‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée en 1815Chapitre 22 sur 26 · Les individus qui ont des talens, et le désir · texte numérisé non relu

Les individus qui ont des talens, et le désir

de servir la pairie et l’empereur, seront admis aux places , aux mêmes conditions que tous les citoyens français. ‘

9- (i) L’empereur voulant reconnaître les services de ceux qui, dans cette circonstance, contribuent h la paoifîcation-d’une contrée livréa à tous les malheurs d’une guerre civile, a autorisé ses ministres de la guerre et de la police à lur présenter un rapport sur les récompenses et pensions à accorder.

10. Immédiatement après la signature de la pacification , il sera envoyé des officiers pour la faire connaître, et y proclamer les lois et actes du gouvernement.

1 1 . L’empereur s’en rapporte à la loyauté des signataires de la présente pacification , pour la remise des armes et des munitions qui ont été débarquées sur nos côtes.

Signé le maréchal prince d’Ecrmulh.

Si les deux lettres et le traité qu’on vient de

(i] Il est écrit en marge de cet article, croité sur l’original ( envoyé au général Lamarque, et qu’il reçut le 9 juin, comme il l’annonce dam son Mémoire adressé aa Roi ) :

<• ^ supprimer de la demande de JUJIf. de Jffalarlic , « Flavigny et la Béraudière. »

Signé le duc D’OraaiiT».

lire ne prouraient pas suffisamment que ces articles ont été arrêtés et rédigés dans la Vendée par les négociateurs , d’accord avec quelques généraux, la note de Fouché, duc d'Olrante, qui rejette l’art. 9, détruirait tous les doutes (1). £t ces lettres et ce traité ne sont -ils pas des faits qui expliquent les causes de l’arrêté de Falleron, du 3i mai?

Que M. d’Autichamp dise tant qu'il voudra tjue la couleur qu’on a donnée à la résolution prise par cet arrêté est si extraordinaire, quon est forcé de convenir quil entre un peu d’extravagance dans sa composition (a) , je ne m’y oppose pas ; je consens même à ce qu’il me range au nombre des extravagans , et que , pour preuve de ma folie , il présente le billet que j’ai tracé à la hâte pour annoncer qu’une infâme défection est accomplie (3). Mais ce que je ne puis avouer, c’est

(i) Si cependant on Tonlait en savoir d’avantage, on pourra consulter l'ouvMge inôtaté t Mémoire relatif à t'armée royale du Maine ou de ta Sarthe, et pays adjacent, par le général comte d’Ambrugeac. (Chez Lenormant, rue de Seine, i8i6). Cet ouvrage donne, page 20 , des observations trés-curieuses sur la relation que M. de Matartic a donnée lui-même, sur la mission dont il a été chargé dans l’Ouest , en i8i5.

(a) V^ei pages 8o et 8i des Mémoires précités- (3) Idem, page 8t.

qu'aveuglé par une injuste prévention, j’ai rejeté les justes causes Je cet évènement. Ces causes m’étaient connues ; je les publie, et je laisse au lecteur le soin de prononcer entre M. d’Autichamp et moi.

Je n’entreprendrai point de réfuter les nombreuses critiques auxquelles il se Tivre sur les opérations de M. de la Rochejaquelein ; les dispositions faites par ce général et l’ordre du i" juin, envoyé à M. d’Autichamp, détruisent tout ce qu’il dit (i).

Dans la 3* partie de ses Mémoires , M. d’Autichamp nous donne, en débutant, les extraits de la correspondance de M. de Siizannet (a) ; et du contenu de cette correspondance , il eq tire sa conclusion favorite , (jite M. le marquis de la Rochejaquelein , entraîné par une impatience irréfléchie, agissait sans mesure, comme sans discernement, poussé par un état-major qui donnait des ordres sans penser à notre situation.

Je n’entreprendrai pas non plus de réfuter M. d’Autichamp sur tout ce qu’il dit relativement à la destitution prononcée par le général en chef contre trois généraux de l’armée (3)

(i) Voyez mes Mémoires, pages iio et suirantes.

(a) Voyez pages 88 , 89 , 90 et 91 des Mémoires précités^ ( 3 } idemi page ga. •;

Cet acte est pleinement justî6é par les motifs qui l’ont dicté (i). Personne, dans la Vendée comme ailleurs, ne croira qu’il est permis de ne pas obéir quand on a reçu des ordres , et que celui qui avait le pouvoir de les donner, n’a pas le droit de punir les contrevenans , lors même que leur désobéissance peut entraîner la perte de tout un pays. On ne se serait certainement pas douté , si M. d'Autichamp ne nous l’apprenait , que le Code militaire de la Vendée autorise la désobéissance.

Ce général nous raconte comment il chassa le général Brayer de Chemillé et de Pont-Barré, et comment il apprit la mort du général en chef. Il nous' donne l’ordre du jour qu’il publia sur cet évènement (a). Il nous dit ensuite qu’il envoya quinze cents hommes, sous les ordres du marquis de la Bretesche , pour renforcer M. de Suzanne! ; comment M. de la Bretesche ramena ses troupes en Anjou , et que ce retour eut pour motif le licenciement des corps de Sapinaud , Suzanne! et de Duchaffault, etc. , etc. Tout cela étant d’un mince intérêt, je ne m’y arrêterai pas.

(i) Voyez Pièces justificatives de mes Mémoires, n* IX. (a) Voyez mes Mémoires , page 287, 011 je dis pourquoi M- d’Autichamp fit cet ordre du jour, que je donne, Pièces justificatives , n° XVII.

( 4io )

Je passe aux ordres qui furent donnés par M. de Sapinaud , auquel le commandement général avait été confié dans le conseil de guerre qui fut tenu à Montfaucon, le lo mai.

Le premier de ces ordres est du 12 (i). Le but que se proposait le général en chef, en le donnant, est expliqué dans l’ordre même.

Le second est du i 3 , et change les dispositions du premier; celui-ci avait été donné dans l’ignorance où l’on était des mouvemens de l’ennemi , et sur des avis qu’on avait eus qu’il ne se mettrait en campagne que quand il aurait reçu des renforts. Comme on supposait que ces renforts n’arriveraient que vers la fin du mois, on avait calculé qu’on aurait le temps de retirer les armes et les munitions qui étaient déposées dans le Marais , dans l’inteiYalle qui s’écoulait du 18 au 34. Mais lorsqu’on apprit positivement que le général Travot s’était porté sur le Marais, qu’il avait disséminé ses forces sur les points qui l’entourent, et l’avait sommé de rendre les armes et les munitions dans cinq jours , sous peine d’être inondé, il fallut prendre d’autres mesures.

C’est ce qui provoqua l’ordre du i 3 . Je laisse

(t) Voyez page io3 des Mémoires précités.

M. d’Autichamp discuter ces deux ordres, et en tirer toutes les conséquences qu’il voudra. Pour toute réponse, je renvoie le lecteur à la partie de mes Mémoires où je rends compte de tout cela. Je ne le suivrai pas davantage dans le reste de ca narration ; tous les faits sont présentés et discutés à fond dans mon ou\Tage , et je ne ferais que répéter ce que j’ai déjà dit.

Le lecteur aura remarqué d'abord , en lisant les Mémoires de M. d’Âutichamp , que ce général s’est occupé exclusivement de se justifier des reproches que les ouvrages de MM. d’Ambrugeac, Duchatfault, de Beauchamp et Jagault , mettaient en droit de lui faire , au lieu d'écrire , comme son livre l’annonce, l’histoire de la campagne de i8i5.

Les trois premiers ont fait imprimer (i) ce qu’ils ont vu ou ce qu’ils ont su de cette campagne ; et on peut juger si ce général réfute victorieusement leurs assertions.

(i) Mémoire relatif à l’armée royale du Mtdne ou de la Sarthe, et pays ad/acens, etc.

Deux relations de H. le comte Gabriel Duchaffault ; la première, à Paris, chez J. G. Dentu ,1816; la seconda, à Bourbon-Vendée, chez Ferré, 1816. Histoire des campagnes de 1814 et i 8 i 5 , seconde partie, par Alphonse de Beauchamp. Paris, Lenonsaiit, 1817.

Qu’un homme accusé ostensiblement par un ou plusieurs ouvrages imprimés , repousse l’agression par le même moyen , c’est une chose toute naturelle ; mais que cet homme , dans sa défense publique, réponde à des attaques qui ne sont connues que dans les salons de la capitale et dans quelques provinces, il me semble qu’il commet une maladresse; car toutes bonnes que puissent paraître ses raisons contre des assertions inconnues, on ne peut lêS juger. Il aurait donc été à désirer que M. d’Autichamp ne se fût pas borné à extraire quelques passages isolés , du rapport adressé au Roi par M. l’abbé Jagault, et qu’il l’eût fait imprimer en entier; chacun alors aurait pu apprécier le mérite de scs réfutations.

Une autre remarque , que je ne puis me dispenser de faire avant de conclure , et que feront tous ceux qui liront attentivement les Mémoires de M. d’Autichamp , c’est que ce général , tout en faisant l’éloge de M. de Suzanne! , tout en disant qu’il était son ancien et intime ami, tout en se déclarant le défenseur de sa mémoire, n’en publie pas moins , pour servir à sa propre justification , les fragmens de la correspondance de son ancien compagnon d’armes, sans s'inquiéter si ce qu’ils contiennent peut nuire à cet ami. 11 est

certain qu’un ennemi de M. de Suzannet n'aurait pu user d’un plus sûr moyen pour le difiamer.

Si, dans mes Mémoires, j’ai été obligé de signaler les fautes de M. de Suzannet, c’est que je n’ai pu faire autrement sans nuire à la vérité, et parce qu’elles tenaient essentiellement aux faits dont j’avais à rendre compte. J’aime ti croire que ces fautes, quelque graves qu’en aient été les conséquences , ont pris leur source moins dans les dispositions de son cœur que dans la situation dans laquelle il s’est trouvé. En effet, il voyait, d’un côté , M. d’Autichamp qui n’agissait pas , et qui semblait s’isoler du reste de l’armée vendéenne; de l’autre, M. de la Rochejaquelein , qui ne voulait pas perdre un seul moment, et dans l’expérience duquel il n’avait peut-être pas une entière confiance. Enfin, d’un autre côté, des négociateurs qui pressaient un accommodement; tout cela devait jeter beaucoup d’irrésolution dans une tête qui n’était pas assez forte. Pour se tirer d’embarras , il suivit les négociations, sans prévoir les malheurs qu'elles devaient entraîner. Si la mort glorieuse de l’infortuné Suzannet n'efface pas tous ses torts,. elle doit les faire oublier, et, plus que personne, M. d’Autichamp n’aurait pas dû les rappeler, par toutes ses citations.

J’ai suivi M. d’Autichamp dans les trois parties de son livre , en me bornant à répondre à ce qui m’a paru le plus essentiel. Je terminerai en renfermant les évènemens de la Vendée en i8i5, dans les trois époques suivantes :

La première est celle où Mgr. le duc de Bourbon voulait opposer la Vendée à Buonaparte. Si le lecteur a suivi avec attention les développemens que je donne dans mes Mémoires, et ceux que M. d’Autichamp donne lui-même dans les siens, sur les faits de cette époque, il sera bien convaincu , sans doute , qu’avec plus de tête et de caractère , le général d’Autichamp, en secondant un prince du sang, pouvait rendre les plus grands services , et qu’il aurait peut-être contribué puissamment à sauver la France :

La seconde comprend les évènemens qui ont eu lieu depuis le 1 5 mai , jour de l’insurrection générale, jusqu’à la défection de Falleron. Le plus important et le plus funeste de tous ceux dè cette seconde époque , est l’arrivée des négociateurs envoyés par Fouché près des chefs vendéens. Il est impossible de ne pas voir clairement que l’arrêté de Falleron, le mouvement rétrograde des i**’, a* et 3* corps d’armée qui en fut la conséquence immédiate, la mort du brave marquis de la Rochejaquelein et la ruine

du parti royaliste dans la Vendée , ont été les tristes conséquences de ces négociations (i) : La troisième et dernière époque se rattache à la seconde , dont elle est la suite naturelle; car, s’il n’y avait pas eu de négociations, il n’y aurait pas eu de traité.

(i) MM. de Malartic , de la Béraudière et de Flavigny, accusés , même par M. d’Autichamp , ont-ils pu seuls paralyser la Vendée en i8i5^ Les faits prouvent que non. Il est évident , au contraire , que si les généraux auxquels ils se sont adressés comme négociateurs, les avaient repoussés , ils se seraient retirés. On dit même qu’après les premières ouvertures sur l’objet de leur mission , ces messieurs avaient déclaré qu’ils ne s’en étaient chargés que dans l’intérêt de la cause royale , et que si cet intérêt , qui devait l’emporter sur tous les autres , pouvait être compromis par l’effet de leurs négociations , ils y renonceraient pour rentrer dans les rangs des royalistes. Si ce fait est vrai, MM. de Malartic, de la Béraudière et de Flavigny seraient excusables, et on pourrait les plaindre d’avoir été trompés par le rusé ministre de la police , et d’avoir trouvé des généraux qui ont justifié leur erreur, en la partageant.

Pour leur propre intérêt , comme pour celui de la justice , MM. de Malartic , de la Béraudière et de Flavigny ne sauraient garder plus long-temps le silence. C’est en vaiit que l’on cache la vérité : l’histoire impartiale et sévère, qui juge les évènemens et les hommes, la retrouve toujours.

fIM BK l’aWENDICE.

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