‹ Mémoires sur la digitaline [electronic resource]Chapitre 3 sur 7 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Exposé succinct des principales opinions des praticiens sur tes propriétés de la digitale.

Nous déclarons d'abord que notre intention est d'insister particulièrement sur les recherches relatives à l'action par laquelle la digitale se distingue surtout de toutes les autres substances jdonl se compose la matière médicale , savoir, celle qu'elle exerce sur le système circulatoire. Nous ne parlerons que d'une manière tout à fait accessoire des autres propriétés moins caractéristiques de cette plante.

Comme Tonl dil MM. Oncvcnnc cl llomollo , les niédetinsilalions, et pour la plupart les médecins français, enseignent que la digitale exerce une action sédative ou conlrestlmulante sur la circulation.

Celle action sédative sur les organes de la circulation a pour caractère, en quelque sorte pathognomon ir/ue , un ra- Icntissenienl plus ou moins considérable des battements du cœur et du pouls. Il est à regretter que les observateurs n'aient pas encore étudié, avec toute la précision convenable, le curieux phénomène dont il s'agit, c'est-à-dire qu'ils n'aient pas numériquement déterminé les divers degrés de ce ralentissement sous l'influence de doses également déterminées de digitale, administrées dans des conditions parfaitement spécifiées (1).

Quoi qu'il en soit , d'après les propres recherches du rapporteur , sous l'influence des doses de digitale généralement usitées, le cœur et les artères , au bout de 8 à 10 jours , perdent ordinairement le quart ou le tiers du nombre normal de leurs battements. En élevant les doses , et en prolongeant l'usage du médicament , on peut déterminer un ralentissement bien plus considérable. Voici quelques exemples de ce ralentissement exceptionnel : M. le docteur Wavré

(1) Certains auteurs ont poussé l'oubli de toutes ces règles, fiu point de ne pas compter le [louls avant l'administralion de la digitale, ignn rant peut-être combien, sous le rapport du nombre, ainsi que sous plusieurs autres rapports, il varie selon les indivi lus. 11 s'en faut bien, par exempte , que la moyenne de 70, 72, assez gcnéraiemcnt adoptée pour les jeunes aetis et les adultes, soit toujours exacte. Il est un très grand nombre de ces sujets chez lesquels celle moyenne n'est que de CO, de 48-50 et même de 40-44 par minute.

Ajoutons que certaines alTections cérébrales ralentissent, d'une manière plus ou moins marquée , les battements du cœur. En voii i un exemple bien digne d'être noté : Dans le cours de cette année, le rapporteur a été consulté, à deux reprises, par M. de Ker..., ûgé de cinquante-cinq ans environ, lequel, à la suite de quelques élourdisscmcnts, a vu tomber son pouls à 33 par minute, de (iS à 72 qu'il battait à l'état normal. Au mois d'aoilt comme au mois de novembre, double époque à l.iquclle le rapporteur examina le malade, on comptait exactement les 32 buttemcnis indiqués, La santé csl d'ailleurs fort bonne.

avilie pouls descendre îi 37 (1), M. Sandrasà 36(2), MM Joret, Barbier et Sandcrs îi 29 (3), M. Andral à 29 {k), M. Ilutchinson 30 et môme 28 (5), M. Roclioux à 22 (6), GralTenauer à 20 (7); enfin, MM. Piédagncl et Ilorteloup îi 20 eH7 (8).

Le rapporteur n'a jamais eu l'occasion de voir le pouls tomber au-dessous de 28 à 32 par minute.

Bien que les médecins français, en général, selon la juste remarque de MM. Homolle et Ouevennê, enseignent que la digitale ralentit le pouls , il en est cependant quelques uns qui n'ont pas de conviction sur ce point, et qui même sont assez disposés h soutenir une doctrine contraire. Parmi ces médecins, on regrette de rencontrer l'une des gloires de la France médicale moderne , nous voulons dire l'illustre inventeur âeV auscultation médiate. 'S om, en effet, ce que nous lisons à la page 735 du tome II de son mémorable ouvrage :

« La digitale pourprée est aujourd'hui fort employée dans le traitement des maladies du cœur , d'après l'opinion généralement répandue, que, outre son effet diurétique, elle exerce encore une action sédative sur le cœur. J'avoue que cette action ne m'a jamais paru bien évidente, et surtout constante, même lorsque la dose était portée au point de produire des vomissements et des vertiges. J'ai remarqué seulement, avec plusieurs des praticiens qui se sont occupés des propriétés de la digitale, que, dans les premiers jours de son administration, elle accélère sowfen^ les battements du cœur, et que , par la suite , elle semble quelquefois les ralentir. »

Ce passage nous servira de transition loute naturelle pour

(1) Baylc, Bibliothèque de thérapeutique, 1835, t. III, p. 324.

(2) Bullciin de tliérupeutique, l. V.

(3) Traité demalière médicale (Barbier), A'ssni sur la digitale (Sandcrs), traduit par Murât.

(-i) Arcliivex de médecine, t. IV, 2' série,

(5J Baylc, Bibliothèque de thérapeutique, t. III , p. C7.

(C) Dictionnaire de wé'iecine cii 21 vol., art. Pouls.

(7y Aléralcl Ueleiis, Dici. de maiie.re mé Ucale, crt. nir.ixAr.K.

(8) HulUtin de thérapeutique, t. XVIU, p. 31.

arrivffr h l'opinion île ceux qui prélendont que pi iiiiiiivemenl la (ligilalo accéii^re le pouls.

Saïulcrs, d'Édimbourg , est au premier rang de ceux qui ont considéré la digitale comme ayant pour elFct primitif immédiat une acccléralion do la circnlalion (1); et, pour soutenir celle opinion , le médecin écossais se présente en quelque sorte armé d'observations dont le nombre ne s'élève pas h moins de 2,000. Certes, s'il ne fallait que compter les observations que l'on peut invoquer à l'appui d'une opinion, que pourrait-on répondre à Sauders, en présence de ce chiffre imposant? Slais, comme on l'a dit, il ne faut pas seulement compter les observations, il faut aussi ]e!i peser. Combien d'observations, en cflet, n'ont pas, si l'on peut ainsi parler , le poids nécessaire pour pouvoir circuler sans obstacle dans le domaine médical ! Combien d'observations consLituent une espèce de fausse-monnaie médicale, qui ne devrait pas avoir cours dans la science ? C'est en soumettant, en quelque sorte , au trébuchet de la saine clinique et de la saine philosophie médicale , les observations de Sanders, que l'on ne larde pas i\ reconnaître combien cet auteur s'est trompé en attribuant h la digitale la propriété d'accélérer la circulation, nu lieu de la diminuer, dans les premiers temps de l'administralion de cette subslance. Celle accélération serait, selon Sanders, en quelque sorte double : 1° accélération immédiate, instantanée, disparaissant, ou du moins diminnant beaucoup et promptement dans l'espace d'un quart d'heure ou d'une demi-heure; 2'^ accélération plus durable , ou plutôt reste de la première , mais qui peut persister , par exemple , vingtquatre, quarante-huit heures, ou plus longtemps.

Celte accélération produite , Sanders admet que le pouls tombe ensuite peu à peu au-dessous de son chiffre normal; même alors , il prétend que, en administrant une nouvelle dose de digitale, on accélère encore momenlanémenl le pouls, en même temps qu'on en augmente la force.

(1) fissaisur la digitale /JOHi'pide, traduit dc l'anglai» par Mural, en 1812. (L'ouvrage de Sanders a été public au commenccniptit du même siècle).

Le ralentissement des contractions du cœur, non contesté par Sanders, en tant que consécutif à l'accélératien dont il vient d'être question , peut être tel que le chiffre du pouls tombe à 50 , iiO , et même 30. Il en conclut que la digitale détermine une altération particulière de la contractilité du cœur, et même une faiblesse alarmante , et que ce médicament épuise riiTitabilité de l'organe indiqué plus promptement que tout autre remède.

Ainsi, selon Sanders, le même médicament produirait deux effets diamétralement opposés, à savoir: l'accélération elle ralentissement du pouls, augmenterait et diminuerait l'irritabilité du cœur !

Quoi qu'il en soit, au temps où Sanders écrivait, florissait précisément ce fameux système médical connu sous le nom de Broivnisme , lequel ne paraît pas avoir été sans influence sur les doctrines de notre auteur, relativement à l'action de la digitale. A l'appui de celte assertion, rapportons le passage suivant [de l'ouvrage de Sanders, qui, décernant Il la digitale une sorte de prééminence parmi les stimulants, et considérant comme tout îi fait secondaire son action ralentissante du pouls, s'exprime ainsi: « Il est aisé d'éviter Vasthénie » ( à ce mot , qui ne reconnaît le trop fameux système dont nous parlions plus haut?) « il est aisé , répétons-nous, d'éviter Vasthénie, qui , selon l'opinion commune, est le résultat constant et immédiat de la digitale; car, puisque l'observation nous a démontré que les effets primitifs, et les seuls salutaires, sont des symptômes fébriles , la seule intermission dans l'usage du remède sulTit pour prévenir la débilité et maintenir un certain degré d'excitation {ouv. cit.)». Pour écrire sérieusement un pareil passage et d'autres semblables, quand on déclare, comme le fait Sanders , avoir étudié l'action de la digitale sur deux mille malades, ne faut -il pas, en quelque sorte, placer au-devant de l'esprit d'observation l'épais bandeau de l'esprit de système? Certes, un observateur exercé, attentif, et dégagé de toute prévention, n'étudiera pas l'action de la digitale, nous ne dirons pas sur 2,000 malades, mais sur 20 ou 30 seulement,

sans reconnaître que les préparations de digitale ne possèdent pas la propriété d'accélérer primitivement la circulalion. Encore une fois, il est donc bien permis de penser que Sanders, en émettant la doctrine dont il a été question , était cpmrae fasciné par cette dichotomie Lrownienne, l'un des plus fiyeugles et des plus pernicieux systèmes qui aient jamais fégné dans l'empire de la médecine, et dont la trop longue vogue, il faut bien l'avouer , a de quoi surprendre , pour ne pas dire scandaliser, quiconque s'est un peu familiarisé avec ces méthodes exactes d'observation et ces principes de saine philosophie scientifique, qui doivent présider de nos jours îi toutes les recherches médicales.

Parmi les médecins qui ont attribué l\ la digitale la propriété d'accélérer la circulation , se distinguent encore Joërg (1) et Hutchinson (2).

Ce dernier praticien , médecin en chef du gouvernement de Crimée, a fait sur lui-même une partie de ses expériences, en se servant de la teinture de digitale à très haute dose. Il 9 pris jusqu'il 240 gouttes d'une teinture d'un tiers environ moins forte que celle de notre Codex , ce qui représente environ 10 milligrammes de digitaline , c'est-à-dire, comme i\ous le verrons plus loin , une dose double de celle qu'on prescrit généralement chez nous, et qu'on ne dépasse pas toujours impunément . Quelques uns seront , sans doute , Mioins effrayés de cette dose, en prenant en considération la

(1) Le travail de cet auteur n'est connu en France que par un extrait qui a élé publié dans les yJrchives de médecine (1" série, l. XXVI, p. 107). Il s'agit d'expériences pliysiologiques entreprises tant sur Joërg lui-même que sur les membres d'une société d'expérimenlalion établie par lui, en 1R22 , à Leipsig, et composée d'adulles ( hommes et femmes) et d'enfants, tous en bonne saule. On regrcue qu'un médecin, animé d'ailleurs d'un zèle si digne d'éloges, ait conclu des expériences dont il s'agit que les effets primitifs de la digitale consistaient en une excitation vive du cerveau, du canal alimenliiire cl de l'app.ireil génitotirinaire, et que, tout en admettant comme effet secondaire la diminution de ri\clivité des organes de la circulation, il ail ajouté que celle action dépressive ne pouvait èlrc aussi salutaire qu'on le pense généralement dans les maladies du cœur.

(2) Journal des proarH, t. VI, p. 918(1827).

contrée dans laquelle UiUcliinson ex])éiinienlait , c'est-àdire, une de ces contrées septentrionales dont les habitants ont une scnsibililc assez obtuse , pour que, suivant l'énergique et spirituelle expression de Montesquieu , ce ne soit qu'en les écorchant qu'on les chatouille. En appliquant cette doctrine un peu gasconne, peut-être, à la sensibilité des hommes du nord pour les inédicanients , on comprendrait, en effet, comment une dose de digitale capable de nous impressionner toxiquement et (!e nous écorcher., pour parler comme l'auteur de V Esprit des lois, n'a fait d'abord que chatouiller le médecin en ciief du gouvernement de Grimée. Mais nous verrons tout à l'heure que cette application ne serait pas tout h fait vraie. En attendant, nous devons faire connaître que le but auquel tendait notre confrère du Nord, était de déterminer si l'on pouvait entretenir pendant longtemps une excitation de l'économie, en employant ainsi la digitale à haute dose , répéiée h courts intervalles, et si l'on v«rrait tomber l'action du cœur et des artères au-dessous de sa force ordinaire , bien que la quantité du médicament fût poussée aussi loin que possible.

Hutchiuson, malgré les nausées que les 21x0 gouttes de teinture de digitale avaient déterminées, prit le lendemain 180 gouttes nouvelles de ce médicament. Or, sous l'action de cette seconde dose, il éprouva lui-même, tout habitant du Nord qu'il était, des accidents toxiques, des vomissements, entre autres, et tomba si malade qu'il fut obligé de garderie lit quinze jours, et qu'il lui fallût deux mois pour rétablir sa santé ; il assure que son jiouls, ii GO avant l'expérience (1), s'éleva dans la journée h 125, et après quarantehuit heures à 150 pulsations par niinute. (I.e rapporteur a lu le travail du docteur Hutchinson, do Londres, tel qu'il est consigné dans le Journal des Progrès; il n'y est point fait mention du pays où les expériences ont été exécutées. Ce

(I) Nous admellons ce chiffre GO d'nprfts un passnge qui a un sens gônéral, car, dans ces expériences de Hutchinson (du moins d'après le résumé du Journal r/e? Proc/rès), de même que dans beaucoup d'autres,

travail , il faut bien le dire , paraît tenir beaucoup plus du roman que de l'Iiisloire, et n'est pas propre îi donner une haute idc^e du talent d'observation de l'auteur : J^gri somnia.)

Si, pour prouver ou reconnaître (lue la digitale jouit de la propriété A' ViCcé\éYtv primitivement la circulation, cette substance devait être administrée à la dose indiquée plus haut, il ne se trouverait pas, sans doute, un grand nombre de praticiens qui se décideraient à répéter, soit sur la personne de leurs malades, soit sur leur propre personne, l'expérience un peu trop héroïque tentée par Hutchinson. Au reste , une autre tentative de ce hardi expérimentateur sur lui-même, nous porte ci croire qu'à une dose fort élevéee, la digitale ne produit pas toujours cette accélération du pouls, phénomène si surprenant pour tous ceux qui sur un grand nombre de sujets, ont étudié, avec toute l'exactitude convenable, l'action des préparations de digitale, administrée à dose ordinaire. En effet , après avoir piis pendant une douzaine de jours, de 36 à 120 gouttes de teinture de digitale par vingtquatre heures ( avec la précaution de diviser chaque dose en trois parties dont la seconde était ingérée six heures après la première et la troisième six heures après la seconde), Hutchinson en ayant ensuite pris 200 gouttes en une seule fois (1) au bout de six heures , son pouls ne donnait plus par minute que 28 pulsations souples et irrégulières (une heure seulement après l'administration , le pouls offrait 65 pulsations, dures, pleines (2). N'oublions pas de noter qu'à cette dose, la digitale produisit des nausées, des vorais-

l'état du pouls avant l'expérimentation n'est pas indiqué, ou ne l'est que d'une manière générale, vague et peu concluante. Aussi croYons-nous que le peu de précautions apportées à établir ce point, qui est cependant capital, a souvent contribué à fausser les conclusions dans la question qui nous occupe. » [Noie de MM. Quevenne et tlomolle, dans leur examen des recherches de Hutchinson. )

(1) Cette dose représente 8 milligrammes de digitaline environ.

(2) Ce qu'on dit ici de la souiitcsse et de Virrégulariié du pouls, de sa dureté et de sa pléitUiide d'autre part, ne doit pas être adopté sans une plus ample information.

sements, des vertiges, de la céphalalgie. Enlin, dans uue iroisième expérience sur lui-môme, Hutchinson, pendant quinze jours, prit de 60 280 gouttes, et sou pouls, présumé à 60 avant l'expérience, battit de 80 h 100 fois par minute, jusqu'à la fin de celle-ci, laquelle, comme les deux précédentes, altéra notablement les fonctions digestives et celles des centres nerveux. Cinq jours après la cessation de la digitale, le pouls était tombé à 50-55 pulsations par minute, chiffre peu différent de celui qui existait à l'état normal , savoir 60 (1).

On devine aisément que la diversité de doctrines sur l'action de la digitale , a dû reflue)^ en quelque sorte sur la thérapeutique , et que la substance dont il s'agit aura par conséquent été prescrite dans des maladies diamétralement opposées sous le rapport de leur nature. C'est bien effectivement là ce qui est arrivé.

Les partisans du ralentissement , tels que les docteurs Currie, Thomas , et plus récemment les disciples de l'école Italienne, considérant la digitale comme un antiphlogistique, uu contro-stimulant, l'ont proposée et employée , à titre de succédané de la saignée, dans les maladies inflammatoires, et prétendent n'avoir eu qu'à s'en louer (2), tandis que d'autres assurent, au contraire, que cette pratique n'offre que des inconvénients (3).

Sanders, Joerg, Hutchinson et leurs partisans, au rebours

(1) Les expériences de MM.Quevenne et HomoUe ont démontré que la digitale en teinture, et la digitaline à l'état de solution alcoolique ou bien à l'état de sirop, n'ont pas plus d'aclion immédiate sur la circulation que lorsque ces substances sont administrées sous forme pilulaire. Ces expériences, répétées par M. G. Duroziez , élève externe dans le service clinique du rapporteur, ont donné le même résultat. Par conséquent, on ne pourrait expliquer l'action prétendue accélératrice de la circulation , signalée par Sanders , Hutcbinson, etc., en disant qu'elle lient ix ce que ces expérimentateurs se sont servis delà teinture de digitale, tandis que les auteurs ont employé des pilules de poudre de digitale, la première agissant plus rapidement que les secondes.

(2j Bidault de Vllliers, p. 18 et 20.

(3) Barbier, d'Amiens, Traité de maiiheméd., t. III, p. 308.

des précédents ailleurs, proclament que la digitale ne doit pas ôiro employée dans le Irailemcnt des maladies inflnmuiatoires, ut la vantcni, au contraire, quand il s'agit du traitement des maladirs caractérisées par la débilité, telles que la chlorose, l'/iydro/nsie (1). Tommasini, au contraire, ne craint pas de soutenir que toutes les hydropisies dans lesquelles la digitale a été employée avec succès appartiennent à la classe des maladies sthéniques ou par excès d'excitation, assertion journellement réfutée par les faits les plus incontestables.

« C'est une grande erreur, dit expressément Joerg, de regarder ce médicament (la digitale) comme un puissaut antiplilogistique. »

Quant à Hutcliinson, il se prononce ouvertement contre ceux qui, fidèles aux doctrines de Rasori, administrent la digitale, h titre de contro-stimulaut. Il en est de même du docteur Betloli, lequel a publié un mémoire consacré spécialement îi réfuter l'opinion des sectateurs de Rasori^ qui ont rangé la digitale parmi les contro-slimulanls (2).

Nous bornant ici au rôle d'historiens, nous exposons les doctrines sans les discuier à fond, ce qui nous entraînerait beaucoup trop loin. D'ailleurs, la lecture des expériences de MM. Homolle et Quevenne, et des recherches cliniques qui nous sont propres, fourniront tous les élémenis nécessaires pour apprécier à leur juste valeur les assertions précédemment indiquées. C'est toujours, en eifet, au tribunal de la saine clinique qu'il faut en appeler quand il s'agit de décider, eu dernier ressort , sur les questions relatives l'action des diverses substances médicameuteuses. Qu'est-ce, en effet, que la clinique, sinon une admirable institution au moyen de laquelle l'expérience médicale se trouve, pour ainsi dire, organisée sur sa base la plus large, la plus solide et la plus authentique?

{{} Nous n'avons pas besoin cie dire que nous nous servons ici du langage même des auteurs , et d'ajouter que ce langage manque de précision cl pourrait même quelquefois induire en erreur sur la véritable nature des maladies qu'il désigne.

(2) Diciionitaire des sciences médicales, t. IX, p.

AvanUle rapporter les travaux dont il s'agit, il nous reste encore quelque chose ii ajouter sur ce que les auteurs ont écrit relativement aux diverses propriétés thérapeutiques des préparations de digitale.

Un médéciu étranger, Clutterbug, se fondant sur cette double donnée, que la fièvre consisle dans une accélération du pouls , et que la digitale jouit de la propriété de diminuer le nombre des pulsations artérielles, conclut que cette substance doit être considérée comme le véritable spécifique de la fièvre. C'est pariiculièrcnient di- la fièvre continué que l'auteur a sans doute voulu parler. Or, jamais assertion né fut plus gratuite k la fois et plus malheureuse. En effet, non seulement la digitale ne guérit pas cette espèce de fièvré, mais, chose bien digne de remarque, c'est que, administrée dans la fièvre dont il s'agit, qu'elle so'û j)rimitive ou consécutive , elle perd pour ainsi dire complètement ou à peu près sa singulière propriété de ralentir le pouls.

Que si la digitale ne guérit point la fièvre continue, en éstil de même de la fièvre intermittente? Ce n'est pas d'aujour^ d'hui seulement qu'on a posé cette question et qu'on l'a sôumise à la seule épreuve décisive en pareille matière, savoir l'expérience clinique. En effet, voici ce que nous lisons dans un ouvrage clinique, publié en 1837 (1):

<' Parmi les dix-huit cas de fièvre intermittente que nous avons reçus dans nos salles, en 1836, il en est sept dans lesquels nous avons traité et guéri la maladie au moyen de la digitale, administrée tant à l'intérieur qu'à l'extérieur (par la méthode endermique). Déjà nous avions obtenu le même succès chez vingt-cinq à trente malades, admis dans nôtre service à une époque antérieure à celle dont nous rendons compte, résultat qui a été publié dans les journaux de médecine et dans plusieurs thèses de la Faculté de médecine de Paris. Nous appelons l'attention des médecins sur cette ndtivellc méthode. Nous n'avons rien négligé pour que les faits rapportés en sa faveur fussent aussi concluants que possible.

(I) Clinique médicale de l'hôpital dé la Cààriié, par J. Bouiliiiud, t. III, p. 236-37.

C'est ainsi, pnr exeiuple, que nous n'avons jamais aclniinistré la digitale qu'après avoir bien constaté l'existence de la fièvre intermittente, c'est-à-dire qu'après avoir été témoin d'un ou de plusieurs accès. »

Encore un mot sur la question de savoir si la digitale est le seul agent capable de ralentir l'action du centre circulatoire. Sous le point de vue de son action spéciale et comme élective sur le cœur (sans doute par l'intermédiaire du système nerveux qui préside aux mouvements de cet organe), la digitale ne reconnaît point de véritable rivale dans le règne végétal. Mais en est-il de même du règne animal? A la grande surprise, sans doute, de la plupart de ceux qui l'écoutent, le rapporteur n'hésite point à répondre : Non ! Quelle est donc, lui demandera-t-on, cette merveilleuse substance du règne animal, qui rivalise ainsi avec la digitale sous le rapport du ralentissement que l'usage de celle-ci détermine dans les battements du cœur et des artères ? Eh bien ! messieurs, c'est la bile retenue, et pour ainsi dire accumulée dans le torrent sanguin, de manière à produire un ictèi^e apyrétique (1). En effet, depuis environ dix-huit ans que le rapporteur a fixé son attention sur ce fait clinique, qui lui parut d'abord fort singulier, savoir une lenteur très considérable du pouls, il l'a constamment observé, avec tous ceux qui ont suivi sa clinique, sur plus de trois cents ictériques admis à cette clinique. C'est donc une loi démontrée par les observations les plus exactes et les plus répétées, que le ralentis- Ci) Nous disons l'iclère apyréiiqne, parce que, effectivement, dans l'ictère fébrile (ca d'autres termes, celui qui dépend d'une lésion capable d'exciter une réaction fébrile plus ou moins violente), la fréquence du pouls résiste en quelque sorte à l'action signalée ci-dessus. Sous ce rapport encore, il en est de la bile accumulée dans le sang, celte sorte de digitale animale , comme delà digitale ordinaire, qui, dans le cas de liivre continue bien caractérisée, quelle qu'en soit l'origine , ne ralentit pas sensiblement la circulation. Nous avons dans ce moment même sous les yeux(n'' l, salle Sainte-Madeleine), une femme atteinte d'un ictère très prononcé consécutif à une affection fébrile. Chez elle, depuis une quinzaine de jours, le pouls n'a cessé de donner, en moyenne, 112 pulsations par minute.

semeut du pouls, dans le cas d'ictère produit par une lésion nialérielle ou dynamique, incapable de susciter par elle-niênie une réaction fébrile, ralentissement tel que, de 72, 60, que le pouls offrait îi l'état normal chez les sujets ictériques dont il était question plus haut, il est tombé à 50, 1x8, Uk et souvent 40, pour remonter peu peu à son chiffre normal après la guérison de l'ictère.

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