‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 43 sur 55 · ROUGET DE LISLE · texte numérisé non relu

ROUGET DE LISLE

que cette capitulation non-seulement n'exista point, mais qu'elle ne put exister.

Le 9 tliermidor avait renversé les échafauds de la Terreur, et la France respirait, délivrée de l'épouvantable tyrannie qui, pendant près de deux années, l'avait couverte de ruines, de larmes et de sang. Dans son sein, au nom et sous le masque de la liberté, des factieux s'agitaient pour raviver leur système de spoliation et d'assassinats, et pour ressaiâr le sceptre immonde que l'anarchie leur avait jeté dans les mains et que Texécration publique en avait arraché. Du dehors, l'implacable étranger fomentait, stipendiait leurs machinations infernales, tandis que sur nos frontières ses armées et ses trésors étaient prodigués pour alimenter une guerre dont les revers et l'atrocité ne comptaient pour rien au gré de sa haine et de son ambition secrète- Les vœux de l'étranger furent déçus, et les complots des factieux avortèrent. Ceux-ci ne produisirent. que de faibles convulsions, réprimées en naissant; la victoire fit justice des autres. Calme dans son énergie, heureux, de se voir rendu à soi-même , à ses espérances, à ses mœurs douces et généreuses; fier de ces héroïques phalanges au milieu descpielles, durant le paroxysme révolutionnaire, s'était si noblement réfugié le caractère national, de cette foule de jeunes généraux improvisés par l'enthousiasme du patriotisme, et vainqueurs déjà des capitaines de la coalition les plus fameux et les plus expérimentés, le peuple français maintenait son attitude magnanime en face de l'Europe conjurée. Après un hiver désastreux, il supportait avec résignation les horreurs delà famine et toutes les calamités qui en sont inséparables. 11 se consolait en souriant à cet avenir de gloire et de bonheur que lui avaient annoncé Valmy, Jemmapes, Hunscoot, Weissembourg, Fleurus, et qu'aujourd'hui semblaient prêtes à réaliser les conquêtes de la Belgique et de la Hollande, la prise du Luxembourg, les paix signées avec Florence, Venise et la Prusse, celle au moment de se conclure avec l'Espagne, et surtout la pacification de la Vendée, que l'étranger savait bien être fallacieuses mais qu'en France on crovait sincère.

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L'ennemi le plus redoutable et le plus acharné de la république naissante^ alarmé de ses succès, de la perspective qui s'ouvrait devant elle, et désormais privé de l'auxiliaire monstrueux dont les fureurs et les crimes l'avaient si puissamment secondé^ le gouvernement anglais résolut de frapper un coup décisif qui ranimât dans nos départements de FOuest la guerre civile expirante^ et pût donner enfin quelque importance à la cause de l'émigration. Jusqu'alors il n'avait protégé l'insurrection vendéenne que par des secours morcelés et disséminés à de longs intervalles, suffisants pour entretenir les troubles dans les pays révoltés^ mais hors de toute proportion pour obtenir le grand résultat dont l'espérance leur avait mis les armes à la main.

Immédiatement après le 9 thermidor^ le chef le plus accrédité du Morbihan, le comte de Puisaye, se rendit à Londres pour y représenter le vice du système suivi par rapport à la Vendée, et tâcher d'y faire prévaloir un plan, fruit de ses longues méditations, et conçu d'après la connaissance exacte des localités et les notions les plus positives sur l'esprit et les ressources d'un parti dont il avait été le principal instigateur. Actif, adroit, insinuant, sûrid'ètre écouté du moment qu'il portait des paroles qui pouyaient être fatales à la France, Puisaye s'introduisit sans peine auprès des ministres anglais, et parvint à se concilier leur faveur et leur confiance , particulièrement l'amitié de M. Windham, membre très-influent du cabinet britannique. Des conférences s'entamèrent, où Puisaye développa ses idées et ses projets. Au Heu de ces démonstrations partielles et impuissantes auxquelles jusquelà s'était bornée l'intervention anglaise, il demandait qu'une force imposante, organisée par lui, fût réunie en masse, et jetée simultanément sur un point convenable qu'il indiquait et dont il garantissait l'occupation, et que cette force fût soutenue par une flotte capable de se rendre maîtresse de la mer, chargée de tenir les communications libres entre la Grande-Bretagne et le continent, et de les mettre à l'abri de toute insulte.

Ces conditions remplies, il annonçait que, chefs et soldats.

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les royalistes de tous les pays insurgés^ disperses par le découragement et rabandon, accourraient sous les drapeaux de Tarmée anglo-émigrée; il promettait de faire sur nouveaux frais souleTer la Bretagne, dont la tranquillité n'était qvL apparente, et qui, par son exemple, ne pouvait manquer d'entraîner les contrées voisines , soumises à Tinfluence de cette grande et populeuse province. Il se flattait même qu'une partie de la Normandie prendrait part au mouvement, et ne doutait pas que son plan, exécuté avec énergie, constance et rapidité, ne déterminât le triomphe d'une cause dont les premiers succès , obtenus par des efforts mal concertés et presque isolés, étaient le gage de ceux qu'elle obtiendrait bien dirigée, et renforcée par la coopération franche et vigoureuse de la Grande-Bretagne.

Neuf mois furent employés à l'examen apiirofondi, à la discussion la plus détaillée du plan, des aperçus et des propositions de M. de Puisaye, des données sur lesqueUes ils étaient appuyés, des chances heureuses ou malheureuses qu'ils offraient, et des sacrifices qu'ils exigeraient de la part de l'Angleterre. Le résultat de cet examen dépassa les espérances du négociateur. L'expédition fut arrêtée conformément à ses vues ; il en fut nommé le commandant en chef, et vingtThuit ou trente millions de firancs furent consacrés à son organisation; de plus, on s'engagea formellement à fournir au fur et à mesure tous les secours dont la suite des événements amènerait la nécessité.

On savait sur le continent qu'un armement formidable, préparé de longue main dans les ports d'Angleterre, devait incessamment mettre à la voile. Il menaçait évidemment les côtes de France ; mais le point précis de sa destination demeurait un mystère impénétrable, et se dérobait même aux conjectures. L'embarquement se fit au commencement de juin, tant à Portsmouth qu'à Southampton. Suivant les Mémoires de Puisaye, il consistait en vivres pour une armée de six mille hommes pendant trois mois ;

Environ cent chevaux de selle et de trait;

Dix-sept mille sept cent dix uniformes complets d'infanterie;

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Quatre mille de cavalerie ;

Vingt-sept mille fusils et baïonuettes, et des cartouches en roportion;

Dix pièces de campagne de huit, et huit de quatre^ avec es ustensiles, caissons et munitions nécessaires ; Six cents barils de pondre^ de cent vingt livres chaque; Des selles^ bottes^ souliers^ sabres, pistolets, pierres à fusil^ nstruments de tranchée, etc.^ dans une proportion considérable.

Le comte de Vauban donne de ces approvisionnements une énumération beaucoup plus forte. J'ai cru devoir adopter celle de M. de Puisaye^ vraisemblablement plus exacte. Au reste^ ni Tun ni l'autre ne portent en ligne de compte une énorme quantité de faux alignais très-grossièrement fabriqués à Londres par des prêtres émigrés^ et dont nous trouvâmes plusieurs ballots dans la tente de M. d'Hervilly^ au fort Penthièvre.

L'escadre était composée ainsi qu'il suit : La Fomone, 4c4c canons^ montée par le commodore sir John Warren^ commandant l'escadre d'expédition ; Le Bobust, 74; Le Thunderer, 74 ; Le Standard y 64; LAnsofiy 44; L'Artois, 38; L'AréthusSy 36; La Concorde, 36 La Qaîathée, 32;

Six chaloupes canonnières^ deux lougres, et deux cutters.

On mit à bord :

Le régiment d'Hervilly, i,200 hommes.

Celui de Du Dresnay, 700

Celui d'Hector, ou de la marine, 700

Corps d'artillerie, commandé par le comte de Rotalier, 600

Une brigade de 18 injgcnieurs;

MO HISTOBIQUE ET SODVEKIB

40 officiers gentilshommes choisis par M. de Paisaye

pour instruire les corps insurgés; Des commissaires des guerres, intendants^ trésoriers,

tout ce qui tient aux administrations ; Médecins^ chirurgiens, et ce qui peut avoir rapport à

rétablissement et au service des hôpitaux; etc., etc.

L'évèque de Dol et les prêtres de son clergé s'embarquèrent sur deux bâtiments de transport spécialement préparés pour eux, avec les quarante officiers choisis par M. de Puisaye.

L'expédition mit à la voile le 10 juin 1795, escortée par l'amiral Warren, et protégée par une flotte de quinze vaisseaux, dont trois à trois ponts, commandée par l'amiral Bridport.

Telle fut Tavant-scène immédiate d'un drame dont le dénouement allait devenir un des événements les plus déplorables de nos discordes intestines , une des catastrophes les plus cruelles de la révolution.

C'était sur la côte méridionale de la Bretagne que la descente devait s'effectuer, et Puisaye avait fixé la presqulle de Quiberon pour sa place de dépôt et le point de départ de ses opérations. S'emparer de cette presqu'île en l'atta-^ quant du côté de la mer par où son occupation n'offrait que très peu d'obstacles ; s'il ne pouvait emporter de vive force le petit fort Penthièvre qui la ferme du côté de terre, le. masquer par un corps de troupes suffisant pour l'obliger à capituler; et sans perdre de temps, se précipiter sur Rennes en chassant devant soi les républicains peu uOD^breux, épars, et frappés de surprise et de terreur, en soumettant sur son passage Auray, Vannes, Hennebon, et les postes intermédiaires de quelque importance, et se recrutant de tous les royalistes de l'intérieur qu'il savait être prêts à prendre les armes au premier signal; de Rennes se porter rapidement sur la Mayenne, derrière laquelle il pouvait en peu de jours rassembler une armée de cent mille hommes, dont les mouvements se combineraient avec ceux de Charrette, Stofflet, Scépeaux, et des autres chefs vendéens, qui n'attendaient que les secours anglais pour recommencer les

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hostilités, au mépris des traités qu'ils venaient de jurer: tel était le plan que Puisaye avait formé d'accord avec ses généraux, et qui devait être secondé par une diversion que le prince de Condé tenterait en Franche-Comté à la tête de son corps, maintenant soudoyé par TAngleterre, mais que l'empereur d'Autriche avait désiré garder sur le Rhin.

La première partie de Texpédition fut bientôt suivie par quinze cents émigrés, débris des régiments de Béon, Damas, Périgord, Salm et Rohan, réunis et commandés par ce jeune et malheureux Sombreuil, objet de douleur et de regrets pour tous lès partis. Un second armement, sous les ordres du comte de Moira, était destiné à transporter en France le comte d'Artois, dès que Puisaye lui en aurait ouvert le chemin, et Sidney Smith devait favoriser les armées royalistes par de fréquentes diversions sur les points de la côte les plus faibles et les plus opportuns.

Un temps extrêmement brumeux et les vents contraires rendirent la traversée du commodore Warren longue et difficile, et ce ne fut que le dixième ou le onzième jour que l'expédition et son escorte arrivèrent dans les eaux de Lorient. Yillaret-Joyeuse, à la tête de la flotte française, forte de quinze vaisseaux, dont un à trois ponts, était sorti de Brest pour rallier une escadre républicaine qui venait d'être battue sous Belle-Ile par l'amiral Cornwalis, et s'était mis à la poursuite de celui-ci, fort seulement de six vaisseaux de ligne, dont il espérait avoir bon marché. Jeté par la tempête à la portée de Warren, il fut aperçu par ses vigies^ et signalé à la hauteur de Penmark. Le gros temps avait éloigné Bridport, sans qu'on sût à quelle distance. Dans ce moment, que ïa supériorité des Français rendait si critique, quoique leurs vaisseaux fussent à la cape, et que rien de leur part n'annonçât qu'ils eussent connaissance du convoi, Warren dépêche ses deux cutters à la recherche de la grande flotte, se couvre de voiles en faisant imiter cette manœuvre par tous les bâtiments qu'il escortait, les place au loin de manière à figurer une seconde ligne, et reste pendant trente heures dans cette position comme s'il se tenait prêt à rcce-

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yoir Tennemi. Ce stratagème trompa Villaret. Sa mission spéciale était de surveiller et d^inquiéter le convoi^ et, craignant de la compromettre par un engagement avec des forces ^u'il estimait au moins égales aux siennes, il ne songea plus qu'à regagner Brest. Mais^ sur Tavis apporté par les cutters de Warren^ et confirmé par un chasse-marée royaliste expé- •dié par le capitaine Keats S commandant la frégate anglaise la GdkUhée, qui s'était portée en ayant pour reconnaître la Jbaie de Quiberon^lord Bridport était accouru à toutes voiles pendant la nuit. Le 23 juin, au jour naissant, un brouillard très-épais, qui dérobait les deux flottes Tune à l'autre, s'étant dissipé, elles se trouvèrent en présence sous Belle-Ile, et Tamural français fut forcé d'accepter le combat. Il se soutint quatre heures avec acharnement et un succès égal. Villaret^ que nous rencontrâmes à Lorient trois semaines après, nous f*aconta qu'au moment où il se croyait prêt à couper la ligne anglaise, la sienne même avait été rompue par les deux vaisseaux qui en faisaient le centre , et qui s'étaient enfuis avec tant de précipitation et de violence qu'ils avaient failli aborder sa propre frégate et lui passer sur le corps. Cette défection, dont Villaret ne pouvait encore s'expliquer les causes, décida le sort de la bataille. Du côté des Français elle ne fut plus qu'une déroute, et se termina par la dispersion de leur flotte, qui eut bien de la peine à gagner Lorient, avec perte de trois vaisseaux de ligne, VAlexandre, le Formidable et le Tigre.

Tout ne fut pas perdu pour l'honneur dans cette malheu- Teuse journée. Le combat général fini, le capitaine Bedout défendit longtemps son pavillon contre plusieurs vaisseaux anglais d'égales forces, qui, tout en le combattant, lui témoignaient leur admiration, et n'amena que lorsque ses blessures et les avaries de son bâtiment le mirent dans l'impossibilité ^e résister davantage. Depuis cette époque, le brave Bedout, devenu contre-amiral, a toujours marqué parmi nos marins les plus distingués.

1 Depuis r/unJral EeatB.

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Après la défaite de la flotte française, le commodore Warren^ tranquille sur le sort de son convoi, le conduisit dans la baie de Quiberon. Puisaye^ qu'en partant d'Angleterre il avait pris sur son bord, y fut joint par deux de ses généraux, le comte de Boisbertbelot et le chevalier de Tinténiac, par lesquels il s'était fait précéder dans le Morbihan^ et chargés de sonder les dispositions des habitants^ en leur annonçant l'arrivée des secours depuis si longstemps attendus d'Angleterre. Les rapports de ces officiers furent des plus favorables, et l'effervescence des royalistes avait été singulièrement exaltée par la victoire de Bridport.

Le27 juin les troupes débarquèrent en deux divisicms sur la plage de Camac , aux acclamations de toute la contrée , et presque sans résistance. Elles campèrent à Garnac même et dans les environs. Quatre mille chouans des plus sûrs et des plus aguerris se réunirent à elles ^ conduitspar Georges Cadoudal, depuis si fameux, et qui s'était déjà fait une réputation parmi ses compatriotes. Ils bivouaquèrent autour du quartier-général de Puisaye ^ établi à la Genèse^ hameau près du rivage.

Dès ces premiers instants , à l'occasion du débarquement^ de la distribution des armes et des vivres ^ d'une cérémonie célébrée au camp de Carnac pour l'avènement de Louis XVIII, et de quelques rixes survenues entre la troupe réglée et les paysans, des symptômes de mésintelligence se manifestèrent entre les deux chefs de l'expédition , Puisaye et le comte d'Hervilly qu'il en avait fait nommer maréchal-général-deslogîs^ et que , de plus , le ministère anglais avait investi du commandement en chef des corps français à la^ solde anglaise , commandement qui devait cesser lorsque 'ces corps seraient incorporés dans l'armée royale que Puisaye projetait de lever en Bretagne.

D'Hervilly, recommandable par sa loyauté^ sa valeur et ses talents , quoique secondaires , poussait à l'excès la raideur des formes , les exigences de la discipline ^ l'esprit de méthode^ tout le pédantisme militaire , et , sous prétexte des devoirs que lui imposait une responsabilité chimérique , entravait par

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ses prétentions et les chicanes multipliées dont elles étaient la source^ des opérations qui par leur nature devaient être brusquées , et ne pouvaient réussir qu'à force d'audace et d'impétuosité. De là , division entre les chefs , mécontentements et jalousie parmi les subalternes , et la perte d'un temps dont les minutes étaient irréparables.

Le lendemain du débarquement^ 28 juin , le chevalier de Tinténiac, le comte de Boisberthelot et le comte de Vaubaa^ reçurent l'ordre de marcher en avant , chacun à la tète de douze cents insurgés , et d'aller prendre position , le premier à Landevan,le deuxième à la montagne de Lomarîacquer, entre Garnac et Auray , et le troisième à Mendon , poste intermédiaire sur lequel devaient se replier les deux autres colonnes en cas d'attaque par des forces supérieures. On promit à Yauban quatre cents hommes de troupes réglées avec , deux pièces de campagne pour soutenir cette ligne d'avantposte. Telle fut l'affluence des royalistes qui accouraient de toutes les paroisses voisines , que , rendues à leurs destinations respectives, les divisions Tinténiac et Boisberthelot se trouvèrent portées à deux mille six cents hommes chacune, et celle de Yauban renforcée de quatre mille paysans , même avant son arrivée à Plumel.

A peine l'armée anglo-émigrée était-/slle débarquée^ et déjà le bruit de son apparition remplissait la Bretagne^ po^ tant le trouble et l'épouvante chez tous les agents et partisans de la république. Départements , districts , municipalités , administrations f autorités civiles et militaires , tous fuient en désordre avec leurs archives , leurs papiers , et ce qu'ils peuvent évaciiier d'armes et de munitions. Sur les points où l'ennemi se présente^ les républicains isolés ne font qu'une résistance molle et dépourvue d'ensemble; les chefs, incertains et privés d'ordres, s'estiment heureux quand ils peuvent sauver leurs drapeaux ; toutes les prévisions de.Puisaye semblent se justifier, ainsi que les promesses par lesquelles il a déterminé le gouvernement anglais à partager son entreprise. Un homme paraît, tout change de face.

Cet homme fut le général Hoche, un des plus étonnants

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parmi ces êtres extraordinaires dont la révolution fut si prodigue ; qui de la classe infime où le hasard de la naissance l'avait placé s'élança dès sa jeunesse au niveau des notabilités les plus illustres de son époque , par sa force d'âme , ses principes généreux^ Tinstinct des grandes choses et ses talents naturels qui ne durent leur développement qu'à lui-même; homme nouveau , mais de la plus noble nouveaiUé ^.

Les deux années réunies de Cherbourg et des côtes de Brest qu'il commandait , et qui occupaient le pays depuis la Somme jusqu'à la .Loire , n'étaient composées que d'environ quinze mille hommes répartis sur cette superficie , et livrés au plus extrême dénuement par suite des embarras du gouvernement , et par la malveillance et la corruption des autorités locales ou administratives. Dans le pays^ Hoche ne comptait guère que des ennemis , et , soit en hommes^ soit en vivres , ne pouvait en tirer que peu ou point de secours. Ceux .qu'il lui fallait attendre de l'intérieur étaient éloignés , et l'urgence des conjonctures les eût rendus immédiatement nécessaires. Aux obtacles le général opposa son génie, aux dangers son courage^ aux ressources qui lui manquaient son imperturbable sang-froid et sa prodigieuse activité. La justesse^ la vigueur, la hardiesse de ses dispositions décuplent les moyens qui lui restent 9 et suppléent à ceux qui lui manquent. En un clin, d'œil ses mesures sont prises pour le bon comme pour le mauvais succès. D'une part la côte s'évacue de Lorient à la Vilaine , et les troupes que cette évacuation rend disponibles forment le noyau de son armée ; en cas de besoin^ la retraite est désignée sur Ploërmel , et de là sur Rennes, û'autre part ses ordres volent à ses lieutenants : au général Chabot : « celui de rassembler le reste de sa division pour a secourir Lorient^ et couvrir Brest qu'il défendra jusqu'à la c( mort ; » au chef de son état-major, son brave et fidèle Chérin^ qu'il avait laissé à Rennes : « celui de lui envoyer en « deux jours six mille hommes et six pièces de canon , pour

i Vir nobiHitimœ novitatis.

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