‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée en 1815Chapitre 15 sur 26 · N“ VI · texte numérisé non relu

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Gopie àiune lettre datée de Chollet, le 10 mai 1 8 1 5 , à midi, par M. Prévost, colonel du 26® régiment, à M. le lieutenant-général, conseiller- (Tétat comte de Laborde, gouverneur, au nom de Buonaparte, des 11, i 3 et 2a* divisions militairés.

Mon général ,

J'ai l’honneur de recevoir à l'instant votre

lettre du 19 courant, laquelle me prescrit le mouvement à faire de concert avec le i 5 ‘ régiment.

M. le colonel Vavasseur, avec lequel je viens de conférer, pense, ainsi que moi , qu'actuellement notre mouvement sur Napoléon ne peut avoir lieu sans nous exposer aux inconvéniens les plus graves. Mortagne, les Herbiers, les Quatre-Chemins et les Essarts, par où nous devions passer, sont occupés par des bandes trèsnombreuses , dit-on , qui ont beaucoup d’avan-> tages par la situation des lieux : sur noire droite, TifiTauges est occupé par une bande ; sur notre gauche, Saint-Aubin et les Aubiers ont leur bande ; sur nos derrières , Jalais est aussi oc-* cupé par la sienne. En général, tout le pays est insurgé ; et , pour peu que nous fassions un pas en avant , notre situation devient plus critique , car la position de Chollet, qui n’oâre aucua avantage , deviendra inoccupable faute de pain , puisque nous sommes obligés d'attendre pour la distribution journalière.

Vous n'ignorez sans doute pas , mon général, que la garnison de Chemillé s’en est retirée hier au soir; ce dont nous sommes certains, puisqu’un détachement du 1 5 ®, qui y est arrivé hier à dix heures du soir, n’y a trouvé personne , et a

<lii rétrograder de suite. D’après toutes ces considérations, M. le colonel du 1 5 ® et moi, sommes convenus de rester ici , ainsi que vous nous en donnez la latitude, et nous ajoutons à nos observations , que mon régiment a peu de cartou^ ches et point de pierres .

Nous ignorons l’un et l’autre où peut être le général Travot, duquel nous n’avons reçu aucun ordre, toutes les communications étant interceptées avec soin.

Ce n’est qu’hier que j’ai été à même de vous adresser mon rapport sur l'engagement qu’a eu mon régiment le 17 aux Echaubroignes : j’avais cependant adressé le 18 deux billets au colonel du 1 5 ®, qui les a reçus , et qui m’assure vous avoir fait part du contenu.

Ün de mes blessés, qui était resté au pouvoir des royalistes, et qui a été ramené ici par un détachement du i 5 ®, qui, le 18, cherchait à communiquer avec moi , m’assure que la force de l’ennemi était au moins de cinq mille hommes, dont deux mille entraient à Maulevrier à l’instant de ma sortie ; le reste , divisé en une forte colonne sur la gauche des Echaubroignes , une colonne sur la droite dudit bourg, et enfin occupait les maisons de ce même bourg. Il me parait, d’après ces dispositions, que l’ennemi vou-

lait me forcer à rétrograder sur Maulevrier, qui offre une position avantageuse, où j'aurais été assailli par deux mille hommes qui s’en étaient emparés. Je conclus donc que, si je n'avais pas traversé franchement le bourg des Echaubroignes, mon régiment se serait trouvé dans un embarras extrême , et que sa perte eût pu être énorme; tandis qu’un habitant venu ici ce matin du lieu où s’est donné le combat, assure qu'à l’instant où je traversai le bourg, il y eut un mouvement de désordre parmi les royalistes, qui se rallièrent cependant, et qui me suivirent jusqu’à l'instant où, ayant pris position, je les forçai définitivement à la retraite.

On va jusqu’à dire ici que leur perte est de quatre cents hommes , ce que je crois exagéré.

Présumant que mon rapport d’hier vous est parvenu, je ne vous entretiens pas des motiià puissans qui m’ont déterminé à me retirer hier au soir ici.

J’ai l'honneur d’être , etc.

Le colonel du 26* régiment ,

Signé M. Prévost.

P. S. Je no connais point encore l’ancienneté du colonel du i 5 *; la mienne date du 17 novembre i8ii.

Copie diune lettre écrite par M. le Faoasscur, colonel (lu de ligne, à M. le lieutenant-gé- ^ fiéral comte de LabonIe%

Chollet, le 20 mai i8i5.

Je reçois à l’insfanl votre lettre du 19 courant, et jai remis à M. le colonel Prévost, qui m’a rejoint hier ici, celle à son adresse : nous n’avions encore reçu ni l’un ni l’autre d’ordre de M. le lieutenant-général Travot.

D’après les rapports que j’ai eu l’honneur do vous adresser le 1 8 et le 19, et celui de M. le colonel Prévost, vous auriez cru que nous nous trouvions ici dans une position difficile, et tous les jours à la veille d’être attaqués par des partis que l'on assure être très-jiombreux. J’avais envoyé hier a Chemillé un détachement pour correspondre avec l’officier qui commandait, et en même temps porter deux lettres à votre adresse; lune de M. le colonel Prévost, et l’autre de moi : on n’y a plus trouvé personne. Les troupes qui y étaient en venaient de partir il y avait environ une heure, et l’on ne savait pas pourquoi : les lettres ont été remises à l’adjoint, qui a promis de vous les faire passer.

Nous nous sommes concertés, M. le colonel Prévost et moi, sur le mouvement que vous donnez l’ordre d’exécuter, et nous avons pensé qu’il était impossible de l’exécuter dans ce moment, et que l’ordre arrivait trop tard. Nous avons devant nous , tant sur la route de Napoléon que sur celles de Nantes et Beaupréau, des rassemblemens considérables. Le plus nombreux se trouve aux Quatre-Chemins , où il y a beaucoup de royalistes ; sur la route de Napoléon, ils occupent de très-belles positions; Mortagne, les Herbiers, les Quatre-Chemins et les Essarts : nous aurions alors quatre aiTaires à soutenir, et nous pourrions y perdre beaucoup de monde :

si nous venions à échouer et à ne pouvoir passer, notre retraite sur Chollet serait sans doute coupée , parce que le parti qui se trouve à dallais viendrait occuper cette ville , ainsi que celui qui est du côté de Cheinillé, qui a été abandonné hier. Puisque vous nous accordez 1a latitude de faire ce mouvement, ou de ne pas l’exécuter si nous entrevoyons des obstacles , nous avons jugé que nous devions rester ici, d’autant plus que les rapports font présumer (pi’il s’est porté des partis sur Saint-Gilles et sur Napoléon, et que nous y arriverions trop tard. Nous ne savons pas comment nous vivrons ici.

si nous y restons davantage : h pain est pres~ qu assuré pour demain; mais nous ne sommes pas certains d*en avoir après-demain. Toutes nos communications avec vous sont occupées , depuis sur-tout l’évacuation de Chemillé, et P on prétend que, de ce côté, M . d’ Autichamp a dix-huit mille hommes. Si nous étions attaqués ici par des forces supérieures, et obligés de nous retirer, nous trouverions sans doute notre retraite coupée, soit sur Angers , soit sur Sauniur, par les partis qui sont du côté de Chemillé. Si l’on ne nous envoie pas promptement des troupes, il conviendrait peut-être de nous rapprocher d’Angers et de Saumur, pour couvrir ces deux villes. '

M. le colonel Prévost vous parle d’une chose essentielle dont il a besoin, et que Pon ne peut pas se procurer ici.

II n’y a plus de correspondance de gendarmerie par Chemillé et par Vihiers ; il n'est pas très-sûr d’y envoyer peu de monde; ainsi il sera fort difficile de correspondre avec vous par cette voie; il n’est point aisé de trouver des gens qui veuillent se charger de porter des lettres. Nous sommes fort mal servis par les habitans du pays^ et l’on ne peut pas même être instruit par eux des mouvemens de l'ennemi.

J’ai fait par tir ce malin un détachement pour

le Mai , où l’on m’a dit qu’il y avait un rassemblement : il n’est point encore revenu.

J’ai l’honneur d’être, mon général, avec la considération la plus distinguée ,

Le colonel du 1 5^ de ligne ,

Signé F. LE Vavasseür.

Nota. Dans son Mémoire au Roi , M. d’Autichamp annonce avoir intercepté les deux lettres qui précèdent, et dont il donne copie à la fin de ce Mémoire : il ne dit pas un mot de l’avantage qu’il aurait pu en tirer pour attaquer l’ennemi à Chollet, ou le harceler dans sa retraite; il se contente de parler de ses marches et contremarches qui l’ont forcé à évacuer le pays.

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