‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 5 sur 55 · MADAME LA COMTESSE DE GENLIS · texte numérisé non relu

MADAME LA COMTESSE DE GENLIS

Ces Mémoires furent entièrement terminés et donnés à M. le comte Arthur de Bouille sur la fin du mois d'octobre 1821. Je croyais qu'ils seraient livrés sur-le-champ à Timpression^ et j'avais quitté , pour les finir promptement, l'ouvrage intitulé les Diners du Baron d'Holbach, M. de Bouille eut en efTet l'intention, comme il me l'avait dit^ de faire paraître ces Mémoires au mois de décembre prochain de cette même année <821 ; mais il fut obligé de partir pour l'Auvergne ; il comptait n'y rester que trois semaines; des affaires importantes le forcèrent d'y passer dix-huit mois^ et les Mémoires restèftui dans son portefeuille; leur rédaction précipitée m'avait eitrèmement fatiguée; car elle exigeait un travail sans relâche, et j'avais cru devoir lire tous les ouvrages historiques relatifs à la Vendée. J'eus une Gèvre cérébrale : à peine convalescente^ j'achevai les Diners du Baron d'Holbach. J'avais conservé un double de ma préface, que je lus à quelques ^8 ; et comme il n'était plus question de l'impression des Mémoires^ ils me conseillèrent d'insérer le petit morceau sur le royalisme dans les Diners du Baron, ce que j'ai fait, et ce qui tient tout au plus deux pages ^ J'ai pensé qu'en faveur du «ujet on pouvait se permettre cette petite et seule répétition.

Je ne me suis chargée de rédiger cet ouvrage que parce <iu'il n'en contient point, ce qui m'a semblé devoir ajouter

^ Cet deux pages se tionTent Miif une antre forme (en dialogue) dane kt

4 AYEBTlSSSMBIfT.

encore à rintérêt du sujet. Je ne suis que l'éditeur des Mémoires de madame la marquise de Bonchamps» C'est elle qui en est l'auteur ainsi que l'héroïne^ car je n*ai fait que récrire, avec les développements indispensables^ les cahiers qu'elle m'a confiés et que j'ai mis en ordre avec la plus scrupuleuse exactitude^ sans me permettre jamais d'altérer un fait, ou d'y ajouter la moindre circonstance; et quand je détaille ses propres sentiments, c'est toujours elle qui parle ; je ne fais que répéter littéralement ce que j'ai recueilli dans ses entretiens. Elle aurait youIu pouvoir s'oublier entièrement dans cet ouvrage, et n'y parler que de M. de Bonchamps; mais nulle femme n'a été aussi inséparablement la compagne de son époux ; elle ne s'en est séparée ni dans le malheur, ni dans les voyages, ni dans les batailles. C'est surtout de l'histoire de M. de Bonchamps que se composent ces Mémoires; madame de Bonchamps n'y tient jamais qu'une place relative ; et elle ne s'est décidée à les offrir au public que pour rendre hommage à la mémoire d'un héros dont la vie a été également éclatante et pure, et dont la mort fut si glorieuse. Cet homme vertueux, ce sujet fidèle, ce guerrier distingué par des talents si supérieurs, ne pouvait trouver un historien digne de lui que dans celle qui seule a pu connaître toute la beauté de sa grande âme et tous les détails de sa vie.

Je ue crois pas qu'il puisse exister un roman dont la lecture soit aussi attachante que celle de ces Mémoires. On n'oserait inventer les événements et les situations qui s'y trouvent, et pour que l'on put ajouter foi au merveilleux de cette histoire, il fallait toute l'autorité d'une authenticité contemporaine. J'ai joint aux notes de madame de Bonchamps plusieurs détails sur la Vendée, que j'ai puises dans de bons ouvrages (que je citerai en notes), et particulièrement dans Tintéressant Voyage de M. de Genoude.

On ne pouvait me donner un témoignage d'estime plus honorable qu'en me demandant d'être l'interprète des plus nobles sentiments, et de retracer le souvenir des plus belles actions. Le héros de ces Mémoires doit être admiré de tous les partis ; il combattit a;mme royaliste; mais aussi religieu!^

AYSBTI8SEMSNT. 5

qu'intrépide^ et par conséquent clément et généreux, il eut toujours de Thorreur pour les cruelles représailles de la Tengeance^ et il donna la vie et la liberté à cinq mille républicains. Enfin le produit de cet ouvrage est destiné aune œuvre bienfaisante ; je me trouve heureuse d'y participer, et d'offrir mon travail à celui qui compte en faire un si touchant usage. Une heureuse alliance associe, en quelque sorte, M. de Bouille à la renommée de M. de Bonchamps; il semble que la Providence devait en effet unir, par des liens sacrés, deux noms qui seront également célèbres dans l'histoire par le courage, l'honneur et la fidélité. La famille de M. de Bonchamps n'est point éteinte ; nous avons vu renouveler l'exemple de ses vertus dans la conduite de son cousin germain, M. le vicomte Louis de Bonchamps, qui a servi dans les Cent jours, sous les ordres de M. d'Andigné, avec la distinction et le désintéressement qu'on devait attendre d'un homme qui est maintenant le seul qui puisse transmettre un nom devenu si justement célèbre. Enfin les enfants de la fille unique de M. de Bonchamps recevront des exemples et des principes qui leur feront sans doute soutenir dignement la vertueuse illustration et la gloire des deux familles.

DE MADAME

Page 1