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danger pour les chefs. Toujours à cheval, ils sont plus en vue de l’ennemi , et lui servent de point de mire. Aussi perd-on beaucoup d’officiers. Une méprise peut les exposer à être tués par leurs propres soldats. Ce malheur cependant n’arrive que très-rareipent.
Les armées vendéennes se gardent fort mal , ou , pour mieux dire , ne sp gardent pas. Ce sont les officiers qui veillent à la sûretp de tous. Il y a autant de danger pour eux à se laisser surprendre , qu’à se laisser attaquer.
Vainqueur ou vaincu , le soldat vendéen retourne chez lui; il n’est guère possible de le tenir long-temps sous les drapeaux.
On pourrait inférer, de ce que je viens de dire, qu’une pareille armée n’est bonne qu’à guerroyer dans son pays; et qu’on ne saurait s’en promettre de grands succès , si l’on essayait de la conduire au-de|à de frontières. 11 serait ainsi , il est vrai , si l’on ne changeait pas l’organisation dp la Vendée. Mais rien ne serait plus facile que de disposer des armées vendéennes pour des expéditions l>ors de leur territoire , et de Ips tenir autant de temps qu’on le voudrait sous les drapeaux. Pour cela , il faudrait, avant d’entrer en campagne, avoir soin de pourvoir d’avance aux besoins éventuels , du
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soldat, tant en vivres qu’en munitions de guerre, et en fonds pour la solde. Il faudrait encore donner à cette armée une organisation nouvelle, appropriée au caractère de ceux qui la composent ; organisation désirée par tous , et d’autant plus nécessaire, qu’elle mettrait fin à l’espèce d’anarchie militaire qui existe tant qu’on fait la guerre dans le pays.
Tous les élémens du bien sont épars sur la surface de la Vendée; il ne s’agit que de les réunir, et l’on en obtiendra les résultats les plus satisfaisans. Si le gouvernement connaissait bien les avantages que la monarchie légitime pourrait retirer de l’armée royale de la Vendée, réunie et combinée avec celles du Maine et de la Bretagne, il ne balancerait pas un moment à porter ses soins de ce côté ; il en ferait un boulevard et une barrière contre lesquels les révolutions et les révolutionnaires à venir iraient désormais se briser.
Mais ne serait-il pas dangereux de laisser des armes entre les mains de ces guerriers de l’ouest? C’est une question que des esprits inquiets ont faite mille fois depuis la restauration, et à laquelle il n’est pas hors de propos de répondre. Que croit-on donc avoir à redouter? — Que ces armes ne soient un jour tournées contre le gouvernement ? — Concevoir une pareille crainte ,
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c’est méconnaître le plus fidèle, le plus généreux des peuples. Qu'on se rassure : vingt-cinq ans du dévoùment le plus héroïque , des torrens de sang versés pour la cause royale, sont des garanties suffisantes contre les terreurs que l'on voudrait faire naître. La V endée n’a jamais combattu , elle ne combattra jamais que pour son Roi. Tant qu’il sera là, il n’y aura pas de motifs assez puissans pour la soulever. Soumise et respectueuse sous le gouvernement légitime, elle a repris sa charrue; elle laisse rouiller ses fusils; elle les oublie ; et n’y songerait qu'autant que de nouveaux malheurs viendraient les lui rappeler. Envers un peuple qui , à toutes les époques de notre sanglante révolution , a constamment marché dans la ligne de l’honneur, qui a fait tant et de si longs efforts , dont la population a été moissonnée par le fer, les habitations dévorées par les flammes ; qui , au jour du rétablissement de l’auguste famille des Bourbons, comme aux autres époques de ses triomphes , n’a jamais pensé à se venger sur les auteurs de ses désastres ; envers un tel peuple, dis-je, la défiance est un outrage ; et, dans l’impuissance où l’Etat se trouve de récompenser tant de dévoùment de sacrifices , la confiance du moins doit être le prix de sa fidélité.
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A la vérité , les guerres de parti font ordinairement naître des germes d’animosité d’autant plus difficiles à extirper, que de part et d’autre on s’est attaché plus opiniâtrément à la cause que l’on a une fois embrassée. Dans ces sortes de guerres , la dififérence des opinions se joint aux haines personnelles , aux vengeances particulières , ou leur sert de prétexte , et les individus resteiit eiicore aux prises quand la masse a cessé de combattre. D’après ces considérations , coiifirmées en général par l’expérience, ceux qui pe connaissent poiiit la Vendée doivent se la représenter coippae le théâtre de continuelles réactions. Copunent croire en effet qu’en rentrant chez eux, les Vendéens ne se vengent pas de ceuf de leurs compatriotes que des opinions ^(^trairea ont jetés dans les rangs de leurs ennemis? Cependant rien n’est plus vrai; la guerre finie , tout ressentiment s’éteint , les rapports se ^établissent, et l’on vit ensemble comme par le passé.
DIEU EX EB BOl !
Voilà le code de la morale et de la politique vendéenne.
Je terminerai cette introduction par une ré-
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flexion. Depuis la chute de Buonaparte , les hommes intéressés au retour de la tyrannie ont cherché à susciter de nouveaux troubles; et, pour y réussir, ils ont essayé de créer ce qu’ils appellent des /^enc/ées patriotiques. Ces hommeslà sont loin de savoir ce que c’est que la Vendée : ils ignorent ce que peuvent la foi , ‘ le véritable honneur, l’amour de l’ordre et des institutions légitimes , sur des peuples que les doctrines révolutionnaires n’ont pas corrompus. Il n'y a et ne saurait y avoir aucun rapport entre les rassemblemens vendéens et des hordes de paysans,' la lie de nos campagnes, sans Dieu, sans loi, qu’unissent pour un instant le désir du meurtre et l’espoir du pillage , et auxquels des chefs pervers ne peuvent promettre, pour résultat, d’autre bonheur que celui de vivre en athées sous la domination d’un brigand. De semblables hordes, au jour du danger, ou ne se montrent pas, ou fuient à l’aspect d’un soldat fidèle : la distance des uns aux autres est immense, et ceux qui en doutent s'en convaincront infailliblement , si la Providence vient à permettre que la monarchie légitime soit exposée à de nouveaux périls.
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Après vingt-cinq ans de révolutions et d’agitations politiques , la France goûtait enfin les douceurs de la paixj toutes les sources de sa prospérité commençaient à se rouvrir sous le gouvernement paternel de son Roi légitime, et le bonheur présent s’accrofesait encore de celui que promettait l’avenir.
Tandis que nous nous reposions dafis les consolantes pensées qu’une si heureuse situation faisait naître, des factieux travaillaient en secret et préparaient l’horrible catastrophe qui devait détruire jusqu’à nos espérances, et nous replonger dans un abîme de malheurs et de désastres. Tous les élémens du mal se réunissaient pour former
et grossir l’orage qui bientôt allait fondre sur nous.
Le i" mars i8i5, Buonaparte débarque sur les côtes de Provence, et, de ce point éloigné, menace la capitale. A cette nouvelle imprévue, le cri d’alarme se fait partout entendre. On ordonne à la hâte des mesures mal concertées; on croit à leur efficacité; on se repose sur la foi des administrateurs civils et sur l’honneur de l’armée; mais les administrateurs paralysent tout, et l’armée se range sous les drapeaux de l’usurpateur. En un mot, les uns et le$ autres trahissent le Roi qui les a comblés de faveurs et de bienfaits; et ce malheureux prince , entouré de traîtres ou d’ainis san$ expérience, est obligé d’abandonner le palais \ie ses aïeux pour aller chercher^ un nouvel asile sur une terre étrangère. ,
Au premier avis de l’arrivée de Buonaparte, Mgr. le duc de Bourbon, envoyé dans l’ouest , se rendit à Angers, où M. le comte d’Aulichamp commandait une subdivision, de la 22 * division militaire. Plusieurs généraux vinrent y prendre les ordres de Spi^
Altesse. Le général Travot était du nombre} tous protestèrent de leur dévoûtoent.
Le priitee fit connaître sa mission aux départeracns dont lé commandement lui était confié. Il énvOya par-tout des ordres qui allèrent s’accumuler vainement dans les bureaux des états-majors et des préfets , âvec ceux qu’on expédiait de Paris. Presque tous ces ordres , partant de ces deux points difierens, se contrariaient} et, pour surcroît de malheur, leur exécution était soumise aux discussions lentes des conseilsgénéraux rassemblés aux chefs-lieux des départemens, auxquels on avait conféré d’immenses pouvoirs.
L’incertitude régnait dans tous les esprits } toutes les têtes étaient en mouvement, mais les bras n’agissaient pas} et tandis qu’on perdait le temps en vaines délibérations, l’usurpateur profitait’de tous les momens, et marchait à grands pas sur Paris; Il y arrivais aO maïs, sans avoir rencontré d’obstaclès.
Cette ^terrible nouvelle porta l’effroi et le découragement dans les âmes : on crut
tout perdu. La terreur du nom de Buouapa rte parcourut, avec une incroyable rapidité, tous les rayons du cercle dont Paris est le centre. Par tout où les soldats du tyran se présentaient, on ne songeait qu’à se soumettre. La défense étant considérée comme dangereuse, ou du moins comme inutile, ceux mêmes qui, la veille, élaieùt disposes à résister, abandonnaient cette pensée J et, pour ne pas s’exposer à de terribles représailles, chacun se résignait à la servitude.
Cependant, toute la France n’était pas soumise; les seuls départemens que l’armée avait envahis , et ceux qui, à raison du voisinage, se trouvaient sous son influence, avaient reconnu l’usurpateur, ou, 'pour mieux dire, l’avaient bissé proclamer sans opposition par la lie du peuple. Ce n’était que l’œuvre de la populace soutenue par une soldatesque effrénée qui, comme ceux qu’elle appuyait , ne cherchait qu’une occasion pour piller les maisons des riches et des royalistes. ’ ’ ^
Mais les départemens du midi, sous les
ordres de Monseigneur le duc d’Angoulême, la ville de Bordeaux, sous ceux de Madame, résistaient encore, et il ne fallait rien moins que la trahison de Gilly et autres pour arrêter un mouvement contre lequel l’infatigable et monstrueuse activité des généraux Groiicby et Clausel serait venue se briser. Loin d’obtenir des succès qu’ils ne durent qu’à la trahison , ces deux monstres eussent été infailliblement punis de leur déloyauté. Aux moyens de résistance qu’ofilait le midi, ajoutez ceux que présentaieut la Vendée, la Bretagne, le Maine, la Normandie et l’Anjou; embrassez d’un seul regard ce vaste tableau, et vous verrez une masse imposante d’opinions et de forces qu’il suffisait de mettre en mouvement pour écraser l’armée de Buonarparte et le renverser du trône sans l’intervention d’aucun secours étranger. Ce grand projet fut au moment d’être exécuté par deux princes français, dont l’un était lieutenant-général du Roi dans le midi , et l’autre dans l’ouest; mais , par une fatalité inconcevable , il avorta presqu’aussitôt qu’il fut conçu.
Cependant, le mal s’accroissait chaque jour; et déji dans l’ouest il s’éwndait de proche en proche jusqu’à Aqgers. M. le lieutenant-général d’Auiichamp , craignant sans doute alors que la liberté ou la vie même du prince ne fût compromise dans ceue ville, le pria de passer sur la rive gauche de la Loire et de se rendre à Beaupréau, dans la Vendée militaire. Son Altesse suivit ce conseil ; mais elle ne quitta Angers qu’après avoir donné ses instructions à ce général.
Heureux de posséder un prince du sang ^ de leurs Rois , les Vendéens , toujours fidèles, toujours dévoués, n’attendaient que ses ordres pour voler aux combats, et. commencer la lutte qui devait sauver la France.
Si, ailleurs, quelques esprits timides désespéraient de son salut , là. on n’en doutait pas. Tous les bras , toutes les pensées , toutes les volontés se réunissaient pour y; concourir. Tous les pays situés, sur la rive droite de la Basse-Loire , au moindre si-, gnal de la rive gauche, étaient prêts à SQ lever pour prendre part à l’action.
La Vendée étant le principal foyer de l’insurrection royale , l’étincelle qui devait en partir aurait embrasé ces vastes contrées; l’incendie se serait communiqué aux départemens circonvoisins, et bientôt il eût gagné la capitale. Ce que je dis ici n’ost point un rêve de l’imagination; c’est une vérité démontrée par l’expérience du passé.
En effet, qui ne se rappelle la longue résistance des Vendéens? Qui n’a pas encore présente à l’esprit l’immense insurrection des Bretons, des Manceaux , des Angevins ' et des Normands? Qui ne sait que ces braves ont mis plus d’une fols la république à deux doigts de sa perte? qu’ils ont longtemps lutté contre l’opinion et les forces du parti tout-puissant qui dominait la France, et anéanti des armées innombrables sans cesse renouvelées? Or, je le demande, oserait-on penser que les Vendéens en i8i5 'Bé fossetat pas mûs .par les mêmes semimèns de fidélité et d’enthousiasme?- Ce serait une erreur aussi grave qu’injurieuse.
' La vertu ei la valeur sont héréditaires chez ' ces peuples ; avec ces qualités, les hommes
d’aujourd’hui auraient fait plus encore que leurs devanciers, parce que la situation politique et morale de la France, dans ces derniers temps, offrait incontestablement beaucoup plus d’avantages qu’à l’époque des premières insurrections.
Il n’est pas douteux que les royalistes n’eussent eu la gloire de réussir et de remettre le Roi sur son trône , si l’on n’eût paralysé leur action. La Vendée était l’espoir de tous les Français fidèles au Roi.
C’était le port dans lequel tous les vœux allaient se réfugier pendant cette horrible tempête. On savait que M. d’Auticbarop était dans ces contrées ^ personne ne doutait de sa foi ni de la confiance dont il jouissait parmi les Vendéens; chacun disait que ce général serait de la plus grande utilité au prince , lieutenant-général du Roi.
Déjà les officiers vendéens qui se trouvaient dans la capitale ou sur d’autres points de la France, en partaient en poste pour prendre part à la guerre, et se rendaient auprès du duc de Bourbon. Les uns le joignirent à Angers, les autres à Beaupréau; tous fini-
lent par se réunir à lui dans cette dernière ville : M. d’Autichamp resta à Angers.
M. Auguste de la Rochejaquelein, qui avait quitté le Roi à Saint-Denis, après y avoir pris les ordres de Mgr. le duc de Berry, s’était aussi rendu auprès du duc de Bourbon. Entouré de la plupart des chefs et des officiers supérieurs de l’armée vendéenne, et instruit par leurs observations et leurs rapports, le prince reconnut avec eux que, pour agir avant que les buonapartistes eussent pu songer à se défendre, il n’y avait pas un moment à perdre j et, d’un concert unanime, l’insurrection fut résolue : elle devait éclater le a5 mars ; les esprits étaient dans les meilleures dispositions.
Les préparatifs qui se faisaient sur la rive gauche de la Loire ne pouvaient avoir de succès sans la coopération de M. d’Autichamp, qui, étant à Angers commandant de la rive droite, était, par sa position, l’anneau principal de la chaîne qui devait lier l’insurrection de la Vendée avec celle de la Bretagne. M. le colonel de la Potterie (commandant aujourd’hui le 4 ‘ régiment
('lo)
de la garde royale), clijef d’un bataillon de quinze cents volontaires royaux à Angers, proposa diverses mesuresàM.d’Aulichamp, qui se montra irrésolu, incertain, et n’en adopta aucune. Les ordres de l’usurpateur, qui venaient de pénétrer jusqu’à lui, lui ôtaient le commandement; il le remit sans résistance au colonel de gendarmerie Noirault, qui s’empara aussitôt de plusieurs milliers de cartouches que le gouverneur de la Flèche avait dirigées sur Angers. Ces cartouches étaient destinées aux Vendéens, et l’on avait négligé de les leur envoyer.
La soumission de M. d’Autichamp chan> gea totalement la face des choses. Le bataillon do M. de la Polterie avait été licencié, et Angers, dénué de troupes royalistes, resta à la discrétion de Noirault et de tous les révolutionnaires du pays.
La contagion se répandit bientôt sur tout le cours de la Loire inférieure, depuis Sàumur jusqu’à Nantes; ainsi les communications de la Vendée avec la Bretagne, qu’il était si important de conserver, furent totalement coupées