‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée en 1815Chapitre 7 sur 26 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

- C»ne sont pas les chefs qui assignent le rang des paroisses dans la colonne en marche.

Telle paroisse marche toujours la- première, parce que depuis long-temps elle a été reconnue pour une des plus braves.

Personne ne manque au rendez-vous.

La levée de boucliers faite , le pays est régi militairement. L’action de toute administration qui n’a point trait à l’armée, est suspendue. Des commissaires aux vivres sont nommés dans chaque paroisse ; ils sont chargés de fournir à tous les besoins du soldat 5 ils reçoivent à cet égard des ordres de l’ordonnateur de chaque corps d’armée. L'intendant -général régularise tout. Des commissaires sont également nommés dans chaque paroisse, pour distribuer des secours aux

qu’il venait de parcourir, il aurait pu assurer que tout était parfaitement tranquille, et que rien ne présageait un soulèvement.

Mais qu’un autre fût parti, quatre heures plus tard, du même point, pour la même destination, et eût parcouru la môme distance dans le même espace de temps-, interrogé

comme le premier sur la situation de la Vendée , il annut

pu répondre que tout était en armes.

Malgré des résultats si opposés, les rapports de l’un et de l’autre auraient été exactement vrais; car, le matin du j5 mai , la Vendée présentait l’aspec^ le plus calme; mais, quelques heures pjns tard , tout était debout , et l’étendard des lis flottait sut tous les clochers.

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familles indigentes, aux veuves et aux blessés. Il n’y a point d’ambulance ni d’hôpitaux pour recevoir les blessés, qui sont visités dans leurs maisons ou dans des fermes par les chirurgiens du pays ; ceux-ci mettent le plus grand zèle à leur prodiguer les soins qu’exigent leurs blessures.

C’est sur-tout quand il faut fournir des vivres à l’armée , que se montrent le désintéressement et le dévoûment sans bornes des braves Vendéens. Rien ne leur coûte lorsqu’il s’agit du Roi. Le nom du Roi est un mot magique pouc lequel ils s’imposent avec joie les plus grandes privations. Vies , fortunes , affections particulières, tout est prodigué pour lui. Les fermiers, les métayers et les propriétaires fournissent le pain , la viande , les fourrages et les charrois. Les vieillards et les enfans conduisent les charrettes. Tout est en mouvement. Tous partagent les mêmes sentimens ; tous veulent prendre part à la guerre.

On ne réunit jamais l’armée que pour l’exécution d’un projet arrêté d’avance. Le rassemblement fait , elle se met en mouvement ; dans sa marche , elle n’a pas besoin d’éclaireurs-flanqueurs pour éviter les surprises. Les femmes, les enfans, tout veille j et à la moindre décou-

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verte, on court en toute hâte en prévenir lA chefs. Des hommes à cheval précèdent toujours la colonne d’une lieue ; s’ils aperçoivent l’ennemi , un ou deux se détachent pour en venir donner avis. Aux cris de voilà les bleus (i) , le commandant en chef et tous tes officiers parcourent la colonne, et font ce seul commandemelit ; En avant les gas , voilà les bleus. C’est alors que, livrés à leur propre intelligence, les chefs de paroisses, à la tête de leurs compagnies , se répandent à droite et à gauche , et à la faveur des haies et des broussailles qui couvrent leur» mouvemens , tombent à l’improviste sur l’ennemi et l’entourent de toutes parts. L’attaque est brusque et vive. Une grêle de balles pleut sur lui ; il est atteint san^ voir celui qui l’a frappé ; souvent il est étourdi de cette impétuosité , et ne sait de quel côté se diriger. S’il est engagé dans le Bocage , ne pouvant prendre de position ni se déployer, il sera inévitablement vaincu. Comme ses masses offrent beaucoup de prises , elles sont assaillies par un essaim de tirailleurs qui lui font éprouver d’autant plus rie perles, que le soldat vendéen ne lire jamais sans ajuster.

(i) C’est ainsi que le Vendéen appelle les soldats de ligne.

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Dans une pareille situation , si l’ennemi détache des tirailleurs , il peut être certain d’avance qu'il ne les reverra plus. Ce sont autant de victimes envoyées à la mort. Le paysan vendéen ne craint point le tirailleur de la ligne ; il le laisse approcher à trente ou quarante pas 3 persuadé que son adversaire n’ajuste pas , il essuie son feu 3 c’est alors que la vie du malheureux tirailleur est compromise; le Vendéen vise , le tue , et s’empare de ses armes et dé ses cartouches. On croira peut-être que le fusil dont il vient de faire la conquête l’embarrasse? non ; il y a toujours dans les troupes vendéennes un grand nombre d'hommes armés de bâtons qui se mêlent aux tirailleurs pour aller chercher des armes. J’ai vu de ces bâtonniers intrépides désarmer et faire prisonniers des grenadiers.

Une armée vendéenne n’a jamais de réserve.

Tous attaquent simultanément. C’est un grand vice sans doute que celui-là ; mais d'après l’organisation qui a existé jusqu’ici , il est impos- ^ sible qu’il en soit autrement. Chacun agissant pour ainsi dire d’après lui-même , ne connaît d’autre guide dans l'action que sa bravoure et sa volonté : il est très-difficile aux chefs de diriger cette troupe en présence de l’ennemi.

Si l’ennemi se relire devant une pareille ar-

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jnée , celle-ci le poursuit avec opiniâtreté ; on ne peut alors la retenir ni même la modérer. Son impétuosité devient souvent funeste au succès de l’entreprise ; car si l’ennemi trouve enfin une belle position, et qu’il y tienne ferme, le Vendéen s’arrête, son ardeur se. ralentit, et quelquefois il prend la fuite à son tour. Mais cette retraite , qu’il appelle la déroute ( et c’en est une véritable) , n’a jamais de suites fâcheuses. Dans un clin-d’œil , il n’y a plus d’armée ; chaque soldat se retire et retourne chez soi , par le chemin le plus court, à travers les champs. Ces hommes sont extrêmement robustes et d’une agilité surprenante ; ils franchissent les haies comme des chevreuils, ot mettent, en peu de minutes, un grand espace entr’eux et l’ennemi. Malheur à celui-ci , si , fier de sa victoire , il persiste à continuer sa marche , et à pénétrer dans le pays ; il pourra, à la vérité, le faire impunément pendant deux jours, mais il est presque certain que, le troisième jour, il aura rm nouveau combat à essuyer; et comme il perd toujours beaucoup de monde, il faut qu’à la fin il succombe.

La place de bataille des officiers qui serrent dans les armées vendéennes, est à la première ligne des tirailleurs, souvent même en avant de ceux-ci. Cette manière de faire n’est pas sans

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