AVANT-PROPOS
L’objet de ces Mémoires est de faire connaître la campagne des Vendéens en i8i5, et d’exposer la suite des évènemens qui ont empêché les départemens de I Ouest de contribuer d’une manière plus active qu’ils ne l’ont fait à la seconde restauration.
Je crois devoir parler dans cet avant-propos des motifs qui m’ont détermine, dans la position où nous sommes , à publier la vérité :
ils sont puissans ces motifs ; leur source vient de la conscience , de * l’honneur et du désir de servir le Roi et la France.
Tout le monde sait qu’à l’époque de l’arrivée de Buonaparte à Paris, Mgr. le duc de Bourbon se trouvait dans la Vendée, qu’il a quittée subitement pour passer à l étranger. Mais quelles furent les^
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causes de ce départ? C’est ce qui est ignoré du plus grand nombre.
Quelques-uns l’ont attribué au refus qu’auraient fait les habitans de l’Ouest de prendre les armes :
c’est un bruit que l’usurpateur luimême a cherché à accréditer dans les journaux du temps. On a dit que le souvenir des malheurs que la première guerre avait attirés sur leur pays, avait arrêté les Vendéens, et (]^u’ils n’avaient pas voulu s’exposer a recevoir une Seconde fois une si terrible leçon. D’autres ont donné à entendre que Mgr, le duc de Bourbon, redoutant une guerre dont les chances lui paraissaient extrêmement incertaines , ' avait de son propre mouvement abandonné le projet de faire lever les Vendéens, et ordonné qu’on se soumît.
Ces absurdités ont été propagées avec la plus grande adresse par ceux qui y étaient intéressés , et elles furent recueillies par beaucoup de ceux qui cherenaient la
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vérité sans pouvoir la trouver. Et comment en aurait -il été autrement? Les ennemis seuls avaient parlé !
Les braves Vendéens m’ont admis, dans leurs rangs, et m’ont honoré de leur confiance ; je saurai la mériter jusqu’au bout de ma carrière. Pour leur honneur et pour le mien , pour celui de la cause sacrée quils détendaient, j’appelle l’attention du lecteur sur les causes des évènemens qui ont eu lieu dans leur noble pays. Moi, général français, je prétends que ce serait me rendre coupable en^ vers mon Roi et mon pajs que de ne pas publier ce dont j’ai été témoin. J ai vu le dévoûment d’une foule de Français olfrant leurs bras aux chefs qui les appelaient aux armes de la part du Iloi ; et j’ai vu les subtilités et les moyens employés pourenchaînerleurcourage. Il est plus important qu^n le croit peut-être aujourd’hui, 'de les faire connaître ces moyens : ils
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sont du domaine de l’histoire; ils appartiennent aussi à tousi les hommes d’Etat qui sauront en saisir les résultats, et les comparer.
Le lecteur sera peut-être étonné de voir certains noms figurer ici d’une manière peu digne de la réputation qu’ils avaient. Ma tâche, sous ce rapport, ne pouvait être plus pénible ; mais j’ai dû être vrai. Pour ne blesser personne , il eût fallu se taire , et laisser ainsi peser sur la Vendée le soupçon injurieux quelle n’avait pas fait son devoir. Ce silence, je 1 avoue, eût. sauvé la gloire de quelques hommes ; mais fallait-il leur sacrifier celle du petit-fils du Grand- Condé.^ Fallait- il leur immoler l’honneur de la France, en ne déraentantpas solennellement ce que Buonaparte et ses adhérens ont dit et répété tant de fois, ,que la Ijpipillc des Bourbons était repousr sée.par la voix presijue unanime des Français? FallaU-il dire que
les Vendéens, pénétrés de reconnaissance pour les bienfaits de r usurpateur, s’étaient ralliés à sa cause , et avaient abandonné celle du Roi? Fallait -il enfin laisser croii*e à l’Europe que, sans son intervention, le Roi de France était dans l’impuissance de sauver la monarchie par le secours de ses sujets fidèles , et perpétuer ainsi une erreur qui a fait si longtemps le triomphe des ennemis de la légitimité, et qui, en dernière analyse, a rendu la France tributaire ?
Ces Mémoires n’étant consacrés qu’à la rive gauche de la Loire, je n’ai pu parler de ce qui s’est passé sur la rive droite. Les braves royalistes de lune et l autre rive ont eu le même zèle , le même dévoûment , et ils ont éprouvé les mêmes effets, des moyens employés pour paralyser leurs efforts.
Il me reste à réclamer 1 indulgence du public pour le style de ces Mémoues. Peut-être me blà-
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mera-t-on d'avoir coupé la narration par des réflexions longues et fréquentes. Je souscris d’avance au jugement du lecteur ; mais je le prie a observer que, parmi les faits que je raconte , il en est dont les conséquences ne s’aperçoivent pas au premier coup-d’œil, et que d’autres ont besoin d’être éclaircis et discutés avec d’autant plus de soin,'(|u’on a cherché davantage k en dénaturer les causes ou à eh dissimuler les résultats.
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