XII INTRODUCTION
Louis XVIII le nomma lieutenant général et inspecteur général des gardes natiouaies du département de la Vendée. Il reçut en outre le grade de commandeur de Saint-Louis et la dignité de pair de France. M. de Sapinaud^ dernier survivant, dès 1814^ des généraux de la première guerre yendéonne, est mort en 1829.
Sa veuve, Théroïne et l'autenr des Mémoires^ est morte elle-même, à Bourbon-Vendée, le 19 janvier 1832.
La vie aventnràuse et parfois seandaleiise de Charette, vrai partisan, galant et cruel, ambitieux et nisé, qui mêlait les exécutions de prisomiiers aux pratiques de sa dévotion un peu sceptique et se délassait de chaque combat au bruit des violons, n'a guère inrpiré que les Mémoireê politiques et militaires publiés par M. Le Bouvicr-Desmortiers, apologiste euLhousiastie plus que biographe impartial, qui met son héros au niveau d'Henri IV, et bien au-dessus de tous les autres généraux vendéens. Les éditeurs de 1823 des Mémoires de M™® de La Rochejaquelein ont ajouté en Appendice, sous forme ô!ÉcIaircissements historiques, des Notes sur Oharette, d'un témoin de sa vie, sans amour ni sans haine, qui nous ont paru véridiques, curieuses, que nous aurions voulu reproduire, mais que le manque de place nous réduit à signaler seuleinent.
Nous n'avons, en ce qui touche le général Turrcan,. qui parait avoir pougsé, dans la répression de la rébellion vendéenne, l'énergie jusqu'à la férocité, — et dutmême à ces excès, quand la révolution s'avisa de pudeur et de pitié, une assez longue disgrâce, — nous n'avons presque rien à ajouter à la Notice très-eubstantielle que nous empruntons à ses éditeurs de 1824. Nous nous bomerona
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à remarquer qne les historiens les plus favorables à sa. cause conviennent eux-mêmes des excès de zèle d'un général qui trouva moyen de paraître avoir outrepassé les bornes à Merlin de Thionville et à Billaud-Varennes luimême *• Du reste les extrêmes se touchent et nous ne sommes pas étonnés de voir le farouche outrancier républicain réunir, le 2 mai 1814, ses officiers pour célébrer la paix et le retour de Louis XVIII, après avoir servi et exalté l'Empire non moins chaudement que la. Eépiablique.
Ceci dit, il feut reconnaître que le général Turrcaii est un des chefs républicains qui firent le mieux, moralité des moyens à part, la diflBcile guerre de Vendée et celui qui" en parle et la juge le mieux. C'est à ce titre que nous reproduisons ses Mémoires, éclaircis par quelques élagages nécessaires, portant sur des considérations spéciales à son art ou des détails oiseux à propos de faits trop* connus.
Le second groupe de nos Mémoires se rattache à ce dé-
* BUtoire de ïa Eévohtion française par H. Louis BlanCi édition in-18 de la Librairie Iiiteniationale, 1869, t. XI, p. 828 et but. jusqu'à 881. 21. Louis Blanc remarque Ini-même que Tnrrean, dans ses Mémoireif ne dit rien de cet ordre féroce, qn'il était si fort de son intérêt de nier, s'il n*AYait pas existé, et lu par Alquier du haut de la. tribune : ce Le général HouHn se portera avec la colonne do gauche sur Mortagne, et fera déBarmer, égorger, sans distinction d'ftge ni de^ •exe, tout ce qui se trouvera sur son passage. ]>
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sastre suprême, à ce tragique dénouement du drame de rémigration, à Quiberon.
Noufi ayons demandé à des témoins choisis du côté des vainqueurs et du côté des vaincus^ parmi ceux dont la déposition a résisté le mieux à la critique historique et se rapproche le plus de l'impartialité, de nous dire la vérité, toute la vérité, sur cette belle et pure victoire de Hoche, dont les implacables représailles de la passion politique ont empoisonné la joie, et dont le crime de Tallien a calomnié Thonneur.
Nous avons réservé pour la série de V Emigration les Mémoires de Pnisaj^,« négociateur habile, conspirateur convaincu, de plus de vues que de scrupules, général âfisez malheureux pour avoir présidé à Téchec demeuré suspect de deux tentatives célèbres de contre-révolution armée, et avoir échappé à la mort du fédéralisme et de rémigration ; en somme, un personnage sinistre, mais moins malhonnête qu'on ne l'a cm, et quelque chose de plus qu'un iûtrigant ; trop haï de son propre parti pour n'avoir pas souvent dit la vérité, trop estimé de l'Angleterre pour l'être autant de l'histoire, mais qui doit moins à ses hypocrisies ou à ses perfidies la diffamation qui pèse BUT sa mémoire qu'aux fatalités de son caractère et 4e sa situation.
Puisaye voyait juste et exécutait faux; il était fait pour le conseil, non pour l'action, oii il fut toujours trahi par les circonstances au point d'avoir paru traître luimême. Car ce que les partis pardonnent le moins à un homme, c'est de ne pas réussir. C'est là ce qui iicrmet un peu d'indulgence pour Dumouriez et pour Puisaye, qu'on juge si sévèrement surtout parce qu'ils ont piteusement
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échoué dans des entreprises où s'engager est un crime^ mais où échouer est pins qu'nn cnmey une &ate ; ce qni les rend presque ridicules dans un pays où il est moins dangereux d'être odieux, et où le ridicule déshonore plus sûrement que la honte.
Nons reviendrons à cet honune étrange et fatale supé- Âeur par certains points à sa cause et à sa fortune, qui s'est débattu contre le mépris sous lequel on voulait l'étonffer avec une vigueur singulière et une constance presque héroïque, et qui n'a pas mérité de porter toute la responsabilité de Favortement de l'entreprise de Qui- Deron, où l'imprévoyance et la frivolité françaises, alliées à rmdiiFérence et au flegme anglais, furent pour beaucoup plus que ce qu'on a appelé trop complaisamment peut-être l'héroïsme républicain.
Pour le moment il nous suffit de dire que noua avons préféré, parmiles récits royalistes, au témoignage ducomte de Puisaye celui du oomte de Yauban, plus engagé dans l'action^ et qui en a mieux vu le détail, désintéressé d'ailleurs dans son jugement autant qu'on peut l'être, à propos d'ime défaite, plus que celui qu'on accuse d'en être l'auteur. En tout cas, ses révélations, déclarations et protestations ne contredisent point trop celles de son général en chef. Elles joignent de plus à l'attrait d'une cert^aine verdeur de style, quine déplatt point dansime affaire où certes l'amertume est de saison, le mérited'être brèves, claires et marquéeçau coin de cette véracité importune, de cette probité indépendante qui empêchèrent le comte de Yauban de fau*e son chemin dans lo monde de l'émigration en exil et de l'émigration de retour. Le courage et les disgrâces de la sincérité sont d'ailleurs de tradi-
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tion dans cette famille de l'aDtenr de la Dime royale^ qid songea tonjours à éclairer Louis XIY plos qn'à le flatter et à loi rendre des services plutôt qu'à loi donner des éloges.
Jacqnes-Anne-Joseph Le Prestre, comte de Vauban, petit-fils d'Antoine^ lequel était petit-neyen da catonien maréchal^ était né le 10 mars 1754, à Dijon. La révolution le trouva chambellan du duc d'Orléans, colonel du régi-, ment d'infanterie de cenom et chevalier de Saint-Louis depuis le 13 juin 1784. Lors de l'arrestation de Louis XYI à Yarennes, le comte de Yauban émigra avec la plus grande partie des ofGiciers de son régiment et se rendit à Ath^ puis à Coblentz. Devenu l'aide de camp du comte d'Artois^ il fit en cette qualité la campagne de 1702, puis l'accompagna en Eussie, oiiilfut remarqué par Catherine, habile à discerner les hommes de mérite et d'action, et où il acquit la conviction que le prince n'était pas de ceux qui conquièrent un royaume à la pointe de l'épée» Il a eu la franchise d'exprimer cette conviction, que confirma en lui le désastre de Quiberon, où il commandait un corps de l'armée expéditionnaire, et où il faillit périr victime de fautes que la présence d'un chef du sang royal eût sans doute conjurées.. Cette conviction d'un serviteur désabusé, Charette, selon lui, la partageait et l'aurait exprimée au comte de Provence, régent,, avec l'énergie d'un soldat, dans une lettre demeurée célèbre. . ^
On comprend qu'un témoignage peu flatteur pour l'é» migration, flétrissant pour l'honneur militaire du prince futur Charles X, ait été accueilli avec autant d'empressement et propagé avec autant de satisfaction par la po-
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lice impériale^ en 1806 \ qa'il Ait contesté, rétorqué, discrédité p us tard à l'enyi par les courtisans de la Sestaoration et ses historiens officiels. M. Alphonse de Beauchamp s'est inscrit en faux contre la véracité des Mémoire^' Uèioriques pour servir à l'histoire de la guerre dé Vendée, et sr.rtoiit centre Tauthenticité de la fameuse et importune lettre de Charette. Il a même poussé le zèle jusqu'à attribuer à Fonché la rédaction de ces caustiques Mémoires, qu'il traite comme un de ces pamphlets mercenaires qui font partie de Tarsenal secret de tous .les g(»u- Temements ^.
Malheureusement poor M. de Beanchamp^ jamais,, même après la chute de TEmpiro et le triomphal retour de la royauté légitime, M. de Yauban n'a articulé, ces protestations et ces désaveux auxquels il avait tant d'intérêt, mais aux bénéfices desquels il a préféré ceux, de la vérité. Or, entre le silence d'un tel homme et la. parole de M. de Beauchamp, nous ne saurions hésiter^, parce qu'en se taisant M. de Ynuban, le général de Qniberon et le prisonnier du Temple, perdait tout le mérite de ses services militaires et de ses persécutions politiques, et parce qu'en parlant M. de Beauchamp gagnait.
L'ouvrage fit beaucoup de bruit. On en parlait fort dans IM salons. Kou8 lisons dans^un Journal de son séjour & Paris, en avril 1807, tenu par Stanislas Girardin, la mention suivante, & la date du 12 avril : a La conversation est tombée ensxdte sur l'ouvrage de M. de - Tauban. Le cardinal Hanry a dit : a que c'était le coup de giâce des. Bourbons d. {Journal et souvenirêf IHtoouri et opinions de Stanislas G-ioïdin, t. m, p. 894.} igÉ
^ Biitoire de la guerre de la Vendée, ou TàMeau des guerres ciffiles de ^Ouest d^uis 1792 jusqu*en 1815, par K Alpb. de Beauchamp, 4* édition, Paris, ilichaud, 1820. Préface, pages XXVU à XYTX.
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ce que procure l'art de défendre le pouYoir et de venir au secours du plus fort.
Le comte de Yauban n'ayant jamais accusé d'interpolation ou d'adultération de& Mémoires qu'A n'eût peut-être pas publiés» mais auxquels l'Empire^ qui les avait saisis dans ses papiers^ en 1806, ne cmt pas devoir la même discrétion, nous tenons ces Mémoires poùt authentiques^ et <îonmie on le verra, ils portent à chaque page le caractère des sentiments vécus, des choses vues, ce cachet d'expérience et de personnalité qui ne se contrefait pas. De plus, ces Mémoires sont très-rares quoique ayant été réimprimés en 1814: et en 1815, la poUce royale ayant inis à les supprimer non moins de zèle que la police impériale à les répandre. '
O'est là un désagrément que la Bestauration ne pardonna point d'ailleurs à celui qui en était la cause, et dont les trop sincères et involontaires confidences étaient devenues une arme d'opposition. A l'époque du retour des Bourbons, le comte de Yauban, qui vivait retiré dans ^es terres du Oharolais, dont une partie lui avait été i^endne lors de sa sortie dn^ Temple, crut de son devoir d'aller saluer les princes dont il avait été le serviteur, lis l'oublièrent pour ne songer qu'à ses critiques, .devenues malgré lui publiques. L'honneur sollicité d'une audience royale lui fiit reiîisé ; et il eut la faiblesse, indigne de son caractère, de mourir du chagrin de cette honorable disgrâce, à laquelle les flatteurs ne sont pas exposés (20 avril 1816).
Parmi les relations républicaines de Quiberon, il en est deux de remarquables, et qui ont servi de base, -avec le rapport de Tallien, aax récits des historiens de
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la cause. L'une a été publiée en 1834, dans la collection connue sons le nom de Mémoires de tous, et a été écrite par Bougct de l'Ide, Tautenr de la Marmllaisê. L'autre fuit partie des intéressants souvenirs de M. Moreau de JonnëSy membre de l'Institut, alors simple grenadier dans les troupes de Hoche % publiés en ldÔ8« M. Louis Blaoc préfère le premier de ces deux témoignages. M. Michelet ne cache pas sa prédilection pour le récit pins moderne de son confrère de l'Institut, qui vivait naguère encore, et dont il a pu lui-même interroger la mémoire. Nous avons, nous, choisi comme type de la versiou républicaine le récit de Rouget de l'Isle, parce qu'il a snbi seul cette épreuve du temps qui donne à une déposition le caractère historique, et le lui laisse, malgré des inexactitudes ou des contradictions des plus excusables et de celles qu'on peut relever, si on a intérêt ou plaisir à éplucher ces vétilles, dans toute déposition contemporaine, surtout sur des faits remontant à l'année
* Nos lecteurs n'en sont pas à apprendre la concnrrenoe ardente, U riyalité, qa'on dixait parfois jalouse, la guerre sourde, le» démentis réciproques, les malices, les épîgrammes, les chatteries velours et griffe qui séparent les deux historiens révolutionnaires de la Révolution, en dépit de tant de choses faites pour les rapprocher, et rendent si piquante la lecture simultanée et oompaxée des ouvrages de ces clenx frères ennemis, que rintervention d*un troisième ami, M. Edgar Qainetet son essai de critique éclectique sur la Hévolution n'ont pas réconciliés. 11 suffit donc que Louis Blanc préfère Bouget de Tlsle ponr que Hichélet daube sur lui au profit de Horeau de Jonnès, son favori {Directoire. — Origine de Bonaparte, par Michelet, 1872, p. 279, Notey,
^ Avemtwréê de guerre au tempe de la RéptAKque et du Contutat, par A. M(seau de Jonnès. Pagnerre, 2 voL in-8^
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 la dépoution dn comte de Yanban et à celle de BoQget de Tlsle nona ayons joint la RélatUm naïve et émouvante (rédigée par le chevalier de Panât) d'un officùr échappé des prisons SAuray si de Vannes ajprès l'affaire de Quiberan.
Elle ftisait partie de ce cabinet dont M. François Barrière a exposé les principaux trophées dans la galorie documentaire^ le Musée de curiosités lûstoriques qne comprennent les deux volumes publiés par loi sons le titre de Tableaux de genre et d^htsioire (1828) et île La cour et la ville sous Louis XfF, Louis XV et Louis XVI (1830). O'est à ce dernier ouvrage de notre prédécesseur dans la direction de cette collection de Mémoires qne nous empruntons la Relation de Tofficier de Qniberon.
Nous comptions fermer ce Becueil^ ce convoi de k contre-révolution par la h'ste anthentique des victimes de Qniberon^ d*flprës une copie dn rapport oi&ciel du général Lemoine, lorsqu'elle a été publiée avant nous par M. Joseph Denais *•
Pour résumer l'effet et le profit de cette dernière série de documents donlonreux et trop instructife, nous dirons qu'elle révèle à la fois les mystères de la coulisse et dn théâtre. Il est difficile ^ après l'avoir lue^ de garder la moindre illnsion sur le machiavélique égoïsme de la politique anglaise^ sur les préjugés^ les dissensions et l'incurable frivoh'té des émigrés. Leurs prétentions^ secondées par les intrigues de l'agence des princes à Paris^ firent
^ Lu vietimeê de Quiheron, liste nominatiye dreeeée par le généial Lempine et publiée par M. Joseph Denais, Paris, Bachelin-Defloxenne^ Ub.-édit. 1878| une brochure in-8^
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STorter ce mouYcment dont le succès reposait encore plnSy *sni\rant le plan de Puisaye, snr In coopération de Cadondal et de Charette qne sor TinitiatiYe des émigrés et le secours de l'étranger. La première rencontre de ces prétendus alliés fnt nn choc. La raideur anglaise, la for&irterie des émigrés soldés, leur sceptique arrogance déconragèrent Teuthonsiasme, fSroisEèrent les susceptibililés des choatins, héros vulgaires, plébéiens, fanatiques qui ne purent supporter longtemps les lazzis philosophiqacs, les rigueurs disciplinaires, les inégalités de ration et l'inféodation au payillon étranger que prétendaient leur imposer les nonycaux débarqués.
Nos Mémoires ne sont pas moins instructifs en ce qui touche les effets de tant d'antres causes qui, sans compter la contradiction des avis de Tagenoe de Paris et l'incompatibilité de caractère et de mœars entre les émigrés et les chouans, paralysèrent une entreprise dont le plan était habile et hardi, et stérilisèrent des flots d'un sang généreux : les encouragements illusoires et bientôt la décevante désertion d'un prince pour lequel tant de braves gens allaient se faire tuer sans avoir l'honneur de l'avoir l)our témoin de leur inutile héroïsme, la rivalité et le perpétuel malentendu entre les deux chefs d'une expédition qui exigeait, plus que toute autue, l'unité du commandement, enfin l'absence d'un honmie de caractère pftnni les politiques et Tabsence d'un homme de talent parmi les militaires.
Telles sont, dans leur ensemble, les causes du sanglant aTortement de l'expédition de Quiberon, coup déiespéré d'une partie qui ne méritait pas de réussir, car des deux <^tés on y trichait avec des cartes biseautées : Tallien, qui