la preuve. Autrement elle serait in^ fructueuse, car elle n'arriverait jamais à être mise à exécution, et serait de plus extrême^ ment pernicieuse, car elle accoutumerait à l'enfreindre impunément: Gomment donc pou-' voir déterminer l'opinion pour la diâtter? par 1^ actes extérieurs? alors l'impunité serait le prix de la dissimulation. La franchise et la témérité recevraient un métne châtiment; et si par les actions extérieures on voulait c6n-* naître l'opinion de chacun, combien de fois on arriverait à des conséqjoiences diamétri^ ment opposées à la redite ? Les lois humaines ne peuvent donc ni physiquement ni mora^ lement mettre des entraves à l'opinion , et ceux qui leur sont assujétis doivent tout autre sacrifice à la société, mais ne peuvent lui devoir celui de leur pensée qui est uq0 propriété inaliénable^

Toutefois en traitant des actions eztérieu* res , nous sommes arrivés au vrai point où commencent le devoir du sujet et le droit du législateur sur l'opinion. Son caractère sacré ne justifie pas les acticms qui en dérivent. Si l'opinion est en nous-mêmes un effet nécessaire des causes qui l'ont produite , elle est indépendante de notre volonté; les fdtions peuvent être spontanées. Telle opinion laisf^ à elle-même, et renfermée dans ses véritaoles bornes, est incapable de causer le moindre mal à la société ; mais lorsqu'elle est mise en. pratique, elle peut avoir des suites très graves. Le législateur doit en conséquence les empêcher, et dans ce sens prohiber et châtier, non pas les opinions qui sont hors de sa portée, mais les actions auxquelles elles entraînent, pourvu toutefois qu'elles produisent une somme de maux supérieure à celle des biens.

Chacun doit par conséquent obéir aux lois, quoiqu'il considère qu'elles ne sont pas justes

Page 1