‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 36 sur 55 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Les chefs de la Vendée étaient parvenus au dernier degré d'ascendance qu'ils devaient acquérir ; et leurs moyens de se conserver dans cet état de prospérité avaient d'autant plus de force, qu'ils étaient plus concentrés. Le territoire qu'occupaient les rebelles ayant peu d'extension, leur donnait plus d'intensité, et semblait^ pour ainsi dire^ les contraindre à agir toujours en masse; système auquel ils devaient leurs succès. On s'empressa de part et d'autre de recueillir les fruits de la terre, et la guerre parut un moment suspendre ses fureurs. Il n'y eut^ pendant la fin du mois de juillet et le commencement du mois d'août 1793, que quelques escarmouches, quelques affaires de partis et d'avant-postes, excepté le siège des Sables, où les rebelles échouèrent, et l'attaque de Luçon , où ils furent également battus, et essuyèrent une grande perte. Je reviendrai sur cette affaire.

L'armée des Côtes do la Rochelle était en observation : la division de Niort n'avait pas cessé d'y être ; celle de Saumur, si maltraitée à Vihiers dans la journée du 18 juillet, était forcée de rester inactive, et se réparait ; celles des Sables et de Luçon s'étaient tenues presque toujours sur la défensive : et ce plan sage leur avait donné la victoire, quoiqu'elles fussent très-faibles. Alors il s'opéra une grande révolution dans l'année des Côtes de la Rochelle; elle commença par la chute d'un grand : Biron fut destitué. Le conseil exécutif lui donna pour successeur un général plébéien : Rossignol vint prendre le commandement de l'armée, et établit son quartier général à Saumur. Cette promotion contre laquelle tant d'hommes puissants se sont élevés , n'en était pas moins un coup de partie, un événement très-heureux dans l'Ouest, Les chefs des rebelles s'en alarmèrent ; ils sentirent bien qu'ils n avaient rien à espérer d'un général républicain dont les

principes n'étaient pas équivoques , et que Rossignol ne serait pas aussi complaisant que son prédécesseur.

L'élévation de Rossignol au premier grade de l'armée produisit encore un effet salutaire sur l'opinion ; elle arrêta cette défection morale qui enlevait chaque jour de nombreui partisans à la république ; on vit bien qu'il fallait enfin se décider, que les partis mitoyens n'étaient plus de saison, que le patriotisme ne composerait pas avec raristocralie. La plupart des administrateurs , des agents de toute espèce employés dans les pays voisins de la Vendée, et qui jusqu'alors avaient cherché et n'avaient que trop réussi à se neutraliser et à ménager les deux partis, furent obligés de se prononcer. Plusieurs de ceux qui avaient favorisé secrètement les Vendéens et qui n'osaient pas passer avec eux devinrent républicains par crainte; et si tous les malveillants ne furent pas comprimés, au moins leurs intelligences avec les rebelles ne furent plus aussi faciles, leurs secours aussi puissants.

Rossignol ^ réunit à Saumur les débris de cette division; ses forces n'étaient pas considérables : il les employa utilement, et sa première opération fut d'attaquer un fort parti de rebelles qui occupait Doué, et de s'emparer de ce poste. Ce petit succès ranima les troupes découragées par tant de défaites consécutives. Le général porta insensiblement toute la division * à Doué où nous n'avions cependant que six

1 Je suis Tami de Rossignol, et je m'en fais gloire ; mais cela ne doit pas m'empèdier d'émettxe librement mon opinion sur son compte : maçt* arnica verUat. Braye, franc, loyal, désintéressé, Rossignol a tontes les qualités d'un républicain , et n'a pas les talents nécessaires & un officier général. Et cela ne oositredit pa& oe que j'ai dit plus haut de l'heureux efEet qu*a produit sur l'opinion la promotion d'un plébéien au commandement de l'armée. Le seul reproche fondé qu'on puisse faire à Boaslgnol , c'est de s'être mal entooié ; et il ayait d'autant plus besoin d'avoir près de lui des officiers instruits , qu'il Tétait peu, et que souyent malade , il ne pouvait ni agir, ni rien voir par lui-mfime. On a attribué à son Impéritie les échecs qu'il a éprouvés , lorsqu'il poursuivait les rebelles sur la rive droite ; on aurait pu les attribuer aussi à l'envie que lui portaient qoelques offiders généraux, à la désobéissance et an mépris de ses ordres qui .en étaient la suite.

2 J'étais attaché à cette division en qualité de général de brigade.

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mille hommes alnfanterie et quatre cents hommes de cavalerie^ dont le citoyen Santerre prit le commandement en qualité de divisionnaire. Rossignol, malade^ resta à Saumur; il avait jeté quelques troupes dans Thouars, et nous étious maîtres du poste important des Ponts-de-Gé.

Taudis qu'on cherchait à réparer le mal que nous avaient fait tant d'attaques infructueuse? ^ et qu'on observait la défensive, en attendant les puissants renforts que le gouvernement devait faire passer dans l'Ouest , une cause, alors inconnue , nous préparait des succès, et pouvait, plus que les efforts de nos armes, entraîner le parti royaliste vers sa décadence et sa ryioe.

La division s'était gUssée parmi les chefs des rebelles. Je ne sais si ce lut un coup de politique de notre gouvernement; mais tout me porte à croire qu'on ne doit pas lui en faire honneur; et ce que m'a dit d'Elbée prouverait qu'elle ne fut que Teffet des passions individuelles et de l'ambition de ses concurrents.

On ne pardonnait pas à d'Elbée d'être général en chef: on lui pardonnait encore moins d'en avoir les talents. Lescure, d'Autichamp, et surtout le prince de Talmont, ambitionnaient le suprême généralat; Charette, également ambitieux, avait usurpé le commandement de l'armée du Bas- Poitou, qui devait, ainsi que la grande armée catholique et royale , être sous les ordres du généralissime. Mais on n'était point jaloux de Charette, et l'on portait envie à d'Elbée, à Bonchamps, et au chef du conseil. Ce levain de division intestine fermentait depuis longtemps; et, dès la prise de Saumur r il se forma divers partis dans l'état-major général des rebelles. Les succès constants des armées catholiques n'avaient fait qu'augmenter les prétentions individuelles , et irriter l'ambition des sous-ordres. On intrigua de part et d'autre; on s'aigrit, la dissension parvint bientôt jusqu'au conseil souverain, en troubla les délibérations; le parti opposé à d'Elbée y prédomina souvent, fit changer des plans arrêtés et conformes au système qui avait si bien réussi, celui des opérations en masse; chacun voulut agir avec les troupes

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de son arrondissement, et fit des projets à sa manière. Les opérations devenant ainsi particulières , on éloignait d'Elbée et Bonchamps de toutes les expéditions ; on se réservait par là tout l'honneur des succès^ et les succès pouvaient seuls donner l'ascendant nécessaire pour détruire ces deux chefs qui ne devaient leur crédit et leur influence qu*à leurs talents^ leurs services et leurs victoires.

Cette division eut les suites les plus funestes pour les rebelles; et^ en suivant avec moi le cours des événements qui ont eu lieu, on demeurera convaincu qu'elle est la cause première de la décadence du parti royaliste dans la Vendée.

Gharette venait d*être battu sous les murs des Sables^ place assez forte pour être à l'abri d'un coup de main^ et par conséquent imprenable pour les rebelles qui attaquent une ville fortifiée comme ils attaquent une armée en ordre de bataille.

Gharette espéra prendre sa revanche à Luçon , et se disposa à l'attaquer; un divisionnaire de la grande armée voulut être de la partie^ et seconder Tarmée du Bas-Poitou. Luçon est sans défense , mais environné de plaines immenses , où l'on peut tirer parti de l'artillerie et de la cavalerie; ses dehors présentent aussi quelques points d'appui qui peuvent suppléer à l'inégalité des forces , et procurer à une armée très-inférieure des avantages de position. Il y avait à peu près sept mille hommes à Luçon et quelques pièces d'artillerie volante; il fut attaqué le 6 août 1793^ et Gharette^ qui en avait promis le pillage à ses soldats , les exhorta à presser Tattaque, pour qu'ils fussent maîtres de la ville avant l'arrivée de la division de la grande armée, et empêcher qu'elle n'eût sa part du butin. Les troupes de Gharette furent battues complètement ; et la division de l'autre armée, qui n'arriva qu'après cet échec , se fit battre à son tour. Cette affaire fut très-sanglante , et coûta cinq ou six mille hommes aux rebelles. On dut principalement l'avantage de cette journée à l'artillerie volante qui fut parfaitement servie , changea fréquemment et rapidement de position , et fit sur tous les points un effet prodigieux.

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Ces deux échecs^ qu'éprouvèrent les rebelles, et ceux qui les suivirent immédiatement, tenaient encore à une autre cause que je vais expliquer.

D'£lbée voulait qu'on cessât toute opération militaire dans la saison où les travaux de la campagne sont en pleine activité , pour n'en pas distraire les Vendéens ; alors , on les enlevait difficilement à leurs occupations journalières ; plusieurs même savaient se soustraire à l'ordre et manquaient au rendez-vous général. C'était une preuve de leur répugnance à faire la guerre dans un temps où leurs intérêts exigeaient qu'ils restassent chez eux; et c'était sans doute une raison puissante de différer les expéditions. Outre que la division qui existait entre les chefs ne permettait plus que des opérations partielles, chaque section principale de l'armée, qui agissait isolément, se trouvait encore affaiblie par labsence d'un grand nombre d'hommes qui refusaient absolument de marcher^ et par le mécontentement de ceux-mêmes qui obéissaient.

Les défenseurs de l'autel et du trône se divisèrent au moment eu ils avaient le plus besoin d'ensemble et d'union; car on se disposait à porter les plus terribles coups au parti royaliste. La garnison de Maycnce arrivait, celle de Valenciennes devait la suivre; on ajouta encore quelques corps à nos forces dans TOuest , et l'on étayait ces moyens militaires démesures extraordinaires; on devait porter la hache et le feu dans les repaires de la Vendée, poursuivre les •rebelles jusque dans leurs retraites les plus cachées, incendier leurs habitations , enûn détruire entièrement le pays, et ne laisser, dans cette contrée perfide , que des monceaux de morts, de ruines et de cendres , effrayants monuments de la vengeance nationale. Au surplus, les circonstances locales, la difficulté de faire la guerre dans le pays couvert, la résistance opiniâtre des révoltés, et les horreurs qu'ils exerçaient envers les prisonniers et les patriotes qui tombaient entre leurs mains , le danger de leur laisser plus longtemps leur existence politique , l'insuffisance reconnue des moyens employés jusqu'alors pour la détruire , l'expérience du passé et les lU. 13

craintes de Tavenir, semblaient justifier la séyérité de ces n>esupes.

Les représentants du peuple en mission aux armées des Côtes de la Rochelle et de Brest , réunis à Saumur, convoquèrent un conseil de guerre. On y appela les généraux en chef Canclaux et Rossignol , ainsi que les divisionnaires des deux armées; les généraux de brigade n'y eurent pas voix déhbérative. Il se trouva à ce conseil onze représentants et onze officiers généraux. L'objet était d'arrêter un plan d'attaque générale S et de déterminer si la principale attaque se ferait par Saumur ou par Nantes. La marche de la garnison de Mayence , surdaquelle on fondait avec raison les plus grandes espérances , était soumise au résultat du conseil ,de guerre. Elle devait entrer dans la Vendée par Doué , si Yon. attaquait par l'esté ou se porter à Nantes^ si l'on attaquait par l'ouest. Dans le premier cas , elle passait sous le commandement de Rossignol; dans le second^ sous celui de Canclaux; et quelle <iue fût la détermination , les troupes de Mayence devaient iaire partie de la division qui formerait la principale attaque.

Quelques officiers généraux insistaient pour qu'on attaquât par Doué. Le citoyen San terre présenta un plan qui fut rejeté, et l'on adopta celui du général Canclaux qui , faisant attaquer par l'ouest, se trouvait naturellement chargé de diriger toutes les opérations. Ce fut la générosité de Rossignol •qui fit pencher la balance en faveur du plan de Canclaux; car les avis se trouvèrent partagés sur la question* de savoir de •quel côté on attaquerait *. Il fut donc décidé que la priuci-

i J'étais général de , brigade : j'observai aa oonseil que, comme U ne demi tftze question que d'optoitions militaizes, il me semUait que les nffl^fTf généraux deyaient seuls délibérer, sauf & soumettre le résultat de leon délibéntiaos aux représentants du peuple...., etc. Ha proïKïsition ne fit pas fortmie; Ce caasdl de guerre a été tenu le 2 septembre 1798.

2 Bien entendu que œ ne fut pas le plan du citoyen Santene qui partagea les opinions : ce plan n'était pas militaire. Hais le général Mexum combattit , ayec raison, le système de Canclaux , d'attaquer par l'ouest. Oeloi-ci prétendit que c'était prendre l'ennemi à revêts : o^était oonnattre bien mal la position

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{Kile attaque se ferait par l'ouest ^ et la garnison de Mayence se rendit à Nantes.

L'objet du conseil de guerre fut, selon moi^ absolument manqué. D'abord , et avant de former un plan d*attaque générale^ il fallait, ce me semble , déterminer un plan général de campagne dont l'exécution complète amenât nécessairement la fin de la guerre de la Vendée. Ce projet de campagne , ce plan préalable , qui devait avoir plusieurs branches , une fois arrêté, considéré comme système fondamental, aurait servi de base à toutes les opérations qui auraient successivement concouru à son entière exécution. Tout plan d'attaque générale ou partielle n'était donc que secondaire. Celui de Saumur n'était certainement pas un plan de campagne , et c'était un \ plan de campagne qu'on devait arrêter.

En second lieu, si l'on avdt voulu consulter la localité^ jeter seulement les yeux sur la carte , on se serait convaincu que les dispositions d'attaque n'étaient pas combinées sur les circonstances locales , et qu'on diminuait ses données en attaquant par l'ouest.

En effet , quel devait être le but d'un système offensif quelconque , d'un plan général contre les rebelles ? Ce n'était pas de les chasser de leurs repaires , mais de les y détruire , et , sous ce rapport^ de combiner tellement ses dispositions^ qu'ils eussent, le moins possible, d'échappées. Or, le pays qu'ils occupent présentant une espèce de carré dont la mer et la Loire , ces deux barrières naturelles insurmontables ^^ formaient deux des côtés , il est sensible qu'on devait chercher à resserrer, à acculer l'ennemi dans l'angle formé par la Loire et la mer, et conséquemment attaquer par l'angle opposé.

En attaquant par Nantes, vous laissiez aux rebelles d'immenses échappées , des débouchés sans nombre , et sur des

^68 xebelles qni falnlesit*fBoe partout, et n'ttvaieiit pas phu de leven qu'un batttffioncanè.

i Je snppoee qa'on anxalt gardé la Loixe, et cela n'est pas diffloUe.

^20 GUSBBE DE LA YENDÊB.

points non fortifiés : dans l'hypothèse contraire^ tous n'aiiez que le passage de la Loire à défendre. Nantes est imprenable du côté de la rivière. Les rebelles se fussent-ils rejetés dans la partie du sud-ouest^ n'y trouvaient que des plaines qui ne leur sont pas favorables, et la ville des Sables , qu'ils n'auraient pas attaquée, OU' qu'ils auraient attaquée inutilement.

Osons le dire , ce ne fut ni d'après les circonstances locales, ni d'après les principes de la guerre, ni d'après la situation topographique des rebelles, qu'on se décida. Le véritable motif de la détermination, c'est qu'on ne voulait pas de Rossignol pour commander ^.

Suivant le plan de Ganclaux, les divisions de Tannée des Côtiis de la Rochelle restaient sur la défensive , et ne se portai iimt en avant que pour le joindre sous les murs de Mortagne, à une époque fixe (le i4 septembre 1793), d'où il devait marcher avec ses forces réunies sur GhoUet , point central de la Vendée.

L'itinéraire de Ganclaux était fort bien combiné; mais, pour que cet ordre de marche fût exécuté , il fallait supposer que Ganclaux n'éprouverait , de la part de l'ennemi , aucuns obstacles depuis Nantes jusqu'à Mortagne , ou qu'il les surmonterait tous dans le temps déterminé.'

Quoi qu'il en soit, le conseil de guerre de Saumur produisit un grand bien. On réconnut le danger des attaques partielles, on attribua nos revers au peu d'ensemble qu'il y avait eu jusqu'alors dans les opérations, et le projet d'attaque générale prouvait au moins qu'on changeait de système.

Enfin Ganclaux entre dans la Vendée sur trois colonnes formées de la division de Nantes, dont la garnison de Mayence faisait la majeure partie. Il enlève, après des combats assez

1 A la bonne henie qa'on préfécât Otanclanx, maisoe n*était pas ime raison d'attBCpier par Naates. J'entre dans quelques détaOs snr cet arrêté du conseil de gnerre de Sanmnr, paroe qa*U a beaucoup influé sur les opérations ultérieures , même après son exécution. Si c'était une faute d'attaquer par Nantes, c'en était mie bien plus grande de donner aussi peu de forces à Ganclaux (il n'arait que dix-huit nâUe hommes) pour faire la princiiwle attaque. On yerra dans le cooxs de cet ouvrage oraibien cela nous a été préjudiciable.

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vifs, toas les premiers points occupés par. rennemi. Le port Sainper, Machecoul, Légé, et quelques autres postes intermédiaires sont emportés par nos troupes; bientôt Beysser^ qui dirigeait la colonne de droite, entre dans Montaigu où les rebelles n'opposent qu'une faible résistance.

Mais Beysser devait éprouver à Montaigu le sort qu'avait eu Westermann à Gbâtillon. Il fit de si mauvaises dispositions^ et fut si vivement attaqué que ses troupes furent rompues avant qu'il les eût formées en bataille, et les rebelles le reconduisirent jusqu'aux portes de Nantes. Ganclaux, qui occupait Glisson^ n'est pas plutôt instruit de la déroute Beysser^ qu'il se dispose à rétrograder; mais attaqué lui-même par l'ennemi, il ne peut faire sa retraite qu'en désordre. 11 voit enlever ses bagages^ ses ambulances^ égorger ses blessés et est forcé de rejoindre Beysser sous le canon de Nantes.

Il fallait renoncer au projet de se trouver le 44 à Mortagne^ et d'opérer à l'époque convenue la réunion des divisions de l'armée des Côtes de la Rochelle à la division de Nantes. Il fallait aussi assigner un nouveau rendez-vous général à ces divisions qu'il était dangereux de porter en avant, sans s'être assuré de la position de celle de Nantes. Rossignol, qui l'ignorait, ne pouvait raisonnablement diriger ses colonnes vers le point indiqué, parce que si la division de Nantes n'opérait pas de diversion^ il avait alors à combattre^ dans le pays couvert, la masse entière des rebelles. On était dans cette incertitude lorsque nous fûmes prévenus àDoué^ dans la nuit du 13 au 14 septembre 1793, que nous serions attaqués le lendemain par une division de la grande armée catholique et royale. Nous étions en bataille à la pointe du jour ^ et hors de la ville. Nous comptions à peu près sept mille combattantSj, dont cinq cents hommes de cavalerie^ et non compris cinq ou six mille hommes de levée en masse^ armés de piques, et qu'on avait rejetés sur les derrières, parce qu'ils ne

1 On a dû le snccte, de cette affaire aux dispositloiui da général Dèmbarrère, officier attacbé à l'arme dn génie et qui ne quitta pag la division de Doué. Oe fut lui qui indiqua la position et forma la ligne.

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pouvaient être qu'inutiles ou nuisibles. Deux pièces de douze, deux obusiers de campagne, et quelques pièces de bataillon^ composaient toute notre artillerie. Les rebelles arrivèrent sur deux colonnes, Tune par la route de Chollet, et l'autre par la route d'Angers, et se déployèrent *sous le feu de notre canon. Je vis à l'incertitude de leurs mouvements et à la mollesse de leur attaque^ que la bonne contenance de nos troupes et notre position avantageuse leur en imposaient, et je les jugeai vaincus. Us étaient vingt mille hommes. Ils dirigèrent leurs principaux efforts sur notre aile gauche, qu'ils firent plier sous un feu de mousqueterie terrible ; mais notre cavalerie les ayant pris en flanc sur ce point, et en même temps l'aile droite que je commandais ayant chargé et rompu leur aile gauche, ils furent mis en déroute complète, et poursuivis jusqu'à plus de trois lieues par notre cavalerie qui en fit un grand carnage.

Je m'étais trouvée plusieurs affaires où les rebelles avaient été dirigé^ par d*Ëlbée ou Bonchamps. il était aisé de s'apercevoir que ni l'un ni l'autre n'était à cette action. Les premières manœuvres des rebelles, leurs mauvaises dispositions et leurs faux mouvements durant le combat, prouvaient que d*Autichamp et le prince de Talmont, qui les commandaient ce jour-là, étaient encore bien neufs au métier de la guerre.

Le même jour Lescure attaqua Thouars avec dix mille hommes, et eut le même sort que Talmont et d'Autichamp ^

Ces deux victoires importantes, celle de Luçon *, etc., devaient faire sentir l'avantage qu'on aurait eu à combattre toujours en plaine, à observer la défensive sur les points dé-

1 D'En)ée m'a assoie que c'était contre son «via que les afEalres de Thoo^is et de Doné avaient en lieu, ce qui força Lescnre, Talmont et d' Antichamp de tenter ces expéditions ayec les seoles forces dont ils pouTalent disposer.

S La division de Lnçon, après sa Tictolie dn 6 août 1798, vonlat entrer dans la Vendée, elle avança jnsqn'an Pont-Oharon où elle fnt faattoe à plate ooatoie.

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couyerls^ tant qu'on n'était pas assez fort pour pénétrer dan» la Vendée.

Rossignol^ ignorant la véritable situation et les opérations des colonnes agissantes dans la partie de l'ouest, crut qu'elles étaient heureuses, que les attaques de Thouars et de Doué n'étaient qu'une suite de leurs progrès^ qui avaient obligé les rebelles de se jeter sur lui. Malheureusement cette conjecture était fausse. La grande armée catholique et royale ne s'était encore ébranlée que par fractions; et c'était une grande faute de s'avaiucer dans le pays couvert avec des divisions de cinq ou six mille combattants^ embarrassés d'artiUerie et de cette foule d'hommes^ levés en masse, qui les affaiblissait encore. C'était une autre faute de confier le commandement des colonnes à des officiers généraux peu expérimentés. Rossignol fit ces fautes^ et encouragé par le succès des affairesde Doué et de Thouars, excité d'ailleurs par les conseils de Ronsin que le résultat du conseil de guerre avait mécontenté^ et qui désirait de percer le premier jusqu'à ChoUet, Rossignol^ dis-je, se laissa entraîner. Le citoyen Santerre, qui commandait la division de Doué, et le général Duhoux, à la tête de celle d'Angers; reçurent l'ordre de seporter en avant, et de diriger leur marche vers ChoUet; et, ce qui parut extraordlnaire, c'est que les divisions de Niort et de Luçon, qui devaient suivre notre mouvement, suivant l'arrêté du conseil de guerre, «t qui s'étaient déjà ébranlées, reçurent contreordre. On retombait donc dans le malheureux système des attaquer séparées ; il fallait encore une nouvelle expérience pour nous en corriger.

Le citoyen Santerre part de Yihiers, ses troupes disposées sur une seule colonne, et marche sur Coron ^ La brigade

1 J*ai la d«i8 tm onviage intitulé QSuwes poi^umeê de Philippeaux, représentant du Png^le, qu'iuie divlgion de l'année de Rossignol, forte de quarante mine hommes, fut battue à Coron par trois mille xebeUes ; et voilà comme on écrit l'histoire I Le citoyen Santerre n'avait pas dans sa division an delà de six mille cinq cents hommes de troupes r^lées, il y faut ajouter à la vérité huit ou dix T(»fllp hommes de levées en masse ; mais qu'on devait regarder au moins comme innUles. Les zepirésentants du peuple assureraient, s'il était né-

que je commandais était en tête. J'apprends à la hauteur de la grille de fer, c'est-à-dire à portée de canon du village, qu'il est occupé par les rebelles ; ils n'y avaient cependant qu'un parti assez faible qui céda à la charge de quelques hussards, et l'évacua. J'en fais rendre compte au citoyen Santerre : je lui demande des ordres, je n'en reçois point.

J'insistais pour que l'on s'arrêtât à la grille de fer, et qu'avant d'avancer on fût reconnaître l'ennemi dont la retraite précipitée de Coron pouvait être un piège pour nous y attirer et nous faire quitter les hauteurs avantageuses dont nous étions maîtres. Ronsin dédaigna cet avis, et m'ordonna de marcher. Descendu dans le village de Coron, j'apprends par mes éclaireurs que l'ennemi s'avance rapidement et en forces. Il n'y avait plus moyen de rétrograder et d'aller reprendre la position qu'on venait d'abandonner. On s'empara vivement d'une élévation au-dessus de Coron. J'instruisis le citoyen Santerre de nos mouvements et de l'approche des rebelles que je vais reconnaître. Leurs dispositions d-attaque étaient déjà faites ; ils formaient le croissant et balançaient, avec trois pièces de but placées à leur centre, l'effet de nos deux pièces de douze et des deux obusiers en batterie sur la

œssaire, que j'ai été reoonnaltre l*exmemi, et f atteste qoe ses forces montaient à pins de vingt mille hommes. Je vais entrer dans quelques détails sur oette affaire , parce qne le citojren Santerre, mandé par le gouTemement pour rendre compte de ea conduite, s'est permis de r^eter en partie sur moi rinsucoès de cette journée. La présence des représentants du peuple qui étaient à la tète de la colonne, suffirait pour me disculper, puisqu'ils ne m'ont jamais fait de rspioches. Au surplus, sans oser lutter d'opinions militaires ayeo le citoyen Santerre, qu'il me soit permis de loi dire : Qu'un officier général doit ôtre à la tÊte de la colonne qu'il commande ; qu'aux premiers rapports de l'approdie de Fennemi , il doit allor promptemeni le reconnaître, indiquer la position que doit prendre l'année, ordonner le déploiement de ses colonnes , parce que f observe au citoyen Santerre que l'on ne se bat pas ordinairement en ordre de oolonne, etc^ etc., etc. Or, il est de fait que je n'ai point vu durant cette afEaire et fêtais à ma place, le citoyen Santerre, que je n'ai reçu aucun ordre de hai, que j'ai dû obéir à ceux d'un général de brigade plus anden qne moi ÇBanain) et à ceux des représentants du peuple, et faire déployer ma brigade, sans quoi elle is Berait battue en colonne , comme le zeste de l'armée^ etc., etc.

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grande route; je les jugeai au nombre de vingt mille hommes. Je dis à Ronsin qu'il n'y avait pas un moment à perdre pour déployer. L'affaire ne dura pas plus d'une heure S et l'armée républicaine fut rompue et mise en déroute. Nous perdîmes peu de monde^ parce qu'il n'y eut que ma brigade qui souffrit ; mais l'ennemi s'empara de presque toute notre artillerie, de quelques fusils, et d'une prodigieuse quantité de piques, dont la levée en masse ialonnaît la route en fuyant.

Le lendemain les rebelles onibèrent à Saint-Lambert sur la division d'Angers ; le général Duhoux fut battu complètement, perdit toute son artillerie, ses bagages et beaucoup plus de monde que le citoyen Santerre ; il avait, comme lui^ une forte levée en masse, qui laissa à l'ennemi ses piques et ses sabots.

Cependant nos affaires se rétablissaient du côté de Nantes. Canclaux avait recommencé son mouvement et repris tous les postes que l'ignorance de Be^sser lui avait fait perdre. Devenu maître de Clisson et deMontaigu, il avait poussé jusqu'à Saint-Symphorien et y avait résisté à une forte attaque des rebelles, lorsqu'il fut destitué. J'ignore les motifs de cette destitution; mais assurément il fallait qu'il y en eût de bien puissants pour y déterminer, elle ne pouvait pas arriver plus mal à propos. Si Ganclaux n'avait pas mérité la confiance, 11 ne fallait pas lui donner de commandement général; mais devait-on le lui ôter, devait-on l'éloigner de l'armée au moment où il exécutait un plan approuvé par les représentants du peuple, au moment où son absence pouvait retarder les opérations, et même en compromettre le succès ? Heureusement le nouveau général en chef, Léchelle, incapable,

1 Pendant raction, moncsheyal se renretsa et ronla sfir moi. On m'emporta; et U n'y avait pas dix minutes que f avais quitté la ligne , lozBqne le désordre ae manifesta de toutes parts, etc.

J*ai quitté rOuest peu de jours après la défaite de Coron , et j*ai été otdigé de

partir sur-le-champ, quoique blessé, pour prendre le commandement de raimée

des Pyrénées-Orientales , ayant reçu les pt>vi8ions de général en thet aTW mon

bievet de divisionnaire. . n

226 GUERRS DB LA YENDÉB.

disait-on, de commander, eut du moins le bon esprit de suivre la marche tracée par son prédécesseur. L*armée con* serva toute son énergie; et cet événement, qui pouvait avoir des suites funestes, ne fit que différer de peu de jours nos progrès et nos victoires.

Le général en chef des Côtes de la Rochelle chercha à réparer la perte que deux de ses divisions avaient éprouvée aux journées des 18 et i9 septembre, et à seconder, par une marche mieux combinée, les opérations de la division de Nantes, dont il connaissait alors les progrès.

Les divisions de Niort et de Doué se réunirent dès les premiers jours d'octobre^ à Bressuire, d'où elles délogèrent les rebelles pour attaquer ensuite Ghâtillon qui fut pris, re* pris par l'ennemi qui culbuta une de nos colonnes, et enfin repris par les troupes républicaines qu^, de là, dirigèrent leur marche vers Mortagne, rendez-vous général où elles trouvèrent la division de Luçon et celle de Nantes.

Cette dernière avait éprouvé, pour percer jusqu'à Mortagne, beaucoup moins d'obstacles qu'on ne devait s'y attendre. Elle n'avait pas encore eu à combattre la masse de la grande armée catholique et royale ; et quoiqu'elle eût chaque jour des affaires très-meurtrières contre les rebelles, ce n'était que contre des divisions détachées de leur principale armée, dont la défense partielle annonçait le morcellement et la prochaine désorganisation provoquée par l'ambition de ses che& et la rivalité qui les avait divisés.

L'armée de Nantes avait besoin d'être renforcée. Les combats journaliers et très-sanglants qu'elle avait eu à soutenir, pour ainsi dire, à chaque pas, l'avaient considérablement diminuée; de manière qu'après sa réunion avec les colonne» de Doué, de Niort. et de Luçon, elle ne comptait en tout que 28,000 hommes .lorsqu'elle se présenta devant Chollet que les rebelles évacuèrent dans la nuit.

1 D'après on anèté de nouveau oonseil de gaem, tenu à Saiixnar le 2 octobre 1798 ; à cette époqtw Vaiméa des Odtes de le BiÇMbelte frit to nom d'Année AerOuest.

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Je me suis fait rendre compte sur les lieux des disposition» qu'avait faites le général Léchelle sous les murs de GhoUet^ après s'être emparé de cette ville; elles étaient peu militaires. 11 fut attaqué par d'Elbée^ Bonchamps, Lescure, Pyron, StofiGiet et plusieurs autres chefs de la grande armée catholique et royale, qui, malgré les échecs qu'elle avait éprauyéA, et la privation de quelques corps qu'en avaient distraitsceux de ses chefs qui se disposaient à passer la Loire, se trouva encore forte de quarante-cinq mille combattants. Le choc fut terrible ; les républicains plièrent , et pendant deux heures la victoire fut aux Vendéens. Mais la fermeté des représentants du peuple, le sang-froid et l'habileté de quelques officiers généraux, la réunion des diverses, parties de notre armée, que la nature et la position désavantageuse rendaient lente et difficile, surtout la disparition de d'Ëlbée, deBonchamps, et de quelques autres chefs royalistes blessés mortellement, donnèrent l'avantage aux défenseurs de la république et décidèrent le sort de cette fameuse journée.

Avant de parler des suites de cette affaire importante , mais moins décisive sans doute qu'on ne l'a généralement pensé, revenons sur quelques événements antérieurs.

J'ai dit, et Ton a pu voir dans le cours de ciet ouvrage que les rebelles avaient pour principe de ne se laisser jamais attaquer, surtout de ne pas défendre les villes, de les abandonner à l'approche des troupes républicaines, mais d'y attaquer dès le lendemain, quelquefois le jour même qu'ils s'en étaient retirés, ceux de nos généraux qui avaient l'imprudence d'y rester. Ainsi on n'a pas dû être surpris de leur voir céder successivement à la garnison de Mayence toutes celles où elle s'est présentée; mais on doit l'être avec raison de les voir reculer jusqu'à Ghollet sans affaire générale, sans se porter en masse au-devant de la division de Nantes, et l'attaquer avec toutes leurs forces.

Il n'est pas difficile d'expliquer les causes de cette conduite, si l'on se rappelle que les chefs des Vendéens étaient désunis. La division et Tesprit de parti n'avaient fait qu'accroître depuis leurs premiers revers. Talmont insistait plus

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que jamais pour passer sur la rive droite de la Loire, et faire de Laval le centre commun et le point de ralliement des divers partis foriflés contre la république. Quoique d'Autichamp n'eût pas précisément le même objet, il voulait aussi qu'on reportât la guerre sur la rive droite , pour marcher sur Paris, et, dans le cas d'insuccès, s'emparer d*un des ports de la Bretagne ou de la Manche, donner la main à l'étranger, et en recevoir des secours, s'ils étaient nécessaires. Enfin, l'un et l'autre prétendaient que le parti ne pouvait pas se soutenir sur la rive gauche.

Quelques échecs qu'on ne pouvait pas reprocher à d'Elbée, et surtout les intrigues de ses rivaux, avaient insensiblement diminué son pouYoir et son influence. Il en résulta ce morcellement de forces, ce défaut d'unité et d'ensemble dans les opérations, et surtout le système défensif, si peu favorable, ou plutôt si contraire à la manière de combattre des Yen- . déens , qui facilitèrent nos succès. Les chefs voulurent faire face partout ; chacun d'eux , s'obstinant à défendre son arrondissement, opposa sa division à une colonne républicaine. On suivit la même marche vis-à-vis de l'invincible garnison de Mayence, contre laquelle devaient se réunir tous les efforts; et quoique la victoire parût souvent alterner, que les rebelles eussent résisté avec avantage, ou du moins balancé les nôtres àTorfou, à Saint-Christophe, aux Quatre-Chemins, à Ghâtillon, etc., ce n'était plus que des demi-succès qui retardaient momentanément la marche de nos colonnes, mais qui ne les faisaient pas rétrograder.

Tel était l'aveuglement des concurrents , des ennemis de d'Elbée^ que le passage de la Loire était décidé avant l'affaire de GhoUet, et qu'on avait disposé , sur différents points du rivage « des troupes destinées à s'embarquer et à protéger d'ailleurs rembarquement, sur l'autre rive , de cette foule de prêtres et de nobles, leurs femmes, leurs enfants et leur suite qui, à l'approche des colonnes républicaines, abandonnaient la Vendée où ils s'étaient établis, et allaient chercher de nouvelles habitations dans les États du prince de Talmont

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