‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée en 1815Chapitre 6 sur 26 · XXV · texte numérisé non relu

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par celle de Soulans à Rié , Sainfe-Hilaire-de-Rié et Sainte-Croix-de-Vic. Cette dernière ligne est couverte , parallèlement au sud , par la petite rivière de Vie.

Le Marais peut mettre quinze ou dix-huit cents hommes sous les armes. Ce pays n’est praticable que pour ceux qui l'habitent. Il est coupé par des fossés ou canaux de dix-huit , vingt , et jusqu’à vingt-quatre pieds de large, qui entourent des champs de blés et de fèves , ou des pâ- t turages. Ces fossés sont toujours pleins d'eau.

Ou pénètre dans ce pays par des chemins assez étroits, qui, l’hiver, ne sont pas viables.

Les grains , les fourrages et autres récoltes , se transportent sur des petits bateaux qu’on appelle nioUes. Pour passer d'un champ dans un autre , les Maréchains (c’est ainsi qu'on nomme les habitans du Marais) ^e servent d’un grand bâton connu sous le nom de ninglc; à l’aide de cet instrument, ils sautent les canaux les plus larges.

Dès que l’ennemi se présente pour pénétrer dans le pays, on sonne la corne, gros coquillage de mer, dont le son se fait entendre de trèsloin. A ce signal, chaque Maréchain sort de sa chaumière , armé de sa ningle et de son fusil.

Dans un instant, vous les voyez arriver de toutes

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parts; ils se portent vers l’ennemi, qui tente de franchir la chaussée, l’assaillent, et font pleuvoir sur lui une grêle de balles.

Les Maréchains sont e.xcellens tireurs ; il est rare qu’à deux cents pas ils ne tuent ou ne blessent (i).

Le soldat vendéen , soit du Bocage, soit du Marais , est brave jusqu’à la témérité ; il a la vigueur du lion; mais, par un contraste assez bizarre, il devient quelquefois timnle. Il est inquiet et soupçonneux; il craint toujours d’être trahi. Son courage s’élève ou s’abat selon la contenance de ses chefs. S’il croit apercevoir quelques traces d'inquiétudes sur leur figure , le découragement se communique dans toute l’armée avec la rapidité de l’étincelle électrique; alors la marche se ralentit, les groupes se forment, et l’on délibère si l’on ira plus loin. Si, dans une pareille circonstance, l’ennemi se présentait, l'armée, quelque nombreuse qu’elle fût, prendrait la fuite.

Lorsque vous vous apercevez de cette hésitation,: parcourez la colonne, chantez, riez, bu-

(i),J’ai TU, au combat de SainterCroix-de-Vic, un Ma-

rëchain tuer un soldat à plus de trois cents pas-, il en arail i

dëjà tué deux à la même distance

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Vez dans gourde du soldat; présentez-lul du tabac; faites-luî des contes qui l'amusent. Parlez à celui-ci de ses exploits ; à celui-là de sa bravoure; à cet autre de sa famille; caressez surtout le chef de la paroisse : avec ces moyens > employés adroitement et sans affectation , dans un instant tout est changé; d’une armée d’hommes irrésolus que vous aviez tout-à-l’heure , vous en faites une armée de héros. »

Si vous voulez conduire une armée vendéenne à plusieurs journées de marche de son pays, et la retenir sous tes armes le temps nécessaire pour mener à fin l’opération que vous projetez» mettez les soldats xlans votre confidence ; montrez-teur le but que vous vous proposez d’atteindre, et l’utilité de l’expédition ; sur-tout ne les trompez pas : autrement vous perdriez leur confiance sans retour. Ne laissez jamais entrevoir d’incertitude , vous pouvez être assuré que personne ne vous quittera.

Une confidence de cette espèce , qu’il serait dangereux de faire à toute autre armée, est sans danger dans celle-ci. Ne craignez pas que votre secret soit dévoilé. Un Vendéen pris par l’ennemi , et interrogé sur les mouvemens de l’armée , restera muet ; la menace des tourmens , l'appareil même de la mort n’ébranleront pas sa

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fidélité ; il recevra le coup mortel , et emportera dans le ciel le secret qui lui a été confié , laissant à ses compagnons d'armes le soin de le venger.

Quand , dans la Vendée militaire , que nous venons de faire connaître, on veut faire une insurrection , les généraux parcourent le pays et s’abouchent avec les hommes influens de chaque canton ; ceux-ci parlent aux capitaines de paroisse; ces derniers se transportent chez les fermiers et chez les métayers, les préviennent , et , de proche en proche , on se dit qu’il faut dérouiller les fusils. Ces mots suffisent ; on sait ce que cela veut dire. On se prépare dans le silence et dans le secret. Quelques jours avant l’insurrection générale, on débute par quelques petites hostilités, qu’engagent des jeunes gens attroupés sur tous les points, par bandes de quinze à vingt hommes , sous les ordres de l'un d’eux , qu’ils ont choisi pour chef. Cela s’appelle chouanlier. Ces Chouans se portent la nuit ou le jour, mais plus souvent la nuit , chez les gens suspects ; ils les désarment et s’emparent de la poudre, .ainsi que des autres munitions qu’ils trouvent chez eux. Ils préludent par de petites actions contre la gendarmerie , qu’ils ont en horreur. Alors , tous ceux du parti contraire

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commencent à emballer leurs meubles» et lei font transporter hors la frontière : eux-mêmes quittent le pays. Ces déplacemens de meubles et d'efiFets, ces émigrations se font sous les yeux des Vendéens , qui n'y mettent aucun obstacle , quoiqu’ils sachent que quelques-uns de ceux qui s’enfuient ainsi prendront les armes contre eux , ou serviront de guides à l’ennemi pour l’introduire dans le pays. Le nombre de ces émigrans peut s’élever, dans toute la Vendée militaire, à douze ou quinze cents hommes.

Le moment de l’insurrection générale approchant, on fixe le jour et l’heure. Les divisionnaires se rendent à leur poste ; l'ordre est donné par-tout; le tocsin sonne dans toutes les paroisses ; chacun prend ses armes ; les compagnies se réunissent sous les ordres des capitaines , qui les conduisent au rendez-vous assigné par le divisionnaire : celui-ci à son tour conduit sa division au rendez-vous général du corps d’armée. Douze heures sufiisent pour toute cette opération (i).

(i) Si, le i5 de mai i8i5, un royageur, parti de Saumur pour se rendre à la Rochelle , eût pu franchir la distance qui sépare ces deux villes dans quatre heures de témps, en traversant toute la Vendée militaire; si, arrivé à la Rochelle à midi , on l’eût intertogé sur la situation du pays

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