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Les galeries de tableaux ne renferment pas que des scyets riants y tendres ou gracieux. Gomme la poésie, la peinture à le droit d'émouToir les cœurs par tous les sentiments de l'effroi^ de Thorreurou de la pitié. Trompés par le pinceau de Tartiste, nous entendons mugir les flots dont l'écume blan-^ chit le rivage; nous voyons éclater les flammes de Fincendic^ ou nous détournons les yeux des ravages qu'exerce la peste : cette variété de sujets ajoute un charme de plus aux grandes collections de peintures. A Rome , dans le^ palais Spada^ des Amours, peints par l'Albane, forment des danses légères près- du marché de Naples , où Masaniello soulève un peuple en fureur; et dans le palais de Gorsini, près d'une Yiei^e de Murillo, au front si pur, au regard si doux, on entend le choc et les cris des combattants qu*anime le pinceau du Bour-^ guignon. Il faut se prêter à voir des tableaux , à lire des récits d*un genre quelquefois triste et douloureux. Les plus, grands maîtres ont peint des batailles; les meilleurs historiens ont représenté les malheurs de la guerre civile.
Mais dans ces tristes tableaux des divisions intestines, le peintre ne saurait employer que des teintes sombres et sanglantes. Là, les passions se montrent sans frein; toutes les scènes deviennent déchirantes ou terribles; les plus doux nœuds sont rompus. On voit marcher citoyens contre citoyens , parents contre parents. Le fils s'arme pour un autre parti que son père; l'ami, dans un rang opposé, rencontre son ami sans détourner ni ses yeux ni son bras. La patrie se voit déchirée par ceux qui devraient la défendre, et chaque parti doit pleurer ses succès au moins autant que ses revers. La France en proie aux guerres civiles , n'a que trop gémi
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du fanatisme religieux sous la Ligue, et du fanatisme politique pendant les guerres de la Vendée. L'affaire de Quiberon en fut un ies plus sanglants épisodes.
Aujourd'hui qu'une mutuelle estime semble rapprocher deux .grands peuples, ne réveillons point des souvenirs qui pourraient ranimer de vieilles haines. Mais l'histoire dira que la guerre civile des départements de l'Ouest se fût bien plus tôt éteinte, si le gouvernement anglais ne l'eût alimentée par des secours trop. forts pour que la Vendée succombât, trop faibles pour qu'elle pût triompher. En lançant sur la plage déserte et nue de Quiberon quelques milliers d'hommes commandés par l'élite des anciens officiers dé la marine française, que pouvait espérer l'Angleterre ? Vainqueurs un moment^ ils se seraient trouvés perdus ensuite au milieu de la France : vaincus , l'Angleterre les livrait à une mort certaine ; car une de ces lois terribles que rendent les partis dans le fanatisme de la vengeance, condamnait à mort tout émigré su^ pris sur le territoire français.
L'intéressante et vive relation qu'on va lire n'a point pour objet de raconter les faits militaires de Quiberon ; de dire comment le fort Penthièvre fut livré d'abord par trahison à ceux qui faisaient la descente, et comment ils assirent leur camp sur ies falaises du rivage ; comment un brillant capitaine , Hoche, le vainqueur des lignes de Weissembourg, les enferma dans une longue presqu'île , entre les flots de la mer et les baïonnettes de ses soldats; comment il endormit leur vigilance par l'apparence d'une inertie calculée; comment tout à coup , au milieu d'une nuit orageuse , ses colonnes, luttant à la fois contre les tempêtes , contre les vagues en furie, contre l'artillerie de l'escadre anglaise, atteignent les rangs de l'armée royaliste, les pressent, les refoulent sur les derniers rochers au pied desquels mugit l'Océan , à la vue de la flotte anglaise , qui a des canons pour les foudroyer, et point de canots pour les recevoir; comment, enfin, l'héroïque dévouement du jeune Sombreuil arracha ses compagnons d'infortune à de si grands périls , pour les livrer, contre son vœu le plus cher, à des périls aussi certains.
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Ici commence la relation qui suiU L'auteur ne retrace qu'en peu de mots les scènes animées du combat, ou tumultueuses de la défaite : sur ce point , on n'avait plus rien à connaître. Mais il a peint, par des faits nouyeaux, les jours de la captivité ; la pitié succédant à Tardeur de vaincre dans le cœur des guerriers républicains ; des commissions militaires tuant avec des arrêts ceux qu'avait épargnés la mitraille ; la douce humanité des femmes , la résignation des victimes ; de pieux mensongcs, d'innocentes ruses sauvant la vie de quelques proscrits, tandis que d'autres proscrits marchent à la mort, et gardent à leurs amis plus heureux un généreux et dernier secret.
Cette relation ne laisse éclater aucun de ces sentiments haineux qui en rendraient aujourd'hui la lecture affligeante : il y règne un ton de modération , de simplicité qui ne peut rendre la vérité suspecte , et qui la rend plus touchaute. Dirai-je davantage ? on sent que les émigrés de Quiberon n'étaient pas insensibles à l'honneur de n'avoir été vaincus que par des Français. On commençait à se lasser de sang et de carnage. Trois années de combats avaient assouvi bien des haines. Des deux côtés , on était déjà bien près de s'estimer, cardes deux côtés on se rendait justice. En racontant quelle valeur opiniâtre les chouans avaient opposée à la valeur tranquille de ses soldats , Hoche s'était écrié : Ces malheureux étaient Français ! Et Témigré dont on va lire la relation , l'émigré qui ne touche le sol natal que pour y recevoir la mort, mais que Thumanité de ses concitoyens attendrit et console, dit à son tour, à l'aspect de tant de vertus bienfaisantes : Nous retrouvons la patrie au fond d* une prison.
Malheureusement, presque tous ses frères d'armes n'y trouvèrent qu'un tombeau. Le général lïoche et ses guerriers durent penser plus d'une fois, en recevant les arrêts des commissions militaires , ce que dit César dans la Pharsale :
Unica belli
Pnemia dvilis, victû donare salutem, Perdidimus 1.
1 « Vous non* avez ravi le seul avantage qu'on paisFC ambitionner dans la cruerre civile celui de sauver les vabicus, v
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L'officier qui avait échappé aux périls dùcomhat , aux périls plus grands de la captiYité , n'en a pas lui-même écrit le récit : ce récit fut tracé sur ses souvenirs , en Angleterre , par un ami qui n'avait pu se résoudre à rentrer^ les armes à la main, sur le sol de cette patrie pour laquelle il avait y dans sa jeunesse , ceint répée et traversé les mers. Un homme de talent, un homme qui a fortifié son esprit pénétrant et juste par tous les genres de connaissances , un homme qui fut Tami de Rivarol, et dont on recherche encore l'entretien et les lumières dans les cercles les mieux cho&is, M. le chevalier de Pannat écrivit cette relation , qu'il fit paraître à Londres peu . de temps après l'événement. Elle n'a jamais été publiée en France, et même elle y est si rare^ que je ïy ai fait imprimer sur un manuscrit.'
M. le chevalier de Pannat , qui n'a point mis son nom , dans l'origine, à cette brochure, se sçrait peut-être refusé^ par les mêmes motifs , à cette publication nouvelle , j'«i presque dit à cette première édition ; mais on aurait pu lui répondre en lui citant ces vers que Voltaire , au troisième chant de la Henriade, amis dans la bouche d'Elisabeth :
Non, je ne reçois point tm modestes ref as ; Non, ne me piiTei pas, dit l'angnste prinoeee^ I)*wi rédt qui m'éclaire autant qu'il m'intéresse.