CHAPITRE V
objet , non les opinions et les désirs énoncés , mais les projets tramés contre la loi , ou manifestés par des actes extérieurs.
Cette même expression cependant Icn-squ'elle passe de l'état privé à celui de publicité , change déjà entièrement de nature. Dans le premier cas, l'efFet qu'elle peut produire est bien £ùble; dans le second, elle peut avoir, dans certaines circonstances, lés conséquences les plus graves. Les mêmes paroles peuvent être innocentes dans une conversation et subversives dans une harangue publique; innocentes dans une lettre et criminelles dans un imprimé. Rarement le peuple a connu les bornes de ses droits et de ses devoirs, et il a trouvé souvent une autorisation de désobéissance dans les raisons que la loi existante peut avoir contre elle. Il y a donc des cas dans lesquels l'expression publique de l'opinion particulière contre la Ira existante peut causer dans l'état des secousses dangereuses : il résulte de ceci que le législa-
teor doit prévenir ou réprimer les abus de la parole ou de la presse, qui peuvent exciter des révoltes et compromettre la sûreté de tétai.
La manière dont il doit remplir ce devoir^ la plus ou moins grande latitude qu'il doit laiawr à Fexpression des opinions, sont des pointa qui dépendent de circonstances qni peuvent varier à l'infini. La forme du gou vemenient , le degré de développement de la société^ lés moyens dont s'appuie l'autorité pour se £ûre respecter, et un grand nombre d'autres comA^ dérations doivent entrer dans la balance, lor»» qu'il est question de fixer les bornes danb lesquelles chacun doit manifester au* public sa manière d'envisager les choses. Il y a aussi dw matières dans lesquelles on doit laisser pttt ou moins de liberté à ceux qui en parlât cm les traitent par écrit. Enseigner , par exéMpfe , dans une chaire ou défendre dans un ouvrage des maximes contraires aux lois fondamentales qui régissent un état, est plus dangereux qM