LIVRE
pratiqués entre deux canaux. Ces canaox ont communément de trente à quarante pieds de large de l'extrémité supérieure d'une rive à Tautre. Le rebelle, portant son fusil en bandoulière, s'appuie sur une longue perche , et saute de Tun à l'autre bord avec une facilité surprenante. Si la présence de son ennemi ne lui permet pas de faire cet exercice , sans s'exposer au coup de fusil, il se jette dans sa bîole ^, et parcourt avec ime extrême rapidité le canal toujours assez encaissé pour le dérober à la Yue de ceux qui le poursuivent. Bientôt il reparaît^ vous lâche un coup de fusil , et disparait à l'instant , même avant que vous ayez le temps de riposter. Le soldat républicain , pour qui cette manière de combattre est nouvelle^ est obligé de se tenir toujours sur ses gardes , de longer les rives des canaux, d*en suivre lentement les sinuosités^ en essuyant de fréquentes escarmouches : il met ainsi plusieurs heures à parcourir un espace que le rebelle franchit en quelques minutes *.
Les habitants du Marais formaient une division de Tarmée de Charette , et le suivaient assez régulièrement dans ses expéditions, lorsqu'il occupait tous les poinls limitrophes de leur pays, tels que Challans, Machecoul, etc., et ensuite les îles de Bouin et de Noirmoutiers. Mais, quand il fut chassé de tous ces postes et forcé d'abandonner successivement tous les bourgs et villes frontières du Marais et du Bocage , comme Légé, Palluau, Aizenay, Beaulieu ' , etc., etc., alors les rebelles du Marais restèrent chez eux , et se bornèrent à une guerre défensive, pour laquelle la nature semble avoir disposé leur pays. Cette guerre était d'autant plus dangereuse que
1 Espëoe de petit bateâti très-plat et très-léger.
^ Quand vous avez rormoi.té tous ces obstaclee, et que yotis êtes parrenn jmqn'à la plaine, après avoir snivi toiœ les zigzags que forment les cananz qui l'entoTirent, les ennemis se présentent de toutes parts : ils semblent sortir de 1a tetie et des eaux. Cependant U faut, à quelque prix que oe soit, prendre poste flt ae maintenir ; car on pent jnger des dangers d'tme letnite dans œ paye, par ki dUBcnltés qn'on éprouve pour y percer.
' J*iDvite mes lecteurs à me suivre sur la carte.
186 GUBRRB DE LA. YBNOÉE.
la situation du Marais ^ mettait ses habitants à portée de recevoir des secours de l'étranger, ou de faciliter et de protéger le débarquement de ceux qu*il aurait voulu ,procurer aux rebelles de la Vendée. Les côtes étant extrêmement aplaties dans cette partie de l'Ouest^ et d'un facile accès par la mer * , tout était à craindre des suites que pouvaient avoir les intelligences et les entreprises des ennemis du dedans et du dehors; et Ton peut juger combien, dans le cas d'une attaque combinée des uns et des autres^ la position des troupes républicaines destinées à la garde de ces côtes devenait périlleuse, puisqu'elles se trouvaient entre deux feux, et que la disposition locale les exposait nécessairement à n'être que faiblement et lentement secourues *.
Mais on n'aurait rempli qu'imparfaitement son objets si, pour attaquer et parvenir à purger ce repaire du brigandage^ on s'était borné à garantir les côtes de l'invasion de l'étranger, li fallait encore couper les communications avec Gharette, et empêcher celui-ci de donner des secours aux rebelles du Marais^ comme d'en recevoir. Ainsi, et c'est sous ce rapport seulement que la guerre du Marais , celle des chouans , et même celle du Morbihan ^ peuvent être comparées à la guerre de la Vendée. Sur quelques points que vous placiez les troupes républicaines^ quelque direction que vous donniez aux colonnes agissantes^ elles sont partout environnées d'ennemis.
1 SoiTant la nonyelle division, une partie da Marais se trooTe dans le district des Sables, et l'antre dans œlni de Challaas, département de la Vendée.
2 Quoique l'on troirre fond partout le long de ces eûtes, elles sont d'an aooâs moins difficite que si elles étaient escarpées, surtout si les habitants faTorisent la descente de l'ennemi.
9 J'en ai dit les raisons en faisant la descriptbn dn pajs.
4 Ce que j'avance ici ne détruit pas ce que j'ai dit pins haut dn pen de ooaieistanoe des Morbihannais. Cette guerre n'est pas enooro sérienae^ mais éthà le deviendra, si on n'y prend garde. L'esprit public est ébranlé en IHiitajn prêtres et les nobles qui l'infectent *, et qui assolement n'aiment pas la blique, cherchent depuis longtemps à y exciter nn sonlèYcment général.
* Il est utile de fain remarquer que oeoi fut éerlt en 17M. (fioU de»
UVMB I. 167
Od a pu juger par ce que j'ai dit des rebelles du Marais , de ceux de la rive droite de la Loire (Jes chouans), et des révoltés du Morbihan, de la nécessité de séparer ^ ces guerres pour les terminer; de couper les conununications, les relations entre ces différents partis dont tous les efforts tendaient à se réunir, de prévenir ou de rompre toutes les opérations qu'ils auraient pu concerter, et d'isoler enfin chacun d'eux pour les détruire. On en sera convaincu lorsqu'on connaîtra la guerre de la Vendée. Et si nous sommes parvenus à ce but , si nous avons empêché la réunion de ces divers partis de rebelles, il ne faut pas se dissimuler que nous le devons moins encore à nos efforts et à nos succès qu'aux circonstances locales, à l'ambition et à Timpéritie de quelques chefs de révoltés , et surtout à la rivalité qui les a toujours divisés.
Parlons maintenant des Vendéens , parlons de ces hommes vraiment extraordinaires, dont Texistence politique, les rapides et prodigieux succès, et surtout la férocité inouïe , feront époque dans les fastes de la Révolution; de ces Vendéens à qui il ne manqua que de l'humanité et une autre cause à défendre pour réunir tous les caractères de Théroisme.
Une manière de combattre qu'on ne connaissait pas encore, et peut^tre inimitable, si elle ne peut véritablement s'approprier qu'à ce pays, et qu'elle tienne au génie de ses habitants ; un attachement inviolable à leur parti ; une confiance sans bornes dans leurs chefs, une telle fidélité dans leurs promesses qu'elle pe&t suppléer à la discipline; un courage indomptable, et à l'épreuve de toutes sortes de dangers, de fatigues et de privations : voilà ce qui fait des Vendéens des ennemis redoutables , et ce qui doit les placer dans i'histoh« au premier rang des peuples guerriers. Enfin les Vendéens sont Français, animés du double fanatisme de la religion et de la royauté, qui ont longtemps fixé la victoire,
' CIh^ oonaM en le Tem^ le pnmkr olijet de moi plan*
168 GUEfiBB DE LÀ VENDÉE.
et qui ne pouvaient être vaincus que par les républicains français.
Le Bocage et le Loroux forment le pays qu'on doit appeler Vendée , puisque c'est celui où la guerre a été constamment la plus vive et la plus sanglante. Ce sont deux grands cantons, dont l'un (le Bocage) faisait partie du Poitou , et l'autre de l'Anjou et de la Bretagne. Qs sont répartis suivant la nouvelle division , dans les départements de la Vendée , des Deux-Sèvres, de la Loire-Inférieure et de Mayenne-et-Loire. Ce pays est un des plus fertiles de la république; U en était aussi le plus peuplé avant que les horreurs de la guerre et de la funeste domination des rebelles en eussent éloigné les patriotes, et qu'un arrêté^ des représentants du peuple en mission dans l'Ouest eût contraint à quitter cette perfide contrée ceux de ses habitants qui voulaient y rester, sous le prétexte d'une neutralité dangereuse pour eux et pour nos troupes, et qui tournait toujours à l'avantage des rebelles*.
Mais pour mettre à portée de connaître le véritable théâtre de la guerre , voici quel est le territoire que ceux-ci occupaient dans le temps de leurs prospérités : ils avaient pour limites, au nord, la Loire; à l'ouest^ la mer; au sud, Fontenay, Luçon , les Sables et Niort ; Parthenay, Thouars et Doué , à l'est ».
La localité du Bocage contraste parfaitement avec celle du
1 n est du 2 Tentdae an II, 20 février 1794. Il porte en anbetanœ « que les € habitants de la Vendée quitteront le pays, sans quoi ils seront censés faire « cause < onunune avec les rebelles , et traités comme tels. > J'obserrerai que, sans cet arrêté et d'autres mesures prises par les représentants, pour couper toute communication des rebelles ayec leurs complices secrets, disséminés dans la Vendée et villes voisines, je ne voyais pas de bornes à la contagion ni de terme à la g^uerre.
S J'en dirai les raisons.
S Les rebelles ont quelquefois dépassé ces limites. Us ont pris Fcmtenay, Thouars, Doué, Saumur, Angers; mais ayant édbaoé devant Nantes, Ûb ont repassé la Loire, et ne sont, rerenus sur la rive droite qu'après Taffaire de Chollet.
LIYBE I. IQ9
Marais. Le Bocage * est un pays très-coupé , quoiqu'il n'y ait pas de grandes rivières; très-inégal^ quoiqu'il n'y ait pas de montagnes, et très-couvert^ quoiqu'il y ait peu de forêts, et que les bois , qui y sont fréquents , n'aient communément qu'une médiocre étendue. Il est très-inégal et très-coupé , parce qu'il a beaucoup de collines , de vallons, de ravins , de petites rivières presque toujours guéables, de ruisseaux même que l'on passe à pied sec, mais que les moindres pluies transforment en torrents. Il est très-coupé , parce que toutes les propriétés y sont divisées en petits clos ou champs • environnés de fossés. Il est très-couvert, parce que ces champs sont entourés de fortes haies plantées sur la crête des fossés , quelquefois d'arbres disposés de manière qu'ils font l'effet de palissades autour d'un ouvrage de fortification.
Ce qui contribue encore à rendre ce pays très-couvert, c'est que la terre y étant très-grasse, très-fertile, les bruyères, les landes, les épines, les genêts , et généralement toutes ces productions parasites et spontanées, ainsi que celles qu'en obtient l'industrie, y sont d'une force et d'une grandeur démesurées.
Une telle localité ne porte pas de beaux chemins '; aussi sont-ils affreux dans la Vendée. Les convois ont de la peine à faire trois lieues durant toute une journée, encore
1 n en est de même du Lorouz, on peu X)ea moms oonverc œpendant qae le Bocage dans la partie la pins voisine du rivage de la Loire.
2 Ces champs n'ont communément qne 50 on 60 perches on 48 ares de contenance, et sont quelquefois entourés d'une double ceinture de fossés. C'est surtout à cette subdivision du territoire en petits champs, et aux fossés et saignées qui les entourent et les coupent, qne le terrain doit son extrême fertilité, sans quoi il serait ta-ès-aquatique.
3. n n'y a qne deux grandes routes dans la Vendée : celle de Nantes à Sanmur par Chollet, et celle de Nantes à la Bochelle par Montaigu, Saint-Fnlgent, etc. Ces grandes routes, que vous ne pouvez suivre qu'accidentellement, ne sont pas plus favorables aux dispositions militaires que les chemina de traverse. Elles TOUS i)ermettent seulement de mettre plos d'ordre dans votre marche; mais eUes sont flanquées de fossés larges et profonds ; leurs rives sont obstruées de haies, d'arbres, de buissons , etc. ; et c'est ordinairement sur les lisières • de ers grandes routes qne l'ennemi préi)are ses embuscades et dispose ses attaqnes.
170 GUBRBB DE LÀ YSNDBS.
le plus soutent faut-il se servir, pour les transports, de bœufe et de charrettes du pays, qui n'ont pas la voie ordinaire. Les chemins ^ n'ont que la largeur de ces charrettes. Il s'y trouve rarement des espaces, des carrefours où les voitures puissent tourner ; et, quand l'escorte d'un conyoi est battue, 0 devient infailliblement la proie des rebelles. Eussiez-vous pu faire d'avance des dispositions de retraite, elle est nécessairement si lente que vous ne pouvez le sauver.
Ainsi la Vendée, cet asile de la révolte et du crime, est comme une vaste fcurteresse où les agents du royalisme et de l'aristocratie pouvaient, avec sécurité, méditer les complots, concerter leurs projets ; et la nature trompée semble y avoir développé tous ses moyens, pour protéger la coupable résistance et l'indépendance funeste des ennemis intérieurs de la république.
Il n*est pas aisé sans doute de faire la guerre dans un pays tel que celui dont je viens de tracer rapidement la description. Dans un pays qui refuse tout à l'attaque, et présente tant de ressources à la défense, comment conduire une colonne, en régulariser les mouvements, conserver de Tordre, de l'ensemble dans sa marche, exécuter des manœuvres, des déploiements, dés dispositions d'attaque ou de retraite ; donner à l'artillerie et à la cavalerie tout le jeu, toute Tactioa que comportent ces deux armes, au milieu des obstacles dont sont hérissés les repaires de la Vendée? Gomment improviser un ordre de bataille *; mesurer de l'œil les distances; cal-
i ni sont qiMlqnefoto encaissés jusqu'à dix on don» pieds an-âessons da niveau des textes.
On peat indnize de là qu'on général qui connaft la Vendée^ doit nonrsenlement n'y pas conduixe d'artillerie, mais encore n'avoir à la suite de ses ootonoes ni équipages, ni ambolanoes, ni effets de campement^ etc. H ne fant à m» armée qui vent peroer dans la Vendée^ que des soldats et des pionnien. Tout oe qu'on appelle impetUmenia doit ètn supprimé, si Ton ne veut pas être Iwttn. Un ofikder général dans oe pays doit» autant quil est possilde, rapprocfaer sa manière de faire la guerre de odle de renaemi.
S Yoos ne pouvei jamais, avec les rebelles, oombhMr d'avance un ordre da iMttalUe. Vous ne saves pas sur quel point vous vous battra, si vous seres at>
LITBS I. 171
euler les avantages et les inconvénients d'une position forcée et prise à la hâte; connaître celle de Tennemî^ pressentir ses projets; embrasser^ par un aperçu rapide^ sa position comme celle qu'occupe votre armée^ lorsque les fréquentes ondulations du terrain, les haies, les arbres^ les buissons qui en obstruent la superficie^ ne vous permettent pas de voir à cinquante pas autour de vous? Gomment profiter.de chances heureuses ou remédier promptement à des événements contraires, apercevoir, ou du moins être instruit assez tôt des échecs ou des succès partiels qui ont lieu durant le cours d'une affaire, lorsque souvent vous êtes plus de temps à recevoir un rapport, ou à faire parvenir un ordre d'un bout de la ligne à l'autre, qu'il n'en faut pour décider le sort d'une bataiUe?
Les rebelles, favorisés par tous les accidents de la nature, ont une tactique particulière qu'ils savent appliquer parfaitement à leur position et aux circonstances locales. Assurés de la supériorité que leur donne leur manière d'attaquer, ils ne se laissent jamais prévenir; ils ne se battent que quand ils veulent, et où ils veulent. Leur adresse dans l'usage des armes à feu est telle qu'aucun peuple connu , si guerrier, si manœuvrier qu'il soit, ne tire un aussi grand parti du fusil , que le chasseur du Loroux et le braconnier du Bocage. Leur attaque est une irruption terrible , subite, presque toujours imprévue, parce qu'il est très-difficile, dans la Vendée, de bien reconnaître, de se bien éclairer, et par conséquent de se garantir d'une surprise. Ils donnent à leur ordre de ba> taille la forme d'un croissant, et leurs ailes, ainsi dirigées eu flèche, sont composées de leurs meilleurs tirailleurs , de soldats qui ne tirent pas un coup de fusil sans l'ajuster, et qui ne manquent guère un but donné à la portée ordinaire. Vous êtes écrasé, avant d'avoir eu le temps de vous reconnaître , sous une masse de feux, tels que nos ordonnances n'en présentent pas dont l'effet puisse leur être comparé.
taqné sur Totre front, toi flancs on tm devriàieB, et qnéUea âispodtioiiB le ^ettdixk TotM permettra de faire.
172 GUEHBE DE LA YENDÉE.
ils n'attendent pas de comoiandement pour tirer : ils ne connaissent pas les feux de bataillon, de file ou de peloton ; cependant celui qu'ils vous font éprouver est aussi soutenu, et surtout beaucoup plus meurtrier que les nôtres. Si vous résistez à leur violente attaque, il est rare que les rebelles vous disputent la victoire, mais vous en retirez peu de fruit, parce qu'ils font leur retraite si rapidement, qu'il est très-difficile de les atteindre, le pays ne permettant presque jamais l'emploi de la cavalerie. Us se dispersent, ils vous échappent à travers champs, haies, bois, buissons, connaissant tous les sentiers, les faux-fuyants, les gorges, les défilés; sachant tous les obstacles qui s'opposeraient à leur fuite, et les moyens de les éviter. Si vous êtes obligé de céder à leur attaque, vous avez autant de peine à opérer votre retraite qu'ils ont de facilité à vous fuir lorsqu'ils sont vaincus. Vainqueurs, ils vous cernent, vous coupent de toutes parts; ils vous poursuivent avec une fureur, un acharnement, une vélocité inconcevables. Us courent dans l'attaque et dans la victoire comme dans la défaite; mais ils n'en continuent pas moins leur feu; ils chargent leurs armes en marchant, même en courant, et cet état constant de mobilité ne fait rien perdre à leur fusillade de sa vivacité et de sa justesse. En général, cette guerre a des caractères si singuliers qu'il faut l'avoir faite très-longtemps pour la bien connaître ; et tout officier général instruit, formé par dix campagnes sur les frontières, se trouvera fort embarrassé, en arrivant dans la Vendée, pour y opérer avec succès. J'invoque ici le témoignage de tous les officiers généraux qui, après avoir servi sur les frontières, ont été employés dans cette affreuse Vendée : qu'ils disent s'ils avaient une idée de cette guerre, avant de l'avoir faite; qu'ils disent si les Prussiens, les Autrichiens,, les soldats formés, rompus à la discipline des Nassau et des Frédéric, sont aussi terribles dans les combats, ont autant d'adresse, de ruse et d'audace , que les féroces et intrépides tiraiUeurs du Bocage et du Loroux^; qu'ils disent s'il peut
1 J'atteste que tout oe qne je dis stir leur manière de combattre, si extraoïdinaire qu'elle poisse paraître, est de la pins exacte vérité.
LIYBE I. 178
exister une guerre plus cruelle^ plus fatigante pour les militaires de tout grade, plus sanglante que celle-là; qu'ils disent aussi si elle ne tue pas Tordre^ la discipline et la subordination dans une armée^ et si le soldat français , bientôt amolli, dépravé dans ce pays dont Tair pestiféré semble corrompre jusqu'à la complexion morale des individus qui l'approchent; si le soldat français, dis-je, dégoûté, rebuté de cette guerre dont l'opinion semble avoir éloigné la gloire *, n'y perd pas cette énergie , cette constance, ce courage invincible qui l'ont fait triompher tant de fois des guerriers de l'Angleterre et de FAutriche ; qu'ils disent enfin s'ils n'aimeraient pas mieux £ure un an de campagne sur les frontières , qu'un seul mois dans la Vendée.
Je crois en avoir assez dit pour prouver que les principaux obstacles à toute entreprise militaire dans la Vendée , naissent de la localité. L'impossibilité d'assurer sa correspondance par l'intérieur, et d'éviter les retards qu'elle éprouve, d'entretenir les communications, de couvrir suffisamment ses postes quand l'ennemi est partout et vous environne de tous côtés; d'établir, de garantir de son invasion des entrepôts qui nécessiteraient Téloignement des magasins et la lenteur des convois; la difficulté, le danger surtout de transporter ses munitions de guerre et de bouche dans un pays oiî les chemins sont impraticables, où tout est embuscade, cil il vous faut une colonne de deux mille hommes pour escorter un caisson de vivres ou de cartouches (l'ennemi s'attache surtout à attaquer les partis et les escortes) * : voilà
1 Les r^nblicains qui ont fait la guerre dans la Vendée ne devraient-ils pas paztager la gloire qui parait exdnsiyement réBerrée à leurs trèna d'armes employés sur les frontièces? Plus de deux cents combats qui se sont livrés smr les rives de la Loire, depuis le commencement de cette guerre, prouvent qu'elle était assez vive, asses importante, pour qu'on attachât quelque mérite à l'avoir bdte. Oependant il semble qu'on ait voulu jeter de la défaveur sur les militaires qui ont servi dans la Vendée. Je désirerais qu'on envoyât leurs détcaoteon y iaiie une campagne.
< Gela doit particulièrement s'appliquer an temps od Ton a été obligé de fafa» la guerre dans le pays couvert, dans le sein de la Vendée. Alors les v»* bèlks ayant perdu de leur oonsistanoe politiqTBe ne se montrèrent plus dans ki
174 GUERBlS J>B LA TBNMÎB.
ce qui brise vos moyens^ ce qui entrave sans cesse vos opérations. Quel est l'officier général qui, ayant combiné un. plan, peut répondre de Texécuter, de le suivre exactement dans une guerre où tout est irrégulier et de circonstance; où les données, les renseignements varient à chaque instant^ où les rapports sont toujours incertains ou perfides , parce que vos espions sont timides ou traîtres; où les événements du jour détruisent ou contrarient les mesures que semblaient exiger ceux de la veille; où toute application des principes du métier aux dispositions locales devient inutile ou dangereuse? dans un pays où l'ennemi est partout, et partout ea force où vous êtes faible ; insaisissable, invisible même lorsque vous marchez à la tète d'une colonne forte et bien ordonnée? Si votre colonne cesse un moment de s'éclairer^ d'avoir de l'ordre, de l'ensemble, l'ennemi bientôt réuni se trouve en masse, vous attaque avec fureur et vous fait repentir de la moindre négligence que vous aurez commise dans votre marche. Tout est pour les rebelles dans le paysqu'ils occupent, et toujt y est contre les républicains. Partout ceux-là bien accueillis, trouvent des vivres, des ressources de toute espèce ; et ceux-ci sont obligés de porter tout avec eux.. Si quelques soldats s'écartent de l'armée, et qu'ils tombent entre les mains des rebelles, ils sont m utijés, torturés, lentement égorgés, ou brûlés à petit feu; et quand quelques traîneurs s'arrêtent dans les maisons, on ne leur donne des secours que pour le? y retenir et les faire mourir dans les^ supplices. Mille exemples attesteraient au besoin ce que j'avance.
Mais un officier général qui dirige un corps d'armée dans la Vendée n'a rien fait encore lorsqu'il a conduit ses troupes militairement, que sa marche a été bien ordonnée, qu'il a évité les embuscades de l'ennemi, qu'il résiste à toutes ses
immmnatm plalnes qui les enTizoïment. Befcirés dans leura aombires xepaireB, ils ne s'attadièrent pins qu'à surprendre les troupes qui voulaient y pénétrer, et les postes qu'on avait si mal à propos conseryés dans le centre du pays révolté. A. surplus , leur manière d'attaquer et de combattre a toujours^ été la mâm*;.
UVBB I. 17&
attaques, ou qu'il l'a attaqué lui-même avec succès : il faut trouver une position pour bivouaquer et faire reposer l'armée; et les positions ne sont pas communes dans la Vendée, oa plutôt il n'y a point de véritables positions militaires. Il laut que le général s'établisse de manière à pouvoir faire promptement ses dispositions de quelque côté qu'il soit attaqué^ et qu'il ne compte pas trop sur ses avant-postes, toujours insuffisants dans ce pays, si bien qu'ils soient disposés pour garantir d'une surprise. Vous êtes rarement attaqué sur votre front : c'est communément sur vos flancs, sur vos derrières que l'ennemi se précipite. Souvent même il dirige à la fois ses attaques sur tous les points; et on le répète, elles sont brusques, violentes, accompagnées de cris et de Parlements affreux.
n faut surtout que le général se garde bien de cantonner ^, de s'arrêter dans les villes, bourgs ou villages situés dans l'intérieur du pays *. Il n'est pas possible d*y faire nne résistance victorieuse. Ce sont des coupe-gorges où l'on court le risque d'être surpris ou cerné par l'ennemi; de fortes haies, des genêts, quelquefois des bois en dérobent
i Un oflkder général qui, apnàt avoir fait une gnene régaUëra svr les rives de la Moiène oa de rEaoaiit^ esC employé âam la Yendée, doit faiie an moins d«nx 01 trois mois do noviolat pour st m«ltvs nn pea an fait de la locaUtiiê» et de la manièce de faire le gnene dam oe pays ; sinon fl rapprend à ses dépot. Oda n'est pas -sans exemple.
J'ai tronré, en arrivant dans la Vendée (f étafe alors chef de brigade), nn oIBcier général commandant nne division de Farmée^ «t qne j'avais vn sur les frontières diriger avec habileté nne avant-garde considérable. Sans égard à la Batore dn terrain, il faisait ses dispositions d'ordre, de manâie et de bataille^ omn» il les anrait faites dans les plaines de la Belgiqne. H traînait à sa snite i»fi nombrefose artOkrie, des efEets de campement, des bagages, nn attbrail im- °'°)>e; son avant-garde était tonjonrs très-éloignée dn corps d'année^ etc. Ce- Voidaab d'henzenz hasards hd procnrèrent nn premier sncoës, mais qni fut snivt ^*^ joars après d'nn affreux désastre; et sa défaite me snzprit bien moins que «victoire.
^ La maovaise disposition des habitants était sans doute nne raison iuffi- ■uite ponr abandonner les postes dn centre de la Vendée; mais les seuls Incon- ^^■^ta delà localité m'y ont fait nnonoer.mème apiès l'anMé du 2 ventte» •H.(201énlerl7»4)
176 * GUERHE DE Là. VENDÉE.
toutes les avenues; et d'ailleurs, les intentions perfides des habitants en rendent le séjour si dangereui pour nos troupes que l'obstination de quelques généraux à les y laisser nous a causé vingt défaites et fait perdre trente mille hommes.
Les rebelles retiraient de très-grands avantages des dispositions amicales des habitants restés dans la Vendée. Trop lâches pour prendre les armes avec eux , ils n'en favorisaient pas moins secrètement leur cause ; ils étaient les espions du parti : les femmes^ les enfants même étaient des agents fidèles et intelligents qui instruisaient à la minute les chefs des rebelles des moindres mouvements de Tarmée républicaine. Nos généraux ont voulu aussi avoir des espions du pays : ils ont toujours été trahis ou mal servis par eux, et jamais on n*a pu organiser un espionnage à l'armée de l'Ouest. C'est après avoir acquis par eux-mêmes la certitude de ces faits; c'est après avoir été convaincus que la plupart des habitants de la Vendée qui n'avaient pas les armes à la main n'en étaient pas moins les complices ^ les partisans secrets des révoltés, que les représentants du peuple près cette armée ont pris l'arrêté précité.
On vient de voir quds étaient les moyens, les ressources, les avantages que la Vendée procurait aux rebelles; nous allons prouver qu'ils en retiraient aussi des villes et cantons circonvoisins ; et que ces secours étrangers n'ont pas peu contribué à alimenter cette malheureuse guerre et à atténuer toutes les mesures employées pour la terminer.
Il est constant que la plupart des habitants des villes,bourgs ou villages , situés sur les frontières de la Vendée , avaient leurs propriétés dans ce pays, que leurs métayers ou fermiers étaient avec les rebelles, ou du moins les favorisaient, soit par crainte, par conformité d'opinions, soit quelque autre motif d'intérêt particulier. De là des communications continuelles, de< rapports sans nombre et indispensables entre les révoltés et les habitants voisins du théâtre de la guerre ; les uns et les autres unis par les liens de la parenté, de l'amitié, d'un intérêt mutuel , des préjugés même , étaient continuellement
LIVBE I. 177
rapprochés, confondus par ces circonstances morales. Les rebelles se trouyaîenl à toutes les foires, à toutes les assemblées; leurs femmes remplissaient les marchés publics; de là une infinité de liaisons, de ménagements^ de relations commerciales , de convenances particulières ; de là la cause des Vendéens et celle de leurs voisins devenues communes ; de là le système d'indulgence et de modérantisme adopté par la plupart des administrations ; de là Tinexécution^ ou l'exéculion imparfaite des lois nouvelles, et de nouveaux motifs d*at^ tachement aux vieilles habitudes^ aux anciens préjugés; de là la mollesse et l'inertie des fonctionnaires publics, civils et militaires, qui ont perdu la chose publique dans cette partie de la France, en cédant à des considérations et à des affections locales; de là les dénonciations calomnieuses, les libelles lancés de toutes parts contre les généraux énergiques, contre les généraux républicains, qui, froids, impassibles au milieu des dangers, des pièges dont les circonvenait l'aristocratie déguisée sous toutes les formes , résistant à toute espèce de séduction, n'écoutant ni les réclamations, ni les vœux intéressés des individus que blessait nécessairement l'effet des mesures générales , ont eu le courage de n'obéir qu'à la voix de leur devoir, et de suivre invariablement la ligne que leur traçait le gouvernement.
Ainsi, tandis que nos officiers généraux combattaient les rebelles armés, ils se trouvaient dans les villes voisines du théâtre de la guerre, au milieu des complices de la rébellion. Ceux-ci étaient d'autant plus dangereux, qu'ils étaient plus cachés. Souvent ils se couvraient du manteau du patriotisme; ils se glissaient dans les sociétés populaires, dans les administrations, même dans l'armée républicaine où ils étaient parvenus à organiser des déroutes *. Les chefs des rebelles avaient soin de préserver des horreurs de la guerre les propriétés de ces agents secrets, et, lorsqu'ils voulaient investir quelqu'une des villes limitrophes de la Vendée, ils désignaient.
^ Entre antres, xm marquis de Sanglier, volontaire dans nn batainon. B a été gnillotiné à Tonrs.
178 GUKBBE DB hJL VENDRE»
avant Tattaque^ ceux des fonctionnaires publics que Tbiii die^ yait épargner comme des coopérateurs utiles^ des correspondants fidèles à leur parti,. et ceux que Ton devait sacrifier à leur vengeance.
Les généraux vendéens retiraient un double avantage de leurs intelligences dans les villes voisines : elles facilitaient leurs opérations militaires ^, et leur assuraient des conquêtes par Topinion. Les apôtre» du royalisme et du catholicisme ne cessaient de corrompre Tesprit public et de secouer les torches du fanatisme, auquel des causes particulières assuraient des suçcès^dans^la partie méridionale du département de la Vendée et dans celui des^Deuit-Sèvres *.
A tant de moyens qui militaient en fa^^eur des rebelles et qui secondaient si puissamment la force de leurs armes^ que pouvaient opposer les généraux de l'armée républicaine ? De simples mesures mîllitaires, toujours insuffisantes dans cette espèce de guerre si elles ne sont étayées de mesures politiques^ d'administration et de police intérieure. Car ce n'était pas assez de battre les rebelles armés, il fallait arrêter les ravages de l'opinion, les progrès d'une épidémie morale qui^ menaçant de la contagion tous' les départements voisins, ne laissait point entrevoir le terme des succès du parti royaliste. Si des administrations vigoureuses et bénévoles^ de concert avec la force armée, eussent secondé ses efforts; si nos officiers généraux avaient pu compter sur le concours^ la coaction de leurs moyens respectifs^ ils auraient établi sans
1 Lonqne les rebelles assiégèrent Samnnr, un nommé François, employé ans bureanz de Tadministration, endona plnsienis pièoes de canon dans la Tille peor dantle siège.
S Où il y a beaucoup de protestants.
Entre antres moyens qu'employaient les agents, les missionnaires du parti catholique, il en est un qui leur a souvent réussi, et l'on peut en r^arder le ié> sultat comme une des causes premières de la rébellion. Ils excitaient aux rs* grets de randen 'ordre de choses (et cela dès le principe de la révolntion), des hommes simples et superstitieux, en leur faisant envisager et craindre, par l'eflet <4es mesures du nouveau gouvernement, le triomphe d'une secte en horreur au catholiques^
XIVBE c. 179
pemeune ligne de démarcation entre lepaysTévolIté et les pays Toisins ; ils auraient rompu par là toute communication yicinale^ toutes liaisons entre les rebelles et leurs complices extérieurs qui alimentaient et propageaient la révolte. Bientôt les Vendéens, privés de tout secours étranger^ réduits à leurs seules ressources, les eussent épuisées S et chacune de nos victoires leur eût alors porté des coups mortels. Mais quels succès pouvaient avoir les invitations^ les sollicitations des chefs de la force armée auprès de corps constitués faibles, inertes ou malveillants, lorsque souvent les représentants du peuple eux-mêmes B'en obtenaient pas la pleine et entière exécution de leurs arrêtés? Ainsi nos généraux, contraints d'isoler leurs moyens, n'ont pu premke que des demi-mesures qui ont toujours produit des victoares ^ms fruit ou des échecs désastreux *.
1 SarUrat leurs nnmitloiui de gnecre. On -n'a jazoais sa positiyemeiit «omment Us faisaient pour s'en procnvar après la destmotion de Isnrs ètabllssemests.
' L'expérience de pins de Tlngb oombats, dont f ai été témoin dans la Vendée, m'a oonvaincn qne dnq on six yictoires remportées sur les rebelles nons procoraient moins d'avantages réels qn'nne senle défaite ne nous faisait de mal; ^lans nos victoixes, nons taons pen de monde anx rebellée, e( ils noos en tnent beanoonp dans nos déroates. (Je crois en avoir dit les raisons.) ICaftres du champ de bataflle, noos n^ tronTons.qae des sabots et qaélqoes morts, mais jamais d'armes ni de mnxdtions. Le Vendéen potosniii^ cache son fosU ; s'il est trop pressé, il le oasse, et il est -très-rare qall toqs laisse son arme en abandemuint la ^e. • •
J'ai va deox déroutes à l'armée de rOnest (j*é^aABt k la premièn, adjndant Séoéral, «iiir^4ft>>a.^ de camp, à la -seconde) : nons avons perdn beanoonp d'hommes, mie qnantité prodigiense de fnsils, environ soixante bondies 4 fen, et quatre- 'vingts caissons. Dans les cinq premioB mois de la gnerre de la Vendée, nons avons dtmné anx rebelles pins de troi# cents bonches 4 fea, et dnq cents caissons.
On savait, on devait savoir que les grandes affaires, les affaires décisives ne doivent presque jamais leor snooès à reflet de rartillerie, beanoonp pins effrayant qœ menrtrier.
On savait qn^ la natnre dn pays permettait rarement d'en faire nsage, et qne ^SaaxiA on ponvait l'employa*, dn moins il était presque tonjonrs impossible de M donner asses de jen poor s'en promettre de grands effets.
On savait qne le canon en imposait pen anx rebelles, puisque dans les prenières affaires, dans un temps où'la plupart d'entre eux n'étalent aimés que
l80 GUERBE DE LA YEINDÉK.
Il me semble avoir prouvé que, pour terminer l'horrible guerre de la Vendée, la première mesure qu'il fallait employer était d'établir une ligne de démarcation entre le pays insurgé et ceux où l'exemple , la crainte, la conformité d'opinions et de préjugés pouvaient faire éclater la révolte, et grossir, par une jonction inévitable,. le noyau de la Vendée?
L'objet que se proposaient les rieprésentants du peuple en mission dans l'Ouest, d'après leur arrêté du 2 ventôse an II, était donc non-seulement de séparer les rebelles de leurs complices restés dans le pays, sous le prétexte de la neutralité, mais encore, à l'appui des mesures militaires, de rompre toute espèce de communication entre eux et ceux de leurs partisans qui se trouvaient répandus dans tous les cantons voisias de la Vendée.
II faut convenir que cette mesure, qu'avaient prise les représentants Hentz, Garrau, Prieur ( de là Marne ), et Francastel, est, de toutes celles qui ont été employées depuis l'origine de cette guerre, la seule grande, la seule, je crois, qui
de bâtons, ils se précipitaient snr les pièces et les enleyaient» quelquefois même avant qu'on s'en fût serri.
La perte des bouches à feu n'était rien encore en comparaison de celle des caissons. La rareié de la poudre se faisait déjà sentir dans la république, et nous allions porter la ndtre à Tennemi, qui n'aralt pas encore d'établissement pour ea faire.
Les rebelles, consultant la localité et plus adroits que nous, ne conduisaient presque point d'artillerie avec eux ; quatre ou dnq pièces leur suffisaient pour une armée de trente à quarante mille hommes, et c'était ordinairement des pièces de huit, calibre le plus propre à la guerre de campagne. Avares de munitions, ils conduisaient peu de caissons ; un seul servait à alimenter deux oa trois pièces. Ils savaient bi»i que ce ne serait pas l'artillerie qui leur procurerait la victoire, et ils l'ont fixée longtemps sans cet accessoire auquel on dozme généralement trop d'importance, qui fait d^énérer les courages, parce qu'il accoutume à se batiare de loin et hors de mesure.
n résulte de là que, quand nous avions une affaire malheureuse, nous perdions quinze, vingt-cinq bouches à feu, et des caissons à proportion (les rebelles décomiMsainnt nos gargousses et en faisaient des cartouches) ; et qu'une victoire noas donnait deux ou trois pièces de canon, mais jamais de munitions.
D'après ces considérations, comment se peut-il que tous les officiers généraux qui ont servi dans la Vendée (et sans doute il s'en est trouvé d'instruits}, se soient obstinés à y conduire de l'artillerie ?
LIYBE I. t8t
pouyaît la terminer. Toutes les autres, d'après rexpérience, ont été reconnues insuffisantes, quelques-unes inexécutables^ et la plupart dangereuses pour les sous-ordres chargés de leur exécution. Car telle est la nature des choses et la force des drconslances^ dans le malheureux pays trop connu sous le nom de Vendée, qu'un fonctionnaire public^ civil ou militaire, qui faisait rigoureusement son devoir, se trouvait toujours compromis ; et je parle ici de tous les agents, quel que fût 'eur rang dans la hiérarchie des pouvoirs dont ils pouvaieni rarement suivre les échelons nour borner leur garantie.
Ainsi l'effroi que causait à des fonctionnaires de bonne foi, mais timides, une responsabilité terrible, peut-être outrée, qu'il était impossible de ne pas engager S lorsque, dans telle ou telle circonstance difficile, impérieuse, le fonctionnaire public était obligé de prendre une détermination énergique et prompte, que l'urgence des cas, et l'éloignement des autorités premières * ne permettaient pas de soumettre à leur sanction ; la crainte, dis-je, de se compromettre faisait toujours adopter au subordonné faible, craintif, iiTésolu, des partis mitoyens, quelquefois inutiles, plus souvent contraires à l'intérêt public, mais qui sauvaient sa garantie personnelle.
Cette marche incertaine et timide des sous-ordres était en partie l'effet et la suite nécessaires des demi-mesures ' qu'on a si longtemps mises en usage pour assoupir la Ven-
1 Ceux de mes lectems qiii connaissent la Vendée' m'entendront : peut-être deriais-je aux antres nne explication, mais cette explication me oondoirait trop loin.
* On conçoit bien que je parle ici des représentants en mission.
J'ai observé plus d'une fois que la présence des représentants de peuple imprimait une espèce de crainte, salutaire sans doute, si les hommes équivoques ou malveillante Teussent seuls éprouvée ; mais dont quelquefois des agents fidèles et de bonne foi n'oQt pas su se défendre.
9 On verra dans la suite de cet ouvrage que c^est & la mollesse des ag^its du gouvernement et des administrateurs que les rebelles ont dû leurs premisrB succès, et que remploi des demi-mesures et des palliatifs a failli perdre la chose publique.