LIVRE QUATRIÈME
11 faut avoir servi dans la Vendée pour se faire une idée de la fatigue que nos troupes y éprouvent , des maladies qui en sont la suite ^ du découragement et du dégoût que leur donne cette espèce de guerre. Interrogez ceux des vainqueurs de Jemmapes et de Watigny, auxquels on a fait abandonner les rives de la Sambre et de TEscaut pour les envoyer sur les bords de la Loire, demandez-leur s'ils ont autant souffert pendant trois ans dans les plaines de la Belgique que durant quatre mois dans les afiCreux repaires de la Vendée.
Demandez à tous les militaires , à tous les agents de l'armée de rOuest, avec quelle difficulté et quels dangers s'y fait le service : quelles entraves y apportent les corps constitués, les habitants mêmes, voisins du théâtre de la guerre ; sur tout le confdt perpétuel , et quelquefois l'opposition formelle, autant qu'illégale, de ces autorités parasites, enfantées par Tanarchie ; de ces hommes, sans véritable caractère politique, dont les pouvoirs indéterminés étaient un motif suffisant pour les envahir tous; qui, sous le nom de commissaires de telle ou telle autorité gouvernante, faisaient jouer à leur gré tous les leviers de l'opinion ; et , sous prétexte de former ou d'alimenter l'esprit public , promenaient l'insurrection et le désordre dans l'armée, en y professant la doctrine de l'égalité absolue que réprouve nécessairement le régime militaire. Ces propagateurs effrénés des principes de la liberté la transformaient en licence. Patriotes exclusifs , ils en voulaient surtout aux épaulettes; ils s'attachaient continuellement à faire soupçonner le civisme et à verser le mépris sur les officiers généraux. Le moindre échec était toujours, selon eux, une preuve de trahison ou d'impéritie. Sans cesse ils improu-
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voient y menaçaient, dénonçaient; enfin, telle était Taudace de ces dominateurs éphémères et leur confiance dans la force des liens qui les attachaient aux premiers agents du gouvernement, que, plus d'une fois , ils voulurent balancer le pouvoir des représentants en mission et braver leur autorité K Mais les agents que le gouvernement détachait dans les a^ toées n'étaient pas, à celle de l'Ouest, aussi dangereux pour les officiers.généraux que les meneurs de sociétés prétendues populaires, composées d'individus qui , souffrant nécessairement de Texécution des mesures ordonnées par la Convention et ses comités, cherchaient à les entraver et lançaient contre les sous-ordres les traits qu'ils n'osaient diriger contre le gouvernement. Les dénonciations, les libelles, les calomnies dites et écrites, |)leuvaient de toutes parts sur les chefs militaires. Souvent elles étaient accueillies par quelques subalternes de l'armée, disposés d'avance à les recevoir et à les propager, et qui d'ailleurs s'imaginaient gagner un échelon à chaque destitution d'un supérieur. L'aristocratie se mêlait de ces manœuvres, et ne pouvait qu'en profiter. Les corps constitués % animés du même esprit que les sociétés populaires,
1 Je dois excepter de œ tableaa, d'afflenis très-Tériâiqrie , le citoyen la CR» "Tardièie , oommissalie dn département de Paiis, et les dtoyeiis BasEoa tk Brosley, commissaires dn pouvoir exéoatif , dont la condnite dans la Vendée m'a toujours paru digne d'éloges.
S Je ne rapporterai qu'un trait qui donnera une idée de la manière de pro- •oéder des autorités dans les Tilles yolsines de la Vendée. Suspendu de tobi fonctions à l'armée de TOnest, je suivais la route de Nantes à Orléans pour ne conformer à la M concernant les offlderB généraux destitués. J'anète à Samniir pour y coucher. Le lendemain matin, au moment où j'allais repartir, un caiiorai, suivi de quatre hommes, m'ordonne de le suivre au comité révolntiomiaJie que présidait un médecin. Je jugeai, à l'aspect sombre et sévère de cetni-ci, qn'H aUait me traiter comme ses malades ; il éloigna de moi, dn ton le plus impén* tif et le plus indécent, mon secrétaire et un de mes aides de camp qui letoornait à son corps ; et après m'avoir fait un long et pompeux éloge des comité révolutionnaires en général et particulièrement de celui de Saumur, il me â^ manda pourquoi, en arrivant dans la ville, je ne m'étais pas présenté devant le comité pour randxe compte des motifs de mon voyage et de ma eonduUe, Je répondis à M. le président que j'avais cru être parfaitement en r^le en montrant mon passe-port à roffider dn.poete, lorsque j'étais entra dans Saamor;
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excités par les mêmes motifs, ayant les mêmes intérêts à défendre/travaillaient, dans le même sens et conjuraient la méfiance, les ressentiments, les haines et les vengeances sur la tête du général. On peut juger d'après cela quelle éteit la situation morale de l'armée ; voyons quelle était sa situation physique. /
Le corps d'armée' qui avait poursuivi en deçà de la Loire le parti des rebelles échappés de la Vendée était composé d'une division de l'armée de l'Ouest , de deux autres divisions détachées des armées des Côtes de Brest et de Cherbourg. Après la journée de Savenay et la dispersion totale des rebelles sur la rive droite , ces divisions rejoignirent leur» armées respectives. Les troupes détachées de celles de TOuest étaient considérablement diminuées, exténuées de fatigue par les marches continuelles et forcées qu'elles faisaient depuis trois mois : la cavalerie était sur les dents , et aurait eu besoin d'une remonte générale ; les corps n'avaient presque plus de consistance ; il y en avait où le nombre des officiers et sous-officiers excédait celui des soldats, de manière que cent cinquante-sept cadres^ bataillons ou régiments, formaient à peine quarante mille hommes. Il faut ajouter à ces forces nne division d'à peu pj'ès dix mille hommes , envoyée de Tannée du Nord, et trè&-fatiguée par les marches et contremarches jnutiles qu'on lui avait faire.
Sur les cinquante mille hommes que comptait Tarmée de
qœ f étoia prêt à M zendze le compte le plas exadb de ma eonduUe militaire daiu rOoest et qcCea attendant je mettais sons ses yenz vjx noayeaa passeport que l'avais roça dans la nnit de la oommission dn monTemcmt et de roiganiaation de l'armée de terre ( c*ét|dt rordre d'aller prendre le oommanâement de BeUe-Ile en mer). An tu de oe nonyean laisKx-pauer, M. le pré- >Ueat sabstitua le ton de doacenr aux formes trh9-^»o6rbe$ qa*il ayait employées dans mon interrogatoire ; il m'olwerva qu'il avait dû se conduire ainsi, peux» qu'on afflder âestitué était àumobu suspect, eto., etc., etc. — Oe comité réyolutiennaire s'était pemiis , peu de jours avant » d'ordonner à un adjuduit gênéni* que j'avais placé à Saumnr, d'en sortir dans les vingt-quatre heures^ et cet officier avait en la faiblesse d'obéir.
Je ne conçois pas comment, dès le commencement de la guerre^ on n'a paa lois les villes voisines de la Vendée en état de siège.
S44 GUBaaE DE LA VENDEE.
rOuest^ douze mille remplissaient les hôpitaux^ les dépôts, ou étaient dans leurs pays par congé de convalescence. Les deux tiers de ceux restés aux drapeaux étaient perdus de gale; tous étaient sans souliers^ une partie avait de mauvais fusils, et il n'y avait pas dix mille baïonnettes dans l'armée.
Ces moyens étaient faibles sans doute ^ surtout en raison de rétendue d'un commandement qui embrassait tout le pays, depuis Angouiême jusqu'à Âlençon, et depuis la Rochelle et Nantes jusqu'à Orléans inclusivement. La garde des côtes et celle des îles voisines était très-importante ; et nonseulement il fallait des postes d'obsencation de distance en distance^ depuis l'embouchure de la Vilaine jusqu'à celle de la Charente , mais encore des garnisons considérables dans les îles de Ré , d'Oléron , de Noirmoutier, etc., etc. ' S'il était difficile d'activer sainement toutes les branche? d'un commandement aussi colossal , il ne Tétait pas moins de garantir toutes ses parties intérieures des incursions partielles ou en masse des rebelles ; puisqu'à l'exception de quelques ouvrages de fortification élevés sur les côtes , il n'offrait dans son immense étendue, aucun point d'appui, aucun poste, aucune ville fortifiée.
L'armée de l'Ouest, quoique victorieuse, n'avait jamais été aussi près de sa désorganisation totale qu'au moment où j'ai pris les rênes du commandement. Nous étions dans la saison du repos , et les troupes en avaient grand besoin ; mais il fallait agir, car si nous n'eussions pas profité de l'ascendant que nous avions sur les rebelles, ils auraient repris une consistance dangereuse et balancé nos succès au retour de la belle saison.
Le désordre qui régnait dans l'armée de l'Ouest ', et le
1 Jajnaia il n'y a en d'ordre et 4e sabardination dans œtte armée. J*ai cxn en troayer les causes dans la manière dont elle a été formée et dans le piliage. Je commençais à y rétablir la discipline, et f avais pour cela plos de facilité qu'on autre, pazoe qu'au ni^^ment où j'ai pria le commandement il n'y avait presque pins rien à pUter dans la Yendéeb
irf ax ly. 245
défaut d'harmonie dans ses opérations^ tenaient moîns^ .quoi qu'on en ait dit^ à rinsouciance ou à Tignorance de quelques généraux en chef^ qu*à leur fréquente mutation S à Tespèce de guerre qu'ils faisaient et surtout aux vices de la localité. Le jeune Marceau , qui l'avait commandée par intérm et qui annonçait des talents *, n'avait pas eu le temps d'en saisir l'ensemble : poursuivant sans relâche les rebelles aur la rive droite, il avait négligé la rive gauche^ et n'avait pu donner à toutes les forces de TOuest cet accord, cet aplomb, si je puis ainsi m'exprimer, qui tiennent à la discipline, et à la bonne organisation d'une armée. Sous ce rapport^ tout était à créer dans celle de l'Ouest ; et sans doute il était impossible d'organiser et de discipliner en faisant Ja guerre, et surtout une guerre de mouvement. Mais reprenons la suite des opérations militaires dans la Vendée.
Mon premier objets en arrivant dans TOuest, fut d'aller me concerter avec le général en chef de Tarmée des Côtes de Brest^ pour faire coïncider nos mesures contre les chouans recrutés des débris de l'armée battue à Savenay, le territoire qu'ils occupent étant compris en partie dans le commandement des Côtes de Brest. Le résultat de notre entrevue fut que je me chargerais de contenir ces rebelles dans le centre du pays où ils exerçaient leur brigandage , c'est-à-dire aux environs de Châteaubriant, Château-Gonthier, Segré, etc., et de les éloigner du rivage de la Loire, pour qu'ils ne pussent communiquer avec les Vendéens. Le général en chef de l'armée des Côtes de Brest devait garder la rive droite de la Vilaine, pour les empêcher de pénétrer dans le Morbihan; il devait aussi employer une division de son armée à purger les forêts du Pertre et de la Guerche, leurs premiers repaires, et où existait encore le noyau des rassemblements les
1 n y a ea en tn^ mois trois généraux en chef et trois intérimaires.
* Cet éloge ne peut être suspect ; car j'ai sa que le général Maroeau, em> ifloyé aojonrdlini à rarmée de Sambre-et-Meose, cherchait à me desservir dans l'opiaion de plusieurs de mes frèzes d'armes. H y a peu de générosité À en agir «insi avec un homme qui est dans les fers : c'est bien le cas sans doute d'ajourner sa querelle avec lui*
346 GUEBHE DE LA Y^DÉB.
plus nombreux. Mes opérations sur la rive droite étant déterminées, je me rendis promptement à Nantes, et de suite sur les côtes voisines de Noirmoutier, pour attaquer cette îte qu'il éjtait très-dangereux de laisser occuper plus longtemps par les Vendéens.
e^' Depuis un mois on faisait des dispositions pour attaquer Noîrmoutier. Le ministre de la guerre nie témoignait son impatience de nous en voir midtres, même avant que je fosse arrivé à Tarmée. Je sentais moi-même la nécessité de faire cette expédition sans délai , pour ôter aux rebelles l'espoir d'obtenir des secours de TAngleterre. Le général Haxo, qui Tavait préparée, avait peu de forces , et craignait d'être inquiété sur ses derrières, par Gharette, au moment oii il tenterait la descente. Le général Carpentier reçoit l'ordre d'occuper Challans, d'observer' les mouvements de Charette et de l'empêcher de prendre k revers les troupes destinées à Tattaque de Noirmoutier.
Cependant j'apprends à Beauvoir, la veille du jour où je devais attaquer Noirmoutier, que Charette est entré dans Machecou^ï, à la tète de six mille hommes choisis; qu'il doit y être joint par La Cathelinière, et qu'ils se porteront réunis au secours de l'île menacée. Ils pouvaient éviter le général Carpentier, en passant par Château-Neuf, et nous attaquer à la Crouillère et à la Bare-du-Mont, au moment de l'embarquement. Le général Haxo jugeait qu'il fallait diiférer l'expédition * ; je pensai au contraire que c'eût été une raison de l'accélérer, si elle n'eût pas été fixée au lendemain. Carpentier, d'après mes ordres , attaqua Charette à Machecoul, avant sa jonction avec La Cathelinière et nous marchâmes sur Noirmoutier.
Nous n'avions guère que trois mille hommes, mais toutes troupes d'élite. On n'avait pas passé l'artillerie, et il fallait emporter l'île et la ville de Noirmoutier dans le jour. La plus^
1 Les dispoeitioiis pour l'attaque et la descente dans l'Ue, sont dites anx génésaiDX Haxo et Dntmy.
S Haso aTait laiaon. C'était une grande Impniâenoe d'attaquer l'Ue de NotcmoutieraTee aa9sl pende forces ; c'était compter beaoooap sur la fortime.
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grande difficulté n'était pas d'effectuer la descente, qui , en effet, ne nous coûta que dix ou douze hommes et quelques blessés, mais de s*emparer de la ville défendue par dix-huit cents hommes , vingt et quelques bouches à feu , dont plusieurs de gros calibre ; et surtout par sa position au milieu de marais salants qui en rendaient toutes les avenues étroites et difficiles. L'impossibilité de se déployer dans un pays aussi coupé et où l'on ne peut marcher que par le flanc, noui^ fit multiplier nos colonnes; et, favorisés par quelques mon> ticules qui ne permettaient pas à l'ennemi de voir leur peu de profondeur, nous lui parûmes avoir des forces considérables; il était en bataille sous les murs delà ville. Je vis de Fmcertitude dans ses mouvements; il demanda à parlementer : nous avançâmes; et, après avoir dépassé les premières batteries, je fis sommer les rebelles de se rendre à discrétion, et nous entrâmes dans la ville. J'apphB dans la nuit que Gharette , battu à Machecoul par le général Carpentier, avait été obligé de s'éloigner des côtes et de rentrer dans, le Bocage.
Je fis dans Noirmoutier plusieurs prisonniers de marque ^ d'Hauterive, Vieillard^ quelques autres chefs , et le fameux d'Ëlbée, généralisshne de toutes les forces d'outre-Loire, retenu au lit par une blessure mortelle. La lâcheté de la garnison qui avait abandonné ses lignes sans brûler ime amorce,, empoisonna ses derniers moments.
Laconférencequej'aieueavecce chef du parti royaliste, sur la situation politique des rebelles, leurs moyens, leurs ressources, les secours étrangers qu'ils pouvaient attendre, etc., a déterminé la plupart de mes opérations ultérieures ; 'et ee que m'a dit cet officier général S m'a été confirmé en partie par
^ n ne faut pas oroixe que d'EIbée m'ait donné tons les xense^ements qu'U aonit pa me pgocuref. — ;C Yons n'avespas le prt^et, général, répondit41 à ma « première question, d'obtenir de moi les secrets de mon parti ? Au reste, je le c orna perdu. — Yons avez encore beaucoup dfbommes. — Qu'importe qu'il y
c ait des soldats ob il n'y a pas de chefs et de munitions ?.... Nous avons été
c Uen mal secondés par MM. les gentiMiommes bretons. H n'y arait là qatm c hcmme capable de grandes choses. — De qui p9zle>>Tons donc? — De M. de
248 GUBBBB DE LA YBNDBE.
un assez (prand nombre de prisonniers, et particulièrement par le chevalier de La Cathelinière , un des lieutenants de Charette, qui tomba entre mes mains deux mois après la prise de Noirmoutier.
J'appris dans cette île que Stofflet et La Rochejaqueleia, qui avaient suivi le prince de Talmont en deçà de la Loire, étaient repassés sur la rive gauche ; et qu'après une entrevue qu'il y avait eu dans Noirmoutier, entre Charette et La Rochejaquelein devant d'Elbée mourant, qui les exhortait à se réunir pour relever le parti dont leur désunion et cell& des autres officiers généraux avaient accéléré la ruine, ces deux chefs s'étaient séparés mécontents Tun de l'autre, et disposés plus que jamais à isoler leurs opérations. Je fus instruit -que La Rochejaquelein, aidé de StofQet et de Bernard de Marigny, parcourait tout le territoire occupé par les débris de la grande armée catholique, pour la réorganiser ; qu'il n'attendait que le retour de la belle saison, surtout les munitions de guerre que TAngleterre faisait espérer, et celles que devaient pro-
c la Boaile. — Yons attendtes des aeootuB.de VAngletene? — J'y ai enyoyé on c otflder fl y a hait joucB : il leviendia trop tard. -^ Yons en avos déj& xeça € sans tlonte depuis le commenoement do la goene ? — Non : nous n'émana pas c besoin de seconis étrangers pour relever le trône, xenâxe an clergé tons ses c privilèges, à la noblesse tous ses droits. Seuls, rlous jwuvions redonner au c royaume toute sa splendeur ; l'intérieur de la France nous présentait aeses c de xessouzces pour exécuter ces desseins glorieux ; nmis, ayant édioué devant c Nantes , il fallait renoncer à faire la guerre sur la rive droite de la I<oize. € Nous devions diriger nos opérations vers le midi, et ce fut toujours mon avis c dans le conseil souverain. Nous nous sommes perdus nous-mêmes :. c'est notre « désunion qui vous a fait triompher. Les Rcetoos devaient faire une poiflEunte « diversion, et il n'y a en que de l'inoertitude et de la faiblesse dans leurs c mouvements^ MM. d'Autichamp et de Talmont voulaient repasser la Iioire :
< le premier, pour s'emparer d'un port de mer ou marcher sur Paria : le ee- « cond, pour s'établir dass ce qu'il appelait ses États de Laval, et devenir cdief c du parti : ces projets étaient extravagants. C'est l'ambition de ces deux of.
< ficiers généraux qui a causé tous nos désastxes : c'est celle de M. Ghaxette, son € ignorance , son obstination à s'isoler, à séparer ses opérations de celles de la
< grande armée, qui nous ont fait manquœ les expéditions les plus Imfor^ € tantes; et polir comble de malheurs, nous perdons à ChoUet le brave H. de € Bondiamps, le meilleur officier de l'armée^ etc., etc. >
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curer de nouveaux établissements, pour attaquer en masse nos postes disséminés dans le centre de la Vendée; que, pendant Thiver, ils se borneraient à une guerre de détail, et ne s'attacheraient qu'à couper les communications entre ces postes, à enlever nos partis, nos patrouilles, nos escortes, nos convois, surtout nos munitions de guerre.
Cette guerre de chicane était ce qui nous convenait le moins sous tous les rapports. C'était cependant ce qu'on faisait depuis trois mois, et ce qui avait. redonné de l'audace et des espérances aux rebelles.'
Les rapports journaliers qui m'arrivaient de tous les points, ceux d'un grand nombre de prisonniers, tous conformes, ceux mêmes de quelques espions dont j'avais essayé l'emploi, sans espoir d'en tirer un grand parti, me confirmaient tout ce que m'avait dit d'Elbée, et ce qu'il m'avait fait présumer par son refus de répondre à certaines questions que je lui avais faites sur la situation intérieure de la Vendée. J'appris, au surplus, que les rebelles faisaient la guerre en désespérés , et avec une atrocité dont l'histoire des peuples les plus féroces ne présente pas d'exemples. Les républicains, soldats ou non, qui tombaient entre leurs mains, finissaient leur vie daus des supplices affreux et prolongés. Tout ce que la barbarie la plus ingénieuse peut inventer de tourments, était exécuté au nom de la religion catholique et de Louis XVII, et le plus souvent exécuté par des femmes , sur les prisonniers de guerre, et indistinctement sur tous ceux qui restaient fidèles à la république. r
L'attachement aveugle et incurable des rebelles pour leurs chefs et leurs prêtres, les liaisons, les intelligences que ceux-ci conservaient dans les pays voisins du théâtre de la guerre , les ravages qu'ils faisaient dans Fopinion publique par l'effet de leurs proclamations profusément répandues, leurs complots si bien ourdis, si bien combinés, qu'ils n'étaient connus que lorsqu'il n'était plus temps de les déjouer, les nouveaux mouvements qu'ils excitaient dans le Morbihan et parmi les rebelles de la rive droite de la Loire, dont ils provoquaient les secours et la réunion , le passage récent de
2dO eUEBBE DE LA VENDÉE.
plusieurs détachemeuts de cavalerie qui , ayant abandonné les chouans^ rejoignaient journellement, et en détail ^ les rassemblements de la nye gauche^ par l'imprévoyance des commandants de Saumur^ d'Angers^ etc., etc., quelques échecs que nous avions éprouvés dans différentes affaires de postes qui avaient eu lieu avant mon arrivée dans rarrondissement de la grande armée catholique , rexpérience des événements qui avaient assigné à cette horrible guerre de si effrayants caractères , la crainte de les voir renaître lorsque la plupart des instruments de la révolte existaient encore et présentaient à un chef habile ,. auquel on eût laissé le moindre délai pour les rassembler, tous les moyens de redonner au parti royaliste cette intensité qu'il avait perdue et qui l'avait rendu longtemps si redoutable; la consistance qu'avait conservée l'armée de Charette qui, faisant véritablement la guerre en brigand, n'avait jamais compromis l'ensemble de ses forces dans une affaire générale , que trente défaites consécutives avaient à peine entamé , sur lequel enfin nous n'avions pas acquis , nous n'avions pu encore acquérir cet ascendant que donnent des victoires sanglantes et longtemps disputées et dont le résultat infaillible est d'écraser, d^ôter toute espèce de ressource à l'ennemi vaincu; les secours que les rebelles attendaient de l'Angleterre et qui, malgré toutes les précautions prises pour les intercepter, pouvaient leur parvenir par la moindre négligence dans le service sur les côtes, par l'effet du moindre événement fortuit,, qui quelquefois rend inutiles les dispositions les plus sages, et que toute la prudence humaine ne peut prévoir, enfin, mille circonstances particulières et de localité , difficiles à bien expliquer et qui peut-être ne pourraient être saisies, même aperçues que par ceux qui ont une parfaite connaissance du pays : voilà à peu près le résultat des renseignements que j'avais recueillis, ot le fruit de mes observations sur la guerre de la Vendée que j'avais étudiée depuis son origine.
Quant à mes instructions, je les puisais dans plusieurs décrets de la Convention^ divers arrêtés des comités de gouvernement et de ceux des représentants en mission dans
rOuest; je les aurais même reçues de l'exemple de mes pré- <lécesseurs qui avaient porté l'incendie et la mort dans le pays révolté, surtout de ceux qui avaient dirigé la garnison de Mayencé. Le silence du gouvernement sur la proposition que je lui avais faite d'essayer des voies de douceur, et, en publiant une proclamation d'amnistie, de faire espérer le pardon des rebelles qui se rendraient spontanément et remettraient leurs armes; cette mesure^ qui aurait infailliblement réussi vis-à-vis des chouans, comprimés^ effrayés par le spectacle récent de plusieurs combats terribles qui s'étaient donnés sur leur territoire, et après lesquels les rebelles avaient été poursuivis sans relâche et exterminés sans quartier^; le silence du gouvernement, ai-je dit, obligeait
1 Aux tenues d'un déœt de la OoaTention ( Toyes duu te Jonmauz da temps les âivers décretB de la ConTcntion et les arrêtés de ses comités, zeli^ tifr à la Vendée, ceux des députés en mission 7 étaient conformes ). QneUe est donc la cause de cet acharnement inconcevable avec lequel on ponisnit anjonr* dlud les sons-ordres, les exécuteon très-passift des volontés da gonvemement? Tons avea subetitiiô des mesures de douceur aux moyens terribles que vous cnyiei devoir employer pour terminer la gaerre ; à la bonne beuve, mais oon* venei du moins que vous avei voulu rentiàre destruction de la Vendée et ne peoécatez pas vos agents, que le moindre refus, que dis-je, la moindre négligewjB conduisait à Véchafand. ( Voyez la loi eonUUutive du gouvernement révohaion' "o^O Quel a pu ètxe Tol^et du gouvernement ( cet ouvrage est écrit en décembre 1794) en laissant organiser un système de diffamation et de persécution contre ies offiden généraux qui ont servi dans la Vendée ? (Ben est cependant quelques-uns qu'une faveur toute partieuliéro a fiait excepter de la proscription. ) Était-ce d'offrir aux rebeUes des motifs de oônsolaUon, en faisant expier aux sous-ordies, aux *eente forcés des volontés souveraines, des excès inséparables des guerres civiles, surtout de la plus horrible guerre civUe, qui, quoi qu'on en dise, ont été mes; excès qu'excitait chex le soldat le droit affreux, mais universeUement rewura, le droit de représailles; excès auxquels nos volontaires étaient sans cesse provoqués, excités par le spectacle que leur offrait l'intérieur de la Vendée, où ils trouvaient, pour ainsi dire, à chaque pas des cadavres de leurs frères d'armes qoi avaient été torturés, mutilés, déchirés ou brûlés à petit feu, ou i)endus à des arbres par les pieds, ou enterrés tout vivants, etc.; excès, enfin, que devaient infime amener nécessairement les mesures violentes ordonnée^ réitérativement ordonnées, sans cesse ordonnées par la Convention nationale, ses comités,^ ks d^patés en mission dans l'Ouest ? A-t-on voulu, en imputant aux généraux de ixétendues horreurs, faire onbliei les véritables horreurs bien reconnues, bien pnmvées, conmiises par les Vendéens, toutes les atrocités dont ks fastes Je la bar-
253 guerbb' de là ybudèk.
de renoncer à tout système d'indulgence , que repoussaient effectiTement les décrets de la GonTention^ et ne laissait plus de doute sur son intention déjà bien prononcée d'arracher, par le fer et le feu^ jusqu'aux dernières racines de la conspiration de l'Ouest et de continuer la guerre à outrance pour y parvenir.
Aussi^ quoiqu'il ne me donnât ni plan ni conseils, que je ne cessais de demander^ sanctionna-t-il toutes mes mesures qui», d'ailleurs, avaient été approuvées par les représentants près Tannée ^
D'après ces considérations et un examen assez réfléchi des seules mesures militaires qu'on pouvait employer dans la Vendée, en les combinant sur la nature du terrain, les obstacles de la localité, la manière de combattre des Vendéens, leur audace et leurs forces , voilà quelles furent les bases
baiie humaine n'oCtrent pas d'exemple, maisqn'onzeKaide anjoaidlmi oomneda peccadilleB, dtaerrevn de ce* bonnes getut Si, non content de léédlfler: leais maiecms, de lenr foomir des beetianz, des instroments aiatoiieB, de leur proâigoer notre or et nos assignats, pour les engager, non pas à leceroir ramnlstie qtâ est offerte, mais à vonloir bien traiter avec nous, comme de puissance à poissanœ ; si, dis- je^ on a jugé que, ponr pins ample dédommagement, la satisfaction complète, la réparation d Intimement dne anz défensenis de l'antel et dn trOne, à lem gtoérenz disciples, à tons ces hommes ègeiréa, qnl n'ont ( et cela n'est' pins dontenz ) pris les armes contre la répabliqne qne ponr se soostraiie an régime de terremr qui pesait snr la France ; si Ion a jngé qœ ponr ne rien laisser à désirer à Stofflet , Gharette et compagnie, il était nécessaiie, jnste snrtoat, de traîner dans la bone, de convrir de l'opprobre et dn mépris public les offlcierB généranz qni les ont combattus, des offiders qni n'ont ceaaé de donner des prenres de lenr déTonement depuis le commencement de la révolution, des soldats de la liberté qui la défendirent par le sacrifice de kor fortune, de leur repos, de leurs plus douces affections , qui depuis qnabe ans surtout, cherchèocent constamment les postes les plus hasardeux pour sceller de leur sai^ le triomphe de la république, etc., etc,> certes il faut xenonoer ft tontes les idées qu'on a eues de la justice et de la raison, si l'on tronve Fune ou rentre dans la conduite du gonvemement.
Jir. B. J*étais encore en prison quand ces Mémoires tarent publiés. Un ottder général, 'mort an diamp d'honneur derant Zmioh, m'obeerra que cette note pouvait me perdre, et m'engagea à la supprimer, etc. Je me bornai à en envoyer un exemplaire à chacun des directeurs. ( Brumaire an iv. )
1 L'ancien comité de salut public donnait des plans à tous les généraux en chef ; je n'ai jamais reçu de lui que des menaces de m'envoyer à l'échafaod.
LIVBE lY. 253
de mon plan général, dont l'objet était de priver les rebelles de toute espèce de ressources en munitions de guerre et de bouche , et de ne leur laisser que le choix de la mort dans le centre du pays révolté, en occupant fortement les principaux points de la circonférence :
!• Empêcher les Vendéens de recevoir aucun secours de l'étranger;
2<^ Couper toutes leurs communications avec les chouans et les rebelles du Marais ;
3» Éloigner du pays révolté tous ceux de ses habitants qui n'avaient pas pris les armes, parce que les uns, sous les apparences de la neutralité, favorisaient en secret les rebelles, et que les autres, et c'était le plus petit nombre, quoique fidèles à la république , leur procuraient aussi des secours qu'ils ne pouvaient refuser à la force ^ ; • ^ 4" Faire enlever de l'intérieur de la Vendée les bestiaux, les grains, tous les objets de subsistance, et en évacuer tous les postes *;
^ Les habitants restés dans la Vendée , sous \e prétexte de la neutralité , portaient alternativement la oooarde blanche et la cooarde tricolore ; ils -ronaient sa-deTant de nos colonnes ayec nn drapeau tricolore, et au-devant des rebelles avec on drapeau blanc.
S C'était une mesure indispensable , et à laquelle on sera obligé de revenir, si ron ne termine pas la guerre par des moyens de douceur. An surplus, j'aurais liea d'être étonné ( si Von peut maintenant être étonné de quelque chose ) de la mauvaise foi qu'on a niise dans la plupart des dénonciations dirigées contre moi, à la séance du 29 septembre 171>8. Je suis accusé d'avoir incendié la Yendèa. Je vais répondre par un f>ii«>wTnrt dont la solution présentera à tout bon logicien ma parfaite di8culx>ation. Ou vous avez ordonné de brûler la Vendée, oa vous ne l'aves pas ordonné. Dans le premier cas , vous ne pnniree pas sans doote l'agent de vos volontés qu'il était si dangereux de ne pas exécuter à la lettre : «^«^w^ Vautre cas, vous ne pouvex encore raisonnablement m'accuser, car j'ai constamment agi sons les yeux des repcésentants du peuple en mission. ^^ présence eût été sans doute une sanction suffisante pour mes opérations. Q 7 a pins, ils ont approuvé par écrit rordre du 19 janvier, dont les autres n'étaient que les conséquences, n y a plus encore : c'est que je suis accusé d*a- TOir brûlé la Vendée, et je suis celui de tous les généraux qui ont commandé postérieurement au décret du 1*' août, qui ai le moins brûlé. Ce n'est pas moi, qoi ai incendié Légé, Machecoul, Clisson, le port Sainper, Mbntaign, Beaupréau, liioxtagne, Vihiexs, Maulevxier, CbAtiUon, Saint-Folgent, etc., etQ. J'ajouterai
in. 15
5° Détruire les repaires des rebelles, et généralement tous les lieux qui pouvaient leur offrir un asile et des ressources;
6° Embrasser tout le théâtre de la guerre sur la rive gauche de la Loire, d'abord par des postes disposés sur les principaux points de la circonférence; ensuite, et au retour de la belle saison, par des camps retranchés ;
7® Faire parcourir la Vendée, dans tous les sens, par des colonnes qui poursuivraient sans cesse les rebelles, détruiraient leurs repaires, et protégeraient l'enlèvement des subsistances ;
8° Occuper et fortifier Saint-Florent (aujourd'hui le Mont- Glône), placé sur la Loire au milieu du diamètre où des colonnes agissantes trouveraient toujours des vivres, et, en cas d'insuccès, une retraite et un point d'appui qui, d'ailleurs, par sa situation sur le fleuve, en protégerait la navigation, et recevrait, par cette voie, tout ce qui était nécessaire aux besoins de la garnison,, et à ceux des divers corps d'armée que la suite des opérations pouvait rapprocher de ses murs ;
9*> N'attacher aux colonnes aucune espèce d'artillerie, ni , effets de campement, ni équipages, ni bagages, ni ambulances *^;
10° Éloigner les magasins, même les entrepôts de tous les postes de première et de seconde ligne;
11* Renouveler fréquemment les troupes des colonnes par celles des garnisons en cantonnement ;
que je fus le premier à arrêter Tinioendie, qtiand je jugeai que lea rebelles étaient assez affaiblis poiir que l'on pftt terminer la guerre sans remploi de ces mesaxes. On a dit qoe s'était oi^aniser la disette que de brCiler la Vendée, q^'on a toojoTOB regardée comme le grenier des cdtes de lX)iiesfc : oed mérite d'être expliqué. La Vendée proprement dite , ou plutôt oe qu'on doit appeler Vendée » le pays couTert, est composé en majeure partie de bois, de vignes ctdeprés. CSe n'est pas le Bocage qni produit le plus de blé , mais les immeinaes plainœ qui l'enTironnent : oe sont les vastes campagnes du Marais , de Luçon , de Poutenay, de Niort, de Thouars, de Doué, etc., dont les riches productions alimentent dix ou douze départements. Ne faisons donc pas le mal plus grand qa'i^ n'est, et tâchons de parler delà Vendée sans passion. 1 Bien entendu qu'ei.iy suppléerait par des Yoitnxes du pays.
LIVBE IV. 255
12° Ne transmettre jamais ni les ordres ni les rapports par rintérieur de la Vendée ;
i^) Établir sur la Loire, dans la partie de son cours depuis Angers jusqu'à Nantes, vingt-quatre chaloupes canonnières, pour surveiller, protéger la navigation, inspecter, visiter les bâtiments qui longeraient le fleuve, surtout ceux qui passeraient d'une rive à l'autre ;
14° Changer^ au moins deux fois par an, toutes les troupes de l'armée de l'Ouest avec Celles des armées des côtes de Brest et de Cherbourg, et n'en jamais changer les officiers généraux*;
15° Désarmer toutes les communes voisines du théâtre de la guerre, parce que Tennemi pouvait y faire de nouvelle» insurrections, arracher les armes et les munitions aux patriotes, ou recevoir les unes et les autres de ceux des habitants attachés au parti royaliste.
La première partie de ce système général d'opérations dans l'Ouest consistait dans l'établissement de cantonnements sur la rive droite, disposés de manière à contenir les chouans, les empêcher de faire diversion, et de tenter aucun mouvement auxiliaire pendant que l'on combattait les Vendéens.
La seconde, à prendre les mômes mesures vis-à-vis des rebelles du Marais, qui, n'étant séparés des Vendéens par aucun obstacle naturel, pouvaient en recevoir des secours, ou se réunir à l'armée de Charette.
La troisième, dans l'irruption simultanée de douze colonnes sur le territoire occupé par les débris de la grande armée catholique, alors divisé en trois arrondissements^.
La quatrième, dans des marches, des opérations particulières contre Charette.
1 Les motifs de oette disposition sont le dégoût et la fittigoe que nos soldats éprouvent dons cette espèce de gaerre.
2 Commandés par Stofflet, Bernard de Maxigny et La Bochejaqnelein ; oelni-ci fut tué à la fin de février, et alors il n'y ent dans cette partie que deux années , celle d'Anjon et Haut-Poitou, dirigée par StoflOet , et celle du centre, commandée par Bernard de Marigny.
La cinquième, dans l'exécution d'un plan d'attaque générale sur le Marais.
La sixième, dans l'établissement des camps retranchés.
Ce plan général S ce projet à plusieurs branches, «dont je ne présente que l'analyse, considéré sous tous ses rapports, me parut devoir terminer entièrement la guerre de la Vendée ; et quoique je ne me dissimulasse ppint les entraves qu'y apporteraient tous ceux dont il offensait les intérêts, et qui cependant devaient concourir à son exécution, je jugeai que l'indifférence dans les uns, leur répugnance à me seconder, les moyens cachés d'opposition, et la force d'inertie dans les autres; les manœuvres secrètes de quelques-uns encore qui n'étaient pas tout à fait étrangers à la révolte, pouvaient retarder l'effet de mes mesures, mais non pas les rendre impuissantes. Ainsi, malgré l'effrayante coalition des départements, districts, municipalités, sociétés dites populaires, tribunaux, commissions et comités, etc., etc.; enfin, des mille et une autorités qui, tantôt individuellement, tanti5t collectivement, se déchaînaient contre moi, malgré leurs deux mille dénonciations écrites *, leurs injures, leurs clameurs à la tribune et dans les carrefours; malgré remploi de tous les moyens de discordance qu'ils cherchaient à exciter parmi les troupes •, mais dont une répression
1 Entre antres difflcoltés qa'épiroaTe rexécntion de toat plan militaire dans la Vendée , et dont on a pu juger d'après les dispositions locales et l'espèce de ^pierre qne font les rebelles, il en est une invincible , et qui retardait singulièrement les opérations. Quand tous voulies 'Mce parvenir on ordre du quartier-général à une division éloignée de douze on qninae lieues , l!orâonnanoe , ou le courrier porteur de Tordre, était souvent obligé d'en faire cinquante ou soixante, pour éviter de passer au travers dn pays révolté. De lA, llmpossibilité de toiter des expéditions qne les circonstances peuvent faire naître , mais qui doivent être entreprises sans délai. Les rebelles paraissent aujourd'hui sur. un point an nombre de dnq on six mille hommes : vous concertes une attaqne pour le lendemain , et ils sont à huit on dix lieues de l'endroit ob ils s'étaient montrés la veille.
l 2 Cela m'a été assuré par un représentant du peuple.
S A Lnçon , la société populaire parvint à faire révolter toutes les troupes de la division contre rofBcier générai qui y commandait, et, de concert avec
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sévère eut bientôt arrêté les progrès ; malgvé les cent mille obstacles physiques et moraux qu'opposaient la localité^ les rebelles et leurs complices^ et cette foule d'hommes et de corporations réunies pour m'écraser, à l'exécution de mon plan^ je n'y changeai pas la moindre disposition^ et je n'effaçai pas une syllabe de mes ordres, toujours basés sur des
I ordres supérieurs, ou sanctionnés par les autorités pre-
' mières.
Maître de Noirmoutîer^ et sans inquiétude sur la garde des Côtes, je disposai mes cantonnements sur la rive droite de la Loire ; je m'attachai surtout à rendre les routes libres et sûres *, pour que la circulation des ordres se fit rapidement, et que le secret des opérations ne pût pas être compromis. Je confiai le commandement de cette partie au jeune de Lâge, adjudant général, officier plein de talent et d'activité. Je devais être également tranquille sur tous les mouvements que Charette pouvait faire du côté du Marais, dont les postes de Ghallans et de Machecoul, commandés par les généraux Haio et Dutruy, défendaient les approches. Ainsi je ne m'occupai plus que de l'exécution de mon plan général, c'est-à-dire de la marche combinée des douze colonnes que formaient environ quinze mille hommes des meilleures troupes et des moins fatiguées.
Le concours de touteslesautoriiés civiles, de toutes les au to-
iamunicipaUté, à le faire arrêter par un adjudant général. On arrêta auasf on capitaine d'infanterie, à qui l'on n'avait d'antres reproches à faire qu0 d'aToir exécuté les ordres du général , et qui n'en fut pas moins traduit à Fou' tenay, et guiUotiné sur-le-champ. II serait trop long de relater ici tous les ^ts qui prouvent évidemment la conduite contre-révolutionnaire des autorités établies ; mais voici une observation que j'ai faite, et qui sans doute n'aura pas échappé aux représentants du peuple qui ont parcouru les départements de l'Ouest. Quel était le meneur d'une société iwpulaire ? Un anoien prêtre. Quel était le principal faiseur dans une administration ? Un ancien prêtre. Qui présidait ou influençait un comité? Un ancien* prêtre, etc., etc. 1 Je puis assurer, et, s'il était nécessaire, je prouverais aisément que pendant le temps que j'ai commandé l'année de l'Ouest, on voyageait librement et sans danger siu: les routes de Nantes à Bennes , de Nantes à Angers , d'Angers au Mans, etc. Je ne sais A l'on pourrait s'y promener aujourd'hui ( juillet 1795 > a^Tic la même sécurité.
rites voisines du pays insurgé, était indispensable pour l'exécution de ce plan, surtout pour en accélérer le succès. Aussi Tordre général du 19 janvier i794, en vertu duquel les colonnes s'ébranlèrent, fut-il précédé d'un arrêté du représentant du peuple Laplanche, qui ordonnait aux corps administratifs de faire enlever de la Vendée tous les objets de subsistance S et qui leur laissait la plus grande latitude sur le cboix des moyens à employer pour que cet enlèvement se fît promptement, et que l'on profitât de la protection des colonnes marcbant pour l'exécuter avec sûreté. Mais cette mesure blessait tous les intérêts particuliers ; et quoiqu'elle fût salutaire, et d'autant plus urgente que déjà tous les pays riverains de la Vendée étaient atteints par la disette, on chercha à l'éluder pour atténuer toutes les autres; on prétexta des dangers, on s'excusa sur le défaut de voitures'; on délibéra, on gagna du temps; enfin, quelque împérative que fût la missive circulaire du représentant du peuple, elle ne fut que très-imparfaitement exécutée, et si je suis parvenu à faire
i« n 7 avait noe prodigieiue qucuitlté de subsistanceg dans la Vendée, piuroe que, depuis 1790, on y retenidt toutes les productions du pajs. Les gros propriétaires, dont la plupart étalent à la tète de l'insurrection , n'exigeaient point de leurs métayers le prix des fermages , et les engageaient aisément à oonserrer les fruits de leurs réooltes. Le Vendéen qui , comme tous les habitants des campagnes, n'aime point le papier-monnaie, préférait de garder ses vins, ses grains , ses bestiaux, plutôt que de les échanger contre des aRsignats pour lesquels on lui avait inspiré de la défiance. Tout commeroe extérieur a cessé dans la Vendée dès le commencement de 1791. Je tiens ces détaib, et beaucoup d'autres , de plusieurs personnes qui faisaient des afEaJies oonsiAéiabk» dans le Poitou, et qui furent obligées de xenoncer à toutes relations oommerciales avec ce pays , lorsque le numéraire métallique diqnmt.
Que devait-il résulter de cet aooaporement de denrées diuos les pays révoltés ? Les Vendéens étaient dans Tabondance , et leurs voisins dans la disette. Oette seule circonstance a fait un grand nombre de prosélytes au parti loyaUste.
2 Je passais vers la mi-mars, par^ la Motte-Achazd , petit bonig dn district des Sables. Je demandai an maire de cette commune si , oonfcnmément à divers arrêtés des représentants du peuple, il avait fait enlever et oondtiire'des grains aux Sables : U me répondit qu'il n'avait pu le faire , faute de ToitareB. Trois heures après, il y avait dans le bourg plus de soixante chanettes pour enlever les meubles .des habitants qui Tévacuaient.
LTYBB lY. 959
extraire de la Vendée quelques subsistances^ ce n'a été que par les soins du régisseur des vivres de l'armée.
Cependant^ je ne pouvais pas retarder la marche des colonnes. Tous les commandants des postes de l'intérieur me faisaient part de leurs inquiétudes sur des rebelles qui devenaient chaque jour plus nombreux depuis le retour de leurs chefs. Nous avions eu, pendant décembre et janvier^ plusieurs affaires, peu importantes à la vérité, mais où les rebelles avaient eu quelquefois l'avantage, particulièrement contre l'adjudant général Desmares que sa lâcheté conduit à J'échafaud.
Les colonnes déjà disposées sur différentes parties de l'Est, pour ce . mouvement général et aggressif, entrèrent donc dans la Vendée suivant l'ordre précité. Je vais donner quelques détails pour prouver que cet ordre de marche ne devait avoir lieu que jusqu'à la hauteur de Chollet; c'est-à-^ dire, que les colonnes ne devaient parcourir qu'à peu près la moitié du pays révolté, et ne pas conserver leur disposition première en entrant sur l'autre partie de la Vendée, parce qu'il était présumable que les rebelles pressés, nécessairement rapprochés par ces divers corps d'armée qui les débusquaient de tous les points où ils voulaient opposer de la résistance, présenteraient quelques masses qu'il eût été dangereux de heurter avec des colonnes aussi faibles; que d'ailleurs si j'eusse dépassé la hauteur de Chollet, en suivant le même ordre de marche, les colonnes de gauche entrant bientôt sur le territoire de l'armée de Gharette, dont les forces étaient considérables et réunies, pouvaient être aiséinent rompues, en raison de leur peu de consistance.
Mais, bien instruit que les rebelles disséminés n'offraient^ en deçà de Chollet, que des rassemblements partiels, je devais ^sir cette circonstance pour les détruire en détail. Il n'était pas nécessaire de présenter des masses à l'ennemi qui n'en &vait pas dans cette partie, parce que cette disposition au- ^t donné plus de profondeur et une force alors inutile &UI colonnes ; parce qu'elle en eût diminué le nombre^ qu'elle eût trop étendu les espaces qui les séparaient, et
260 GUEBBE DE LA YBNDÉE.
qu'en leur ôtant cette liaison, cette adhérence qu'elles devaient avoir suivant l'ordre général, elle eût laissé aux rebelle» plus de facilité pour les éviter, en passant par leurs créneaox ou en débordant celles qui formaient les ailes. Il fallait donc que la marche des colonnes fût une marche de front, et que par leurs flanqueurs respectifs qui devaient se croiser dans les intervalles, elle fît l'effet d'une marche en ordre de bataille. Il fallait que ces colonnes, ainsi dirigées, eussent peu d'intensité, parce qu'elles n'avaient pas de forts points de résistance à vaincre, et qu'elles ne devaient trouver que des partis de quatre, cinq ou six cents rebelles à combattre ; mais qu'elles ofTrîssentun grand développement; qu'elles embrassassent une grande étendue de terrain, parce que partout il y avait des rebelles.
Les deux colonnes du centre dirigeaient leur marcbe sur Ghollet et devaient s'y arrêter; celles de flanc, longeant des parallèles aune distance à peu près égale les unes des autres et déterminées par l'ordre général, devaient aussi s'arrêter sur différents points,, à la hauteur de cette ville, dont il était défendu de dépasser la ligne.
D'après les renseignements que procurèrent les partis, les patrouilles, les découvertes, les rapports des chefs. des colonnes, et d'un assez grand nombre de prisonniers, cette marche avait produit l'effet qu'on devait en attendre, défaire connaître le noyau des deux corps d'armée, formés des débris de la grande armée catholique, l'un sous les ordres de Harigny, qu'on appelait armée du centre; l'autre sous les ordres de StofQet, et qui conservait le nom d'armée d'Anjou et du Haut-Poitou. Quelques détachements ennemis, qui avaient cherché à passer sur nos derrières, avaient été dispersés, et un grand nombre de rebelles étaient tombés éparpillés sous le fer des républicains ; mais des rassemblements plus considérables se formaient devant les colonnes, et 11 eût été dangereux de les attaquer sans resserrer ses forces.
Ce fut alors que La Rochejaquelein, à la tète de douze cents hommes, passa entre deux des colonnes de droite, qu'il n'osa pas attaquer, et tomba sur Chemillé, dont la garnison assez
LITBE lY. . 361
faible devait, suivant Tordre général^ se joindre au corps d'armée qui avait passé par cette ville, que je voulais évacuer, et que le commandant abandonna lâchement sans brûler une amorce*
La Rocbejaquelein, en se glissant sur mes derrières, voulait faire diversion; mais sa marche ne changea rien à la suite de mes opérations;; et en partant de Ghollet, où je laissai une très-forte garnison sous les ordres d'un général de brigade, je me disposai à attaquer deux points où je devais, suivant tous les rapports, trouver l'ennemi en force, Tififauge et Geste.
Le général Gordeiier, à la tète de deux colonnes de droite réunies, marcha sur Geste, et je me portai sur Tiffauge avec les deux colonnes du centre. L'ennemi n'avait à Tiffauge que trois ou quatre cents hommes , qui l'évacuèrent après nous avoir tiré quelques coups de fusil, auxquels nous répondîmes par une douzaine d'obus ^ ; mais Gordeiier, trouvant de la résistance aux environs de Geste, eut trois affaires sérieuses avec les rebelles, finit par les battre, et reçut ordre de les poursuivre.
Cependant l'ensemble de l'armée souffrait de mon absence, n fallait fixer mon quartier général '. Nantes présentait tous les avantages pour la libre circulation des ordres et des rapports sur les deux rives ; mais je me trouvais trop éloigné des colonnes agissantes dans la Vendée, où les opérations demandaient l'activité la plus soutenue. Je crus remplir l'un et l'autre objet en laissant le chef de Tétat-major à Nantes, et en
1 CTert la seule fois qtie j'ai conduit de TartiUerie dans' la Vendée. J'arais m olnuier de campa^pie et une pièce de huit. Quiconque connaît Tiffauge, sait qq!il est très-diffioUe àprendre du côté de Ohollet.
S Cest anooro un des embanras qu'éprouye le général en chef des forces de rOnest. Je laissaiB le cbef d'état-major à Nantes, qui était le centre de la oonespondanee, et où étaient les représentants du peuple , et j'étais toujours à Montsign on en sutrohe ; mate on peut juger combien d'inconyénients et de retards xésnltaient de l'éloignement âe|mon chef d'état-major, etc., etc. La manière de faire la guerre dans la Vendée ne ressemble, sous aucun ian«rt, 4 celle dont on la fait sur les fronUères.
252 GUSRAB DE LA VENDBB.
m'établissant à Montaigu, ville qu'on avait brûlée mal à propos, que son château devait faire conserver et regarder comme un poste très-important et sûr, quoiqu'en flèche.
On a dû s'apercevoir que j'avais déjà éprouvé des obstacles à Texécution de la troisième partie de mon plan général. On m'a vu arrêter mes colonnes de gauche à la hauteur de Chollet , et lee y laisser inactives : elles devaient alors former deux corps d'armée et attaquer Charette par l'est, tandis que deux autres colonnes considérables l'attaqueraient par l'ouest, mais cette marche combinée ne pouvait s'effectuer qu'en évacuant tous les postes de l'intérieur, surtout Chollet, le plus dangereux de tous. Mais Chollet devait être conservé, suivant un décret de la Convention nationale , et les représentants près de Tarmée répugnaient à l'abandonner. Sa conservation exigeait celle de plusieurs postes adjacents, tels que JMortagne , Tiffauge, etc., et alors je me trouvais obligé de placer dans ces garnisons une partie des troupes que j'avais destinées à agir offensivement. Il faut observer qu'en me forçant de garder tous ces postes intérieurs , on me laissait à peine dix mille hommes disponibles pour les colonnes mo-
bUes.
Charette , battu tant de fois en décembre et janvier par les généraux Haxo , Carpentier, Dutruy, Dufour, etc., restait dans le fond du Bocage. Le général Duquesnoy, à qui je donne des troupes d'élite , reçoit ordre de l'y chercher ^ et de le poursuivre. Charette, en l'évitant, tombe sur Légé, avant-poste d'Haxo, l'emporte et l'abandonne aussitôt. Il est atteint à deux lieues de là, au pont Jadaes, et, forcé de se battre, il est
1 Oe n'était pas une chose aisée de trouTer Charette j et sortont da le ftdze battre. Aojouid'hai à la tète de dix mille hommes, le lendemain «nafe avec une yingtaine de cavaXiets , il est trés-raxe qu'on puisse le joindre. Yous le croyez devant tous , il est sur vos derziète». Hier, il menaçait tel ou tel poste ; aujourd'hui , il en est à dix lieues. Plus habile à vous éviter qu'à tous combattre , il dérange presque toiqours , et souTent sans le saroir, toutes les oomblnai- SOIU9. Il cherche à tous surprendre, à enleTer tos patrouilles, égorger les tantneurs, etc. Ce chef n'a ni les talents ni raudaoe néoessatses pour faire des conquêtes, mais il sera difflcilede te détruire.
LIYRE IV. 268
vaincu^ perd huit cents hommes^ et ramène les débris de son armée dans les repaires du Bocage.
Pendant que le général Duquesnoy poursuivait et battait Charette, Chollet était menacé. Le général de brigade, Moulins le jeune, que j'y avais placé avec cinq mille hommes à son choix, et trois pièces de quatre, connaissait les projets de Stofflet * qui, ayant réuni à son armée les débris de celle battue à Geste, sous les ordres de La Rochejaquelein, tué quatre jours après cette affaire, se disposait à attaquer Chollet. Moulins, prévenu, était fort tranquille sur l'événement. Je ne Tétais pas autant; et quelle que fût ma confiance dans cet officier général, dans celui qui le secondait ', et dans la force de la garnison de cette ville, la position en était si mauvaise , les rebelles y conservaient tant d'intelligences , et étaient si bien instruits de tout ce qui s'y passait, que je redoutais une affaire sous ses murs. Je sentais que Chollet, auquel on attachait sans doute beaucoup trop d'importance, et dont l'abandon volontaire n'eût produit qu'un bon effet sous tous les rapports, nous ferait un mal affreux dans l'opinion, si nous étions obligés de le céder à la force des armes; et c'était un assez puissant motif pour porter les chefs des rebelles à l'attaquer, et à réunir tous leurs moyens pour s'en rendre maîtres.
Je donne ordre à Cordelier, qui n'avait pas quitté les environs de Geste depuis la victoire qu'il y avait remportée , de se rapprocher sur-le-champ de Chollet, avec sa division , pour ^tre à portée de le secourir. Arrivé à une demi-lieue de la ville, Cordelier trouve toute la garnison en déroute sur le grand chemin de Nantes, il parvient avec peine à se faire jour au travers des fuyards , pour joindre ceux qui les poursuivent. L'affaire s'engage : les rebelles, qui se croyaient sûrs
^ Btofiaet, anden gaxde-chasse du marquis] de Maulévrier, est plus miUtaire (piB Charette. Oent cinqtiante.afEaires lui ont dozmé une grande habitude de la twm ; et U eBt lare qu'il refuse le oaznbat , en cherchant toujours à se ménager les arantages de l'attaque. Son armée ^est plus agnemie et mieux «corncoandée que celle de Charette.
s'Caffln, général de biigade,'qui fut hlessé à cette aifaize.
2<r4 GUEBRE DE LA VENDÉE.
de la victoire , sont rompus à leur tour, par une charge rigoureuse^ dans CfaoUet dont une partie de leur armée remplissait déjà les maisons ^ et poursuivis jusqu'à deux lieues de là par nos troupes légères.
Après avoir renouvelé la garnison de Choiiet , et nommé un successeur à l'infortuné Moulins ^ qui n'avait pu survivre à sa défaite, je rappelle Cordelier à Montaigu, et je rejoins avec sa division celle du général Duquesnoy, qui était toujours aux trousses de Gharette , occupant alors le petit et le grand Luc. Je marchais pour Fy attaquer , lorsque j'apprends qu'il est sur mes derrières à Saint-Philbert-de-Boué. Une contre-marche rapide me rapproche de lui, et je dois le forcer au combat dans Saînt-Philbert : il n'y était déjà plus; enfin , une nouvelle contre-marche me porte sur son armée ; et je fais engager l'affaire par mes tirailleurs ; mais Gharette profita de la' protection de la Boulogne, qui nous séparait, et fuit encore, ma cavalerie sur ses talons. Je me disposais à le suivre, lorsqu'un ordre du ministre • m'enjoint de faire
1 Moulins , désespéré de la lâcheté de ses troupes qui aralent pris la faite aux premiers coups de fnsU, faisant tous ses efForts pour les rallier, est atteint de deux coups de feu. Il craint de tomber entre les mains des rebeUes, et se brûle la cerreUe. n termine ainsi sa glorieuse carrière, emportant au tombeau les regrets et l'estime de tous les braves de l'armée, et couvrant de honte et d'opprobre les lâches qui l'avaient abandonné.
2 Tout semblait se réunir ix>ur brisœ mes moyens', et entraver mes opénr tions. Au moment où le ministre me privait de dinq mille hommes de la division du Nord, deux arrêtés du comité de salut pnbUc m'ordonnaient , l'und'en- Toyer douze cents hommes à Bodief ort , où ils devaient être embarqués ; l'antre de tenir deux mille hommes de troupes réglées en garnison à la BoobéllB. La Bochélle est à Fabri d'un coup de main, et n'a besoin jwur se garder que de quelques compagnies de canonnière, et des citoyens de la garde nationale ; d'autant plus qu'en vingt-quatre heures j'y pouvais réunir douze ouquinse mille hommes., n est vrai que, pour remplacer ces forces , le ministre m'annonçait trois miDe hommes de cavalerie ; mais la plupart n'arrivèrent qu'en avri],etUy en avaitàpeine huit cents en état de faire la guerre, les autres manquaient de dievanx , on d'équipement, ou d'armes. On crut encore augmenter mes moyens en m'envoyont trente mille hommes delà première réquisition, destinés à compléter les cadras de Faimée. TX n'y en avait pas un qui fût aimé, et qui n'eût des sabots. On di^ sait que je commandais quatre-vingt mille hommes dans l'Ouest/ mais on.iift disait pas que la moitié était hors d'état de faire la guerre.