‹ Mémoires sur la digitaline [electronic resource]Chapitre 4 sur 7 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

Exposé analytique des expériences physiologiques et cliniques des auteurs du mémoire sur les propriétés de la digitaline comparées à celles des autres préparations delà digitale.

Article premiiïR. — Expériences physiologiques sur l'homme et sur les chiens. — I. L'un des auteurs a fait sur lui-même l'essai de la digitale , eu y procédant avec une exactitude vraiment exemplaire, et 11 l'a répété à sept reprises, laissant entre les essais répétés des intervalles assez longs (1). Ce n'est pas, d'ailleurs, seulement l'exactitude de cet auteur que la Commission doit signaler avec éloge : elle se plaît aussi et se fait même un devoir de louer le courage et la persévérance dont a fait preuve ce modèle des expérimentateurs.

De l'analyse des six premiers essais, entrepris dans le cours

(I) Parmi les éléments ou condilions d'exactitude qu'il est bon de détailler ici, nous noterons les suivants : 1" On a fait connaître la constitution, le genre de vie, le régime de l'expérimcnlateur ; 2» on a eu soin d'indiquer le nombre précis des pulsations des artères avant, pendant et après l'administration du médicament, et on les a comptées pendant plusieurs jours consécutifs, à différentes périodes de la journée, en ayant soin de mentionner les moyennes, les muxima et les minima; 3" les doses journalières et la dose totale du médicament, les heures auxquelles le médicament a été pris, ont également été notées avec la plus consciencieuse ponctualité; 4° outre l'action spéciale sur la circulation, on a consigné, dans une colonne à part, les effets sur les principales fonctions, et les accidents, soit de simple intolérance, soit de véritable intoxication, quand ils se sont manifestés.

des années 18Zt2, 1843, 1847 , 18^18 , 1850, il résulte que la moyenne de la dimiiuilion du cliilTre des baUemenls du cœur ei des artères a été de 4 pulsations environ pendant, et de

5 environ après l'aduiinistralion du médicament (tantôt digitale , tantôt digitaline). On trouvera dans la note ci-dessous les détails relatifs à ces essais, dans lesquels la dose totale du médicament pris a été en général assez faible (1).

Mais nous devons signaler ici les accidenîs d'intoxication qui se manifestèrent, pendant le cinquième essai, sous l'influence de 2 grammes etl décigramme de poudre de digitale de qualité supérieure, pris en neuf jours, et la diminution très notable du pouls qui survint en même temps. ( De 72 il tomba à 53 pendant la durée des accidents et à 55 après leur disparition ; ce qui donne les dllférences 19 et 17, c'est-à-dire une différence moyenne qui représente exactement le quart des pulsations normales.)

Nous croyons aussi devoir rapporter avec quelques détails le septième et dernier essai, fait au mois de novembre der-

(I) Dans le premier essai, en neuf jours, 38 granules de digitaline ont été pris (6 le dernier jour, 4 tous les autres jours).

Dans le second essai, en huit jours, 2 grammes de poudre de digitale, de qualité moyenne ont été pris (2 décigrammes par jour, pendant quatre jours; 3 décigrammes par jour, pendant deux jours; 4 décigrammes pendant deux jouri).

Dans le troisième essai, en cinq jours, 20 granules de digitaline (4 milligrammes, chaque jour).

Dans le quairicme essai, en treize jours, 36 granules (2 milligrammes les deux premiers jours et 3 les trois jours suivants).

Dans le cinquième, en neuf jours, 2 grammes, 10 de poudre de digitale de qualité supérieure (2 décigrammes les trois premiers jours, et3 décigrammes cliacun des jours suivants).

Dans le sixième essai, en sept joues, 3i granules de digitaline (4 par jour, pendant les trois premiers jours, 6 par jour pendant les deui jours suivants, et 6 par jour pendant les deux derniers).

L'eipérimenlaleur fait oi)server qu'il a pu, dans cet essai, supporler

6 milligrammes par jour, bien qu'il ne puisse, en général, cm loUrerque b milli^irammes Celle lolémiice lui paraît tenir à ce que l'ingpslton des granules a eu lieu, à dessein, le soir comme le malin, à un moment assez rapproché du repas, pour qiie l'estomac ne fiU pas complètement vide. Or, c'est précisément dans les cas oii il a pris la digitaline, l'eUo-

nier (1850) , avec le sirop cic digitaline, dont 20 grammes contiennent un niiliigranime de cette substance.

L'expérinicntateur s'est administré, en huit jours, 33 milligrammes de digitaline en sirop {H niiliigram. pendant quatre jours, 2 milligram. un jour, 5 milligiam. un jour, 6 milli-

gram. un jour).

Moyennne du pouls compté pendant six jours, à

diverses heures de la journée , avant l'expérience. 67,47

Maximum " 73,00

Minimum 63,00

Moyenne du pouls pendant les huit jours d'-adminis-

tralion 6ù,6/i

Moyenne pendant les dix jours après l'administration 59,88

Minimum pendant l'administration 5û,00

Maximum 7/i,00

Minimum après l'administration 50,00

Maximum. 72,00

En comparant la moyenne du pouls normal (67,^17) au minimum de ce même pouls après l'administration (50) , on trouve une différence de 17,fi7, différence sensiblement égale au quart des pulsations à l'état normal, ainsi qu'il est arrivé dans le cas d'intoxication que nous avons signalé plus haut.

mac élant tout à fait vide , qu'il n'a pu en tolérer plus de 5 milligram. ou 5 granules par jour.

Voici quelle lut la moyenne du pouls, avant, pendant et après la période d'iidministration du médicatnent.

\" enai. Avant, 59,21 pendant, 52,61 (différence 7,60), après, 67,45 (différence I,7G).

2'' essai. Avant, 68, pendant 54,96 (différence 3,04), après, 62,76 (différence 5,2.s).

essai. Avant, 64 ,85, pendant, 59,25 (différence 5,60), après, 55,52 (différence 0 33).

4" essai. Avant, 65,85, pendant, 62,88 (différence 2,97), après, 61,16 (différence 4,90).

5c essai. Avant, 68,12, pendant, 65,06 (différence 3,06), après, 63,68 (différence 4 44).

Q'' essai. Avant, 75,S5, pendant, 72,44 (différence 3,21), après 71,24 (différence 4,01).

Le patient a éi)ro\i\é plutôt des défaillances qm des lirailleiTienls d'estomac , et il note que son appétit n'a pas augmenté , comme il lui est souvent arrivé après l'usage des granul(!S.

Légers troubles de la vue.

Rien d'appréciable du côté des reins.

L'expérimentateur fait remarquer que le pouls est revenu brusquement à l'état normal ou à peu près , sous l'influence d'une longue course faite le dixième jour après la cessation de l'administration du sirop.

La somme des cliiirres de l'abaissement moyen pendant ou après l'administration du sirop, celui qui représente le maximum d'abaissement (17,67), sont tout à fait analogues k ceux du premier tableau, sous l'influence des granules.

De l'ensemble des faits, il résulte que l'action de la digitaline est à peu près la même, soit qu'on l'administre à l'état de sirop, c'est-à-dire dissoute par avance, ou h l'état de granules, cas où elle se dissout peu à peu et assez promptement dans le suc gastrique. S'il existe quelques différences, elles sont légères, et ne paraîtraient pas déposer en faveur du sirop, lequel donnerait lieu à des nausées et à des pliénomènes cérébraux plus marqués.

n. Passons maintenant aux expériences faites sur deux chiens, avec la même exactitude que celles dont nous venons de faire connaître les résultats.

Le premier chien, appelé Digitalin, a pris, d'une manière intermittente , mais à six intervalles assez rapprochés (du 10 mai au 3 septembre 1849), 552 granules ou milligrammes de digitaline, par dose journalière de 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 milligrammes.

La moyenne du pouls, avant l'expérience, était de 59,9Zi. Cette moyenne, après les six administrations successives, était de 51,22. Il y a donc eu une diminution de 8,72.

Le second chien, appelé Mars , a pris, d'une manière intermittente aussi (du 13 juin au 8 septembre 1849), 398 granules ou milligrammes de digitaline , par dose journalière de 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11 milligrammes.

La moyenne du pouls, avant l'expérience , était de 87,30. Cette moyenne, après l'administration h quatre intervalles rapprochés , était de 69,93. Par conséquent la diminution a été de 17,37.

Ajoutons que, pendant l'expérience, il y a eu des ralentissements momentanés s'élevant h 23, et même 31, dernière diminution ;\ peu près double de celle indiquée tout à l'Iieure (17).

D'après les essais ci-dessus analysés, le mmîwzwm d'abaissement des pulsations ne correspond , pour ainsi dire, jamais à la période d'administration de la digitale ou de la digitaline, mais bien Ji celle de repos , après la cessation de l'usage du médicament (1).

Ce résultat, assez curieux, prouve que le médicament poursuit son action pendant quelque temps encore, après qu'on a cessé de l'administrer, et jusqu'au moment, sans doute , où il n'en reste plus de trace dans le système de l'économie , soit que l'élimination s'en opère par quelqu'un des nombreux émonctoires de ce système, soit que, par une reaction encore inconnue , il se transforme en quelque composé nouveau complètement dépourvu de la propriété dont jouit la digitaline pure (2).

(Ij Parmi les seize expériences dont il s'agit, il y en a treize où le minimum d'abaissement se trouve ainsi à la période de repos ; une dans laquelle on a observé un accroissement pendant l'administration, lequel s'est accru pendant le temps de repos ; une où le pouls n'a pas été compté, passé le temps d'administration de la digitaline; une enfin, dans laquelle le minimum correspond à la période d'administration de la digitaline.

(2) Dans le cours de leurs eipériences, MM. Homolle et Quevenne ont plusieurs fois recherché la digitaline dans les urines (notamment chez des chiens qui en prenaient jusqu'à 10 milligrammes par jour, et chez un homme qui, en deux jours, en avait pris 12 milligrammes), et ils n'y en ont trouvé aucune trace.

Le moyen dont ils se sont servi pour cette expérience est tout simplement la dégustation ( il suffit de placer une goutte d'urine sur la langue et de la rejeter aussitôt, pour savoir à quoi s'en tenir). Selon MM. Homolle et Quevenne, ce mode de recherches, lorsqu'il s'agit d'une substance remarquablement sapide, comme la digitaline, et en tant que

Article second. — Expériences cliniques rapporHéas par MM. flomolle et Qwvenne. — « Il s'agit mainlenant d'examiner, disent ces auteurs , si la pratique ultérieure est venue confirmer nos premiers résultais. Or, les faits recueillis par nous-mêmes, des observalions prises dans plusieurs services des hôpitaux, fournisserd une réponse affirmative à ce sujet.

» Quant à V intolérance la digitaline, qui n'est pour nous qu'une manifestation de son action émcto-callinrlique , nous ne l'avons rencontrée que trois fois sur/j/iw de cent personnes, à qui nous avons administré ce médicament, et dans ces trois cas il nous a suffi de suspendre la digitaline, ou même seulement d'en diminuer la dose, pour faire cesser aussitôt tout accident (1).

» Nous croyons que ceux de nos confrères qui ont observé des accidents gastriques plus opiniâtres doivent les attribuer à cette circonstance : qu'ils ont débuté par des doses trop élevées, ou bien dépassé celles consacrées par l'expérience.

» Reste l'action toxique signalée par MlM. Bouchardat et Sandras, qui, ayant injecté chez des chiens la digitaline dans les veines, ont vu ces animaux succomber rapidement. Ces faits, devenus la base de craintes exagérées , ont été évidemment mal interprétés. On n'a pas tenu compte du mode

ses résultais sont négatifs, est réellement bien au-dessus des moyens chimiques qui pourraient êlre employés en celte circonsiance, pour le degré de sensibilité et de cenitiide.

( 1) Dans les trois cas dont il .s'agit, il n'y eut que des nausées, suivies deux fois de vomissements. Ils ne déposeraient donc pas en faveur de l'aclion catharihique du médicament.

MM. Homolle et Quevenne ont consigné dans leur mémoire la théorie de M. Mialhe sur l'imolérance de la digitaline, survenue brusquement chez quelques sujets. D'après celle théorie, les phénomènes de l'inlolérance proviendraient du peu de solubilité de la difiiialmc et de son accumulation daii.1 les voies digesiives. Pour apprécier la valeur de celle théorie, qui ne paraît, aux auteurs, établie sur aucun f.iil po.-itif, l'un d'eux s'est soumis à une expérience de laquelle il résulte que la poudre de digitale dans laquelle le principe amer se trouve à l'état complètement soluble produit le vomissement et les autres symptômes d'intolérance aussi rapidement et aussi fortement que la digllnline.

d'absorption qui modifie si profondéiiioiil l'action des médicaments, et des dangers qu'il peut entraîner par lui -môme. A combien d'agents thérapeutiques, en effet,' la médecine devrait renoncer s'il lui fallait leur faire subir la même épreuve. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que ces phénomènes toxiques, indépendants de l'action éméto-cathartique, ne se sont jamais présentés îi notre observation. Nous ajouterons que le vomissement, lorsque la digitaline est administrée par l'estomac, doses exagérées, débarrasse l'économie de l'excès du médicament ingéré , et remplissant, pour ainsi ilire, l'office de soupape de sûreté, met obstacle au développement des accidents véritablement toxiques (l).»

Quant à l'eflicacité comparée des préparations de digitale usitées jusqu'ici, et de la digitaline , MM. Homolle et Quevenne laissent à l'expérimentation clinique le soin de prononcer en dernier ressort. Ils pensent que leurs propres observations et les travaux publiés jusqu'à ce jour portent à croire que la question sera résolue en faveur de la digitaline. En effet, poursuivent-ils, M. Hervieux , dont les recherches portent plus spécialement sur la vertu diurétique de la digitaline, mais qui d'ailleurs a, dans tous les cas, observé le ralentissement du pouls , conclut : « Elle peut être employée avec succès dans tous les cas où la digitale a été prescrite ; elle peut déplus l'être avec sécurité, avantage énorme qui lui donne le pas sur celle-ci. Une des circonstances qui plaident le plus en faveur de la digitaline, est la facilité du dosage : tandis que celui-ci ne peut avoir lieu pour les préparations de digitale qu'à une approximation extrêmement grossière, lise fait pour la digitaline avec une rigueur mathématique (2). »

(( Quelque ingénieuse quesoilla comparaison dont se servent MM. Homolle el Quevenne, pour nous rassurer contre l'action toxique de la digilalinc, elle ire consliluc pas une garantie suffisante. C'est surtout en matière de rnéilecinc en général et de thérapeutique en particulier, qu'on est eu droit de dire que compûrrti.so» n'est pw^ rai\oit. L'asserlion des sîivanls auteurs n'est pas appuyée sur un assez grand nombre de faits bien observés.

(2) Arrhiv. génèr. de mérl., t. xxii, ''»'• série '1848).

M. Strolil , agrégé h la Faciillé de médecine de Sirasbourg, a constaté également le ralentissement du pouls, chez les sujets auxquels il a prescrit la digitaline (1), mais ses expériences n'ont, peut-être, pas été faites avec toute la précision désirable.

Il avait d'abord paru douter de l'action diurétique de ce médicament; mais il dit que plus tard il a recueilli un cas où cette action a été des plus marquées (2).

L'expérimentateur, dont nous rappelons les recherches, administra la digitaline dans divers cas de bronchite, de tubercules pulmonaires, d'affection du cœur, etc.

M. Sandras est un des praticiens qui ont administré la digitaline. Ses expériences ont été faites chez des sujets affectés d'hypertrophie du cœur , de palpitations nerveuses , chlorotiques , etc. (3).

Comme M. Hervieux, il a toujours constaté le ralentissement du pouls; mais il ne se prononce pas aussi affirmativement que ce dernier sur la propriété diurétique , et quand la diurèse a eu lieu, il se demande s'il ne faut pas l'attribuer simplement cm rétablissement de l'équilibre physiologique des fonctions.

En résumé, M. Sandras déclare n'avoir eu avec la digitaline aucun des inconvénients reprochés à la digitale ( variations d'énergie suivant la provenance , l'Age , l'année et la récolte, la dessiccation , etc.). La digitaline lui a toujours paru facile à prendre et à supporter; son effet a été parfaitement fixe et régulier, selon les doses auxquelles il la prescrivait (4).

(1) Sur dix-huit exemples, fournis par neuf sujets, il y en a eu : trois où le nombre des pulsations est resté le même; un où l'on a noté une accélération persistante du jiouls; quatorze où l'on a observé un ralentissement du pouls, variable pour le degré, pour le moment de son apparition, pour la durée, elc.

(2) Gazelle médicale de Strasbourg, août et septembre 1849.

(3) Annuaire de ihérapeniiqiie, de M. lîoucbardat, pour l'année 1850.

(4) Comme MM. Hervieux et Slrohl, AI, Sandras a prescrit la digitaline à la dose de I à 4 milligrammes par jour.

Les auteurs, dont nous venons de signaler les recherches oui essayé

Ces préliminaires posés , MM. Homollo et Qnevenne rapportent les observations qui leur sont propres.

Ces observations sont au nombre de huit , dont nous allons consigner ici un extrait.

Première observation. — Affection puerpérale ; vomique ; anasarque , avec hématosurie ; épancbements dans les cavités splancliniques.

Digitaline administrée la dose de 6 milligrammes par jour. — Action régulatrice du cœur ; elTet diurétique très marqué; action altérante.

Le sujet de cette observation est une dame de vingt-six ans, afTeclée d'une maladie compliquée, dont le diagnostic laisse beaucoup ù désirer.

10 août 184^1. Pouls filiforme; battements du cœur sourds et titmidtueux, tellement irrégidiers et fréquents qu'il est impossible de les compter.

12 août. Six milligrammes de digitaline.

13. Trois litres d'urine limpide depuis la veille ; 120 pulsations assez développées et régulières (même dose de digitaline). — Le soir , pouls à 96 , large et développé , avec

de préciser le temps nécessaire pour arriver au maximum d'action après chaque dose de médicament. Selon les uns, dans la plupart des expériences, ce maximum aurait lieu 4 à G heures environ après avoir été introduit dans l'estomac.

M. Hervieux admet que ce maximum s'observe le plus ordinairement après 5 ou G heures {ydnmiairc de tliérapeuliqiie , de M. Bouchardal). II se produirait, selon M. Sandras , 2 ou 3 heures après l'administration.

MM. Homolle ctQuevenne pensept que celte fixation n'offre qu'un intérêt de précision dans 1ns recherches , et ajoutent que, d'après leurs expériences, l'action de la digitaline se manifestant à toutes les heures de la journée, cl presque toujours d'une manière plus marquée après l'administration, il est miionncl de considérer la digitaline comme produisant une modification uniforme de l'économie, ou influençant la circulation à peu prés également, à toutes les heures du jour el même au-delà de la durée de l'administration. Il n'eu est pas ainsi d'autres médicaments, de l'opium, par exemple, dont l'eiret est beaucoup plus prompt, mais d'une durée beaucoup plus reslreiule.

quelques intermittences ; les urines ont continué d'être très abondaiiles.

1^1. Pouls large, à 5U, avec intermittence (une pulsation manque après 15 ou 16 régulières); les urines ont été aussi abondantes , mais un peu plus colorées {même dose de digitaline) .

15. Le pouls est remonté à 96; quelques nausées {kmilligrammes de digitaline seulement).

16. 80 pulsations; les urines contiennent un peu de matière colorante du sang {même dose de digitaline).

17. 90 pulsations; urines moins abondantes et rouges (on cesse la digitaline).

18. 90 pulsations: les urines ont diminué dans une forte proportion, et contiennent toujours du sang.

19-20, 90 pulsations; urines plus abondantes et moins colorées.

21, 22, 23. Le pouls est remonté h lOZi ; les urines redeviennent sanguinolentes.

2^1. 108 pulsations; urines moins rouges et plus abondantes , etc., etc.

A partir de ce jour, la convalescence suit une marche progressive et régulière.

« Cette observation , selon son auteur, est assurément une de celles où les propriétés de la digitaline se sont montrées de la manière la plus évidente et la plus heureuse. Influence sur la circulation; actions diurétique et altérante; tolérance assez large pour permettre une modification considérable de l'état pathologique. Le médecin serait trop heureux de rencontrer souvent des faits thérapeutiques aussi concluants. »

La commission ne peut adopter, sans quelque réserve, les assertions ci-dessus. L'observation précédente lui paraît appartenir h la catégorie de celles qui réclament le secours de nouvelles observations très pt^écises, surtout sous le rapport de l'action diurétique de la digitaline.

Deuxième observation. — Affection du cœur; catarrhe suffocant; trouble profond de la circulation; anasarque.

Digitaline à la dose de 3 milligrammes par jour. — Action régulatrice de la circulation.

Le sujet de celte seconde observation est un garçon limonadier âgé de cinquante ans , couché dans le service de l'un des membres de la commission (M. Rayer).

17 mai 1848. Pouls filiforme; battements du cœur profonds, irréguliers, et si fréquents qu'il est impossible de les compter.

Jusqu'au 23 mai, que pour la première fois 3 milligrammes de digitaline furent prescrits, les palpitations avaient continué , et l'anasarque persistait. « Immédiatement une diurèse abondante a lieu , et l'infiltration diminue. »

26-30. Battements du cœur profonds, forts, irréguliers, inégaux; l'infiltration a presque disparu (les urines continuent d'être très abondantes) ; pouls îi 5k, encore inégal et irrégulier.

Les jours suivants le pojils descend à 48.

Troisième observation. — Hypertrophie du Cœur, avec lésion des orifices; pneumonie catarrhale; anasarque.

Digitaline k la dose de 3 milligrammes. — Action régulatrice de la circulation.

Homme de cinquante-neuf ans. — Pouls inégal , irrégulier et petit, au point de ne pouvoir être compté; désordre extrême dans le mouvement du cœur; infiltration des membres inférieurs.

19 mars. 3 milligrammes de digitaline.

20. Le malade annonce avoir uriué davantage, et l'on peut constater dans le pouls quelque chose de moins irrégulier; les battements du cœur sont moins tumultueux.

21. On est étonné des changements survenus dans la circulation : le cœur bat à peu près régulièrement , ou tout au moins il est possible de séparer les bruits systolaires et diastolaires; on compte 92 pulsations assez développées (continuation de la digitaline).

22. Pouls régulier, k 84; battements du cœur réguliers et énergiques, encore masqués par le souffle (continuation de la digitaline).

Il survient des éblouissemenls , de la céphalalgie et des rêvasseries; par moments, un véritable délire, an rapport de la femme du malade, et un soir le malade se lève sous riuduence d'une hallucination (on réduit à un milligramme les 3 milligrammes de digitaline administrés jusque-là, et au bout de trois jours les accidents cérébraux disparaissent, et la digitaline est portée îi la dose de 2 milligrammes par jour).

On ajoute que ce traitement fut suivi longtemps, mais on ne dit rien de nouveau du pouls et des battements du cœur.

Quatrième obsei^vation. — Perturbation profonde de la circulation cardiaque.

Digitaline à 3 milligrammes par jour. — Action régulatrice de la circulation.

Femme de cinquante-nenf ans, sujette aux palpitations nerveuses et à des accès de suffocation , qui se renouvelèrent les 16 et 17 mai \SU9. Ce dernier jour, l'accès fut des plus violents : visage cyanose, recouvert d'une sueur visqueuse, ainsi que les mains, qui sont froides, livides; le pouls n'est manifesté que par une légère ondulation; la main appliquée sur la région précordiale ne perçoit qu'un frémissement tumultueux , et r oreille n'y saisit qu'un bruit de souffle sans aucune espèce derhytime (3 milligrammes de digitaline).

18. Oppression et cyanose diminuées; pouls petit et dur, i\ lO/i; le cœur laisse entendre des battements distiiicts, mais dont le premier est masqué par un bruit de souffle pj'olongé (3 milligrammes de digitaline.)

19. Pouls h 88, régulier; battements du cœur développés, avec souffle au premier temps ; face rouge , yeux brillants [même prescription),

20. L'amélioration se prononce de plus en plus; poul3 à 76, régulier et fort; le cœur, sauf le bruit de souffle au premier temps, ne présente plus rien d'anormal, qu'une impulsion assez marquée (2 milligrammes de digitaline }nsq\i'an 22, que l'on en cesse l'emploi).

23. Le cœur ausculté présente un bndt de souffle un peu ride au premier temps , et prolongé sur le deuxième bruit ; pouls plein et développé , l\

Depuis cette époque la malade n'a pas eu de crise violeiitet mais a éprouvé deux ou trois fois des palpitations accompagnées d'anxiété précordiale, qui se sont spontanément dissipées au bout de quelques heures.

Cinquième observation. — Pleuro-pneumonie chronique, avec troubles fonctionnels des viscères splauchniques.

Digitaline à la dose de 3 milligrammes par jour. — Action diurétique marquée.

Un homme de quarante-neuf ans, carrossier, faisant abus des boissons spiritueuses, eut, en 18/i6, une pleuro-pneumonie dont la résolution ne l'ut pas franche. En février 18U1, en présence de symptômes attribués à l'ancienne pleuro-pneumonie, chez un individu dont la constitutiou est altérée par un abus prolongé des spiritueux , la digitaline est prescrite comme altérant et pour modifier le mouvement interstitiel de nutrition (3 milligrammes par jour).

25 février. Le malade dit avoir été obligé, dans la nuit, de vider son vase, devenu insuffisant par Vabondance extraordinaire des urines, que peut seule expliquer l'action du médica^ ment ; poids développé , même dur, à 72 (même prescription).

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