‹ Mémoires sur la guerre de la Vendée et l'expédition de QuiberonChapitre 53 sur 55 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les chouans. — Mon amyée à l'escadre anglaise.

Le 7, on nous proposa de profiter d'une occasion pour nous rendre à Tescadre anglaise. Nous allâmes, M. d'Entrechaux et moi, dans une maison qui était hors de la yille. Le lendemain, deux femmes vinrent nous chercher. Nous primes des habits de paysan.

A neuf heures, nous partîmes. Après avoir fait une lieue, nous vîmes sortir d'une haie quatre hommes armés de bâtons ferres, qui nous dirent en riant : « Ma foi, si vous aviez été des bleus, vous étiez perdus, mais nous vous connaissons. » Nous continuâmes notre route et, après q«atre heures de marche, nous arrivâmes à un premier village. Une de ces femmes nous conduisit dans une maison : elle dit quelques mots en bas-breton à nos hôtes, et on nous servit à dîner. Lorsque nous partîmes, ces bonnes gens nous comblèrent de bénédictions, et il nous fut impossible de leur faire rien accepter. 11 fallait passer une rivière pour nous rendre au village où nous devions aller.

Comme nous al^lions la traverser, des chouans nous crièrent : tt Les bleus viennent d'arriver. » Nous attendîmes quelque temps, et nous vîmes passer un détachement de douze soldats, qui sortait du village : nous nous y rendîmes.

Alors, rhomme à qui nous étions recommandés nous dit : « Vous partirez demain à dix heures, pour vous rendre au lieu de l'embarquement; je vous donnerai deux hommes pour vous conduire; Tun marchera en avant : il vous avertira lorsqu'une patrouille passera. »

Nous entendîmes aussitôt du bruit; c'était un nouveau détachement qui entrait dans la maison à côté de la nôtre. Nous nous cachâmes dans une grange, et le lendemain, de très-bonne heure, nous partîmes avec nos deux conducteurs. Nous traversâmes des champs et des haies garnies de buissons.

DBS PBISONS D'AUBAY. 478

Après deux heures de marche^ nous arrivâmes à une maison où l'on nous attendait : nous y restâmes jusqu'à la nuit du 20, où un canot vint nous prendre^ et nous conduisît à Tescadre anglaise , à huit heures du matin. Sir John Warren nous témoigna un vif intérêt. Quelque temps après , le capitaine Bertie vint à bord du commodore. J'avais déjà été em- Darqué sur un vaisseau le Thunderer; il m'engagea à y revenir. J'y trouvai l'obligeance et les soins attentifs que les officiers de Tescadre anglaise ont prodigués à notre corps.

J'avais reçu une lettre de Sophie ; elle finissait par ces mots : « Fuyez cette terre malheureuse. » Cette tendre amie m'envoya le peu d'argent qui lui restait.

Sophie! tu as bien plus fait que de m'arracher à la mort : ta as embelli des jours que la douleur aurait flétris.

J'emporte, dans mon exil, ta douce et consolante image.

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