‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 37 sur 55 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Ainsi^ quand la jonction des dWisions de Tarmée des Côtes de la Rochelle à la garnison de Mayence fat opérée et que la plupart des chefs de la Vendée eurent aperçu^ mais trop tard^ les dangers qui les menaçaient et la nécessité d'une afiCure générale, d'Ëlbée ne put pas encore opposer toutes ses forces à l'armée républicaine.

Mais c'est surtout à la conduite de Gharette que Ton doit imputer cette suite de revers qui ont accéléré la décadence du parti royaliste. Ce général^ à la tête d'une armée nombreuse^ ne fit aucun mouvement, lorsque la division de Nantes, qu'il pouvait prendre à revêts, combattait journellement contre les troupes de d'Ëlbée. J'ai vu celui-ci convaincu que Cbarette désirait que les chefs de la grande armée passassent sur la rive droite, pour rester maître de toute la Vendée, et en diriger les forces. En effet, toujours éloigné du centre des opérations, il ne fit aucuns efforts pour seconder ou secourir la grande armée lors de Taffaire deCholiet; il ne vou* lut jamais agir pour les intérêts du parti dont la ruine devenait inévitable, par sa désertion et le projet insensé de Talmont et de d'Autichamp.

Lorsque la division de Nantes s'empara du port Sainper, de Machecouf, de Légé, de Montaigu, etc., elle n'éprouva pas une très-forte résistance , parce que jusque-là elle n'eut à combattre que les troupes de Cbarette qui chercha toujours à l'éviter ; mais quand elle eut dépassé la hauteur de Montaigu, les combats devinrent fréquents et terribles. Elle était alors sur le territoire ^ de l'armée du Haut-Poitou, plus aguerrie, et surtout mieux commandée que celle de Gharette, et qui n'en fut pas moins vaincue , parce que, comme je l'ai dit, elle n'agissait que par fractions; et Gharette qui, ainsi que les autres chefs royalistes , savait que Tobjet de la mar-

^ ^ La Vendée était partagée en deux anondiflaernenta : ohaqne année avait le rien. OeUe de Gharette occupait les districts de Ghalians , de Machecool , de la Boche-sor-Yon, les Sables, nne paztiedes districts de Paimbœof, Clisson , Hontaiga, etc. L'armée du Haut-Poitoa oomporenait les districts de Baint-Flo- Kent, Yiliien , ChoUet, CMtillon , la Châtaigneraie, nne grande partie des disjtricti de Clisson, Montaigo, Thooara, Farthenay et Fontenay-Ie-Penple.

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che combinée des colonnes républicaines était de percer à Chollet, laissa passer la division de Nantes, déborda son aUe droite, et resta spectateur de sa lutte avec la grande armée catholique.

Vaincus à Chollet, les Vendéens se dispersèrent, suivant leur coutume, et rentrèrent dans leurs foyers; mais tout ce qu'il y avait dans. le pays d'étrangers, qui formaient une partie des armées catholiques, réunis sous le commandement de Talmont, passa la Loire avec beaucoup de gens inutiles et non attachés à Tannée, que la domination des rebelles avait fixés dans la Vendée et que la présence des troupes républicaines éloignait; et s'il y eut à peu près trente mille individus ^ qui traversèrent le fleuve, il n'y avait pas parmi eux vingt mille combattants. Quoi qu'il en soit, on écrivit à la Convention nationale qu'il n'y avait plus de Vendée ; que la rive gauche était entièrement purgée de rebelles; et que le petit nombre de ceux qui avaient survécu à la j oumée de Chollet était passé sur la rive droite avec quatre ou cinq mille femmes, etc. (Voyez les journaux du temps.) On envoya des courriers extraordinaires dans toutes les parties de la république, pour annoncer cetheureux événement, et toute la France crut qu'on n'entendrait plus parler de la Vendée.

11 faut convenir que c'est la division de Nantes, où était, la garnison de Mayence, qui a porté les plus terribles coups aux rebelles. Cependant sa marche avait été trop rapide pour qu'elle fût aussi destructive qu'on l'a dit C'était, sans doute, un avantage d'avoir forcé le noyau de la grande armée catholique et royale, cette foule de soldats étrangers qui formaient le point de ralliement de la milice vendéenne, de passer la Loire ; c'était un autre avantage d'avoir privé les rebelles de leurs -meilleurs chefs que la mort ou la fuite avait enlevés; c'en était un bien plus grand d'avoir détruit tous les établisse-

-1 On vit sur la rive droite, à la suite de cette armée qui a*y grostit pcodigiensement, une foole d'évèqnes, de piètres, de moines, de religleiifles, de yleilles comtesses, boromies, etc., qu'on TC^turait par charretées , et qui ne fsisaient qu'embarrasser l'année. Il y en eut beaucoup de tués à YtJttân du Mans.

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ments qui leur fournissaient des munitions de guerre ^ : quoi qu'il en soit, tout cela ne terminait pas la guerre ; la masse des rebelles était dispersée et n'était pas détruite. La garnison de Mayence n'avait pas parcouru le tiers de leur territoire, elle avait traversé une partie de la Vendée comme un torrent; sa marche avait été constamment victorieuse; mais disons-le franchement, sans craindre d'être démenti par les militaires étrangers à tout esprit de parti, même par les officiers encore attachés aux glorieux débris de cette troupe immortelle^ la garnison de Mayence n'a fait^ dans la Vendée, 4ue ce qu'on appelle une trouée. La plupart des éléments dont s'était formé le parti royaliste existaient encore; il fallait l'empêcher de reprendre la consistance politique qu'on venait de lui faire perdre, et pour y parvenir, le gouvernement^ au lieu de dire aux généraux : « Finissez la guerre dans un mois, finissez la guerre dans quinze jours ' », le gouvernement, dis-je, devait juger qu'il fallait du temps, de la patience, une suite d'opérations combinées d'après les mesures qu'on avait déjà employées avec succès, pour arracher jusqu'aux dernières racines de la conjuration vendéenne.

1 niais le jx&oiet pent-ètxe de tons les ayantages que nous a procurés oet enchaînement de Tictoires, c'est Teflet qu'a prodtiit sur ropinion la marohe des troupes de Mayenoe ; nne oeintore de feu enveloppait le pays révolté ; rinœndle, la teneur et la xnoxt précédaient nos oolonnes.

L'exécution de ces mesures teniUes, et peut-être nécessaires, ordonnées par la Conrention nationale, éloigna des Vendéens tous ceux qui les avaient secrètexnent favorisés , mais qui n'osaient pas se ranger sous leurs drapeaux. Elle ari^ surtout cette défection morale qui faisait journellement des pcogrès alarmants dans les départements voisins , dont beaucoup d'habitants séduits, égaré» pu les émissaires du parti royaliste , commençaient à envisager la puissance vendéenne comme une autre force politique, et à douter de la république. Va déployant la vengeance nationale sur la perfide Vendée, on effraya tous les mal- Veillants dissémiaés dans les pays limitropbes, on y décida les incertains et le» neutres en faveur du gouvernement républicain.

* Comme si l'officier généial qui commandait dans l'Ouest pouvait assigner on terme préfix à cette guerre, à l'instar d'un officier du génie, qui, avec des moyens proportionnés d'attaque , doit toujouis déterminer la dunée de la réeistan^t d'une place régulièrement fortifiée.

Gharette profita de réloignement des troupes républicaines pour reprendre quelques postes, peu importants à la vérité, mais il entreprit deux expéditions qu'il n'avait pas encore osé tenter. Il attaqua et prit les îles de Bouinet de Noirmoutier. Cette nouvelle conquête de l'armée du Bas-Poitou prouvait qu'on avait eu tort, au couseil de guerre de Saumur, de ne pas donner plus de troupes à Ganclaux S lorsqu'on avait

décidé que la principale attaque se ferait par Nantes. Ganclaux, obligé de percer dans le sein de la Vendée avec des forces peu considérables, ne pouvait pas les morceler pour garnir suffisamment tous ses postes; de manière qu'en avant çant sur le pays ennemi, iJ laissait nécessairement sur ses derrières plusieurs points découverts et indéfendus. Au surplus Gharette ne sut pas profiter d'une circonstance aussi favorable, il voulut conserver ces deux nouvelles conquêtes, sans s'être rendu maître des postes qui pouvaient assurer leur con> servation : et, rentré dians le Bocage, il chercha à joindre à son armée les débris de celle battue à GhoUet *. Après cette affaire de Chollet ' les Vendéens^ qui n'étaient

1 Cétalt tme grande perte pour nous que celle des Ues de Bouin et de Koirmoatieri mais on ne peut pas raisonnablemeat lé niiKocher à CanclanT, qui n*»vait pas assea de troupes disponibles pour pouvoir garder tons ses postes » et ai même temps opposer de fortes colonnes aux masses ennemies. D'ailleurs Ghaiette dut en partie la prise de Koirmoutier à la trahison. Quoi qu*U en soit, on vem dans la demiëie partie de œt ouvrage de quelle importance était pour nous la possession de Noirmoutier. Lorsque j'ai repris cette lie, on y attendait afaaqœ jour de puissants secours de l'Angleterre , dont un officier, qu'y avait fait passer le général d'Elbée, prassait renvoi.

2 n ne put pas y parvenir. En général, les Vendéens qui étai^it attaiâiés à la grande armée avaient peu de confiance dans Gharette.

3 L'affaire de Chollet est du 16 au 16 octobre 1T98. Après cet événement , on crut assea généralement que tous les Vendéens avaient passé la Loire, etqns Tannée ayant été détruite sur la rive droite, il n'existait plus de Vendée. Aws nn peu deréflexion on n'aurait pas ajouté foi à ces bruits semés par qnelqsMâ agents perfides qui voulaient, les uns, détourner de la Vendée Fattention de la Ckmvention nationale; les autres, usurier la gloire d'avoir fini cette gaexse atroce. Si Ton avait bien connu l'eopèce de troupes Qu'avaient les rebelles , et les haUtudes des naturels du pays, on n'axurait pds ajouté foi à ces rôdts meni^m-

On sait qu'en général les bommee ont do la peine à quitter kor poji : tes

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pas encore accoutumés aux revers, privés de leurs meilleurs généraux et de tout point de ralliement, restèrent pendant quelque temps dispersés et cachés, et ne se montrèrent que quand l'armée victorieuse eut passé sur la rive droite.

bftbitants des OMnpugnfiH sortoat ont pins d'aflEecfcion locale que ki dtadiiiB. hm batitantB dn Poitoa ont plus de lépogniuioe que ki antreB pajatas à quitter leoEB foyers, soit à caiiae de reztiême fertUité de leur pays, de leur «ttechement à lecD» propriétée, de leur oonflancedans lem» setgneiuB et leaxs prêtree, qui lA, pfais que partout aUleora, ayaient oonaerré, conBerrent encoze leur foneste asoendaat. La pcoAmâe ignoranoe dn Poiterin, sea atanvdea prtjugée, tellement fortiflée, enradnéfi, que àepaia plnaienzisièdes U n*a pas fait un pas Ters la rai- 8on,*rendent son ezistenoe paiement mécanique, n est si «»*ftnW que, pour ses intéiMs mème^ U a de la peine à perdre son docber de yne ; U n'y avait que le dâire du fianaliimne qui pouTait remporter loin de sa diamniëre, poor combattre les fnniBints de ses pcètxes et de son roi ; encore était-U impossible de le retenir deux on trois jonrs sous ses drapeaox ; et c'est mie des canses, comme je le proaTcrai pins loin, qnl ont arrêté le coois de leoxs victoires. Pour tenir le Yendéen en campagne, U fallait loi montrer tonjoars son ennemi. Si les géné> nmx vendéens voulaient stationner vingt-qnatoe heoiea dans mie ville, ils pecdaient le qnart de leurs soldats. J'en vais dte» nn exemple. Lorsque Saumur fut pris, l'armée assiégeante était d'environ quatre-vingt mille bommes. Les cbefi restèrent huit jooxs à Saumur, et (^est la plus grande faute qu'ils ident commise ; c'est ce qui a sauvé Nantes ; et quaiMl ils marehërent sur Angers, ils n'avaient ptoB que trente mille hommes auxquels se joignirent quelques révoltés de la rive droite.

Mais nn antre motif, peut-être plus paissant et qui semble Tefflet du raisonnement» fait que le Vendéen ne quitte qu'avec peine le pays couvert. U sait qu'il âdt une partie de sa force à la nature du terrain, aux avantages de la localité, n est obei lui le meilleor guerrier de l'Europe; iln'est plus le même hors de son pays.

Bntre autres contrastes qu'offre le caractère dn Poitevin , il en est un vraiment extraordinaire : l'on se rappelle ce que j'ai dit dn courage des Vendéens ; cependant le Poitou était la province de France qui fournissait, le moins de soldats. Peu de Poitevins s'engageaient, et quand il fidlnt défendre leurs opinions politiques et religteases, il se trouva, pour ainsi dire, autant de soldats qu'il y avait de Tendéens.

L'éloignement du Poitevfit pour la profession des armes; son aversion pour les voyages, et à plus forte raison pour l'émigration ; son attachement pour les pEètxes (et U faut en convenir, la plupart de ceux«<d menaient une vie exemplaire et avaient conservé les mœurs patriarcales ) ; oifin, Textréme fertilité du sol ; voilà, je orois, les principaleB causes de l'immense population de ce pays,

Non-seulement les véritables Vendéens n'ont pas passé la Loize, mais même une partie destroupes formées d'étrangers, et destinées à se porter sur la rive droite, n'a pu travener le fleuve. Le passagela eu Uen les 17, 18 et 19 octobre

On dut s'apercevoir alors de ]a faute qu'on avait faite aux conseils de guerre tenus à Saumur^ de ne pas arrêter de plan de campagne. Celui d'attaque générale étant exécuté, il fadlait donner une suite aux opérations. On avait donc besoin d'un nouveau plan^ ou plutôt un projet préalable jurait été néces-

1793 ; mais ce dernier jour les xi&pablicaixig B*y opposèrent avec snmtage^ "pArent aux rebelles onze pièces de canon, et les contraignirent de vegagner la rive gancbe sur leurs bateaux. Cet événement eut lien à la baateor de Vaiade. SI Tannée, qni a trayersé la Loire , s'est troorée forte de soizante mille hommes sous les murs de G-xanTille et d'Angers, c'est par les namtareoses xeomes qu'elle a faites sur la rive droite, et particulièrement aux euTlzons de Laval, Mayenne, etc., où l'esprit public était perdu, où d'ailleurs le prince de Talmont avait la plus grande influence. Je me suis assuré, sur les lieux qu'a parooams cette armée, des causes de son accroissement progressif : je les ai trouvées dans le recrutement volontaire et forcé qu'elle a fcdt depuis Varade, Anoenis, Oudom » et autres points sur le rivage de la Loire, jusqu'à son arrivée à Laval où le xi&> crutement fut généralement spontané.

Mais il était aisé de juger que cette armée n'existerait pas longtemps ; qu'ellese disperserait plus rapidement encore qu'elle ne s'était recrutée, et que pins elle augmenterait ses forces en bommes, plos elle avancerait sa ruine. Elle avait peu de munitions de guerre; bient(yt elle manqtia de vivres. Cette multitude affamait tout sur son passage et s'affamait eUe-mème : elle ne pouvait subsister qu'en parcourant chaque jour un nouveau pays, et elle devait périr de faim , en rentrant dans ceux qu'elle avait dévastés, puisqu'die avait tout dévoré sur son passage. Les rebelles étant obligés de se promener de ville en ville pour ponroir 'subsister, la première entreprise qu'ils manqueraient devait amener la fsialne» le découragement , et nécessairement la désertion dans Varmée. Aussi tlfaiimift t-elle des deux tiers *, lorsqu'elle eut été. repoussée de Granville et d'Angers, et quand les chefs désespérés, après l'affaire du Mans , de ne pouvoir lepaaier la Loire à Anoenis, amenèrent les débris de l'armée de Savenay, il ne s'y trouva que seize ou diz^sept mille hommes à moitié jnorts de faixa et de misère» dont la majeure partie fut exterminée par les républicains. Le reste se âiqMEsa dans le pays, et joignit les chouans, excepté la cavalerie qui repassa en détail-sur la rive gauche.

* Et sans doute tout oéU n'ATait pM péri par le fer on le feu ; ear lea gens aemaés et les militaires n'ajoutent paa de foi à osa pompeux réeita de bataillea dans leeqiieUeB lea foUienlaires tuent une prodigleoM giiantité dlunnmes à l'ennemi , tandis qne nous ne perdons qne dix on donae répablioains. À. (ThoUet , par exemple , où l'<m a dit que rarmé» Tendéenne arait été presqiae enti^mnent détàroite, les rebelles ont perdu trois mille hoounea. Ha ont perdu peu de monde aux. sièges de Oranyille et d'Angers. Us eurent à l'affaire du Ifans cinq mille morts , parmi lesquels il 7 avait beaucoup de femmes ; enfin, à l'attair» de Savenay, où les républicains n'eurent gn^ que la peine de tuer, on évalua la perte df» l'ennemi à sept ouïrait mille hommes, et je ne garantirais pas qu'il n'y eût point «noot» d'exagération dsaa ces rapports, moins étonnants toutefois que celui de Westennanik

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saîre pour profiter^ sans inteiTuption^ des ayantages de nos victoires, de la terreur et de la dispersion des rebelles.

Le noyau de la grande armée catholique et royale ayant passé sur la rive droite de la Loire et s'y grossissant journellement, on fut obligé de l'y poursuivre avec Tannée républicaine ; on laissa de faibles garnisons dans quelques-unes des villes reconquises^ et que le hasard avait sauvées de l'incendie général. On répartit quelques bataillons sur différents points les plus désavantageusement situés et les moins susceptibles de défense. Tous ces postes, outre la. faiblesse de leur position, avaient si peu de forces qu'ils ne pouvaient agir offensivement et entretenir les rebelles dans cet état de compression où les avaient réduits nos fréquents succès. Tous ces postes, dis-je, isolés, continuellement menacés par l'ennemi qui les environnait, les coupait de toutes parts, étaient, dans l'impuissance de se secourir mutuellement, de s'avertir même de leurs dangers respectifs. On ne pouvait faire circuler les ordres, les rapporter, sans sacrifier les ordonnances et compromettre le secret dés opérations. Enfin, ces postes avaient été disposés à la hâte, au hasard ; et, pour leur établissement, comme pour leur composition, on n'avait consulté ni la localité, ni les forces, ni les ressources qui restaient aux rebelles.

Ce qui contribua encore à ôter l'accord et l'harmonie entre les diverses fractions de Tarmée républicaine qu'on avait laissées sur la rive gauche, ce fut l'éloignement de l'état- major général qui, emporté par la victoire à la tête du corps d'armée, poursuivant les rebelles en deçà de la Loire, ne pouvait plus être le centre commun, le mobile unique de toutes les opérations sur les deux rives ; de sorte que les officiers généraux restés dans la Vendée, abandonnés à eux-mêmes, furent obligés d'observer une défensive, alors fort dangereuse, faute de plans, d'ordres et de forces.

Cette inertie des républicains sur la rive gauche ranima Tespoir des rebelles, et leur rendit leur audace. Ils se montrèrent sur plusieurs points par partis de trois, quatre, cinq cents hommes. Us battirent différents détachements qui se

portaient d'un poste à l'autre^ enlevèrent des patrouiUcs^des convois, etc.^ et tous les jours ils égorgeaient des volontaires qui allaient ou revenaient des hôpitaux. Les Vendéens semblaient n'attendre que le retour de leurs chefs pour former des masses. On en trouvait partout de forts détachements; et nulle part les postes n'étaient assez forts pour les contenir ou les réprimer. -

Voilà quel était l'état des choses en novembre 1 793, sur le territoire qu'occupait Tarmée d'Anjou et du Haut-Poitou, autrement la grande armée catholique et royale; il faut observer cependant que les rassemblements devenaient de jour en jour plus considérables en raison du petit nombre et de l'inactivité des troupes républicaines.

Charette^ après avoir cherché inutilement à joindre à son commandement celui de divers partis démembrés de la grande armée, parcourait le Bocage, et y continuait la guerre avec vigueur. Plusieurs combats eurent lieu, et la plupart lui furent contraires ; il fut battu successivement parles généraux Haxo, Dutruy^ Dufour, etc. Il perdit aussi l'Ôe de Bouin qu'il voulut défendre en personne et où il manqua d'être pris.

Quiconque a fait et connaît la guerre^ surtout celle de la Vendée, conviendra que c'était une grande faute que d'abandonner la rive gauche sans donner aux ofSciers généraux qu'on y laissait un système uniforme d'opérations. Il fallait profiter de l'ascendant que nous avions acquis par nos victoires pour agir offensivement et ne pas laisser un moment de relâche aux rebelles ; et c'est précisément dans des circonstances aussi favorables, c'est depuis la fin d'octobre jusqu'au 30 décembre 1793,. qu'on a observé sur la rive gauche la défensive la plus timide ; de sorte qu'à l'exception de quelques villes continuellement menacées, insultées par les rebelles, ils étaient encore maîtres de tout leur territoire. Ainsi par une suite de l'inconséquence ou plutôt de la fatalité attachée à notre conduite dans l'Ouest, nous avions constamment suivi le système offensif dans le temps où la faiblesse de nos moyens et la masse des forces ennemie:» exi-

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geaîent qu'on restât sur la défensive ; et nous gardions cette défensive quand 11 fallait sans cesse attaquer et poursuivre les rebelles. Il semble qu'on ait voulu suspendre les derniers coups qui devaient achever leur ruine.

J'ai rapporté, dans cette troisième partie de mes Mémoires, les événements les plus importants qui ont eu lieu dans la Vendée, depuis le 1«' août, jusqu'au 21 décembre 1793. Je n'ai point parlé des opérations des armées respectives sur la ri?e droite, parce qu'elles sont étrangères à la guerre de la Vendée , et que ce n'était pas les véritables Vendéens qui se battaient en deçà de la Loire.

La quatrième et dernière partie * de l'ouvrage embrassera tout le temps qu'a duré mon commandement , c'est-àdire depuis le 21 décembre 1793 jusqu'en avril 1794 *. J'écarterai de cette histoire toute prévention. Je parlerai de mes revers comme- de mes succès ; je dirai mes fautes , mes er-

1 Je n'ai point rapporté dans oelle-ci plusieaiB affaires qui ont eu lien dans la Vendée où Ton se battait presque tous les jouis, parce que je n'ai touIu parla: que ûes faits les plus intéressants. J'ai commandé dans quelques occasions où j'ai eu du bonheur. Qu'il me soit permis de dire que j'ayais Testime et la confiance des représentants du peuple alors en mission et de ceux de mes camarades qui étaient à portée de juger de mon attachement pour la république et pour mon métier. J'ai quitté Tarmée le 21 septembre, j'y suis rerenu à la Uni' de décembre suivant, pour en prendre le commandement.

^ Le gouYemement d'alors avait approuvé mon système de campement dans l'Ouest : je me disposais à l'exécuter, lorsqu'on me retira le commandement de l'armée, le 28 avril 1794 Je ne sais comment les rebelles sont parvenus, eu août et en septembre suivant, à reprendre assez de consistance pour remporter plusieurs victoires signalées, et pour traiter avec la république; ce qu'il y a d'étonnant, c'est que les Yendéens paraissaient reprendre le cours de leurs sacoès, et qu'en septembre 1794 ils donnèrent de l'inquiétude i la CJonvention nationale ; le décret d'arrestation fut lancé contre moi, comme si j'avais été à cette époque le général en chef de l'armée de r Ouest (et il y avait cinq mois que je commandais à BeOe-Ile en me&), d'où il s'ensuit que j'ai été arrêté pour les fautes de mon sucoeseesseur ( en supposant qu'on doive lui attribuer la résarrecUon des rebelles), ou pour celles du gouvernement.

1^ anciens comités m'ont toujours paru attacher trop peu d'importance à la

-gnene intestine ; si l'on s'est occupé sérieusement de la Vendée, ce n'a été que

.lomqu'elle eut fait de très-grands progrès ; et nous avons prouvé combien on a

^ de peine à les arrêter. On a n^ligé les chouans et les rebelles du Morbihan,

eepeodant l'eziiérienoe nous a démontré la nécessité de comprimer la révolte

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reurs , sans taire celles du gouyernemenl^ qui ont quelquefois provoqué les miennes. Le gouvernement , qui n'a jamais bien connu la guerre de la Vendée , a ralenti l'effet des seules mesures qui pouvaient la finir, par son impatience même de la voir terminer. Il les a rendues bientôt nulles^ moins sans doute par ma suspension que par le changement

dte son principe , si Ton* ne rcat pas qne ces insarrections loeales et partielles prennent de la oonatstanoe , et ne forment Uentdt des masses années formidables. Il est reconnu que, dans ces espèces do guerre, les seuls moyons militaires 'sont insuffisants, sinon pour contenir les rebelles, du moins pour étouffer le germe de la révolte, surtout quand elle a son inrinclpe dans les pr^ugés, l'ignofanoe et la superstition. Le parti des chouans et les Morbihannais est peu considérable, et la localité présente de grands avantages pour les isoler. La rlTière de la yUaine resserre le révoltés du Morbihan ; «lie sert encore à contenir les chouans de ce côté, tandis que la Mayenne peut leur fermer le passage du cdté opposé,- et la Loire couper tout^ les communications avec la Vendée ; mais si la force militaire, secoodée de ces avantages naturels, réprime aisément ces brigandages, éOo ne peut seule en détruire les causes.

J'attache beaucoup d'importance à cet isolement des rebelles, si l'on veut éteindre la chouannerie, calmer le Morbihan et ôter tout espoir de secours étrangers aux Vendéens ; car enfin la présence immédiate d'une armée dans chaque pays insui^é ne peut pas toujours ,dnrer, et tant qu'on n'emploiei;^. pas d'autres moyens que ceux dont on a fait usage jusqu'ici pour tominer ces guerres (j'en excepte ceUe de la Vendée , dont on a ordonné la destruction ), tant qu'on n'opérera pas dans ce pays une espèce de régénération morale, qu'on n'en expulsera pas tes prêtres et les nobles, ou qu'on ne saura pas les réduire à rimpnissance de conspirer; enfin, tant qu'on ne sera pas parvenu à dissi- I)er, à l'aide do l'instruction et de la raison publique , les ténèbres de l'ignorance qui enveloppent ces contrées superstitieuses et fanatiques, je craindrai toujours une commotion générale dans rOnest.

Ces observations ne sont pas étrangères & la guerre de la Vendée , avec cette différence néanmoins que les mesures rigoureuses que Von a prises pour l'entière destruction des rebelles d'outre-Loire eussent été' impolltiques sur la rive droite. Elles étaient peut-être nécessaires vis-à-vis des Vendéens, parce qu'on n'avait pas arrêté leurs premiers mouvements, qu'ils étaient idus secondés jnr la nature du terrain qu'on leur avait doimé le temps de s'oi^aniser et qu'ils avaient de^ chefs très-habiles et très-entreprenants. Mais si la plupart de ces avantages ont manqué jusqu'ici aux chouans et aux révoltés du Morbihan, ne peuvent-ils pas se présenter ? Ne peut-il pas se trouver unsnooesseur de la Boarie, qui, profitant de son plan, de ses moyens, de s^ fautes même, rallume xin Ijicendie mal éteint, et renouvelle dans la Bretagne et sur la rive droite de Ip tiOirc les fureurs de la guerre civite qui a désolé la rive gauche? Sera-t-0 temps alors d'employer d'autres mesures que celle de la force militaire : et

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total et subit du système d'après lequel j'avais opéré, et qui ayait eu son assentiment .

svec les moyens mllltatrM , &aâia-t-il encore avoir reoonn aa syitème de dévastation adopté pour lédniie les Vendéens et transfonner en déserts les pins riches et les pins beDes contrées de la répabUiiae? Beanooap de gens trouveront sans donte mes craintes exagérées , mais je crois qu'elles poraitroAt fondées à tons les hommes de bonne foi, et q^ii auront étudié le pays.

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