‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 34 sur 55 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Du moment que le drapeau blanc fut déployé dans la Vendée (10 mars 1793)^ la révolte y éclata de toutes parts. Elle fut même générale parmi les habitants des campagnes , qui se précipitèrent sur les villes et les bourgs^ où ils n'éprouvèrent que peu ou point de résistance. Les autorités constituées^ eilrayées de cette irruption terrible qu'on doit attribuer en partie à l'imprévoyance des unes ^ à la complicité des autres^ et sans moyens de répression, furent obligées de céder aux rebelles. Quelques administrateurs patriotes abandonnèrent le pays; d'autres, plus courageux, restèrent à leur poste, et opposèrent inutilement aux armes des révoltés la force de leur caractère et Tégide de la loi. La faiblesse et la corruption en entraînèrent quelques autres qui suivirent et devinrent les principaux agents du parti ro3fali8te. Les rebelles, n'éprouvant aucune espèce de résistance, firent des progrès si rapides qu'en moins de deux mois ils furent maîtres du Marais, du Loroux, et de la plus grande partie du Bocage. Déjà ils s'étaient emparés de Machecoul, de Legé, de Glisson, de Montaigu, de Saint-Fulgent, des Herbiers, de Mortagne, de TifiGeiuge, de Beaupréau, de Saint-Florent, de Gh&lonnes, de Ghollet, de Maulevrier, de Ghàtillon, etc., etc. Us firent des recrues dans ces villes, y trouvèrent des armes * et quelques munitions de guerre. Ils formaient alors plu-

i Les YcndéeuB ont eomxDenoé la gnerre ayeo des fomdifis et des bâtons ; nuis ils n'ont pas tazdé'à avoir des fosils. Plnaiems communes avalent été déianaées lois desmoQTeBentsqniearent lien enl791 et en 1792 : les mmiidi>aUtés^ qui oonservalent les aimes, fuient investies les piemlères, et oUigées de les Uvier. Ontre cela, les nbeUes en trouvèrent nne asses grande quantité Sans différents diâteanx. B y en avait beaucoup panni eux aimés de fosito de chasse si & deux coups, de carabines, de canardièreo, même de fosils de rempart, etc. ; fli ^cn prooarèRnt enoon un très-grand nombie par knrs viotoins sur les

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sieurs corps d'armée de dix ou douze mille hommes : ils attaquaient différents points à la fois, et toujours avec succès *.

Bientôt une foule de prêtres *, de nobles, de mécontents de toute espèce, se réunirent dans les principales Tilles conquises. Des déserteurs français et étrangers, d'anciens commis, des garde chasse, des contrebandiers, des faux-sauniers, un grand nombre de domestiques poussés par l'instigation de leurs mattres, ou que leur émigration laissait sans place, enfin des contre-révolutionnaires de toutes les classes, accoururent de tous les points de la république dans la Vendée, et grossirent prodigieusement le parti royaliste , à qui ses premiers succès avaient déjà donné une consistance dangereuse .

Cependant, aucun chef-lieu de département n'étant envahi par les rebelles ', les administrations supérieures parurent

gardes natloiialeB employées contre eux dans le principe de 'rinsorrectlon, et ensuite sur nos iroapes r^lées. On a dit qu'ils en araient aussi de rétranger ; je n'ai 4 cet ^axd aucunes notions positlTes.

1 n fant être bien Ignorant ou de bien mauvaise foi pour assigner une cause éventuelle et intantanée à la révolte du Bas-Poitou. Il j avait longtemps que les ennemis de la patrie en soignaient et fécondaient les germes. Est-ce la levée des trois ceat mille hommes qui en a occasionné de partielles en 1791 et 1792? Est-ce la levée des trois cent mille hommes qui avait^ dès le commencement de la BévoluUon , réuni tant de prâtres et de nobles sur divers points du Poitou? Est-ce la levée des trois cent mille hommes qui avait, depuis 1791, rompu toutes ses relations commerciales, empèdié la circulation des assignats et retenu dans la Vendée tous les objets de subsistance, destinés à alimenter les pays voisins et particaliérement nos côtes depuis Brest jusqu'à la Qironde, et qui avait fait organiser la famine duis les contrées voisines du pays révolté, etc., etc. ? Certes, il faut être difficile en preuves pour ne pas trouver dans ces moyens préparatoires les indices d'un plan profondément conçu, d'un plan dont plusieurs événements imprévus (entre autres la mort de La Roarie) ont cmpéché l'exécution; plan qui existe encore, et qui est lié 4 celui des ennemis extérieurs.

i La réunion de ceux ci commença & Tépoque de la constitution civile du deigé.

8 Cest-à-dire avant k 29 mai 1798, jour où les rebelles, après une victoira signalée, s'emparèrent de Fontenay-le-Pouple (Fontenay-Ie-Oomte), cbef-Uen.di département de la Vendée.

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Yoiiloîr S'opposer à leurs progrès. Onréunlt sur différents pointe plusieurs bataillons de gardes nationales/ on en tira des officiers supérieurs pour concerter les opérations avec les corps constitués qui^ osant douter de la république^ incertains sur les suites de ce mouvement insurrectionnel^ manifestèrent dès lors, par leur irrésolution uu la faiblesse de leurs mesures^ sinon leur complicité avec les rebelles, du moins le désir de se neutraliser, et d'attendre le résultat d'événements ultérieurs pour prendre une détermination prononcée. Les chefs de la force armée, devenus généraux sans mission du gouvernement, nécessairement influencés par les autorités civiles qui les dirigeaient, obligés de faire la guerre sans plan^ avec des troupes formées à la hâte, et qui ne pouvaient être ni disciplinées, ni aguerries, ni manœuvrières, d'ailleurs trèsinférieures en nombre, furent constamment battus par les rebelles, qui retiraient de grands avantages de ces victoires faciles, par la quantité d'armes et de munitions que leur abandonnaient les vaincus ^

Enfin le gouvernement , à qui jusque-là on avait caché sans doute le véritable état des choses, fixa ses regards sur la Vendée, y fit passer des officiers généraux et quelques détachements de troupes réglées. Ces secours qui, un mois plus tôt, auraient pu comprimer la révolte, étaient alors insuffisants pour réteindre. On les . rendit encore plus faibles en disséminant les bonnes troupes , et en y mêlant des bataillons nouvellement formés, et composés en partie de pères de famille; tandis qu'il aurait fallu, à cette époque, les troupes les plus aguerries pour balancer seulement les avantages que les rebelles devaient à la localité, à leur supériorité dans l'usage des armes à feu , enfin à l'habitude de la victoire.

1 Pourquoi ees ylctoireii étoient-eUes^nssi avantageuses ans rebelles ? d'est que les soldats que nous employions alors dans la Vendée, rompus par le premier <iu» de Tennemi, commençaient par jeter leurs gibernes, et le ohamp de bataiUe ékait couTcrt d'armes et d'effets d'équipement ; de sorte que^ dans une affaire où nons perdions 200 ou 800 hommes, les Vendéens profitaient de MOO 41,500 fa- ■fla, etc., etc.

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On doit attribuer en partie les étonnants progrès des Vendéens à leur soumission , leur confiance aveugle dans leurs généraux et leurs prêtres. Ceux-ci, bornés alors aux seconds rôles, étaient les coopérateurs les plus utiles au parti. Ils en secondaient puissamment les chefs par toutes les manœuvres familières aux apôtres du fanatisme. Ils les présentaient partout comme les sauveurs de la religion et de la royauté, comme des hommes désignés par Dieu même pour diriger son peuple et protéger son culte. Ces prêtres avaient (comme de raison) le don de prophétie. Ils employaient aussi les ressources de la magie pour convaincre, à l'aide des prestiges, des esprits échauffés *et déjà trop disposés à Tenthousiasme et au merveilleux par l'ignorance et la superstition. Bientôt on parla de miracles dans la Vendée : ici, la Vierge avait comparu eu personne pour sanctifier un autel provisoire élevé dans les bois; là, le Fils de Dieu lui-même était descendu du ciel pour assister à une bénédiction de drapeaux; ailleurs on avait vu des anges parés de leurs ailes et de leurs rayons ^, annonçant , promettant la victoire aux défenseurs de Cautel et du trône *. Ces événements surnaturels avaient toujours lieu la nuit et souvent la veille d'une expédition. Ils faisaient la base des sermons du jour, dans lesquels les prédicants, les missionnaires du parti garantissaient aux victimes des combats une résurrection glorieuse dans cette vie comme dans l'autre. On y joignait une représentation de la messe, et les Vendéens , enivrés de tous les poisons du fanatisme,

i PlnsietarB de œs soënes ridicoks «yaiflQt en Uea daiu des bois près de Chemillé, dès l'aimée 1792, c'est-à-dire neuf & dix mois avant la goene. On doit se rap]>eler qn'à cette époqne Q y avait en des monvements dans la Vendée. Le gonvemement 7 envoya des commisBaixes qni ne firent que pallier le mal, et qni, en supposant qn'ils fassent de bonne foi, étaient dn moins trop ignorants sur la localité et sur les manœnvres employées depuis longtemps par les ennemis de 1» Bépnbliqne pour étonffler le germe de la révolte. H fallait dés lors la présence immédiate d'nne force armée considérable ponr ccmtenir ce malhenrenx pays. Les commissaires firent de très-beanx discours qui ne pouvaient pas balancer, ches les Vendéens, l'effet des sermons et des instraotiODS pastcnwles de leiin prêtres, et ils cmrent avoir padfié la Vendée.

> C'était la qualification favorite des, chefs de la Vendée.

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ne sortaient de leurs églises que pour courir à l'ennemi^ affrontaient avec audace les plus grands dangers, sûrs de vaintre, ou de recevoir en mourant la palme du martyre ^

Une autre cause contribuait à donner aux chefs de la Vendée cette influence despotique qui leur était nécessaire pour régir un parti composé de tant d'éléments hétérogènes. Il se trouva dans cette foule de contre-révolutionnaires, que l'étendard de la révolte avait ralliés dans le Poitou, il se trouva, dis-je, des individus d'un grand nom, des hommes dits de quaiUé. Ceux qui avaient dirigé les^ premiers mouvements des rebelles, et qui n'étaient pour la plupart que de simples gentilshommes du pays, surent profiter des circonstances pour se maintenir à la tête du parti; et ils furent, dans le principe, recherchés et caressés par ces hommes de la haute noblesse dont ils n'étaient que les feudataires, les vassaux dans l'ordre de la hiérarchie féodale, et qui, dans d'autres temps, auraient dédaigné sans doute leur secours et leur appui. Ainsi l'on vit les Talmont, les d'Autichamp, les Lescure accolés à des êtres obscurs, tels que Pyron, Joly^Stofflet, Gharette, etc.; et ceux-là, comme ceux-ci, trop heureux d'être les lieutenants des Bonchamps et des d'Elbée.

On doit mettre encore au nombre des causes de l'étonnante prospérité des rebelles l'espèce de délire, d'enivrement que leur donnaient des succès inespérés : ils ne pouvaient qu'augmenter la confiance dans des généraux dont la victoire couronnait chaque jour les efforts et les talents. Ajoutez à cela la situation critique de la république dont ces chefs avaient grand soin d'exagérer les malheurs. La marche rapide et victorieuse des armées autrichiennes et prussiennes sur nos frontières; le peu de consistance de nos forces militaires dans l'Ouest; l'espoir d'entraîner au parti rebelle les premiers généraux employés par la république dans la Vendée, ou du

1 Nous ne lelÂTerons Jd ni oe qa*fl y a d^inoonvenant dans le slyle, ni œ qn'O y a de basaidé dans les assertions. Pour s'éolairer, il fant lire dans la coUeobion les Mémolrai des éoirainB royalistes.

(ITote des premiers édUeur»,)

190 GUERBB DE hk VENDEE.

moins de les disposer^ de les amener à une lâche inertie ^; la désertion fréquente de soldats de ligne^ même de fractions considérables de différents corps envoyés sur les rives de la Loire ; l'esprit public corrompu dans tous les départements voisins, par l'effet des intelligences et des manœuvres des agents^ des complices secrets des révoltés; environ cent vingt mille guerriers dont la moitié armés de fusils^ déjà aguerris par vingt combats, ou plutôt vingt victoires éclatantes, tellement rapprochés par la localité de la disposition de leurs postes qu'ils semblaient ne former, si je puis ainsi m'exprimer, qu'un bataillon carré sur un point central, dont ils parcouraient alternativement tous les rayons par masse de trente, quarante, cinquante mille hommes, etCw, etc. : voilà les principaux motifs d'espérance et d'encouragement qui animaient les Vendéens.

Telle était la confiance des chefs du parti révolté dans leurs forces, leurs moyens, leurs ressources, qu'ils dédaignèrent, dans le temps de leur prospérité , de demander des secours à l'étranger. Ils ne les invoquèrent que quanrd ils eurent perdu leur consistance politique.

Les défenseurs de l'autel et du trône, voyant augmenter journellement la masse de leurs prosélytes, sentirent la nécessité d'établir un gouvernement pour régulariser la marche politique de ce nouvel Ëtat^ en coordonner toutes les pa^ ties, contenir les ambitions particulières , et empêcher tant d'intérêts divers de s'isoler, se croiser, et de nuire, par des prétentions individuelles, à l'harmonie, à l'ensemble des opé-

i Tels qne le général en chef de IStnm, Je ne sais 8*fl était de la boaae politique d'envoyer nn homme de la plus haute volée, et que ses seoleB liaisons devaient lendre suspect, pour combattre nn parti qni voulait trn r<yi, de* noblet et des prêtres ♦.

* La Jalousie répablioliie , ou penVètre nn wntiment moins «xeasable, paraît aroir dlioté ce paisace. Quoi qa'H en soit, Toiei comment s'exprime 1» Oalerie miUtaire sur les ser- Tiees du général Biron dans la Vendée t « Il 7 rendit tons oenx qne les oiroonstanees « purent permeltre : il reprit Sanmur aux Vendéens et ooneonrut à Icnr défaite à Par- « thenay. Mais son oaraefère de modération et son humanité eontrariaient les « eemmiisairse conTentionnels qui dérastaient la Vendée d'une manière barbare, a

(IfQiedes nomtata éHUurs.)

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rations militaires et d'administration. Ils formèrent un conseil souverain, composé de plusieurs officiers généraux *, de prêtres, de quelques autres agents étrangers à la profession des armes. Ce conseil souverain réunissait toute l'autorité. Les actes qui en émanaient se faisaient au nom de Louis XVÏI. Les anciennes lois, substituées aux nouvelles, conservaient à la Vendée les formes monarchiques. La monnaie nationale était proscrite; et un assignat ne pouvait avoir cours que revêtu de la signature de plusieurs membres du conseil.

Le conseil souverain faisait de fréquentes proclamations pour nourrir chez les Vendéens la haine de la république, l'attachement à la religion catholique et à la royauté. On y relatait, on y exagérait les succès de nos ennemis extérieurs, et on dissimulait nos victoires. On supposait la plupart des provinces en révolte ouverte contre la Convention nationa.e et le gouvernement républicain. Les mouvements qui eurent lieu au sujet du fédéralisme % et la scission du sénat fran-

1 Entre antres de d^Elbée, de Lescnre, des Essairts, de Stofflet, de Flemâot, de Bonchami». Bernard de Marigny le présidait. Le conseil se tenait à ChÂtiUon. Bemier, ancien curé de St-Land d'Angers, en était un des membres les jflxa utiles, et avait le plus de orédit.

2 Ce n*est pas à nn soldat, uniquement occupé de son métier et qui n*« '«s quitté Tarmée depuis le commencement de la guerre, qu'il appartient de décider, de prononcer sur les grandes querelles de parti dans lesquelles la chose publique est trop souvent oubliée. Deux mots cependant sur le fédéralisme ,* dès qu'il en a été question, quelques prétendus partisans de Uunité de la r^nblique, animés d'un zèle qui devait x>arattre suspect, parce qu'il était excessif, ont cherché partout, et, comme de raison^ pcurtout trouvé des .faateors de cette faction nouveUe. On a poursuivi, persécuté, mcaioéré, déporté, fusillé, guillotiné une foule d'hommes qu'on appelait fédéralistes; il semblait qu'on les reconnût à la mine. On dit alors : F hydre du fédéralisme est terrassée et la république est sauvée; c'est fort bien. — On dit aujourd'hui que le fédéralisme n'est qu'un mot, le fédéralisme n'a jamais existé; soit, quoique cela ne me paraisse pas bien prouvé. Mais faut-îL pour cda raviver toutes les haines, exercer de nouvelles vengeances? Faut-il que les persécuteurs et que les vainqueurs du jour soient aussi peu généreux que les vainqueurs de la veille? Les vrais patriotes gémissent des fn« nestes effets qu'ont produit jusqu'ici le revirement des chances politiques et la lutte sanglante des partis. N'est-il pas temps d'ajourner ou plutôt d'étouffer no? querelles, de nous occuper un peu plus de la chose publique ? Qu'on me pardonne

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çais à cette époque, avait ébranlé la coDÛance publique : c'était une occasion favorable pour les chefs des rebelles d'agrandir leur puissance , et de donner à la Vendée de l'influence sur notre système, politique. De jà le projet de plusieurs membres du conseil, et particulièrement du généralissime d'Elbée, de diriger les opérations militaires, de tenter des conquêtes du côté du Midi , où la plupart des départements, agités, travaillés dans tous les sens par les agents des divers partis qui déchiraient la république , indécis sur la marche qu'ils devaient tenir dans des conjonctures aussi difficiles, semblaient alors chercher un point de ralliement. Qu'on se reporte à ces temps malheureux, qu'on se rappelle ces crises violentes , ces convulsions terribles qu'éprouva la France , et la cruelle incertitude de ses destinées , et l'on jugera quelles nombreuses chances offraient au parti rebelle ces circonstances déplorables. 0 liberté ! ô mon pays ! que de dangers vous avez courus 1 que de dangers vous menacent encore 1.... Deus avertat /.... Mais rentrons dans la Vendée.

Le conseil souverain déterminait les plans militaires , dont l'exécution fut toujours heureuse, jusqu'à ce que l'ambition et la rivalité de quelques of&ciers généraux y missent des entraves, et que leur obstination à contrecarrer les projets du conseil et à éluder ses ordres eût fait .manquer plusieurs expéditions importantes. Je reviendrai sur cette cause première de la décadence du parti

Le principal objet des chefs des rebelles fut et devait être d'organiser l'armée ; sans quoi cette foule d'aventuriers répandus dans la Vendée , et dont le nombre augmentait journellement , pouvait porter ombrage aux habitants du pays , se livrer aux excès qu'amènent l'indiscipline et le défaut d'organisation , et cette masse armée, composée de tant d'éléments divers , n'être qu'un principe de désordre et de confusion. On

cette dlgrenion, qnoiqn'ène ne soit pas ètrangèEre à la Vendée, si ron se rappeDe qne la Inite de quelques reiinéBentants dans la Basse-Normandie aUnma dans oette contrée nne gffeme cMIe, henzensement étooffée par les soins dn représentant dn penple Bobert Lindet, mais dont le oontre-conp se fit ressentir sur tons les points de la république , et notamment dans les départements de la Bretagne.

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forma différents corps d'infanterie S de cavalerie, même d*artiJlerie de toutes les recrues étrangères; c'était la troupe réglée et soldée * qui était le noyau de l'armée. Tous les naturels du pays^ qui en faisaient la principale force par le nombre^ étaient classés en compagnies^ les compagnies en communes , les communes en divisions. Cette troupe ne s'assemblait que pour les expéditions; on en réunissait une ou plusieurs divisions sur tel ou tel point, le plus rapproché de celui qu'on voulait attaquer; on y joignait une fraction y un fort détachement de la troupe réglée , et on marchait à l'ennemi. L'expédition finie ^ l'activité cessait pour les habitants qui^ vainqueurs ou vaincus ^ rentraient dans leurs foyers '. Mais on les rassemblait avec facilité dès le lendemain^ s'il était nécessaire. Il y avait dans la plupart des villages des relab préparés pour les courriers ^ qui portaient les ordres du conseil souverain et des généraux; et le Vendéen, au moindre signal^ au premier avertissement, quittait sa houe pour son fusil ^ et se trouvait au rendez-vous général ^ plein d'audace et de confiance. On allait au combat comme à une fête; des femmes, des vieillards, des prêtres, des enfants même de douze ou treize ans ' (et j'ai vu de ces derniers tués dans les premiers rangs de Tarmée ), excitaient, partageaient la fureur des soldats. Ce fut cette espèce de délire et d'enthousiasme qui^ dans des temps de ténèbres et d'ignorance, emporta nos premiers croisés dans les plaines brûlan-

1 Ha araient entre antres nn oorps d'infanterie composé en majeove partie de déserteoni étrangers, et qni portait le nom de Vengeurê dt la Couronne,

* n y avait des corps qni n'étalent pas soldés, snrtont des compagnies frandies ; mais alors on leov fbnmissait abondamment tout ce qni lenr était

* n était rare qn'on les retint deux on trois jonrs de suite sons leurs drapeaux, et jamais on n'a pn les y jretenlr plus longtemps.

4 Les ordres dronlaient avec la plus grande facilité, tons les points do oommandement étant très-rapprochés, et les oommnnications Ubres.

5 Neu, puertf ne tanta anfmi» atiuetcite beUa, Neu pcOriœ vcMdoi in xUœra vertUe virei,

yzBO., JBoflld., lib. 6.

tes de TAfrique et de l'Asie. Les défenseurs de Tautel et de irône semblaient avoir pris nos anciens preux pour modèles. Leurs bannières étaient ornées de devises qui rappelaient les hauts faits de la chevalerie. Leurs femmes , leurs maîtres* ses . se signalaient nar un courage au-dessus de leur sexe , et surtout par une férocité qui en faisait la honte. Ou vit ae nouvelles Camilles, de nouvelles Penthésilées affronter tous les dangers, porter Teffioi et la mort jusque dans les rangs de Tarmée républicaine * , et après la victoire assister avec une joie barbare aux longs et sanglants supplices qu'on faisait subir aux malheureux prisonniers*.

On distinguait parmi les chefs de la Vendée, d'Elbée, généralissime, Bonchampg, Lescure, Bernard de Marigny, Pyron, Domanie ', le prince de Talmont, d'Autichamp, Stofflet, LaRochejaquelein, les chevaliers de Turpin, Des Essarts, d'Argône, deux Fleuriot, deux de Bruc, Langrenière., La Haye des Ormes, Saint-Hilaire, d'Auterive, Gaston, La Roche Saint-André, Rostaing, Souleyrac, Bérard, Savin, Cathelineau, Charette, La Cathelinière, Joly, Sapinaud, Baudry, La Roberie, etc. Tous avaient le même but, le rétablissement de la religion catholique , de la noblesse et de la royauté ; mais tous avaient de l'ambition, quelques-uns des prétentions au suprême généralat, principalement Talmont et

1 Entre antres une La Bochef oncauld, une jeune de Lescure.

n y a eu beaucoup de femmes de tuées dans diffâtutes affaires. A oéDe de Geste ( pluviôse an II) la comtesse de Bruc commandait l'armée des rebelles. Trois fois elle rallia ses troupes rompues et les ramena au combat en chargeant à leur tête : elle y trouva la mort. i

2 Parmi les traits de perfidie et d'atrocité qu'ont commis les femmes dans la Vendée, il en est un que je ne puis m'empècher de rapjxnter. Le général Dufour traversait le Bocage à la tête d'une colonne ; ses flanqueurs lui amènent deux jeunes filles dont les dehors annonçaient de l'honnêteté et de Tédacation. Elles demandent Thonneur et la vie an général qui, pour leur assurer Yxaa. et l'autre, les renvoie avec une escorte à lear habitation peu éloignée. Dix oa douze trainenrs s'y arrêtent ; ces deux filles les invitent à s'y reposer, leur donnent à boire, et après le départ de la colonne républicaine, elles font entouer leur maison par un parti de rebelles, et massacrer les [soldats répubUcains qu'elles y avaient retenus.

3 Tué an siège de Sanmur. H commandait la caralerie.

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d'Autichamp, qui croyaient que leur naissance devait les y placer^ et Gharette, qu'un parti assez nombreux voulait y porter. Cependant d'Ëlbée fut élu généralissime , et des lors Gharette mécontent se sépara. Il avait à ses ordres quarante mille hommes; il entraîna avec lui Joly» Savin^ LaRoberie^ et quelques autres chefs moins connus^ et fut joint par LaCathelinière qui commandait douze mille hommes dans les environs de Machecoul et de Prince. Bonchamps y que ses talents militaires rendaient un digne émule de d'Ëlbée S resta avec lui^ ainsi que les autres officiers généraux.

Alors il y eut deux armées bien distinctes : la principale armée^ dite Catholique et Royale, autrement armée d'Anjou et du Haut-Poitou , que commandait «d'Ëlbée ; et Tautre , appelée Armée du Bas-Poitou ou armée de Jésus, dirigée par Gharette^ beaucoup moins considérable que la première^ et qui était également comprise dans le commandement du général en chefy mais dont il ne pouvait pas disposer^ parce que la haine que lui portait Gharette faisait que celui-ci séparait toujours ses plans et ses opérations de ceux de la grande armée.

L'une et l'autre armée avait, comme je l'ai dit, deux espèces de troupes ; mais celle de d'Ëlbée ' , beaucoup plus

^ Pendant les cinq premiers mois de la gœrre, d*Elbée oonsenrait les prisonnien. Plnsienrs se laissèrent corrompre et prirent parti dans Varmée des ^belles. Les autres, et ce fut le pins grand nombre, essuyaient les pins man- Tais traitements. On les menaçait souTent de les envoyer à Gharette, le pins léroœ de tons les chefs, et c'était les envoyer à la mort. On en fit périr ainsi quelqnes-uns, et le reste fat délivré par l'armée républicaine de Chollet (octobre 17d3). Depuis cette époque on ne fit plus de prisonniers de part ni d'antre, avec cette difiéienoe que les républicains se contentaient de fnsiUer les Vendéens, et que oeax-ci faisaient souffrir des supplices inouïs à nos soldats.

3x>isque Charette prit Machecoul ponr la seconde fois, il fit assembler tons les patriotes de la ville, y joignit quelques prisonniers qu'il avait Mts dans le «ombat, et ron en fnsilla ainsi sept ou huit cents en masse. Us furent jetés pèlemèle dsas une fosse qoe l'on combla sur-le-champ. La pluxMurt de ces maihenrenx n'étaient que blessés, et fnrent enterrés vifs.

S D'Ëlbée était nn gentilhomme du Poitou. Ké avec peu de fortune, il passa très-jeune en Saxe, où il avait des parents (je crois lui avoir oitendu dire qne sa mère était Saxoxme), et il obtint du service; mais ne faisant pas nn chemin anasi rapide qu'il pouvait Tattendre de sa qualité d'étranger et de ses ta-

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forte que Tautre, l'était surtout en troupes réglées composées d'étrangers. Elle avait aussi à sa suite un grand nombre

lente» il lerint en Franoe^ et entra lientenant an régiment de Daaphln-Oayalerie. Peu de temps aprèa, il aolliotta oneoompugnie ; et mécontent de ae roir zefofler, 0 quitta le aarrioe, et le vetiia dans sa terre prës de Beanpréan. H ayalt la con' flanoe de son canton ; il sut l'augmenter à répoqne de la BéfToIntion, en se océant dee Uaieons, des relations locales qui lui préparaient dans le pays l'influence nécessaire pour ^diriger rinsurreotion qu'on méditait. Cependant H ne prit point de part aux premiers mouTements qu'il regardait oomme prématarés. Ce ne fut que dans les premiers jours d'avril 1798 qu'un fort 'ptâvL de rebelleB vint le chercher, et il se mit à leur tète. I^Elbée trouvait que la rôrolte avait éclaté trop tOt dans le Poitou, parce que, suivant son plan (et oi'étaft celui de La Boarie), il fallait qu'èUe se manifestftt en même temps dans la Bretagne et dans l'Anjou.

A un physique agréable et 'distingué» d'BIbée joignait le caractère et les talents nécessaires à un chef de parti. Militaire consommé, 11 avait fonné les Vendéens à la manière de combattre la plus convenable à la localité et au génie de ce peuple. Ck>nvainon que le succès de la plupart des batailles dépend de la violence du premier choc, par conséquent que les chances sont en faveur d'une attaque violente et imx>étnense, surtout dans un pays haché et couvert, où H est inesque impossible de rallier une armée rompue, il ménageait tonjonrB aux rebeUes les avantages de l'agression. Jamais H ne se laissait attaquer, même supérieur en force, même dans une position favorable à la défense. Cest l'art avec lequel il combinait, il dirigeait ses attaques, avec lequel il savait donner à la chsige de ses troupes une aoUon, une impulsion si rapide qn'dle était pour ainsi dire irrésistible, quoiqu'il se battit presque torqours en ordre parallèle ; c'est son habileté à dérober et à tourner l'ennemi, à éviter l'engagement de sa cavalerie, toujours trop faible pour s'en promettre des succès, à la placer en seconde ligne, et à rendre, par ses dispositions, la nôtre inutile ou oontraira^ à employer peu d'artnierie, A prévoir et calculer si bien les suites d'une affaire^ que la défaite loi oansftt peu de pertes, et que la victoire lui procurAt des avantages considéra- Ues; enfin, c'est son système d'agir toujours en masse contre l'armée républicain^ que les drconstances, et quelquefois l'Ignorance de ses généraux, ne faisaient a^ que par fraotlans, qui lui ont fait remporter vingt victoires signalées. Ses lieutenants ont été battus toutes les fois qu'ils se sont écartés de ses princ^MS.

D'Elbée avait le don de la parole. U s'exprimait avec giâoe et facUtté. Son éloquence était douce et persuasive, n savait varier ses formes et ses tons. U prenait souvent vis-à-vis des rebelles celui d'un inspiré ; et il avait teUement acquis leur confiance et leur attachement qu'après sa mort j'ai vu des priMmniers vendéens verser des larmes, lorsqu'ils entendaient prononcer son nom.

Blessé à l'affaire de ChoDet, n s'était réfugié dans 111e de Koirmontien. Le ohagxin, et le peu de soin qu'il avait pris de sa blessure l'avaient rendoe mortelle. H fut fusillé, d'après le jugement de la commission militaire. D'Elbée avait alors goarant^^enz ans. n était si faible qu'on fut obligé de le porter sa Ben de son snpp^^ffli»

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d'hommes que leur nom^ leur fortune ou leurs relations plus particulières ayec les chefs séparaient de la foule^ et qui servaient comme volontaires.

En organisant la force militaire^ on s'était occupé du matériel comme du personnel de l'armée; elle avait ses commissaires, ses trésoriers, des agents de toute espèce très-actife, très-intelligents, surtout très-fidèles*. On forma des magasins de munitions de guerre et des établissements pour en fabriquer. On faisait journellement une assez grande quantité de poudre dans plusieurs villes, particulièrement à Mortagne' et à Beaupréau. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que toutes les opérations d'administration, d'organisation intérieure, qui semblaient ne pas permettre aux chefs d'autres occupations, ne ralentirent point le cours des opérations militaires, car on se battait presque tous les jours, et souvent sur plusieurs points à la fois. Ce qu'il y a d'étonnant encore, c'est qu'au milieu de cette agitation, de ce mouvement continuel, inséparables des événements joumalierb de cette terrible guerre, les champs étaient cultivés, et l'agriculture ne paraissait pas souffrir de l'absence fréquente, mais toujours momentanée, des Vendéens.

Tandis que les cheiis du parti royaliste jetaient dans la Vendée les fondements d'une puissance formidable^ et qui, attaquant la république dans son centre, secondait, par cette

Bondumps était le senl officier général dont d*BIbée fit un oas particnUer. n regardait aosel Stofflet et Pyion oazmne des offiden très-ntileB. Il semblait n'aroir qne du mépris pour Gharette.

Ucst sans exemple qu'an agent du parti royaliste l'ait trahi, même quitté ▼olontaiiement.

Un nommé DiqNiiB, gentUliommme du pays, qni avait servi dans le xégbnent de Béam, et derenn aide de camp de Langrenière, fnt snrpris dans Aigenton- Ifr'Peapile par nn parti de hnasards.

Je savai» qne ce jemM homme était souvent à l'état-major général des rebelles et qu'A pouvait me donner des renseignements importants.

Remployai tous les moyens possibles pour l'engager à me faire oonnattre les prajefcs de l'ennemi. Je fus jusqu'à lui promettre la vieqno des Uaisons agréa- Um pouvaient lui faire regretter. Il me fnt impossible d'en tirer un mot. U fnt SanioUné à Baumur et mourut avec un grand courage.

198 GnSBBB DS LA YENDiE.

diversion intérieure, rirruption des satellites étrangers sur nos frontières, l'armée de l'Ouest, alors armée des Côtes de La Rochelle, commençait à prendre de la consistance et de la force. On avait déjà détaché quelques troupes de Tarmée du Nord; on en forma plusieurs bataillons appelés de la formation d'Orléans, ville où ils furent organisés. On augmenta encore Tarmée de quelques bataillons que plusieurs départements avaient envoyés spontanément dans la Vendée, et enfin de quelque cavalerie légère et de bataillons de chasseurs. On répartit ces troupes sur différents points du demicercle ' que formait l'armée républicaine autour de la Vendée. Ce système pouvait être bon pour arrêter les progrès des rebelles; mais il fallait alors, et jusqu'à ce que Tarmée eût été plus considérable , se borner à une guerre défensive, fortifier tous les postes occupés , surtout ceux de première ligne, et y organiser des moyens de résistance proportionnés aux moyens d'attaque , à l'audace , à l'intrépidité des attaquants.

L'armée républicaine, ainsi dispersée sur une immense étendue, ne présentait sur aucun point assez de forces pour àgiroffensivement; c'est cependant ce que Ton fit. On attaqua alternativement de tous les côtés sans ordre, sans plan, sans concert ni ensemble dans les opérations; et par cet ébranlement partiel et successif des diverses divisions et subdivisions de l'armée, on força les masses ennemies à des mouvements contre-offensifs : on fut battu partout, et on devait l'être.

Cette agression partielle et isolée de chaque fraction de l'armée républicaine eut les suites les plus funestes. Elle l'affaiblit considérablement en hommes, et surtout lui imprima un tel découragement qu'il fut impossible de garder tous les postes de première, même de seconde ligne, qui furent successivement emportés par les Vendéens. Ceux-ci, provoqués dans leurs repaires par des forces inférieures, en dc-

1 Le oommandement de l'Ouest était ooapé , par la Loire , en deux parUes à peu près égales. L'armée formait le cercle autour du pays Insurgé , ce fleuve en était le diamètre. Ifais, à cette époque, la liye droite ne donnant pas d'inqoiétude, on aya^t porté presque toutes nos forces sur la live gandie.

LIVBE 11. 199

passèrent bientôt les limites qu'ils n'auraient peut-être pu franchir, si , comme je l'ai dit, des généraux républicains eussent adopté, du moins pendant quelque temps, le système défensif S et eussent cherché à couper toutes les communications extérieures, dont l'effet était d'augmenter journellement en hommes et en objets de munitions le noyau de Ja Vendée.

Les rebelles, après avoir enlevé tous les avant-postes qui couvraient Fontenay, Niort, Parthenay, Thouars, Doué, etc., se montrèrent dans les plaines sur plusieurs points et par masses de quarante, cinquante, soixante mille hommes. Il y eut beaucoup d'affaires très-vivei et très-sanglantes : quelques corps de l'armée républicaine, victimes de l'inexpérience des généraux et du système désastreux qu'on suivait alors, se firent hacher. On résista momentanément dans quelques postes non fortifiés; mais la lutte était trop inégale, les rebelles furent vainqueurs partout, et en moins de'quinze jours ils emportèrent Fontenay-le-Peuple, Parthenay, Thouars, Doué, tous les postes intermédiaires , et enfin Saumur * le 9 juin 1793 : et tandis qu'ils obtenaient ces avantages dans les parties de l'est et du sud-est de la Vendée , ils s'étaient portés avec la même audace et la même supériorité dans la partie occidentale, et les divisions de l'armée de Charette menaçaient Nantes et s'avançaient jusque sous le canon des Sables.

C'est à ce débordement général de la Vendée dans les plai- DQS environnantes qu'il fut aisé de reconnaître les immenses

^ En observant la défensive, vous forciez les rebeUes de sortir du pays couvert, de vous attaqner en plaine ou sur des points retranchés; alors vous san- 7i£z Tertrème inégalité de vos forces, vons pouviez tirei un grand parti de votre artillerie; vous conserviez surtout la supériorité de votre cavalerie légère qui a ooDstanuuent battu les rebeUes , toutes les fois qu'eUe a pu agir et se déployer ; V0Q8 donniez de Tencouragement, de la confiance à vos soldats, surtout à vos nouveUes levées que le seul cri : Voilà les brigands! faisait fuir à dix lieues , en les faisant combattre sur des ix>ints de résistance, dans des poetes-fortifiés , â'aatant plus que les Vendéens n'ont jamais su attaquer le moindre ouvrage de fortification. On s*en est convaincu depuis, en les voyant échouer devant les Subies, Nantes, Angers, GranviUe, etc.

^ J'entrerai dans quelques détails sur la inrise de cette ville.

200 GUEBBS DE LA YBRDÉE.

moyens d'un parti qu'on avait paru dédaigner. On ne pouvait plus se dissimuler sa puissance et ses forces. Et certes y ils furent bien coupables ceux qui , témoins de ses progrès effrayants, trompèrent le gouvernement sur la situation politique et militaire des rebelles; ou le gouvernement luimême S connaissant toute la profondeur du mal , a bien des reproches à se faire d'avoir pris d'aussi faibles mesures pour lutter dansla Vendée contre le parti royaliste, dont les fureurs et les efforts toujours heureux menaçaient la France d'une subversion totale.

Je -dois placer ici quelques observations sur le reproche, fait si souvent aux officiers généraux qui ont été employés à l'armée des Côtes de La Rochelle, d'avoir trop disséminé leurs forces. Voyons jusqu' à quel point ce reproche est fondé ; examinons si ceux qui ont accusé les généraux savaient précisément ce qu'ils voulaient dire par cette prétendue dissémination de forces : en me suivant avec quelque attention, on jugera que ce que je vais avancer ne détruit pas ce que j^al

1 Mais, me dlza-t-on, dans ce temps-là tonte la France n'était pas année ; nons n'avions pas donse cent mille hommes enr^;imentés ; l'ennemi menaçait de tontes parts nos frontières ; et si, dans l'ozlgine de la gnene de la Vendée, le gouvernement n'y a pas envoyé pins de troupes et surtout de mellleor», c'est qu'il était dans l'impuissance de le faire. Je dte cette objection , parce qu'dle m'a été faite. TL n'est pas difficile de la déteuire.

Je sais qu'à l'époque où la guerre civile s'aUuma dans TOnest , nos principàlea forces militaires étaient réparties dans les deux aimées agissantes de la Moselle et du Nord ; que le plan du général BeumonvUle et la campagne désastreuse de Trêves, qui en fut la suite, avaient ruiné la première; que la seconde, dirigée par Dumouries (qui n'est peut-être pas aussi étranger qu'on le croit à la guerxe de la Vendée), était entièrement désorganisée , et d'ailleurs diminuée de moitié par quatre défaites successives, etc. Mais enfin nos frontières n'étaient pas entamées; aucune de nos places de première ligne n'était attaquée, et sept à huit mUIe hommes de bonnes troupes, envoyés dans la Vendée à la fin de mais, eussent suffi pour comprimer la révolte, surtout ks diefli n'ayant pu parvenir à soulever la Bretagne. Je dirai plus, oi'est que, dans tous les cas» il valait mieux dégarnir nos frontières que de laisser prendre de la consistance au parti des rebelles; car quels qu'aient été depuis ks parogrès de TAatriche^ur notre tenitoire, sans doute Us n'étaient pas anari dangereux que ceux . de la Vendée.

LITBE .1. 201

dit plus haut du danger des attaques partielles. Si le reproche de la dissémination de leurs forces s'adresse aux divers généraux en chef qui se sont succédé dans le commandement de rOuest, pour avoir fait embrasser par l'armée une trop grande étendue de terrain, et l'avoir divisée par postes autour de la Vendée, ce reproche ne nous paraît pas fondé. Placez sur quelque point que vous voudrez de l'intérieur de la f rance un parti d'insurgés ; il faudra nécessairement que les forces destinées à le détraire soient réparties sur différents postes environnant le pays révolté, pour garantir les pays limitrophes ou de la conquête ou de la contagion ; et , à moins que vous ne soyez favorisé par quelque accident de la localité, tel qu'une rivière, une chaîne de montagnes ou quelque autre barrière naturelle, ou enfin que vous puissiez vous reposer sur les dispositions des habitants voisins du théâtre de la révolte, vous serez obligé de former un cercle avec votre armée (bien entendu que la ligne ne sera pas sans interstices). Il faudra donc çuevotre armée occupe divers postes sur toute la circonférence ; il faudra que chacun de ces postes soit assez fort par sa position ou ses fortifications ou le nombre de troupes qu'il contiendra ou, enfin, par la facilité d*être promptement secouru par ses postes flanqueurs pour résister aux forces réunies des rebelles dont tous les efforts tendront à faire des trouées, surtout si, comme dans la Vendée, ils sont encouragés par les vœux secrets ou secondés par la connivence et la complicité des habitants des contrées voisines. D'où il faut induire que l'armée des Côtes de La Rochelle aurait toujours dû être plus forte * que les armées catholiques et royales (et elle a toujours été beaucoup [dus faible), puis qu'on devait faire occuper par des divisions considérables les principaux points d'un demi-cercle très-étendu, et qu'il fallait outre cela garantir les côtes de l'invasion de l'étranger, et couper ses communications ;avec les ennemis intérieurs. En voilà assez

^ n ne faut pas prendre cela à la lettre. Je dis plus forte, sinon par le nombre da nudiu par Tespèce de tronpes. Ce ne sont pas des recraes qu'il fant dans la Vendée ni de ces soldats appelés héroi <2e cinq cenit Uvrts,

202 GUfiBRE DE LA YE!«DÉE.

pour prouver que les dispositions locales ont forcé les généraux en chef de l'armée des Côtes de La Rochelle de former avec Tarmée une espèce de ligne de circonvallation autour de la Vendée.

Mais ce reproche peut avoir quelque fondement s'il s'adresse aux généraux sectionnaires de cette armée. Le désir de garder également tous les points de son commandement portait un officier général à trop subdiviser ses forces, et ses postes devenus faibles, parce qu'on les avait trop multipliés, ont été plusieurs fois enlevés les uns après les autres.

En général, pour faire avec avantage la guerre de la Vendée, il faut que les chefs des principales fractions de l'armée tiennent toujours leurs forces rassemblées. Pour être en mesure avec les rebelles, il faut surtout se garantir des surprises ; par conséquent, les patrouilles sont préférables aux postes avancés, et les postes avancés ne devant jamais être considérés comme des points de résistance, mais seulement d'observations et d'avertissement, il s'ensuit qu'il faut peu d'hommes pour les composer, et qu'un officier général peut se bien garder et conserver l'ensemble de ses forces.

Maîtres de Fontenay-le-Peuple et de Thouars *, après deui victoires complètes, les rebelles se rapprochèrent de leur centre, et parurent vouloir diriger leurs efforts vers les postes qui couvraient Saumur et le rivage de la Loire.

Les batailles, et par conséquent nos défaites, se succédaient

1 C'était le général Ohalbos qxii commandait la diyision deKiorfe, tattoe souB lès wxaa de Fontenay. Il i)erdit quinze on dix-hnit cents hommes, nue quantité prodigieuse de fusils , yingt-cmq ou trente pièces de canon, et des caissons à proportion. Le général Quétineau, l'ami, la créature de Dnmomies, défendait Thouars. Quoique cette ville ne soit pas fortifiée, eUe est néanmoins susceptible de quelque résistance. EUe est enceinte par une muraille, fermée par des portes, etc. On pouvait ajouter quelques ouvrages qui auraient augmenté les moyens de défense; et j'ai déjà dit que les rebeUes ne savaioit point attaquer un poste, pour le peu qu'il fût fortifié. Qnétinean avait plus de àtx mille hommes , et ne résista que deux heures. On perdit avec Thouars sept ou huit mille fusils, douse pièces de canon , vingt caissons, et toute la garnison, etc. II faut obeerver que, quand les rebelles prenaient une vUle, ils pillaient les caisseï publiques, et le plus souvent les citoyens qui leur étaient désignés comme v^ txlotef , etc., eto.

LIVBB II. 203

avec une rapidité effrayante. Le général de Tannée républicaine, Ligonier, après avoir été repoussé a\ec une perte considérable à Vezins, à Coron, à Vihiers, etc., vint occuper Doués poste facile à défendre', et le seul qui pouvait garantir Saumur. Il y disposa sa division, comme s'il eût voulu être battu : aussi le fut^il complètement et obligé de se replier en désordre sur Saumur. Ce n'était point avec une armée découragée et tant de fois battue, sans confiance dans son chef 5, d'ailleurs trop inégale en force; ce n'était pas dans Saumur, qui n'offre aucun moyen de résistance du côté de Doué, que l'on pouvait se flatter d'arrêter les rebelles. On voulut, mais trop tard, se resserrer, et en conséquence on ordonna au général Salomon, qui commandait cinq mille hommes à Thouars, évacué par les Vendéens peu de jours après sa prise, de venir au secours de Saumur; mais Salomon trouva à Montreuil l'aile de l'armée ennemie, forte de plus de vingt mille hommes, qui le contraignit de rétrograder, après un combat long et sanglant qui eut lieu la nuit.

On fit d'aussi mauvaises dispositions à Saumur qu'à Doué, et l'on avait de plus contre soi le désavantage de la position. On donna trop d'étendue à la ligne ; on se crut fort en occupant les buttes de Boumant, et l'on dissémina, comme de coutume , ses moyens de défense. Les rebelles attaquèrent *,

^ Le paio d'artUlerie était dans la oonr du chAteaa de Sonlanger, en avant de Doné. H fat enlevé en entier avant qne la bataffle fût déddée.

^ Parœ qoe je dis qn'nn poète est facile à défendre , il ne fant pas induire 40^ est fortifié. Doué est ouvert de tous côtés, mais environné de plaines et de Qoelques hauteurs qui présentent des positions avantageuses. Et, en général, je coDBidèrstoat pays découvert connue extrêmement favorable pour combattre Itt rebelles de la Vendée, quand un officier général sait manier des troupes, et tiier parti de rartillerie et de la cavalerie.

3 Je me trompe : Ligonier fut destitué immédiatement après l'affaire de I^ooé. Ce fut le général ^enou [qui défendit Saumur; celui-ci n'avait rien fait Poor perdre la confiance de l'armée.

^ On m'a assuré que l'armée assiégeante était de quatre-vingt miUe

Je crois que (s'était une faute de s'obstiner à défendre Saumur. U me semble <Iu'U fallait l'évacuer, couper les ponts , et ne s'attacher qu'à défendre le passage ^ la Loire. En résistant à Saumur, on s'est fait battre, et on ne pouvait gaëre

204 GUEBBB OB I«A VBNDBB.

et l'on devait s'y attendre^ par cette lisière de hauteurs qui dominent le château^ et par conséquent la ville^ et prirent à revers tous les avantrpostes placés sur le chemin de Doué. Nouvelle victoire éclatante des rebelles, prise de Saumur, libre passage sur la rive droite de la Loire : voilà quel fut le résultat de cette fatale journée (9 juin 1793).

Après être restés huit ou dix jours à Saumur, les rebelles se portèrent sur la rive droite de la Loire, menacèrent Tours, le Mans, et prirent Angers. Us firent quelques recrues, mais Us n'excitèrent pas autant de mouvements dans cette partie de l'Anjou et autres provinces voisines qu'Us l'avaient espéré, et ce fut sans doute une des principales raisons qui engagèrent d'Elbée et quelques autres membres du conseil souverain à ne pas reporter la guerre sur la rive droite, lorsqu'ils eurent échoué devant Nantes, qu'Us attaquèrent le 29 juin 1793.

Le siège de Nantes est peut-être l'événement militaire le plus important de notre révolution. Peut-être les destinées de la république étaient attachées à la résistance de cette vUle. Tout ce qui avait précédé cette mémorable journée semblait garantir le succès au parti royaliste. Nantes, ouvert de tous côtés en deçà de la Loire, présentait une contrevallation de près de deux lieues d'étendue, et semblait ne pouvoir faire aucune résistance. Ses seules fortifications étaient quelques bouts de fossés, quelques parapets ou épaulements faits à la hâte. On avait augmenté le nombre des bouches à feu de quelques pièces de gros calibre empruntées à la marine ; mais les dehors, les avenues de la viUe ne présentaient pas de positions, d'emplacements avantageux, pour attendre un grand effet de l'artlUerie. La garnison, dont la majeure partie était composée de gardes nationales, comptait environ dix miUe hommes; l'armée assiégeante, par la rive droite, était de quarante mille soldats, auxquels la victoire n'avait pas cessé d'être fidèle depuis le commencement de la

compter but la victoire ; on a diminné teB totoea, augmenté le déooaragement de l'année, fait perdre Angerii les Fonts-de-Cé, etc., et enfin compromis le sort dm Nantes.

UTRE II. 205

^eire; une armée d'égale force^ aux ordres de Gharette, inyestissait Nantes par la rive gauche; de nombreuse intelligences dans la ville semblaient encore en faciliter l'entrée aux rebelles. Cependant Nantes fut sauvée et il faut en convenir y jamais attaque ne fut plus mal combinée et plus mal dirigée que celle-là : il y eut au contraire de Tordre, de Taccord, de Tensemble dans l'exécution des mesures défensives; on sut contenir les malveillants et opposer ^ur tous les points une résistance victorieuse à la fureur et à l'opiniâtreté des assaillants ^

On doit le salut de Nantes au général Ganclaux qui y commandait ; on le doit particulièrement au zèle, aux talents, à l'incroyable activité du général Bonvoust qui dirigeait l'artillerie ; on le doit surtout à l'intrépidité de nos volontaires qui, privés de la protection, du secours de toute espèce de fortifications, n'eurent pour moyens de défense que leur courage à opposer aux moyens multipliés d'attaque et aux terribles efforts des rebelles. Gloire immortelle à ces généreux enfants de la patrie, dont le dévouement héroïque a empêché que Nantes ne fut le tombeau de la liberté * !

Sur ces entrefaites, le général Biron, attendu depuis longtemps, venait de prendre te commandement des Gôtes de La Rochelle ; il établit son quartier général à Niort où il réunit dix-huit à vingt mille combattants, l'élite de l'armée, composée alors d'environ soixante mille hommes de troupes réglées. II confia son avant-garde au fameux Westermann, nouvellement ^vé du Nord avec sa légion ; d'un autre côté, la division

^ Je n'ai point sa si d'Elbée oommandait rattoqne de Nantee. Lob événenents qni auraient sniTl la prise de cette Tille sont inoaloolables. C'était le signal du sonlèvement général de la Bretagne. Nons perdions tons les points que &0T18 avions conservés à rembonchnre de la Loire : le chfttean d'O, Faimboeof, le magnifique établissement d'Indret, tons les postes situés snr les côtes, depuis la Ixïire jusqu'aux Sables, les lies de Bonin et NoiimoutierB, tombaient nécessai- "Bnent an ponyoir des Vendéens.

' Je regrette de ne pas me rappeler ke noms des différents corps qni ont ^^'endu Nantes. Je sais que le 109* régiment s'y est couvert de gloire. L'affaire ^ Kontes a doré depuis trois heures du matin jusqn'à quatre heures du soir.,.

206 GUBRfiB DB LÀ YENDBB.

de Saùmur^ tant de fois battue sous Li§;omer^ et entièrement dispersée après l'aftaire qui avait eu lieu sous les murs de cette ville, se réorganisait à Tours ^ par les soins des représentants du peuple et des officiers généraux ; on réparait les pertes qu'elle avait éprouvées, avec neuf ou dix bataillons de nouvelles levées, que le citoyen Santerre avait amenés en poste de Paris ; on se disposait à rentrer dans Saumur et Angers,évacués parles rebelles, et à pénétrer dans la Vendée par un de ces deux points, lorsque Westennann, emporté par son audace et son inexpérience, surprend Lescure dans Parthenay, et s'empare de cet avant-poste ennemi.

Ce petit succès fit concevoir à cet officier général Tespérance de traverser tout le pays révolté , et de détruire entièrement les Vendéens. Il revient à Sa'int-Maixent, joint quelques bataillons au corps d'armée qu'il avait laissé à Parthenay, et , suivi de sept ou huit mille hommes et de dix ou douze pièces d'artillerie, il perce jusqu'à Ghâtillon et remporte. Cet avantage que la renommée enfla, comme elle embellissait tout ce qu'on appelait alors nos victoires, exalta toutes les tètes; c'était à qui entrerait le plutôt dans la Vendée; on craignait que Westermann n'eût soumis tout le pays insurgé avant que chacun pût avoir sa part de la gloire et des récompenses destinées aux vainqueurs des rebelles. Malheureusement le triomphe de Westermann fut de courte durée : deux jours après la prise de Ghâtillon, il y est cerné; toute son infanterie hachée*; il ne peut pas sauver une seule

1 Ce fut daiiB cette Tille , et après la prise de Sanmnr, qn'on lioenoia la légion germanique. C'était, nèlon moi, une grande fante. Nons n'avions pas acseï de troux)e8, et nous nons privions d'nn corps de dlz>hnit cents hmnmes qui pouyaient être de la plus grande utilité.... Mais il était aristocrate . Bh Uen, il fallait en changer les cbedb. Qn'est-il résulté de ce Moendemcmt? Les trofs quarts de la légion ont passé à l'ennemi avec armes et bagages. Quand on aurait dû supprimer ce corps , ce n'était pas au moment oà l'on était wialhenrenx et battu partout.,

"s Presque toutes les boudies è feu qu'avait Westennann étaient d'axtfllerie légtoo. II faut observer que tandis qu'il se battait à Ohttillon, le généra] BIhm restait tranquillement à Kiort, c^est-à-diie à vingt lieues de Ghâtfflon, avec setae^ on dix-huit miBe hommes d'excellentes tionpei, an Uen de s'approdMr de son

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