V. Pateeutulub
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« repousser les Anglais. » Ses aides de camp, le généra) Humbert, Menuet, Dejeu, Grublier, lèvent et réunissent ses cantonnements. Lui-même, à la tête de deux mille hommes, il accourt à Vannes qui venait de recevoir les émigrés , les en chasse, y réinstalle les autorités revenues à sa suite, et, dès le 28 juin, une heure avant la nuit, il se montre à une demi-lieue d*Auray.
Le comte de Boisberthelot s'était emparé de cette ville, regardée comme la clef de l'invasion , et désirait vivement s'y maintenir, ce qu'il espérait faire à l'aide des quatre cents hommes de troupes réglées et du canon promis au comte de Vauban. Apprenant que ce renfort n'a point paru à Mendon, et craignant que sa position ne soit forcée , Boisberthelot se replie sur celle de Lomariacquer qu'il avait d'abord occupée. D'après un ordre positif de Puisaye il rentre dans Auray au moment où les républicains y pénétraient par le faubourg opposé, fond sur eux, et les force à la retraite. Quelques succès partiels viennent à Tappui de celui-ci , et les royalistes restent maîtres de la ville , qui retentit de cris de joie et de chants de victoire. Mais le renfort attendu avec tant d'impatience, et qui la veille encore avait été solennellement annoncé, n'est point arrivé. Le découragement se met parmi les insurgés; ils se croient trahis et se débandent, entraînant Boisberthelot blessé dans les dernières affaires , et qui se retire avec eux sur Saint-Michel, d'où il se fait transporter au quartier général. Après quatorze heures de retard, les quatre cents hommes arrivent à Mendon ; la nuit, qui commençait, fut cause qu'on négligea d'en donner de suite avis à Auray; mais le lendemain cette nouvelle y fut reçue avec transport, et rendit toute leur confiance aux paysans, qui rejoignirent les divisions qu'ils avaient abandonnées, et les doublèrent en moins de vingt-quatre heures.
S'il eût suivi son plan d'attaque, Puisaye dès le principe se serait emparé de la presqu'île de Quiberon, longue à peu près de deux lieues sur une demi-lieue de large, très-sablonneuse , quoique cultivée, sans arbres , sans eaux de sources, et ne comptant que sept ou huit hameaux habités par d3
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pauTres pécheurs ; elle n'était d'aucune importance , sauf les considérations du moment. Mais ce poste ouvrait aux émigrés une porte pour entrer en France , leur assurait une retraite en cas de revers , of&ait un mouillage excellent aux vaisseaux anglais , à Puisaye une rade précieuse pour ses communications , et de plus un emplacement à souhait pour les approvisionnements immensesapportés d'Angleterre. Grâce aux lenteurs et aux chicanes suscitées par d'Hervilly^ qui ne voulut et ne laissa procéder qu'à force de reconnaissances inutiles et intempestives , et suivant toutes les règles de la tactique^ plusieurs jour^ s'écoulèrent sans que la presqu'île fût au pouvoir des royalistes.
Le 30 juin, après en avoir concerté l'attaque , la nuit précédente, avec le commodore, M. de Puisaye se rendit à son avant-garde pour la passer en revue. Tinténiac s'était établi à Landevan, d'où il avait débusqué les républicains, et Yauban , de son poste central de Mendon , se trouvait en mesure de protéger la ligne des avant-postes sur toute son étendue. Puisaye trouva la meilleure intelligence établie entre les paysans bretons et les quarante gentilshommes qui l'avaient suivi comme volontaires , et qu'il avait mis sous les ordres du comte de Vauban. Ceux-ci se prêtaient de la meilleure grâce à la manière de vivre des chouans, bivouaquaient gaiement avec eux, et comme eux couchaient toutes lesnuits sur la dure. Leur général leur donna l'assurance qu'ils allaient incessamment se mettre en marche , et se porter sur Rennes, assurance qui fut accueillie avec enthousiasme, aux cris mille fois répétés de vive le Roi! vive notre générait Tous étaient persuadés qu'avant un mois ils seraient maîtres de la province , et la république n'avait à leur opposer ^ue des forces tellement inférieures , quç cette espérance ne pouvait être taxée d'exagération.
Les dispositions faites contre la presqu'île étaient combinées avec les moyens maritimes de l'amiral Warren que pendant deux jours le temps et les vents contraires rendirent impraticables. Enfin le 3 juillet, à minuit, les troupes qui devaient exécuter l'attaque furent embarquées sur des bateaux
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plats et des chasse-marées. A sept heures du matin, Puisaye, accompagné du commodore^ se présenta vers la partie orientale de la presqu'île, suiyi de trois mille hommes dont cent cinquante soldats anglais, tirés des garnisons de vaisseaux, environ deux cent cinquante émigrés, et deux mille six cents chouans. Il fit son débarquement sans éprouver le moindre obstacle, non plus que pour s'emparer de l'intérieur de la presqu'île, et des fortins qui défendaient son pourtour. En même temps d'Hervilly, à la tète des régiments à cocarde blanche, s'avançait par la falaise, langue de terre, longue à peu près d'une lieue et tiers, large d'une cinquantaine de toises, bordée par la mer à l'est et à l'ouest, et qui du continent vient, en se rétrécissant, aboutir à la presqu'île, dont Feutrée est fermée par le fort Penthièvre. Ce fort, muni d'une artillerie suffisante et de sept cents hommes de garnison, pouvait faire quelque résistance de ce côté où il était fortifié : mais, ouvert du côté opposé, il était hors d'état de soutenir l'attaque simultanée de Puisaye et de d'Hervilly, et le commandant se rendit sans coup férir. Dans le temps on l'accusa de trahison. Il paraît que le manque de vivres (il n'en avait que pour trois jours) ne lui permit pas même de songer à se défendre. Puisaye ordonna que les fortifications, tant du fort que de la côte, fussent achevées, ou du moins réparées sur-le-champ, et les magasins transportés sans délai dans la presqu'île du village de Saint-Clément où ils étaient entreposés.
La cause royaliste parut d'abord favorisée de la fortune; les trois premiers jours de juillet furent pour elle signalés par quelques événements presque décisifs. On a vu à quel point l'absence des troupes réglées promises à M. de Vauban avait exaspéré les insurgés, et comment l'arrivée de ces troupes qu'ils n'espéraient plus les avait calmés, en effaçant jusqu'aux moindres traces de la défiance, à laquelle avaient succédé les transports de la joie et du dévouement. Qu'on juge de l'effet que dut produire sur une multitude irritable et grossière le contre-ordre subit qui rappela ces mêmes troupes au quartier général, ordre émané de d'Hervilly, sous prétexte
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de les employer à l'attaque du fort Penthièvre. Cet effet ne peut se décrire; les soupçons^ les cris de trahison et de vengeance éclatent avec plus de force. Presque tous les. insurgés de ces cantons désertent de nouveau et regagnent leurs paroisses. L'empire qu'exerçaient sur les chouans d'Allègre et d'autres chefs qu'ils affectionnaient, et la promesse que le lendemain ils recevraient un renfort plus considérable d'artillerie et de troupes réglées, suffirent à peine pour les retenir. Auray fut définitivement évacué, faute capitale sous tous les rapports moraux et militaires, présage d'autant plus sinistres qu'il fut pour les royalistes le signal d'un mouvement rétrograde.
Le jour même où les émigrés se rendirent maîtres de Quibèron et de ses dépendances, le général Hoche se présentait une seconde fois devant Auray , et faisait attaquer toute la ligne de leurs avant-postes. Après quelques avantages remportés sur les républicains, le chevalier de Tinténiac se voit assailli par Mermet dans sa position de Lande van. Trois colonnes, composant deux mille hommes, et soutenues par huit pièces de canon, menacent son centre, et cherchent à tourner ses flancs. Ses Bretons , qui n'ont que des mousquets à leur opposer, et que le découragement et la persuasion d'être abandonnés rendent sourds à tout ce qu'il peut leur dire pour les engager à se battre, s'ébranlent et prennent la fuite. Yauban, que Tinténiac avait appelé à son secours, lui amène deux mille hommes, arrive au commencement de l'action, et se trouve enveloppé dans la déroute, qui fut complète, mais trop rapide pour être meurtrière. Resté seul avec quelques-uns de ses officiers^ au milieu d'ennemis qui couvraient le ^ terrain dispersés en tirailleurs, Yauban se dégage, traverse deux criques à la nage, et parvient à rejoindre sa division. Elle n'avait point été attaquée ; mais affaiblie par le secours qu'il avait mené à Tinténiac, absolument découverte^, éloignée de quatre lieues du quartier général , et pressée de toutes parts, elle ne demandait qu'à fuir. Dans cette situation Yauban paye d'audace, marche en avant, et, tout en ralliant un grand nombre de fuyards , vient s'établir
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dans une plaine dominée par les hauteurs d'Auray, et que les républicains occupaient. Il tombe impétueusement sur leurs derrières^ leur tue beaucoup de monde , et se retire lentement et en bon ordre sur la gauche de la montagne de Lomariacquer, où il croyait se joindre à Boisberthelot. Ne Ty trouvant plus , il vient sans s'arrêter occuper le village de Plumel.
D'Allègre avait remplacé Boisberthelot à Lomariacquer» Attaqué dans cette position, il fit sentir à ses chouans, dont il était fort aimé, la nécessité d'exécuter leur retraite avec calme^ sans se rompre, et réussit à les conduire au mont Saint-Michel sans presque éprouver de perte.
Le 4 juillet, d'après le compte rendu par Yauban des événements de ta veille, Puisaye exigea de d'Hervilly que les postes abandonnés fussent repris sur-le-champ, et garnis de troupes soldées. Un seul moyen lui parut praticable pour réparer les échecs que les royalistes venaient coup sur coup d'essuyer, celui de tenter le sort d'une affaire générale. Vainqueur, il détruisait l'armée ennemie qu'il mettait dans l'impossibilité de se reformer^ et qui, forcée d'attendre des secours éloignés, ne pourrait plus s'opposer aux progrès de l'invasion ; vaincu, il avait dans la presqu'île une retraite sûre jusqu'à l'arrivée prochaine de nouvelles expéditions annoncées d'Angleterre. En conséquence il proposa de former un corps de bataille de dix mille insurgés sur lesquels on pourrait compter en les employant en seconde ligne, mais que la prudence ne permettait pas de placer en première, vu le mécontentement et l'irritation qu'ils avaient manifestés ; de mettre à l'avant-garde les régiments d^Hervilly et de Royal- Ëmigrant, de faire lui-même l'arrière-garde à la tète de quatre mille chouans, soutenus par Dudresnay et Royal-la- Marine, et de marcher en avant.
D'Hervilly, bien qu'il eût approuvé ce plan, ne s'y prêta qu'avec répugnance^ ainsi que nombre des officiers gentils* hommes auxquels il fut communiqué. Il donna ordre à Vauban de lever ses avant-postes, et de se rapprocher de trois quarts de lieue du quartier général. Mais il ne prit au-
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cune mesure relatiyemeût aux postes éyacués. Vauban exécuta son mouvement dans Ja matinée du 5 sans être inquiété^ et se replia sur Garnac, que d'Hervilly lui ordonna de défendre jusqu'à l'extrémité, quoique cette position ne fût pas tenable. Elle devint le centre de la nouvelle ligne d'avantpostes, dont la droite^ commandée par d'Allègre^ s'appuyait au mont Saint-Michel, et la gauche à Sainte-Barbe^ village à l'entrée de la Falaise, qu'occupait Georges Gadoudal avec ses 3,000 chouans.
Ge même jour, après avoir vu d'Hervilly partir avec son régiment dans l'intention présumée d'aller préparer Texécution du plan projeté^ Puisaye, accompagné de peu de monde, suivant l'usage des insurgés en pareille^ circonstances, sortit de la presqu'île pour venir reconnaître l'armée républicaine. La froideur^ le morne silence qui l'accueillirent dans la campagne, lui prouvèrent à quel, point l'esprit des habitants était changé ; plus d'enthousiasme^ plus de cris de vive le Roi! Ces bruyantes et joyeuses démonstrations^ que sa présence ne manquait jamais d'exciter, étaient remplacées par les marques les plus significatives de défiance et de terreur. En vain prodigua-t-il les explications, les promesses, les paroles rassurantes ; elles ne furent point écoutées. Il revint à son quartier général l'âme bourrelée des plus noirs pressentiments, et n'ayant plus d'espoir que dans le succèsdu combat qu'il- méditait. Quelle ne fut pas sa surprise en arrivant à la presqu'île de rencontrer d'Hervilly, qui luimême y rentrait à la tête des troupes soldées l Interrogé sur les motifs d'une telle manœuvre après les arrangements convenus la veille, celui-ci, de l'air d'un homme hors de lui,, continue pendant une demi-heure à faire défiler sa troupe, se livrant aux détails les plus minutieux, gourmandant les officiers qui ne saluaient pas ensemble, etc., et ne donnant aucune réponse. Sommé pour la vingtième fois de s'expliquer, il ne le fait qu'en vomissant un torrent d'injures contre les insurgés^ qu'il traite de lâches, de gens indisciplinés, avec lesquels il ne saurait faire la guerre sans compromettre les troupes qui lui sont confiées, et déclare que le seul parti
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qui reste à prendre est de se rembarquer sur-le-champ, ou de s'enfermer dans la presqu'île en attendant les ordres du gouvernement anglais, ou ceux de M. le comte d'Artois. 11 est à remarquer que les reproches articulés par d'Hervilly contre ces chouans, ces insurgés sur lesquels tombait dès l'origine tout le poids de l'insurrection, étaient appuyés et répétés par une foule d'émigrés, jusqu'alors étrangers à cette guerre, à ses vicissitudes et à ses périls.
La retraite des troupes soldées n'était point l'effet d'une résolution subite, d'une boutade, d'un mouvement d'humeur de la part de d'Hervilly, mais un acte prémédité. La preuve en est que les logements de ces troupes étaient marqués d'avance dans le fort Penthièvre, et que l'officier du génie, chargé de cette opération, l'avait en même temps été de leur assigner ceux d'un corps de chouans que Puisaye avait laissé dans la presqu'île pour les travaux, et comme partie de la garuison. Cet incident acheva de démontrer au chef de l'expédition que toutes les contrariétés qu'il éprouvait et n'avait cessé d'éprouver, étaient la suite d'un plan ourdi de longue main, et que d'Hervilly agissait par des impulsions occultes.
Au reste, la conduite de cet officier, cette infraction à des ordres importants, discutés avec lui-même, auxquels il avait promis de se conformer, et qu'il exécutait à rebours, son opposition constante aux volontés d'un chef qu'il devait regarder comme son ami et son bienfaiteur, ne prouvent rien contre la droiture de son caractère, et résultaient, non de ces travers d'esprit dont j'ai parlé, ni d'aucun sentiment d'envie ou de rivalité, mais d'idées de devoir et de fidélité mal appliquées, et de la position fausse où il se trouvait engagé. Ainsi que dans son palais natal, un roi sur la terre d'exil est circonvenu par un vil ramas de courtisans et de flatteurs, jaloux, avides, ennemis les uns des autres, et qui, par tous les moyens que peuvent suggérer l'astuce et la perfidie, se disputent sa faveur, et s'arrachent les lambeaux de sa prospérité. La cour d'Hartwell ne fut pas plus à l'abri de leurs intrigues, que ne l'avait jadis été celle de Versailles. Le dévouement connu du comte de Puisaye, les services
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qu'il avait rendus à la cause royale^ ceux que le mettaient à même de lui rendre encore le crédit dont il jouissait auprès des ministres anglais, et son influence dans les pays où l'on prévoyait qu'il porterait le théâtre de la guerre, avaient dès le principe ameuté contre lui les entours et les favoris de Louis XVIII. Ils frémirent à l'idée qu*un chef de chouans pût devenir le principal instrument de la restauration , et sa perte fut jurée. Lorsque Texpédition qu*il devait commander fut décidée, mille trames se formèrent pour la faire échouer, secondées par les agences royales de Londres et de Paris, où dominaient un tas de prêtres, et dont les courtisans disposaient. Dès avant que Puisayc partît d'Angleterre, il était signalé dans les pays insurgés comme un traître qui trafiquait de la couronne de France; et plus tard, dans le moment même où il faisait proclamer Louis XYIU au camp de Carnac, l'agence de Paris feignait de croire et répandait avec , affectation qu'il voulait appeler au trône le comte d'Artois ou le duc d'York. Pour prévenir et paralyser les rassemblements qui devaient se joindre à lui, ou concourir à ses opérations, on alla jusqu'à distribuer en Bretagne des écrits revêtus de sa signature contrefaite, et datés de son quartier général, par lesquels il était enjoint à ses rassemblements de se séparer, et qui leur défendaient de se reformer jusqu'à nouvel ordre. De semblables manœuvres, exécutées de main de maître, ne pouvaient manquer leur but. Les Bretons ne firent point leur jonction; Charette resta immobile, et refusa sa part des secours apportés par .'expédition. Les chefs des. autres cantons insurgés ne répondirent point aux appels qui leur furent faits. La Vendée , le Maine et la haute Bretagne ne reprirent point les armes, et le plan de l'expédition fut absolument désorganisé. Selon des apparences confirmées par un acte solennel qu'il dicta sur son lit de mort, d'Hervilly recevait des agences, et de leurs instigateurs, des instructions particulières, qu'on lui présentait comme des ordres émanés directement du roi, et crut devoir leur sacrifier ceux de Puisaye. De là tous les désastres qui suivirent, et dont il fut une des premières victimes.
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Les troupes soldées, en se retirant dans la presqu'île, portèrent la terreur et la désolation dans les communes circonvoisines. A cette nouvelle, la campagne se couyre d'une foule éperdue et gémissante : femmes, enfants, yieillards, se précipitent sur la falaise, chassant leurs bestiaux devant eux, emportant les chétifs débris de leur avoir, et chargeant de malédictions les émigrés qu'ils accusent de les trahir. Les chefs eux-mêmes se livrent aux plus violentes imprécations. — (( Les monstres ! s'écriaient Georges et son ami le jeune « Mercier, surnommé la Vendée, les monstres I que la mer a ne les a-tre)le engloutis avant qu'ils missent le pied sur <i nos rivages ! »
Informé de ce qui se passe, l'infatigable Hoche ne perd pas un instant, et se présente devant Plumel. Georges, averti par des prisonniers que la ligne des avant-postes doit être attaquée cette nuit même, au point du jour au plus tard, fit parvem'r cet avis au comte de Yauban, qui, n'ayant de retraite que sur Quiberon, et craignant que les républicains ne s'emparassent du poste de Sainte-Barbe, par où seul cette retraite pouvait s'effectuer, se hâta de rappeler d'Allègre et sa division du montSaintrMichel, et se.mit en marche avec eux pour se réunir à Georges.
Avant de faire ce mouvement, il avait dépêché à d'Hervilly un aide de camp chargé de lui demander les troupes et l'artillerie qu'on lui avait promises, se faisant fort, avec ces quatre cents hommes et ces deux pièces de canon, d'arrêter Hoche, et, s'il ne le battait, de donner à l'armée royaliste le temps de l'atteindre, et de le défaire en rase campagne. Il était quatre heures du matin lorsque l'aide de camp arriva. Puisaye exigea que le renfort demandé fût expédié sur-lechamp. D'Hervilly donna des ordres en conséquence au régiment du Dresnay, et promit que dans quelques heures ce qui restait de troupes soldées serait parti. Rien de tout cela ne fut exécuté ; la lenteur et la malveillance accoutumées présidèrent à l'accomplissement de ces ordres et de ces promesses, et l'activité de Hoche le prévint.
De SaiAte-Barbe, Yauban voyait une colonne républicaine
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se former dans une mauTaîse position, et conçut l'espoir de l'attaquer a^ec succès. Mais^ quoique ses trois divisions réunies fussent deux fois plus nombreuses que cette colonne, tels étaient le découragement et Texaspération des insurgés^ que la certitude même de la victoire ne les eût pas déterminés à se battre, et force fut à Yauban de continuer sa retraite vers la presqu'île. Elle dura trois heures, et se fit avec beaucoup d'ordre et de fermeté. Les chefs favoris des chouans^ les généraux Mercier-la-Vendée, Georges et d' Allègre, étaient parvenus à les piquer d'honneur, en leur remontrant que c'était le cas de prouver aux troupes soldées qu'au besoin ils étaient aussi capables qu'elles de combattre en ligne, et le terrain fut défendu pied à pied jusque sous le fort Penthièvre. Dix ou douze mille individus de tout sexe et de tout âge étaient accourus sur la falaise, emmenant chevaux, bœufs, chariots, emportant le peu qu'ils avaient pu sauver de linge, de leurs ustensiles de ménage et de labour ; et la confusion qu'ils entraînaient, leurs mouvements désordonnés rompaient les colonnes, dont ils rendaient la marche et les manœuvres presque impossibles. Georges et Mercier, qui commandaient l'.arrière-garde, firent passer les fuyards entre eux et la presqu'île. Mais quand ces malheureux arrivèrent au fort, les portes leur en furent fermées. Les chouans qui gardaient l'intérieur s'indignent du traitement fait à leurscompatriotes, parmi lesquels la plupart aperçoivent leurs pères^ mères, femmes, enfants, des parents, des amis. Ils s'élancent aux palissades après avoir déchargé leurs armes en l'air, et dans un clin d'œil en ont ouvert le passage à cette multitude désespérée. Cependant les républicains s'avançaient en bon. ordre sur la falaise, et n'étaient plus éloignés que d'une demi- portée de canon. Alors seulement, à midi passé, arriva le régiment de Dudresnay attendu depuis cinq heures du matin, et conduisant les deux pièces demandées par Yauban. Il fut chargé de garnir les palissades. D'Hervilly le suivit de près avec les troupes réglées. Le canon du fort se fit entendre ; et les républicains, avertis par là qu'il était en état de défense, se retirèrent paisiblement sur les hauteurs de Sainte-Barbe.
La veille, le commodore s'était porté daas la rivière de Vannes avec quatre chaloupes canonnières^ pour s'emparer de quelques bâtiments français qui y étaient stationnés. S'étant aperçu que le fort Penthièvre était menacé, il tenta de venir à son secours; mais le vent contraire rendit ses efforts inutiles.
L'évacuation d'Auray avait été funeste à l'armée angloémigrée ; l'abandon du poste de Sainte-Barbe^ le seul qu'elle occupât désormais sur le continent, lui fut plus funeste encore. Ce n'était que par ce point qu'elle pouvait recevoir les bestiaux, le cidre, la volaille, et les autres rafraîchissements que les gens de la campagne s'empressaient de lui fournir. Gomment y suppléer? Quoique la moitié des vivres apportés d'Angleterre fût à peine consommée, et qu'une grande quantité de farines achetées à des vaisseaux américains fût intacte, comment nourrir tous les fugitifs que les derniers événements venaient de jeter dans la presqu'île ? D'un autre côté, pouvaitron refuser la subsistance à ces infortunés., qui^ après s'être sacrifiés, corps et biens^ pour les émigrés, se voyaient obligés de chercher un refuge au milieu d'eux? M. de Saint- Morys, intendant général de l'armée, «eut ordre de donner demi-ration par jour à ceux qui étaient incapables de porter les armes, et de prendre des mesi\res pour leur fournir un supplément au moyen de la pèche.
Mais un incident plus grave augmenta singulièrement les embarras contre lesquels Puisaye avait à lutter. Une division générale éclata dans son armée. Qu'il dût l'attribuer aux mœurs rudes et presque sauvages des chouans , soit à la hauteur, aux prétentions des émigrés, à leur dépit secret de se voir associés à de pareils auxiliaires, ou bien à l'humiliation des échecs qu'ils venaient d'éprouver, soit enfin qu'elle provînt des intrigues que nous avons indiquées, et dont le foyer était à Londres, ell^ se manifesta sous les formes les plus alarmantes. Les chouans reprochaient aux émigrés leur inaction, et se disaient trahis; les émigrés reprochaient aux chouans la précipitation avec laquelle ils avaient abandonné les avant-postes, et les accusaient de lâcheté. De ces griefe
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jaillissaient les récriminations les plus amères , les invectives les plus outrageantes pour des gens de cœur; et Quiberon offrait moins une armée réunie pour la même cause , que deux troupes ennemies près d'en venir aux mains. Quoiqu'il partageât leurs mécontentements, et peut-être leurs soupçons, Puisaye essaya de ramener les chefs des insurgés à des sentiments plus modérés, mais ne put y réussir. L'excès du mal lui suggéra Tidée d'en tirer avantage en excitant une noble émulation entre les deux partis. — « Montrons aux troupes « réglées ce que nous pouvons faire, dit-il à Gadoudal, le « plus violent et le plus irrité parmi les chouans; montrons- « leur que si Ton n'avait pas retiré le détachement et l'artil- « lerie qu'on avait envoyés àMendon, vous eussiez battu les « républicains, et qu'aujourd'hui nous serions victorieux au a centre de la province. Attaquons l'ennemi dans ses retran- « chements; attaquons-le cette nuit même. La chance est « moins favorable qu'il y a deux jours : n'importe ! ils n'ont « pas eu le temps de se fortifier. Après ce qui vient de se c passer, ils ne nous supposent pas l'envie de les inquiéter; « ils se gardent mal; ils n'ont pas un poste en avant : nous « les surprendrons. Leurs munitions, leur artillerie, eux- « mêmes ils tomberont en nos mains : c'est Dieu qui nous les « livre. Mais ne différons pas; demain il ne serait plus temps.v Georges demanda si d'Hervilly consentirait à donner les troupes de ligne. « Lui-même les conduira, répliqua Pui- « saye; je m'y engage. Moi, je chargerai à la tête de nos «( chouans, de nos braves compagnons, et je ne doute pas a du succès. r> Quelques-uns des gentilshommes qui servaient avec les insurgés au camp de Mendon, et qui en étaient vus de bon œil, leur transmirent cette proposition, qu'ils accueillirent avec transport, D'Hervilly, à qui d'ailleurs Puisaye déclara que s'il refusait %a, troupe , l'attaque ne s'en ferait pas moins sans elle et sans lui , donna son assentiment^ et de part' et d'autre on fit ses dispositions.
Vers le soir, Puisaye s'étant avancé sur la falaise, vit. les républicains occupés à se retrancher, officiers et soldats pèle* mêle, les uns et les autres en chemise, les officiers seulement