‹ Mémoires sur la dernière guerre de CatalogneChapitre 151 sur 196 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

OU convenables. Cette excuse ne servirait de rien pour un voleur qui croirait à la communauté des biens, ni à un contrebandier qui arguerait du principe de la liberté du commerce, ni à un conspirateur qui aurait des principes différens de ceux du gouvernement sous lequel il vit.

Mais même dans la punition de ces actions on commet des erreurs qui font frémir Fhumanité, particulièrement lorsque la^guerre civile partage les esprits, lorsqu'on garde dans le cœur les funestes ressentimens qu'elle y Eut naître, et lorsque le gouvernement est entouré d'hommes partials et peu prudens : alors on a trop de faiblesse pour ne pas écouter ou faire taire les cris révolutionnaires d'une populace séduite ou achetée^ qui signale les victimes destinées pour le sacrifice. Alors on tire de tout des preuves de criminalité. Les«rancunes trouvent un moyen facile de se satisfaire aux dépens de la justice. Etre lié avec un des proscrits

est déjà suffisant pour être mis sur la liste £&* taie, et l'on arrive à l'extrémité honteuse de châtier, suivant les lois existantes, des actes commis sous un autre ordre de choses qui les autorisait.

S'il y a des actes provenant de l'opitiioii par* ticulière, contraires à la loi et qui puissent former la matière du Code pénal , il se présente la question très importante de savoir si Ton doit comprendre au nombre de ces actes la simple expression de l'opinion de chacun. Le problème resterait réduit à comparer les avantages et les inconvéniens qui pourraient t& sulter de cette expression , problème qui pourrait même se présenter sous une multitude de points différens. Et d'abord se présente la différence essentielle qui existe entre l'état de publicité ou de non-publicité, dans l'expression de l'opinion particulière. Si cette expression n'est que privée , alors elle doit être beaucoup plus libre que si elle était publique. Elle

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n^est, dans ce cas qu'un juste épanchement pour ceux qui ont vu leurs désirs ou leurs espérances frustrés par Tadoption des mesures qu'ils condamnent. Pour veiller sur cette dasse d'inr fractions, commises dans dés conversations tenues dans l'enceinte de murailles ^orétô ou dans des écrits , sous le sceau d'une lettre , il faudrait autoriser unevfo«Ue de violations, donner acaieil à des ^élalioiis perfides y récompenser les abus de coi^ance, protéger F^espionnage domestique, faire que tous se regardassent avec crainte, et que chacun vit tm ennemi dans tous ceux qui l'aborderaient. >L0 pire serait qu'avec tant de maux on n'eût: riw gagné. Le gouvernement ne pourrait pais iB** venter tant de réglemens ni trouver îàskt d'argent, que les particuliers ne troovasseM'dèH moyens d'éluder sa vigilance. Les sodétés se^ crêtes se fomenteraient. Si le 9«k>n n'était pas assez sur, le cabinet le deviendrait. On userait dans les lettres de toutes les ruses du style, de

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tous les moyens qui en peuTent rendre le but difficile à découvrir, moyens que la malignité quelquefois et souvent la nécessité ont inventés pour se soustraire à un état d'oppressi<Mi. Le désir croîtrait à mesure que la privation de communiquer ses propres idées se ferait sentir davantage. Le mécontentement se généraliserait, et ces mêmes moyens qu'on aurait employés pour séparer le cratère du volcan et rétouffer, serviraient à préparer une autre irruption d'autant plus terrible qa'eUe aurait eu plus d'obstacles à vaincre, de manière que cette prohibition n'aboutirait uniquement qu'à multiplier le nombre des crimes et donner des résultats diamétralement opposés au but àf^ la loi : maux énormes, si on les compare aux avantages extrêmement minimes qu'on pourrait attendre d'une conduite semblable. On ne doit donc pas prohiber la simple expreision priifée des opinions particulières ; et toute la vigilance du gouvernement doit avoir pour

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