‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 31 sur 55 · UVRE PREMIER · texte numérisé non relu

UVRE PREMIER

Pour trouver lorigiae de la guerre de la Vendée, il faut remonter à celle de la Révolution. Cette assertion ^ toute étonnante, toute hasardée qu'elle puisse paraître à beaucoup de gens, n'en est pas moins fondée, et je le prouverais jusqu'à l'évidence, si, pour faire connaître les véritables causes àe cette guerre, je n'étais pas obligé d'entrer dans des détails que ne comporte pas cet ouvrage. Quoi qu'il en soit, c'est une erreur * d'attribuer à la levée des trois cent mille hommes la révolte générale et spontanée des habitans du Bas-Poitou; c'est une erreur de donner une cause accidentelle à la naissance , à l'existence d'un parti qui ne pouvait obtenir d'aussi grands succès, prendre si rapidement tous les caractères d'une puissance redoutable, sans le concours d'une infinité de ressources, de mesures et de moyens préparés de longue main.

Ceux qui, connaissant le pays , y ont observé , dès le principe de la Révolution, la conduite des prêtres et des autorités constituées, et la disposition morale des habitants, n'auront pas de peine à trouver dans des événements antérieurs les causes originelles de la révolte, et les premiers éléments dont s'est composé ce volcan politique qui, par son explosion subite et terrible, a plus ou moins ébranlé, en raison de leur distance , tous les départements de l'Ouest.

Et qu'on ne s'y trompe pas : les intrépides habitants du Bocage et du Loroux » qui, seuls, abandonnés à leurs pro-

i Non, œ n'eBt pas une erreur. Qnl ne sait qne les plus grands effleti pKOoèdent ■"•'▼art des plus petites causes? (L.)

2 I« Bocage est une partie dn Bas-Poiton, divisé anjonrd'hni en plnsiean dis* 'JktM du département de la Vendée. Le Loronz est cette partie de la rivegaoctie

près forces^ ont eu, dès le commencement de la guerre^ tant d'avantages décisifs, ne devaient pas agir isolément, si le plan de leurs chefs avait eu son entière exécution. Car le parti qui a désolé la rive gauche de la Loire n'était qu'une branche de celui du fameux ta Roarie dont la vaste conspiration avait poussé des racines sur plusieurs points de la république, même dans les départements lés plus éloignés de son centre ^ Et si, tandis que la rive gauche était constamment le théâtre des plus sanglants combats, et que chaque jour était signalé par une nouvelle victoire des Vendéens, i\ y eût eu plus d'ensemble et de régularité dans |les mouvements partiels qui ont agité la rive droite ; ou plutôt, si les révoltés de cette partie se fussent joints à ceux de Tautre, et qu'ils eussentsimultanément dirigé et continué leurs incursions vers le Midi , on doit juger quels terribles effets auraient résulté de la réunion de ces partis, de la coïncidence de leurs mouvements , alors opérés en masse et sur des points plus rapprochés^ et combien ce qu'on appelait une poignée de brigands * eût pu faire courir de dangers à la république.

Xu surplus , sans nous arrêter davantage aux causes de la guerre de la Vendée^ sur lesquelles j'ai dos données assez positives pour prouver au besoin tout ce que j'avancerais (causes que je développerai dans un autre ouvrage); sans examiner ici quels étaient les ûls^ les embranchements de cette effrayante conjuration contre la liberté, voyons à quel degré de consistance et de prosi^érité est parvenu le parti royaliste et catholique*'; quelle niasse de forces et de moyens a présenté tout à coup cette puissance vraiment colossale^ moins étonnante encore par ses succès que par Topiniâtreté et la durée de sa résistance.

de la Loire qui borne Immédiatement le flenve, et qui letroaTeooimprise^ sahranfc In nonvelle division, dans les départements de la Ix)ire-Inférienre et de Maiyeno»* et-Loire.

1 On sait qne le centre de cette conspiration était en Bretagne.

8 On a dit sonyent, dnrant le cours de cette guerre : c U est étonnant ga^>B• c poignée de brigand» résiste aussi longtemps. >

3 La principale armée des Vendéens s'appelait Aimée oathoUqn« ei royale»

LIYBE I. 163

C'est à tort que Ton comprend^ sous la dénommation générale de chouans ou de vendéens^ tous les révoltés qui ont agité successivement la plupart des départements de TOuest. Il ne faut pas confcmdre les rebelles d'outre-Loire avec ceux de la hye droite^ ni les révoltés du Morbihan avec les Vendéens ou les rebelles du Marais^ parce que les événements^ la localité et Texistence politique des insurgés ont assigné à ces guerres des caractères très-différents.

Les habitants de vingt ou vingt-cinq villages dés districts de Ploêrmel et Pontivy, conduits par q[uelques prêtres fanatiques^ se réunissent dans des églises isolées ou dans les bois pour y entendre la messe. La présence de quelques soldats suffit pour les dissiper : voilà les révoltés du Morbihan ^

Trois frères, appelés Choin, ont formé des rassemblements dans les environs de Laval et de la Gravelle. Les lieux où ils exercent leurs brigandages^ et les renseignements qu'on s'est procurés, font présumer qiie la profession première de jce& chefs était celle de contrebandiers; voilà l'origine des rebelles appelés Chouans. Peu nombreux dans le principe, ces rebelles ne s'éloignaient guère des forêts du Pertre et de la Gaerche^ leurs repaires ordinaires.

Mais ils furent bientôt renforcés par quelques révoltés des départements du Calvados, de la Manche, de la Bretagne; par les débris d'un corps d'armée, échappé de la Vendée sous les ordres du prince de Talmont^ après la journée de GhoUet^ et entièrement dissipé à celle de Savenay ; par quelques mé-

^ n ne faut pas induire de* là qn'on doive être tranqTiine sur la situation de 1a Bzetagne. L'afEaire de Qnilieron a jnstiflé oette opinion. Depuis longtemps il j a des troabks dans lé MorUhan. On les assonpit; ils renaissent. Jasqn'id le Bovretnement n'a pas para s'oocoper aussi sériensement des réroltés de la Bretagne que des cbonans et des Vendéens. Qn'on y jrenne garde œpendant; car il ron n'emploie pas d'an tzes mesures que celles dont on a fait usage pour rendre ^ ptix à oette malhenrense contrée, que Ie> fanatisme agite depuis le commen- ^o^DetA de la Bérolntion, elle peut devenir urne seconde Vendée. Jl est surtout bien important d'empèdicr les chouans d'y pénétrer. J'ai des raisons de croire Vie Cest le projet de leundiefs. iNoU de Turreau.)

I« plan de Pnisaye justifie en effet les assertfama et les appréhensions de Tnnean, (L.J

contents épars aux environs de Château-Gonthier, Sablé^ etc., où ils avaient antérieurement excité des mouvements, et par un assez grand nombre de gens qui se sont soustraits à la première réquisition.

Les chouans, devenus plus nombreux, ont eu bientôt des chefs moins obscurs; et l'on a distingué parmi ceux qui les dirigeaient, après la mort du prince de Talmont S un chevalier de Puisaye*, un comte de Boulainvilliers , etc., etc.

Le pays infecté par les chouans est fort étendu, et forme à peu près un carré, dont Nantes, Angers, Mayenne et Rennes sont les angles. Ils se montrent aussi quelquefois sûr les i*outes de Fougères et de Dol à Rennes. Leurs rassemblements ne sont ordinairement que de trente à quarante hommes ', et il est rare qu'à nombre égal, ils osent faire résistance aux troupes répubhcaines *.

Le Marais est cette partie du Bas-Poitou qui touche à la mer. C'est un pays plat et très-déc#uvert, dont les issues sont impraticables durant Thiver, et très-difficiles pendant les autres saisons. Il est coupé sur tous les points de sa circonférence par des canaux ou marais salants, espèce de fortification naturelle qui en rend l'attaque très-dangereuse , et par conséquent favorable à la défense , surtout pour les habitants. On y trouve peu de chemins qui aient la voie charretière; la plupart ne sont que des sentiers disposés en dos d'âne , et

1 n ne las a oemmandés qu'un moment après la défaite de Savsnay. Q fat bientât arrêté près d'Bmé, jngé à Bennes, et exécuté à Lsyal.

S Otde^ant adjudant général attaché au général Wimpfen. ^ > Leurs chefs leur ont ordonné de rester ainsi dlrisés, jusqu'à ce que des droonstances plus favorables leur permissent de se joindre à leurs frères de la Vendée.

4 n ne faut pas en lisant cet ouvrage se reporter au temps où je l'écris, mais à celui où j'ai commandé l'armée de l'Ouest, c'est-à-dire, depuis le l*' nivôse jusqu'au 4 floréal de l'an II (21 déoembre 1798 au 38 avril 1794). J'ignore les événements qui ont eu lien depuis cette époque, et si l'état des dioees a changé. Alors ces rebelles avaient fort peu de consistance. J*ai ea le bonheur, lorsque Je commandais dans FOuest, de les empêcher de se réunir aux vendéens. Us n'ont jamais pu dans ce temps-là opérer aucun mouvement ea masse. Les routes de Nantes à Bennes, à Vannes, à Angers, étaient Kbres et sûres.

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