‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 50 sur 55 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

L'éTêqne de Dôl et M. de Sombreuil. — Exécution.

Le 28^ àdeux heures du soir, un sous-afûcier de gendarmerie vint chercher MM. de Sombreuil, Joseph de Broglie^ de La Lande], chefs des chouans, Tévêque de Dol^ et quatorze prêtres» pour les conduire à Vannes. Ce départ nous alarma; mai» les officiers républicains nous rassurèrent. Le bruit se répandît même que M. de Sombreuil était appelé à Paris. Quelques instants après, Sophie yint me voir, et m'apprit que les dix-huit prisonniers étaient partis pour Vannes, enchaînés sur une charrette.

Le 29, des officiers de notre connaissance nous prévinrent qu'on venait de nommer une commission^ qu'elle était bien composée^ et nous recctemandèrent d'avertir tous ceux qu'on appellerait d'insister sur la capitulation.

A huit heures, on vint chercher M. de Soulange et quinze personnes, pour paraître devant la commission, qui, après les avoir interrogés, déclara au représentant du peuple qu'elle ne pouvait condamner des prisonniers qui, de l'aveu même des soldats, avaient fait une capitulation.

A deux heures du soir, les officiers républicains vinrent nous dire qu'ils étaient pénétrés de douleur et d'indignation; qu'ils mourraient plutôt que d'être membres d'aucune commission. Les officiers généraux, voyant cette disposition d& l'armée, choisirent des juges parmi les Belges et les autresétrangers.

Le 30, à sept heures, le général Lemoine, homme dont les manières étaient grossières et les mœurs féroces, arriva à Vannes. U cassa la commission d'Auray, et en fit nommer quatre autres. Tous les officiers ayant refusé, il ordonna que l'armée prit les armes , et menaça de faire fusiller sur-lechamp celui qui n'acepterait pas sa place dans une commission. Il en choisit deux parmi les Belges, et une parmi le&

Français : chacane était composée d'un lieutenant-colonel, 4l'un capitaine, d'un sergent, d'un caporal et d'un fusilier. J)e ces trois commissions, la première fut destinée pour Auray, Ja seconde pour Quiberon et la troisième pour Vannes, où il y en avait déjà une d'établie; elle venait de juger M. de Sombreuil.

A neuf heures, je reçus un billet de Sophie , où il n'y avait que ces mots : « Mon cœur est déchiré! Sauvez-vous I » et «d'une autre main, quelques détails sur l'interrogatoire et irexécution des prisonniers de Vannes. Ils sont d'un intérêt •touchant; je vais les transcrire.

(c Le 29, M. de Sombreuil parut devant la commission. Après avoir déclaré son nom, son âge, Tépoque de son émigration, il ajouta : ce J*ai vécii et je mourrai royaliste. Prêt à paraître devant Dieu, je jure qu'il y a eu une capitulation, -et qu'on s'y est engagé à traiter les émigrés comme prisonniers de guerre. » Se tournant alors vers )|^s soldats qui l'entouraient : « J'en appelle, dit-il, à voire témoignage, grenadiers! •c'est devant vous que j'ai capitulé. — Oui, nous l'attestons!» s'écrièrent-ils.

<( M. l'évèque de Dol et les autres prisonniers furent interrogés le même jour. Après leur condamnation, ils passèrent •la nuit dans la tour.

ce Le lendemain, à dix heures, un détachement du bataillon -de Paris vint les prendre pour les conduire au lieu de l'exécution. On liait aux condamnés les mains derrière le dos. M. dé Sombreuil se récria contre cette humiliation. « Votre roi a bien été attaché, » lui dit-on. Il se soumit. On les amena sur la promenade publique de Vannes, appelée la. Gfarenne. M. de Sombreuil marchait à la tête. Sa contenance noble et fièie ^contrastait avec le calme et la douce résignation de l'éfèque .de Dol : c'étaient la victime de l'honneur et le martyr de la foi. On voyait que l'un méprisait la vie, et que l'autre désirait la mort. Les habitants de Vannes les entouraient en versant des larmes. Un intérêt tendre et touchant semblait s'attacher au jeune guerrier; quelque chose de religieux et de sacré au vénérable pontife. Arrives au lieu de l'exécution ,

DES PBISONS d'AUBÀY. 45S>

on les plaça sur une ligne. M. de Sombreuil refusa de se mettre à genoux; l'évêque de Dol pria qu'on lui découTrît la tète. A la Tue de ce front serein, où brillait une nouvelle yie ,1e peuple fut saisi d'un saint respect; la douleur se tut. On présenta à M. de Sombreuil un bandeau. « Non, dit-il, j*aime à voirmon ennemi. » Lorsque les soldats le mirent en joue^ il leur cria : « Visez plus à droite, tous me manqueriez! » Ces mots étaient à peine prononcés... et il n'était plus I »

Le sort de M. de Sombreuil et des autres condamnés ne nous laissait aucune espérance. Le lendemain 31, un dé> tachement du 72*^ régiment Tint chercher cent cinquante prisonniers pour les conduire à Vannes. Je fus du nombre, avec mes camarades du régiment d'Hector.

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