LE PASSAGE DE LA LOIRE
Dans l'automne de 1793, les royalistes de la Vendée passèrent la Loire traversèrent le Maine et la Bretagne , et,
après plusieurs victoires sur les troupes qu'on leur opposa, vinrent, dans la nuit du 14 au 15 novembre, mettre le siège devant le petit port de Granville, en Normandie. Ce projet avait été concerté avec les Anglais qui avaient promis d'envoyer une escadre et d'amener aux royalistes des troupes et de rartillerie. Les vents furent constamment contraires à ce projet, et la résistance de Granville encorerplus. On avait compté s'emparer de ce port et s'y procurer une communication libre avec les îles de Jersey et de Guernesey. Il n'eût pas été difficile de fortifier cette petite place ; de se ménager le moyen de recevoir souvent, par cette voie, des secours d'hommes et de munitions. Le jeune Forestier, dans l'attaque de cette ville, avait monté jusque sur les remparts; les l)raves s'empressaient de le suivre, lorsqu'un déserteur des troupes républicaines, qu'ils avaient reçu parmi eux, s'écria : « Fuyons, nous sommes trahis! » Un officier vendéen lui brûla la cervelle; mais la frayeur s'était déjà répandue parmi les assiégeants, et rien ne put arrêter leur retraite qu'accélérait encore le désir de revoir leur terre natale; elle fut bientôt suivie des plus tristes revers. Les Anglais, retenus malgré eux par le mauvais temps, n'arrivèrent sur les côtes que lorsque l'armée royale était déjà fort éloignée.
1 Ces détails nous ont été fournis par un littérateur que les amis de Ia religion et du roi regardent comme leur modèle.
{Note du premier éditeur. >
144 IfOTICB, SUB LE PASSAGE DE LA LOIBE.
Le 2 octobre, une escadre, aux ordres du colonel Macbridge, parut à la vue du cap de la Hoguè, passa devant Cherbourg et longea la côte jusqu'à Granville. Cette expédition, composée de plusieurs bâtiments de guerre, de batteries flottantes et de cinquante bâtiments de transport, portait environ sept mille hommes de troupes anglaises, outre un corps d'émigrés français, auquel il devait ensuite s'en rejoindre d'autres déjà rassemblés à Jersey et à Guernesey. Le comte de Moira était à la tète de Tentreprise; mais, n'ayant vu nulle part sur la côte les signaux d'intelligence dont on était convenu , il alla relâcher à Jersey où il resta quelque temps. Il y apprit les revers des royalistes; et cette expédition, pour laquelle le gouvernement anglais avait fait des dépenses considérables, se trouva inutile : la situation des choses ne pouvant faire espérer désormais de ce côté aucune coopération de la part des royalistes.
Il était d'au^^nt plus utile de rapporter ces faits, qu'il n'en est point parlé dans les histoires et les Mémoire s relatifs à la Révolution. Des écrivains du parti républicain, et même des hommes attachés à la cause royale, ont reproché au gouvernement britannique d'avoir trompé, dans cette occasion, les royalistes de la Vendée. Ces détails, je l'espère, justifieront le ministère anglais, au moins pour cette circonstance. Ce que je rapporte ici est extrait de gazettes anglaises et de rapports officiels.