CHAPITRE III
Charetle est repousse^ de devant les Sables d'Oioune et Liiçon. — Sandos est remplace par Tunck que sa division ne veul pas reconnaître. — Il la fait bivouaquer dans la plaine de Luçon. — Il cbasse Tennemi de Pont-Charron. — Deuxième attaque de Luçon par vingt-cinq mille royalistes qui sont rc()oussc<s par deux mille quatre cents républicains. — Rëcit de ce qui venait de se passer à Martigné-Briant et à Vihiers. — Buon , gëuëral en chef, est remplacé par Rossignol. — Arrivée de la garnison de Mayence dans la Vendée. — Troisième attaque de Luçon par quarante mille hommes qui sont mis en pleine déroute par huit mille. — Tunck , qui avait reçu sa destitution la veille de cette victoire , est créé général de division sur le champ de bataille par les représenta ns du peuple.
Les premières expéditions du gcne'ral Westcrmanti atteignirent leur but; Nantes fut dégagée et la majeure partie des forces vendéennes reflua sur la rive gauche de la Loire.
Il en résulta que les villes du Bas-Poitou restées fidèles à la république furent exposées à de plug grands dangers, Cell/e des Sables fut la première attaquée; mais elle se défendit si bien que Charette fut contraint d'^en lever le siège. Jaloux de venger cet affront par un coup dVclat , il demanda du renfort aux armées du centre et d'Anjou. Sapinaud et La Rochejaquclein lui amenèrent environ quinze
mille hommes , et ils se dirigèrent tous ensemble vers Luçon, Le général Sandos j commandait. Il range ses troupes en bataille; son aile droite est enfoncée , il se croit vaincu et fait sa retraite sur Marans. Cependant un seul corps , commandé par un jeune officier plein d^întelligence et de valeur, se forme en bataillon carré et fait tête à Tennemi. Cet exemple donne le temps aux républicains de se rallier. On se heurte de nouveau : la division de La Rochejaquelein est à son tour enfoncée; la terreur la saisit; elle fuit et entraine avec elle toute Tarmée assaillante. Telle fut Pissuede cette première attaque de Luçon , qui valut iui 3« bataillon des volontaires nationaux des Deux- Sèvres le surnom de Vengeur, et à Leconte , spn chef, le grade de général de brigade.
La retraite de Sandos le mit en discrédit. Il fut remplacé, le 12 juillet , par le général de brigade Tunck que la division de Luçon ne voulu^pas d'^abord reconnaître. Pour ne pas aigrir Fesprit des soldats , il vint établir son quartier-général au postç des Quatre-Chemins , distant de Luçon d^une demilieue.
Ensuite , sous le prétexte du bien du service , il trouva le moyen de se venger du mauvais accueil qu^on lui avait fait. Le 23, il fit battre la générale et bivouaquer dans la plaine. La troupe n^avait ni ustensiles de campement, ni eau , ni hqiè h sa portée. La cavalerie avait chaque jour trois lieues à
faire pour aller à Peau et en revenir. Deux mille hommes environ tombèrent malades; les gens de Tart en attribuèrent la eause h la position désarmée , et en firent leur rapport au général qui leur répondit qu*'il était forcé de la laisser.où elle était afin dVviter toute surprise de la part de Tennemi.
Cependant il pouvait à la fois pourvoir à sa sûreté et à la conservation de ses soldats. Il n^avait rien à craindre du côté de la mer et des marais : à sa droite, le poste des Quatre-Chemins était gardé par douze cents hommes, dont cent cinquante de cavalerie; à sa gauche, le portLaclaye était défendu par cinq cents hommes et du canon ; il assurait son centre en mettant le jour une garde à pied de cinquante hommes sur la hauteur en face du pont de Minclay , vingt- cinq cavaliers au château de Bessay , et autant au poste de la Maison-Rouge. La nuit , on aurait fait retirer le poste de Bessay endeçà du pont de Minclay, où Ton aurait entretenu une vedette, et Ton aurait porté sur la hauteur un demi-bataillon qu^on eût fait bivouaquer parallèlement aux postes des Quatre-Chemins et de la Maison-Rouge. Avec de semblables dispositions, des rondes, des jDatrouilles , enfin une correspondance bien établie , Tunck'nWait aucune surprise à craindre , et pouvait laisser son principal corps d'armée à Luçon , où il eût été à Tabri du serein mortifère de celte contrée, et à porlée do l'eau et des subsistances.
U se mit à la tête d^uae colonne de douze cer^ls hommes d^infanterie , de cent cavaliers et de deux pièces de canon ^ et partit vers la chute du jour. Son dessein était de surpi^ndre Fennemi à Pont- Charron , petite ville à trois lieues de jLuçon , sur la route de La Rochelle à Nantes. On né pouvait y entrer qu^en traversant un pont, en avant duquel les royalistes , au nombre de quatre mille , avaient pratiqué de l>onnes redoutes et fait des retranche-^ mens. Le train de Fartillerie, qui se faisait facilement entendre dans le calme de la nuit j lepr anr nonça l'arrivée de la colonne républicaine ; leurs avant-postes se rapprochèrent de la ville , où Talarme se répandit. Tunck parut à la pointe du jour et chassa les rebelles de tous leurs retranchemens. Pendant que la fusillade roulait sur les deux rives, la gendarmerie nationale p^ssa au grand galop sous le feu des deux partis , traversa la rivière partie à la nage , partie sur le pont , et monta vers la ville ; Tinfanterie la suivit. L'ennemi après avoir perdu cent cinquante hommes , deux pièces de canon , trois drapeaux , cent cinquante bœufs et cent chevaux et mulets j prit la fuite et se sauva àChantonnay. Tunck le poursuivit jusque-là; mais ayant entendu sonner le tocsin , il jugea prudent de rentrer à son bivouac. Il eut ayis le 29 que les royalistes faisaient depuis quelques jours un rassemblement de quatre-vingts paroisses , auquel devaient se joindre six mille hommes de Tarmée d'Anjou j
DE LA VEMDEEv y5
il sut de plus qu^ils avaient dessein de revenir attaquer Luçon. Dès ce jour ou aperçut un de leurs escadrons battre la campagne; en conséquence , le général fit rapprocher son bivouac du pont de Minclay où il plaça des vedettes; on fit des patrouilles et Tarmée passa la nuit sous les armes.
Le lendemain , vers midi , les vedettes en avant du château de Bessay se replièrent sur le bivouac , attendu que Pennemi passait déjà le pont et se formait en colonnes. Un in&tant après , des voltigeurs vinrent examiner la position de Tarmée républiicaine; enfin sa cavalerie forte de huit cents hommes environ , se déploya sur les ailes et favorisa Fextension de trois colonnes d^infanterie. Quoique Tunck n'^eût à opposer dans le moment à Fennemi que deux miUe quatre cents hommes, ilimita son ordre de ba-^ taille : la gendarmerie flanquait ses colonnes , dont les ailes étaient recouvertes par des hussards du 9* régiment. Son artillerie était braquée de ma-*nière à riposter à celle de Pennemi , et il se tenait 1 avec son élat-major à cinquante pas en arrière de son centre de bataille.
Les royalistes voulurent essayer de tourner la petite armée républicaine. Tunck s^aperçut de ce mou vement e t é vi ta d'être enveloppé par une-marche oblique qu'il fit faire à son aile gauche ; mais à cet avantage se joignit un inconvénient qui fut que
son centre fut mis trop à découvert. Il y eut un engagement entre la cavalerie ennemie et les hussards du 9" régiment, qui furent repoussés et obligés de se rallier sur une hauteur. A l^instant un champ de blé s'^embrasa devant un bataillon de réquisîtionnaires de Parlhenay, qui se trouvait au feu pour la première fois : cet accident les efl&raya au point qu^ils abandonnèrent leur drapeau et une pièce de canon.
Tunck, voyant ce désordre, ordonna au commandant dfe la gendarn^erie de charger ce bataillon et de le ramener au combat. « Cest Tennemî » qu^il faut charger, lui répondit ce brave offi- » cier , » et aussitôt il se précipita avec ses gendarmes de la Corrèze , du Cher et de Flndre sur les tirailleurs de Farmée royale , et leur reprit le drapeau et la pièce de canon du bataillon de Parthenay.
La valeur de ces intrépides gendarmes redonna du cœur aux autres troupes ; les hussards rentrèrent en lice , et Tinfanterie s'avança au pas de charge. Tout-à-coup la terreur passe dans les rangs des % Vendéens , qui fuient et laissent sur le champ de bataille deux mille morts , parmi lesquels une jolie femme , habillée en amazone et armée de pied en cap.
Ainsi vingt-cinq mille hommes commandés par les généraux les plus célèbres de la Vendée , tels
cfue les d^Elbee, les La Rochejaquelein, les Lescure, Jes Saint-Pal et les Bejarry , échouèrent devant une poignée de républicains.
On a reproché au général Tunck de n'^avoir pas su profiter de sa victoire pour faire éprouver à Tennemi une perte beaucoup plus considérable. Ea eflPet , outre les deux mille quatre cents hommes qui ont pris part à Taction , il en avait douze cents i
aux Quatre-Chemins. Il fallait envoyer ordre au commandant de cette troupe de s'^avancer avec deux pièces de canon jusqu^à la portée du pont de Minclay. Dans cette position , il balayait les fuyards obligés de passer sur ce pont ou de côtoyer la rivière dans une prairie étroite et marécageuse. Tunck aurait dû précipiter la marche de son centre et le faire arriver en face du pont , ordonner en même temps à ses colonnes de resserrer leurs ailés de manière à ce que Tennemi dans sa fuite ne sV'cartât pas de la direction ; alors la cavalerie se fût portée au grand galop à Fissue de la prairie, et aurait taillé en pièces tous ceux qui auraient voulu en sortir ; les deux colonnes auraient continué leur poursuite et seraient arrivées Tune à droite , Fautre à gauche du château de Bessay ; la cavalerie réunie aurait suivi le chemin de Bessay et sabré les traîneurs.
Alors la position de Tunck était vraiment militaire; les douze cents hommes que nous supposons avoir été tirés des Quatre-Chemins formaient na-
turellemeni son centre. Sa cavalerie allait se reposer au château et dans le hameau de Bessay. Enfin le lendemain , au point du jour , il se mettait à la tête de toute sa cavalerie et de trois à quatre cents tirailleurs ; il fouillait tous les villages , bourgs et hameaux voisins , et purgeait le territoire des débris de Tarmée royale. Ces manœuvres le ren- I daient maître de toute Fartillerie qui restait à Fen-
nemi, et le débarrassaient de son voisinage et de ses importunités ; car nous le verrons bientôt revenir à la charge.
Tunck ne fit que rendre aux rebelles ce qu^ils venaient de faire dans TAnjou, où ils avaieiit eu des avantages absolument de même natures A Martigué-Briant, un corps de douze cents hommes, composé en grande partie de déserteurs de la légion germanique, avait arrêté les progrès d^une nouvelle armée républicaine sortie de Saumur et d^Angers. Quelques jours après, cette armée avait été complètement battue à Vihiers ; le général qui Ik: commandait reçut une balle dans les reins, et elle perdit dix pièces de canon , ses caissons et ses bagages (i). Le gain de cette importante bataille fut encore dû à la feritieté et au courage du corps dVlite dont je viens de parler.
Le commandement en chef de Farmée des côtes de La Rochelle, étant vacant depuis le rappel de
I III «t iiwii.i I ^— — «— W— 'l III ■■ I lu» I I 11 I I ■ Il ■ Hlfc— —
(1) 18 juillet. • . -
liirbn, on en pourvut Rossignol. En ce même temps, un nomme iRonsin , commis des bureaux de la guerre , jouait un rôle important à Farmée. Cet homme affectait le républicanisme le plus prononcé^ le mépris du faâte et des richesses : il jouissait d^un grand crédit au club des jacobins. Son influence fit nommer général en chef Pautomate qu^il devait animer. «Taurais trop à faire si j^avais à peindre les personnages assortis au moral des Rossignol et des Ronsin, qui, à cette époque, furent envoyés de Paris dans la Vendée. Des histrions^ des charlatans,Técume de la nation allaient être préposés au commandement des troupes , si un événement inattendu n'^avait mis à la disposition du gou-* vemement une pépinière d^officiers aussi braves qu'^instruits , et des troupes aguerries et disciplinées.
La ville de Mayence, dont les Français sMtaient emparés dans la campagne précédente , était bloquée depuis plusieurs mois par les Impériaux. Après un siège des plus longs et des plus meurtriers dont rhistoire ait fait mention, elle avait épuisé toutes ses ressources ; enfin , après avoir vainement attendu des secours, elle se vit forcée de capituler. Elle promit de ne pas servir d^un an contre les puissances liguées , et rentra en France avec tous les honneurs de la guerre. La Convention, en Fopposant aux rebelles , ne lui faisait point enfreindre sa capitulation. Elle vint donc a gran-
des journées de marche à Tours, sous les ordres des généraux Aubert-Dubayet, Kléber, Beaupuis, Haxo, Sainte-Susanne, Jordy , etc. (i), et déboucha la route d'Angers à Nantes. Avant de parler de ses exploits, nous suivrons les événemens qui les ont précédés et nous reviendrons une troisième fois avec les Vendéens à Luçon. Cette ville les tentait : sa possession les rendait maîtres des marais environnans, riches en subsistances, en bœufs, chevaux et mulets ; elle leur ouvrait le chemin -de La Rochelle, place beaucoup plus importante sur laquelle ils étendaient leurs vues. Leur réunion fut plus nombreuse qu'aux précédentes attaques. Quarante mille Vendéens reparurent dans la plaine avec vingt pièces de canon. La division républicaine, forte de sept à huit raille hommes seulement et de cinq pièces d'artillerie volante , les reçut de pied ferme, tua ou noya, au pont de Minclay, quatre mille des leurs, prit leurs canons et les poursuivit jusqu'au-delà de Chantonnay où Tunck établit son quartier-général et fit prendre position à sa troupe.
La veille de cette grande victoire , il avait reçu du ministre de la guerre un ordre de quitter son commandement et de se retirer à vingt lieues du théâtre de la guerre (2). Les représentans Goupilleau
(1) Août, (a) i3 août.
DE LA VBNDEE. 8i
et Bourdon-de-POise , non-seulement suspendirent son rappel , maïs ajoutèrent à ses lauriers le grade de général de division qui lui fut ensuite confirmé par la Convention nationale.
Quoiqu'il ne soit pas digne de Fhistoire de descendre jusqu'^à des minuties, il en est cependant qu'il convient peut-être de ne pas taire, parce qu'elles servent à faire connaître la manière dont se traitaient alors les afiaires les plus impoirtantes. On a assuré que le contexte de Tordre qui rappelait le général Tunck était d'une écriture diflFérente que son nom qui paraissait avoir été mis après coup ; ce qui indiquait qu'on avait envoyé de semblables lettres à quelqu'un de confiance pour les remplir à volonté , et chasser ainsi de l'armée ceux qui déplairaient à un parti.