‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 30 sur 55 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Une histoire complète de la guerre de la Vendée serait peut-être , dans notre situation politique , l'ouvrage le plus intéressant et le plus utile à présenter au peuple français. Une telle entreprise était sans doute au-dessus de mes forces; cependant, ne consultant que mon zèle et mon attachement à la chose publique, dégagé d'ailleurs des inquiétudes comme des illusions de Tamour-propre, je me serais livré tout entier à la composition de cet ouvrage, si je n'avais été privé de la plupart des matériaux nécessaires à sa confection*.

Quelque imparfait que soit, sous tous les rapports, celui que j'offre au public, je ne le crois pas sans utilité ; et, si l'on doit quelques égards au malheur et à la pureté des intentions d'un homme dont la vérité et l'amour de sa patrie ont guidé la plume , j'obtiendrai sans peine l'indulgence des bons Français; je me soucie peu du jugement et de l'opinion des autres.

Cet essai historique , uniquement destiné à fixer les idées sur une guerre qui n'est pas encore connue, ne contiendra rien de relatif à la justification de la conduite que j'ai tenue lorsque je dirigeais les forces de l'Ouest, justification que le discernement et la justice de ceux qui ont le secret de ma vie politique et militaire doivent m'épargner.

Au surplus, quand il sera question de me défendre , je le ferai avec cette supériorité de moyens que donnent à l'honnête homme une conduite franche et pure , et l'intime conviction de son innocence. Je répondrai «par des faits positifs, par des preuves matérielles , à toutes les imputations fausses^ sou-

1 Ton mes paidezB ont été saisis aa greffe de ma prison, et depuis enleyài yv orâxe des comités du gonremement.

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vent absurdes qu'on m'a faites; et je n'aurai pas de peine à détruire cet échafaudage d'accusations yagues , de dénonciations dénuées de preuves ^, accueillies et propagées par la malveillance^ et que les seules haines personnelles ont élevées contre moi.

J'écarterai de ma défense tout ce qui pourrait satisfaire des ressentiments provoqués chaque jour parles productions du mensonge et de l'esprit de parti *. J'écrirai , je parlerai sans del, sans humeur, sans affections comme sans haines particulières. Les affaires privées, ainsi que les intérêts généraux, devraient toujours être discutés dans l'absence des passions ; et l'infortune, l'injustice même qu'on éprouve , ne sont pas des motifs suffisants pour mettre de l'aigreur et de Temportement dans ses discours et ses écrits.

Je suis peu sensible aux outrages de la calomnie ', parce qu'en me repliant sur moi-même, en parcourant le tableau de ma vie politique , je n'y vois que des actions qui l'honorent. Il me suffit d'être sans reproches, et d'avoir prévu depuis longtemps le coup qui me frappe aujourd'hui , pour être indifférent sur le sort qui m'est réservé. Exempt des remords comme des craintes qui n'appartiennent qu'aux coupables ou aux lâches, j'attends avec sécurité le terme de mes maux ; et quand, après avoir été victime de l'erreur du gouvernement, je le serais encore de celle de mes juges, ne laisserai-

1 Ow dénonoiatioiui sont an JfonMwr, séanoe od le général fat décrété d'airestation.

3 Lises, si tous poovex, les Œmre» du représentant Loqtdnio et de l'adjudant général Hector "LétgtoB,

8 c Les outi-agee aOectent tons les honunes, dit J.-J. Rousseeu; mais c beancoap plos ceux qui les méritent, et qnl n'ont point d'asile en eux-mêmes c pour s'y dérober. Four en être ému le moins qu'il est possible, il fant ks c sentir Injustes, et s'être fait de l'honneur et de l'innocence un rempart anUrar c de son oœnr inaooessible à Fopprobr^. Alors on peut se consoler de l'eacrenr c ou del'injnstioe des bommes : car, dans le premier cas, les outrages, dans c rintention de ceux qui les font, ne sont pas ponr celui qui les reçoit ; et, dans c le second, ils ne les lui font pas dans l'opinion qu'U est t11 et qu'il les mérite, c mais, an contrBire, parce qif étant tUs et médiaats eux-mêmes, ils haXsaent c ceux qui ne le sont pas. » {Rouueau, juqt deJ. /., t. I**.)

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je pas à mes amis des moyens de sauver ma mémoire de l'opprobre et de rignomihie?... Reyenons à mon ouvrage.

On peut le lire avec confiance : la vérité et l'impartialité la plos sévère ont présidé à sa rédaction.

La plupart des détails sur les causes de la prospérité et de la décadence des Vendéens m'ont été transmis par d'Ëlbée, leur généralissime , devenu mon prisonnier, lorsque j'ai pris l'île de Noirmoutier.

Messidor an III.

P. S. J'apprends à l'instant qu'on doit répandre dans la Vendée une proclamation d'amnistie en faveur des rebelles. Je désire qu'elle ait du succès : elle en aurait peutrètre eu davantage dans le temps (frimaire an 11} où je l'ai proposée aa gouvernement.

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