‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 23 sur 55 · SOYER · texte numérisé non relu

SOYER

MM. Soyer, nés d'une famille de marchands, demeurant à Chemillé, se sont bientôt élevés au premier rang de la société, par leur dévouement au roi et la noblesse de leur conduite. J'ai rendu hommage au courage de M. François Soyer, dans mon Avertissement. Ainsi que lui, son frère aine n'a cessé de se distinguer, dans l'armée de Stofflet, par sa bravoure, son intelligence et son esprit conciliant. Il fut envoyé à Nantes par M. Cathelineau, généralissime des armées vendéennes, pour disposer les esprits en faveur des royalistes; il y avait pleinement réussi ; la prise de la ville en eût été la suite^ sans l'argent répandu à profusion par un négociant qui parvint à gagner le peuple et une partie de la garde nationale.

SUR LES GÉNÉRAUX VENDÉENS. 14f

.Si Naotes se fût soumise^ elle eût entraîné la Bretagne et ]e& provinces de TOuest, et que de sang eût été épargné! Peu de royalistes ont eu des faits d'armes plus honorables que M. Soyer : entouré, à Châtillon^ de quatre hussards, il les iua tous les quatre et rejoignit sa division. Il n'est pas une partie de son corps qui .ne soit cicatrisée; il ne lui reste d'entier que le cœur, tout à son Dieu et à son roi. Les preux de cette armée ont égalé en courage tout ce que Ton peut citer de plus remarquable parmi les Romains. M. Soyer m'a dit qu'un de leurs cavaliers, instruit que Tennemi avait formé un camp sur le bord de la grande route qui conduit de Chemillé au Pont-de-Cé, prit aussitôt la résolution de tuer le commandant. Sans examiner le danger, il passe ventre à terre au milieu de plusieurs pelotons ennemis qui rejoignaient leur division : il essuie plusieurs décharges de fusil sans être attrapé, arrive, franchit les fossés, pénètre jusqu'à la tente du commandant, descend, entre, le tue d*un coup de pistolet, remonte à cheval, part et est déjà aux extrémités du camp qu'il franchit, lorsqu'il est atteint d'un coup mortel et tombe en criant : Vive le roi I M. Soyer lui-même vit alors le plus jeune de ses frères donner un exemple remarquable de son dévouement à la cause royale. Ce jeune homme, qui était au collège d'Angers, employait l'argent destiné à ses récréations à se procurer de la poudre. Comme les écoliers allaient deux fois par semaine se promener hors de la ville, il profitait de cçs promenades pour remettre sa poudre à des royalistes adroits et instruits de son secret. Cette nouvelle manière de servir le roi était d'autant plus louable, qu'il en connaissait le danger. M. Soyer fut nommé major général de l'armée de Stofflet; et ce général eût pu rendre la France à son roi, s'il eût écouté ses conseils : ils étaient de ne jamais se séparer de Charette. L'union de ces deux chefs aurait produit de nouveaux prodiges. Après la mort de StoCûet, M. Soyer eût pu se faire nommer commandant en chef. Toujours aussi modeste que courageux, il fit nommer M. Charles d'Autichamp, dont le nom est honoré des Français. Pendant la fin de la guerre et au 18 fructidor, sa maison lût sans cesse l'asile

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